vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2102744 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SARL GMR AVOCATS - GRANGE-MARTIN-RAMDENIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er avril et 23 novembre 2021 ainsi que le 24 mai 2024, la société SPIE Batignolles génie civil, venant aux droits de la société Spie Batignolles TPCI, représentée par Me Grange, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 80 767,72 euros hors taxe (HT), soit 96 921,27 euros toutes taxes comprises (TTC) avec intérêts moratoires au taux défini à l'article 3.3.6 du cahier des clauses administratives particulières à compter du 21 octobre 2017 et capitalisation des intérêts, et de fixer ainsi le solde du marché restant dû à la somme de 95 094,34 euros HT, soit 114 113,21 euros TTC ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la requête est recevable dès lors qu'elle a notifié au maitre d'ouvrage une réclamation relative au décompte général le 21 septembre 2017, qui lui a également été remis en mains propres le 27 septembre 2017 ;
- l'autorité de la chose jugée ne peut lui être opposée en l'absence d'identité d'objet entre la présente requête et l'instance ayant donné lieu au jugement n°1805445 du 24 février 2020 du tribunal administratif de Versailles et à la décision n°20VE02068 du 22 février 2024 de la cour administrative d'appel ; à cet égard, les réclamations, dans le dernier état de ses écritures, portent exclusivement sur des chefs de préjudice distincts de la précédente instance ;
- elle a effectué des travaux supplémentaires pour un montant de 32 156,40 euros HT ;
' dans ce cadre elle a effectué, à la demande du maître d'œuvre et du maitre de l'ouvrage, le nettoyage du bâtiment dit confiné une première fois en septembre-octobre 2015 puis, à la suite d'un nouvel ordre de service n°167, une seconde fois, à compter du 16 novembre 2015 ; la première prestation ne peut ainsi être regardée comme prévue par le marché, et doit, en tant que demande de travaux supplémentaires non prévus par les stipulations du contrat, être rémunérée à hauteur de 24 591,60 euros TTC ; cette prestation supplémentaire peut également être indemnisée sur le fondement de la responsabilité pour faute de l'Etat, au motif soit qu'il a insuffisamment estimé ses besoins, soit que ces travaux supplémentaires étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art ;
' elle a également réalisé, à la demande du maitre d'œuvre, des travaux supplémentaires en effectuant une reprise d'enrobé au niveau des raccords avec les enrobés existants, pour un montant de 7 628,58 euros TTC ; ces travaux ne s'inscrivent pas dans une reprise de malfaçon, dès lors qu'ils sont causés par l'intervention d'un autre prestataire, et constituent des travaux supplémentaires ; la responsabilité pour faute, dans la conception du marché, de l'Etat est également engagée ; sa responsabilité sans faute est également engagée dès lors qu'il a modifié unilatéralement le contrat ;
' elle a également, à la demande du maitre d'ouvrage et du maître d'œuvre, dû réaliser des travaux supplémentaires afin d'adapter un caillebottis 300*600 mm dans la zone technique, et d'en modifier un autre dans le plenum technique NSB4, après la réception des travaux, pour un montant de 1 377 euros TTC dès lors que les installations initiales étaient conformes aux plans d'exécution notifiés le 29 juillet 2014 ; la responsabilité pour faute, dans la conception du marché, de l'Etat est également engagée ; en outre, ces travaux étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art ;
- elle a été sollicitée, dans le cadre de la garantie de parfait achèvement, afin de réparer les désordres relatifs aux infiltrations constatées dans le plenum NSB4 ; toutefois, ces désordres ne lui étant pas imputables, son intervention s'inscrit dans le cadre de travaux supplémentaires, d'un montant de 4 990,50 euros TTC, qui, le cas échéant, peuvent également être rémunérés sur le fondement de la responsabilité pour faute et sans faute de l'Etat, ces travaux étant indispensables à l'achèvement de l'ouvrage dans les règles de l'art ;
- elle est fondée à demander le paiement des quotes-parts restant dues au titre du compte-prorata, résultant des appels de fond impayés des titulaires d'autres lots du marché pour un montant de 37 468,93 euros TTC ; l'Etat a commis une faute en s'abstenant d'entreprendre des démarches après des entrepreneurs défaillants, en dépit des nombreuses alertes qu'elle lui avait adressées ;
- elle est également fondée à réclamer le paiement des primes du contrat collectif de responsabilité décennale, dont certains titulaires de lots ne se sont pas acquittés, pour un montant de 20 864,65 euros TTC ;
- les intérêts moratoires, conformément à l'article 3.3.6 du cahier des clauses administratives particulières, et leur capitalisation, sont également dus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2021, le ministre des armées conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 400 euros soit mise à la charge de la société SPIE Batignolles génie civil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en raison du caractère définitif du décompte général, intervenu le 9 octobre 2017, soit 45 jours après sa notification ;
- l'autorité de la chose jugée est opposable aux prétentions de la requérante dès lors que la présente requête est dirigée contre l'Etat (identité de parties), s'appuie sur les mêmes fondements que la requête initiale (identité de cause) et tend à l'indemnisation des mêmes chefs de préjudice (identité d'objet) ;
- à titre subsidiaire, les réclamations sont infondées.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicables aux marchés publics de travaux, tel qu'approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,
- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,
- et les observations de Me Grange, représentant la société SPIE Batignolles Génie civil.
Considérant ce qui suit :
1. Le ministère des armées a, par un acte d'engagement signé le 3 décembre 2012, conclu un marché public avec la société SPIE Batignolles génie civil (ci-après SPIE), venant aux droits de la société SPIE Batignolles TPCI, dont l'objet portait notamment sur la création d'infrastructures au sein de l'institut de recherche biomédicale (dit A). Le lot n°1 " Gros œuvre, terrassement, structure, fondations, charpente métallique, couverture, étanchéité, VRD, accès véhicules et clôtures ", qui portait sur la construction d'un bâtiment neuf dit " confiné ", sur la réhabilitation de plusieurs bâtiments ainsi que sur la réalisation de travaux de voirie, pour un prix forfaitaire de 13 764 938,62 euros TTC, lui a alors été confié. Les travaux ont été réceptionnés le 7 décembre 2015, et les réserves émises s'agissant du bâtiment dit " confiné " ont été levées par une décision du 27 juin 2016. Puis, la société SPIE a contesté, 18 septembre 2017, le décompte général du marché notifié le 25 août 2017 et a refusé de le signer. Après avoir saisi en vain le conciliateur désigné par le contrat, elle a sollicité l'intervention du comité consultatif de règlement amiable des litiges (CCIRA) le 22 février 2018, qui, par un avis émis le 24 décembre 2020, a recommandé au ministre des armées de verser à cette société la somme de 1 147,50 euros HT en paiement des travaux supplémentaires de fourniture et mise en œuvre d'un caillebotis dans la zone technique et modification d'un caillebotis dans le plenum technique NSB4. Par un courrier du 26 janvier 2021, le ministre des armées, refusant de suivre cet avis, a rejeté la demande de la requérante. La société SPIE sollicite, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 96 921,27 euros TTC, avec intérêts moratoires et capitalisation, ainsi que la fixation du solde du marché à la somme correspondante de 114 113,21 euros TTC.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article 13.4.4 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux dans sa version alors applicable : " Dans un délai de quarante-cinq jours compté à partir de la notification du décompte général, le titulaire renvoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, le décompte général revêtu de sa signature, sans ou avec réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. / Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne le montant des intérêts moratoires afférents au solde () ". Et selon l'article 50.1.1 de ce cahier : " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général () ".
3. Le ministre des armées soutient que le décompte général est devenu définitif le 9 octobre 2017, soit 45 jours après sa notification à la société SPIE le 25 août 2017, en l'absence de réclamation de cette dernière. Il résulte toutefois de l'instruction que la société SPIE a effectué une réclamation le 18 septembre 2017, notifiée le 21 septembre suivant, afin de contester le décompte transmis par le maitre d'ouvrage, en refusant de le signer et en précisant les motifs de ce refus. Cette réclamation comprend, outre des explications circonstanciées sur ces motifs, des tableaux présentant les sommes que la société estime lui être dues. En outre, la société produit une attestation de remise en mains propres de cette réclamation datée du 27 septembre 2017. Dès lors, la requérante établit avoir contesté le décompte général transmis par le maitre de l'ouvrage dans les délais requis. La fin de non-recevoir opposée par le ministre des armées doit donc être écartée.
Sur l'exception de chose jugée opposée en défense :
4. Le ministre des armées soutient que les conclusions de la requête se heurtent à l'autorité de la chose jugée dès lors que le litige met en présence les mêmes parties, présente le même objet et est fondé sur les mêmes causes juridiques que le litige déjà porté devant le tribunal administratif de céans, ayant donné lieu au jugement n° 1805445 du 24 février 2020.
5. Il résulte de l'instruction que la société requérante avait déjà saisi le tribunal, le 27 juillet 2018, d'un litige l'opposant au ministre des armées relatif au règlement financier du marché en litige, en lui réclamant la somme de 2 032 156,58 euros TTC au titre, notamment, de travaux supplémentaires non rémunérés et de difficultés dans l'exécution du marché. Ce jugement, qui rejetait les conclusions de la requête, a été frappé d'appel, et par une décision n°20VE02068 du 22 février 2024, devenue définitive, la cour administrative d'appel a annulé ce même jugement et a condamné l'Etat à verser à la requérante la somme de 17 191,64 euros TTC.
6. S'il résulte de l'instruction que ce précédent contentieux porté devant ce tribunal concernait les mêmes parties que le présent litige, et portait sur la même cause juridique, soit la responsabilité pour faute et sans faute du maitre d'ouvrage dans l'exécution du marché public litigieux, il résulte toutefois du dernier état des écritures de la société SPIE que les demandes qu'elle présente dans le cadre de la présente instance portent sur des chefs de préjudice nouveaux, dont les faits générateurs résident dans des fautes distinctes. Dès lors, en l'absence d'identité d'objet, le ministre des armées ne peut opposer l'autorité de la chose jugée aux prétentions, actualisées, de la requérante.
Sur les sommes réclamées :
7. L'entreprise titulaire d'un marché a droit au paiement des travaux non-prévus au marché initial qui ont été décidés par le maitre d'ouvrage, notamment par le biais d'un ordre de service. En outre, et nonobstant le caractère forfaitaire du prix du marché, le cocontractant de 1'administration est fondé à demander le règlement des travaux indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art, sauf si le maitre d'ouvrage s'y est précisément opposé.
En ce qui concerne les frais de nettoyage au sein du bâtiment dit " confiné " :
8. Il est constant que le maitre de l'ouvrage a, à deux reprises, saisi la société SPIE d'une demande de nettoyage du chantier, dans un premier temps pour qu'elle réalise cette prestation en septembre-octobre 2015, puis, dans un second temps par le biais d'un ordre de service n°167 du 30 novembre 2015. S'il résulte du compte-rendu de la réunion de chantier du 7 juillet 2015, qu'un " nettoyage de livraison " devait être réalisé par le titulaire du lot n°1 à compter du 24 août 2015 et que ce nettoyage était inclus dans les prestations prévues au marché, il n'avait vocation à intervenir qu'une seule fois en fin de chantier afin de faciliter les opérations nécessaires à la réception de l'ouvrage. Or, il résulte des courriers échangés le 11 septembre 2015 que le maitre de l'ouvrage a décidé d'anticiper ce nettoyage de livraison dans le but d'accueillir des personnalités invitées sur le site le 25 septembre 2015, alors même que la société SPIE l'avait alerté sur le caractère prématuré de cette demande au regard de l'avancement des travaux. Ainsi, en maintenant cette demande de nettoyage anticipé, qui n'a pu se substituer au nettoyage nécessaire à la réception de l'ouvrage, qui a été sollicité à nouveau le 30 novembre 2015, l'administration a demandé à son prestataire de réaliser des travaux supplémentaires, consistant en une opération de nettoyage non initialement prévue au contrat, justifiant sa demande de paiement de la somme de 24 591,60 euros TTC.
En ce qui concerne la reprise d'un enrobé :
9. Il résulte de l'instruction que le maitre d'œuvre, dans le cadre du contrôle des ouvrages exécutés, a demandé à la société SPIE, au sein du compte-rendu de réunion de chantier du 7 décembre 2015, d'effectuer une reprise d'enrobé sur une portion de voie. La société SPIE, dont il est constant qu'elle a effectué les travaux correspondant pour un montant équivalent à 7 628,58 euros TTC, fait valoir que son intervention ne peut être regardée comme la reprise d'une malfaçon, et soutient que la couche d'enrobé critiquée procédait de l'intervention d'un autre prestataire. Toutefois, la seule circonstance que le maitre d'œuvre, dans le cadre d'un compte-rendu de chantier, ait sollicité la reprise de cet enrobé, ne peut être regardée comme constituant une commande de travaux supplémentaires adressée à la requérante mais doit s'analyser comme une demande de reprise de malfaçons imputable à son lot s'insérant dans l'exécution normale du contrat. Enfin, la société requérante ne démontre pas que le maitre d'ouvrage aurait commis une faute dans l'exécution de ses missions de contrôle et de direction du chantier à l'origine des travaux litigieux. Par suite, la société SPIE n'est pas fondée à réclamer le paiement de 7 628,58 euros TTC.
En ce qui concerne les travaux portant sur les caillebotis, à l'issue de la réception du chantier :
10. Il résulte de l'instruction que la société SPIE, à la demande du maitre de l'ouvrage, a apporté des modifications portant sur la fourniture et la mise en œuvre de caillebotis dans la zone technique et dans le plenum technique NSB4 pour un montant de 1 377 euros TTC. La société SPIE explique, sans être contredite, qu'elle a réalisé les trémies et caillebotis conformément aux plans contractuels qui lui avaient été transmis, et que, postérieurement à la réception du chantier, des modifications ont été nécessaires afin d'adapter l'ouvrage à de nouveaux besoins. A cet égard, le CCIRA notait dans son avis du 24 décembre 2020 que " les travaux de fourniture et mise en œuvre d'un caillebotis dans la zone technique et modification d'un caillebotis dans le plenum technique NSB4 correspondent à des reprises effectuées à la demande du maitre d'œuvre, après la réception des travaux, pour modifier des travaux qui avaient été réalisés conformément aux plans d'exécution d'une charpente métallique notifiés le 29 juillet 2014 ". Dès lors, la société SPIE est fondée à réclamer le paiement de la somme de 1 377 euros TTC au titre de prestations supplémentaires ainsi sollicitées.
En ce qui concerne la recherche et le traitement des fuites sur la terrasse ET 09 :
11. Il résulte de l'instruction que le ministre des armées a sollicité, le 15 février 2016, dans le cadre de la garantie de parfait achèvement, l'intervention de la société requérante en raison d'infiltrations constatées dans le plenum NSB4. Le rapport d'intervention rédigé par l'intéressée, intervenue en urgence, indique que : " la fuite décelée était localisée au niveau de travaux de serrurerie réalisés sur l'escalier métallique. La PIR servant d'accès pour cette prestation, qui était toujours précisément à cet endroit, présentait un pied sans protection dont l'appui du métal sur le complexe d'étanchéité correspond fortement avec le trou identifié. Il est plus que probable que la réalisation de ces travaux soit la cause de la dégradation constatée ". En outre, il résulte des procès-verbaux de contrôle établis par la société Etanchisol, que la terrasse en cause ne présentait, à l'issue de tests réalisés lors de la réception des travaux, aucune fuite. Dès lors, et en l'absence d'éléments contradictoires opposés par l'Etat, la société SPIE est fondée à soutenir que la réfection de cette terrasse postérieurement à la réception de l'ouvrage doit être regardée comme une prestation supplémentaire, sollicitée par le maitre de l'ouvrage pour remédier à un désordre ne lui étant pas imputable. Elle est donc fondée à réclamer la somme de 4 990,50 euros TTC au titre desdits travaux.
En ce qui concerne les quotes-parts dues au titre du compte prorata :
12. D'une part, l'article 3 du cahier des clauses techniques communes stipule que : " Les relations interentreprises seront régies par une convention de dépenses communes entre les entreprises. Cette convention ne fait pas partie des pièces contractuelles mais sera transmise pour information au Maître d'œuvre, par l'entreprise titulaire du lot 1, gestionnaire du compte prorata. / Cette convention de compte prorata assortie du devis prévisionnel des dépenses sera proposée aux entreprises des autres corps d'état qui devront obligatoirement la viser et l'approuver sous 15 jours après mise au point et diffusion par l'entreprise titulaire. / Les entreprises sont réputées avoir inclus dans leur prix forfaitaire la rémunération du compte prorata et auront obligation de se soumettre aux échéances des paiements émis par l'entreprise chargée de la tenue du compte prorata () La facturation sera établie au fur et à mesure de l'avancement et proposée au gestionnaire du compte prorata qui en assurera le recouvrement. ". En outre, l'article 8.5.1 du cahier des clauses administratives particulières commun à tous les lots prévoit " la mise en place d'un compte prorata, afin de prendre en charge les dépenses communes pour la bonne tenue du chantier. L'entreprise titulaire du lot gros œuvre aura à sa charge la gestion du compte prorata () ".
13. Il ne résulte d'aucune stipulation contractuelle, ni d'aucun texte ou principe, que le maitre de l'ouvrage ait l'obligation d'intervenir dans la gestion du compte prorata. La circonstance que la convention conclue avec les autres titulaires, à laquelle l'Etat n'est pas partie, et qui ne constitue pas une pièce contractuelle du marché, stipule que le maitre d'ouvrage est " garant du paiement des sommes dues () le gestionnaire sera autorisé à demander le règlement directement par le maitre de l'ouvrage () " est sans incidence sur ses obligations en matière de direction du chantier et d'établissement des décomptes. La société SPIE n'est donc pas fondée à demander à l'Etat de l'indemniser des sommes restant dues par les titulaires des autres lots au titre du compte prorata.
14. D'autre part, l'article 9.8 du cahier des clauses administratives particulières commun à tous les lots prévoit que : " Compte tenu du cout prévisionnel global de l'ouvrage, le titulaire ou mandataire du lot n°1 souscrira pour le compte des intervenants assujettis à la responsabilité décennale un contrat collectif d'assurance de responsabilité décennale (). A cet effet, le marché des autres lots prévoira que les titulaires s'engagent à adhérer au contrat d'assurance collectif souscrit par le titulaire du lot n°1 auquel ils donneront mandat pour souscrire pour leur compte (). "
15. En dépit des critiques émises par la société requérante s'agissant de la carence alléguée de l'Etat en ce domaine, il ne résulte d'aucune stipulation contractuelle que ce dernier devait intervenir en cas de non-respect par l'un des titulaires des différents lots du marché de son engagement de régler la part lui incombant au titre de son adhésion au contrat collectif d'assurance. Les conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement doivent donc être rejetées.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la société SPIE est fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 30 959,10 euros, somme correspondant au solde du marché.
En ce qui concerne les intérêts moratoires et leur capitalisation :
17. Aux termes de l'article 98 du code des marchés publics alors applicable : " Le délai global de paiement d'un marché public ne peut excéder : 1° 30 jours pour les services de l'Etat et ses établissements publics autres que ceux ayant un caractère industriel et commercial, à l'exception de ceux mentionnés au 2°, pour les collectivités territoriales et les établissements publics locaux ; () ".
18. La société requérante est ainsi en droit d'obtenir que l'indemnité de 30 959,10 euros soit assortie des intérêts moratoires contractuels à compter du 21 octobre 2017, soit trente jours après réception de son mémoire en réclamation, ainsi que de la capitalisation de ces intérêts à compter du 1er avril 2021, date à laquelle elle a été demandée, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette dernière date.
Sur les frais liés au litige :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie pendante dans le cadre de la présente instance, la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dont les dispositions font en revanche obstacle qu'il soit fait droit à la demande de l'Etat tendant à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante la somme de 2 400 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 30 959,10 euros TTC à la société SPIE Batignolles génie civil, somme correspondant au solde du marché.
Article 2 : L'indemnité de 30 959,10 euros portera intérêts moratoires contractuels à compter du 21 octobre 2017. Les intérêts échus au 1er avril 2021, puis à chaque échéance annuelle, seront capitalisés pour produire eux même des intérêts.
Article 3 : L'Etat versera à la société Spie Batignolles génie civil la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par le ministre des armées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société SPIE Batignolles génie civil ainsi qu'au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
M. Maitre, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
M. Geismar
La présidente,
signé
N. Ribeiro-Mengoli
La greffière,
signé
B. Dalla Guarda
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026