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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102808

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102808

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102808
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantGUEUNIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête enregistrée sous le n°2102808 le 2 avril 2021, la société civile immobilière (SCI) FSA et A, représentée par Me Gueunier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des majorations mises à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la régularité de la procédure :

- la vérification est entachée d'irrégularité dès lors qu'elle n'a pas pu bénéficier d'un débat oral et contradictoire en méconnaissance de la doctrine exprimée sous la référence BOI-CF-PGR 20-20-20120912 ;

- la taxation d'office dont elle a fait l'objet pour la période des années 2012, 2013 et 2014 est irrégulière au regard de l'article L. 66 3° du livre des procédures fiscales, dans la mesure où le service n'a pas apprécié l'absence de déclaration de la TVA pour chaque période d'imposition contrairement à la doctrine exprimée sous la référence BOI-CF-IOR 50-10-20-10 n°140 du 18 décembre 2014 ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne fait pas mention des motifs de droit fondant la base légale des redressements ni des motifs de fait comme le précise la doctrine administrative exprimée sous les références BOI-TVA-CHAMP 10-10-30 et BOI-TVA-CHAMP 30-10-50 ;

Sur le bien-fondé des rappels de TVA :

- le service s'est abstenu de procéder à un pointage des encaissements effectifs pour établir les bases d'imposition concernant la taxe sur la valeur ajoutée collectée et s'est contenté des encaissements ressortant des comptes clients, sans rapprochement avec les relevés bancaires ;

- le service n'a pas précisé dans la proposition de rectification avoir procédé à l'exercice du droit de communication auprès des établissements bancaires, en méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- le service a retenu la totalité des sommes sans distinguer leur nature, certaines n'étant pas soumises à la TVA ;

Sur la majoration :

- la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas suffisamment motivée, en méconnaissance de la doctrine exprimée sous la référence BOI-CF-INF 3020 n°240 du 12 septembre 2012 ;

- le caractère délibéré de l'intention d'éluder l'impôt n'est pas rapporté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2021, l'administrateur général chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile de France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II°) Par une requête enregistrée sous le n°2103105 le 14 avril 2021, la société civile immobilière (SCI) FSA et A, représentée par Me Gueunier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des majorations mises à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la régularité de la procédure :

- la vérification est entachée d'irrégularité dès lors qu'elle n'a pas pu bénéficier d'un débat oral et contradictoire, en méconnaissance de la doctrine exprimée sous la référence BOI-CF-PGR 20-20-20120912 ;

- la taxation d'office dont elle a fait l'objet pour la période des années 2016 et 2017 est irrégulière au regard de l'article L. 66 3° du livre des procédures fiscales, dans la mesure où le service n'a pas apprécié l'absence de déclaration de la TVA pour chaque période d'imposition contrairement à la doctrine exprimée sous la référence BOI-CF-IOR 50-10-20-10 n°140 du 18 décembre 2014 ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne fait pas mention des motifs de droit fondant la base légale des redressements ni des motifs de fait, s'agissant des loyers perçus comme le précise la doctrine administrative exprimée sous les références BOI-TVA-CHAMP 10-10-30 et BOI-TVA-CHAMP 30-10-50 ; le service n'a pas procédé à un examen précis de chaque location, concernant la déclaration prévue à l'article 260 2° du code général des impôts ; il a méconnu la doctrine exprimée sous la référence BOI-TVA-CHAMP 50-10 n°20 du 4 avril 2014 ;

- la proposition de rectification, qui ne fait pas mention de l'exercice du droit de communication auprès de l'établissement bancaire BNP, a méconnu les garanties prévues à l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

Sur le bien-fondé des rappels de TVA :

- le service s'est abstenu de procéder à un pointage des encaissements effectifs pour établir les bases d'imposition concernant la taxe sur la valeur ajoutée collectée et s'est contenté des encaissements ressortant des comptes clients, sans rapprochement avec les relevés bancaires ;

- le service n'a pas précisé dans la proposition de rectification avoir procédé à l'exercice du droit de communication auprès des établissements bancaires ;

- le service a retenu la totalité des sommes sans distinguer leur nature, certaines n'étant pas soumises à la TVA ;

Sur les majorations :

- la majorations de 40 % pour manquement délibéré n'est pas suffisamment motivée alors que la déclaration a été déposée dans le délai de trente jours à compter de la réception de la mise en demeure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

III°) Par une requête enregistrée sous le n°2110371 le 29 novembre 2021, la société civile immobilière (SCI) FSA et A, représentée par Me Gueunier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des majorations mises à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la régularité de la procédure :

- la taxation d'office dont elle a fait l'objet pour la période des années 2016 et 2017 est irrégulière au regard de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, dans la mesure où le service n'a pas apprécié l'absence de déclaration de la TVA pour chaque période d'imposition, contrairement à la doctrine exprimée sous la référence BOI-CF-IOR 50-10-20-10 n°140 du 18 décembre 2014 ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne fait pas mention des motifs de droit fondant la base légale des redressements et ne permet pas de connaître les modalités de détermination des bases servant aux redressements ; le type de revenus n'est pas précisé ni le quantum ;

Sur le bien-fondé des rappels de TVA :

- la méthode utilisée par le service est erronée, dès lors qu'il s'est fondé sur les bénéfices et non sur le chiffre d'affaire ;

- le service n'a pas distingué les régimes de TVA applicables selon les locations immobilières, certaines n'étant pas soumises à la TVA, ni les règles d'exigibilité de TVA, conformément au 2° de l'article 260 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,

- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les n°2102808, 2103105 et 2110371 ont été introduites par le même contribuable, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. La société civile immobilière (SCI) FSA et A exerce une activité de prestations de services de location d'immeubles à usage de bureaux. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité et d'un contrôle sur place pour la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014. Par une proposition de rectification du 9 décembre 2015, des rehaussements en matière de taxe sur la valeur ajoutée ont été portés à la connaissance de la société, qui a présenté des observations le 5 février 2016 mais le service a maintenu les impositions par une réponse du 25 mars 2016 et les rappels de TVA ont été mis en recouvrement le 28 décembre 2016. La réclamation préalable de la société, du 24 décembre 2019 a été rejetée par une décision du 29 janvier 2021 et la SCI FSA et A demande au tribunal la décharge des rappels de TVA par la requête n°2102808. La SCI FSA et A a fait l'objet d'une deuxième vérification de comptabilité portant sur la TVA pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, aboutissant à une proposition de rectification du 28 juin 2019 pour des rappels de TVA mis en recouvrement le 16 août 2019. La réclamation contentieuse du 1er décembre 2020 a été rejetée par une décision du 16 février 2021 et la SCI FSA et A demande au tribunal la décharge des rappels en cause par la requête n°2103105. Enfin, un contrôle sur pièces portant sur la TVA pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 a été engagé concernant la société, des rappels de TVA étant notifiés par une proposition de rectification du 12 novembre 2018, puis mis en recouvrement le 15 janvier 2019. La réclamation contentieuse du 1er décembre 2020 a été rejetée par une décision du 29 septembre 2021 et la SCI FSA et A demande au tribunal la décharge des rappels en cause par la requête n°2110371.

Sur la régularité de la procédure :

En ce qui concerne l'existence d'un débat oral et contradictoire :

3. Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables () ". Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une société a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat avec les représentants de la société.

S'agissant de la vérification de comptabilité sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 :

4. Il résulte de l'instruction que, par un avis du 23 octobre 2015 dont elle a accusé réception le 25 octobre suivant, la société FSA et A a été informée par le service que la première intervention de la vérification de comptabilité se déroulerait sur place le 17 novembre 2015 au siège de la société, situé au 10, rue du Petit Fief à Sainte-Geneviève-des-Bois. Lors de cette première intervention puis de celle du 26 novembre 2015, Mme Procope secrétaire de la société requérante, a présenté un mandat de M. B, gérant, en date du 16 novembre 2015, pour le représenter en son absence dans toutes les opérations de contrôle, bien que cette salariée n'ait pu que remettre les documents de comptabilité, en raison de sa méconnaissance de l'activité. Bien que des réponses aux questions du service aient été adressées par le cabinet Auditeurs Associés Conseil, expert-comptable de la société FSA et A, M. B ne l'a pas mandaté pour le représenter lors de la vérification, alors qu'il a déclaré lui-même être souvent à l'étranger. A ce titre, M. B, destinataire des courriels du service, a déclaré ne pas pouvoir être présent lors du rendez-vous prévu le 2 décembre 2015 pour la synthèse de la vérification de l'année 2012, puis a informé le service le 7 décembre 2015 qu'il renonçait au bénéfice du 3ème rendez-vous et de la réunion de synthèse qui lui étaient proposés le 10 décembre 2015, précisant même au service dans un mail du 9 décembre 2015 que la réunion de synthèse n'avait aucune utilité compte tenu de son absence et de la décharge de Mme Procope de son mandat de représentation. En outre, le gérant de la société, bien que disposant des coordonnées du vérificateur, n'a jamais pris contact avec lui. Dans ces conditions, la SCI FSA et A n'apporte pas la preuve qui lui incombe qu'elle aurait été privée d'un débat oral et contradictoire lors des opérations de vérification sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014.

S'agissant de la vérification de comptabilité sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 :

5. Il résulte de l'instruction que, par un avis de vérification du 7 mars 2019 dont elle a accusé réception le 12 mars suivant, la société FSA et A a été informée par le service que la première intervention de la vérification de comptabilité se déroulerait sur place le 28 mars 2019 au siège de la société. Toutefois, le gérant de la société à cette période, M. A, a contacté le service pour solliciter le report de la réunion et sa délocalisation au siège du cabinet d'expert-comptable Auditeurs Associés Conseils. La première intervention s'y est tenue le 8 avril 2019, ainsi que deux autres interventions les 29 avril et 21 juin 2019 en présence de M. C disposant d'un mandat valable émis par M. A, en date du 4 avril 2019. Par deux courriers du 9 mai puis du 25 juin 2019, le gérant de la société a toutefois refusé la réunion de synthèse prévue le 28 juin 2019 et signalé au service l'absence de M. C et de lui-même à toute nouvelle réunion. Dans ces conditions, la SCI FSA et A n'apporte pas la preuve qui lui incombe, qu'elle aurait été privée d'un débat oral et contradictoire lors des opérations de vérification sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017.

En ce qui concerne la régularité de la taxation d'office des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

6. Aux termes de l'article L. 66 du même livre : " Sont taxés d'office : () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ".

7. D'une part, au titre de chacune des périodes vérifiées, du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 et du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015, il résulte de l'instruction que la SCI FSA et A n'a déposé aucune déclaration de TVA dans les délais légaux auprès du service des impôts des entreprises. En particulier, au titre de la première période vérifiée, les déclarations CA12 n'ont été remises que lors des opérations de vérifications, les formulaires étant dépourvus de la signature du gérant de la société. Il résulte en outre de l'instruction que le service a notifié les rappels de TVA de manière distincte au titre de chaque période annuelle concernée par la vérification (années 2012, 2013, 2014 et 2015), la société requérante relevant alors du régime réel simplifié conduisant à une déclaration annuelle CA12. D'autre part, au titre de la période vérifiée du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, il résulte de l'instruction que la SCI FSA et A, qui relevait alors du régime réel normal lui imposant une déclaration mensuelle modèle CA3, en raison du montant de son chiffre d'affaires annuel, n'avait déposé aucune déclaration mensuelle de cette période dans les délais légaux. Dès lors, la société n'est pas fondée à soutenir que l'appréciation globale du service est erronée en l'absence de prise en compte de chaque période de déclaration. Dans ces conditions, l'administration fiscale était fondée à mettre en œuvre la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 66 du livre des procédures fiscales précité, pour chacune des périodes vérifiées.

En ce qui concerne la motivation des propositions de rectification :

8. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions ".

9. La SCI FSA et A soutient que les propositions de rectification qui lui ont été adressées le 9 décembre 2015, le 12 novembre 2018 et le 28 juin 2019, ne sont pas suffisamment motivées en ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée. En l'espèce, d'une part, seules les dispositions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales sont applicables, eu égard à la procédure de taxation d'office régulièrement mise en œuvre sur le fondement de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales pour chacune des trois périodes concernées. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales dans sa première requête. D'autre part, il résulte de l'instruction que les propositions de rectification indiquent les motifs de droits et les éléments ayant servi au calcul des impositions établies d'office, en précisant notamment les modalités de calcul du montant des rappels de taxe dus, pour chacune des périodes en cause. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des propositions de rectification doivent être écartés.

En ce qui concerne l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales :

10. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. "

11. Pour contester la régularité de la vérification concernant la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, la SCI FSA et A soutient que le service s'est abstenu de préciser les dates d'exercice des droits de communication et les modalités d'obtention des informations communiquées par les tiers. Il résulte toutefois de l'instruction que les reconstitutions de taxe sur la valeur ajoutée ont été effectuées par rapprochement entre les encaissements et sommes figurant sur le compte 411 et les relevés bancaires, produits spontanément par M. C, dûment mandaté lors des opérations de contrôle, sans que le service ait eu besoin de mettre en œuvre l'exercice du droit de communication auprès des tiers, contrairement à ce que soutient la société requérante. Dans ces conditions, alors que la SCI FSA et A n'établit pas que d'autres éléments que ceux qu'elle a elle-même fournis auraient été pris en compte, elle n'est pas fondée à soutenir que la procédure est irrégulière du fait que l'administration ne l'aurait pas informée de l'origine des renseignements ayant servi de base aux redressements.

12. La société requérante ne peut utilement invoquer la doctrine administrative exprimée au bulletin officiel des impôts sous les références BOI-CF-PGR 20-20-20120912, BOI-CF-IOR 50-10-20-10 n°140 du 18 décembre 2014, BOI-TVA-CHAMP 10-10-30, BOI-TVA-CHAMP 30-10-50 et BOI-TVA-CHAMP 50-10 n°20 du 4 avril 2014, relative à la procédure d'imposition, qui est exclue du champ d'application de la garantie contre les changements de doctrine figurant à l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la société FSA et A n'est pas fondée à soutenir que les procédures d'imposition seraient irrégulières.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

14. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

15. Il résulte de l'instruction que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels la SCI FSA et A a été assujettie au titre des années 2012 à 2017 inclus ont été établis à l'issue de procédures de taxation d'office diligentées à l'encontre de la société requérante en application de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. Dès lors, en application de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, elle supporte la charge d'établir l'exagération des impositions mises à sa charge.

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

16. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts, dans sa version applicable aux impositions en litige : " I. -Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () / IV. - 1° Les opérations autres que celles qui sont définies au II, () sont considérés comme des prestations de services () ". Aux termes de l'article 269 du même code : " () 2. La taxe est exigible : / () c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. () "

S'agissant de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 :

17. Pour contester les rappels de TVA mis à sa charge, la société FSA et A soutient que le service n'a pas procédé à un pointage des encaissements effectifs pour établir les bases d'impositions à la TVA et que le service a retenu à tort la totalité des sommes ressortant des comptes clients, sans distinguer leur nature, certains encaissements n'étant pas soumis à la TVA.

18. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des annexes 2.1 à 2.3 de la proposition de rectification, que le service a détaillé pour chaque période la nature des sommes fondant les rappels de TVA en établissant la liste des encaissements, en y précisant pour chaque encaissement le montant hors taxe, le taux applicable de TVA et le montant toutes taxes comprises et en identifiant les remboursements clients virements et chèques annulés. La société requérante, à qui incombe la charge de la preuve, ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations et, par suite, ne démontre pas le caractère exagéré des impositions mises à sa charge au titre de la période considérée.

S'agissant de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 :

19. Il résulte de l'instruction que, s'agissant de la période en litige, la société requérante qui exerce une activité de prestations de services et a opté pour l'assujettissement à la TVA, n'a toutefois souscrit aucune déclaration de TVA pour 2015. Dès lors, comme précisé dans la proposition de rectification, pour déterminer le montant de TVA collectée par la SCI FSA et A, le service s'est fondé sur les revenus bruts déclarés par chacun des associés dans leurs déclarations 2044 spéciales, correspondant aux revenus encaissés par la société et distribués, et a appliqué le taux de TVA sur les montants estimés. S'agissant de la TVA déductible, la société requérante ne produit aucun document de nature à justifier des montants figurant sur les factures d'achats ni que ces dépenses ont été effectuées pour les besoins de l'entreprise. Dans ces conditions, la société requérante, à qui incombe la charge de la preuve, ne produit aucune pièce justificative et ne démontre pas le caractère exagéré des impositions mises à sa charge au titre de la période considérée.

S'agissant de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 :

20. Dès lors que la comptabilité n'a pas fait l'objet d'un rejet et qu'il n'a pas été procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société, le service a effectué un rapprochement du chiffre d'affaires par les encaissements constatés afin de reconstituer la base imposable de TVA, par la comparaison entre les encaissements figurant au compte bancaire de la société et les montants portés sur le compte client, tel que précisé à la SCI FSA et A dans la proposition de rectification du 28 juin 2019. Le service a ainsi indiqué des montants de TVA collectée non déclarés à hauteur de 42 694 euros pour l'année 2016 et 38 300 euros pour l'année 2017. Pour contester ces impositions, la société requérante n'apporte aucun élément à l'appui de ses écritures, en particulier elle ne justifie pas ses allégations tenant à ce que les sommes encaissées de la société CSPI SARL correspondraient à des avances de trésorerie, ni justifié des virements de compte à compte allégués, ni que les sommes retenues proviennent de certains clients qui ne figurent pas parmi ses locataires. Par suite, la SCI FSA et A ne démontre pas le caractère exagéré des impositions mises à sa charge au titre de la période en litige.

Sur les pénalités :

21. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ". Aux termes de l'article 1729 du même code : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

22. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les majorations de 40% appliquées au titre de chaque période vérifiée, ont été suffisamment motivées, dès lors que chaque proposition de rectification a précisé le montant des impositions en litige, le montant des pénalités et la période d'imposition en cause, ainsi que les dispositions applicables du code général des impôts.

23. En deuxième lieu, l'administration fait valoir l'importance des rappels effectués au titre de la TVA collectée sur les encaissements et la réitération sur l'ensemble de la période contrôlée de 2012 à 2017 inclus des infractions relatives à l'absence de déclaration de la taxe sur la valeur ajoutée, alors que celles-ci avaient déjà été relevées lors du contrôle portant sur les années 2009 à 2011 et portées à la connaissance de la société requérante par une proposition de rectification du 25 mai 2012. La circonstance que la société ait remis au service dans le délai de trente jours suivant mise en demeure, une déclaration annuelle non conforme est sans influence sur le bien-fondé de la majoration dès lors qu'une telle action est assimilable à un défaut de déclaration. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, de l'intention frauduleuse de la société requérante et justifie les majorations de 40 % pour manquement délibéré dont ont été assortis, sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts, les suppléments d'impôts en litige au titre la période vérifiée du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014.

24. La société requérante n'est, en tout état de cause, pas fondée à se prévaloir de la doctrine administrative exprimée aux paragraphes n°80 à 120 du bulletin officiel des impôts référencé BOI CF INF 3020 n° 240 du 12 septembre 2012, qui ne donne pas une interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il est fait application.

25. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI FSA et A n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et en pénalités, des rappels de TVA mis à sa charge au titre des périodes allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2017.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat qui n'a pas, dans les présentes instances, la qualité de partie perdante, verse à la SCI FSA et A les sommes qu'elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SCI FSA et A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI FSA et A, à l'administrateur général chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile de France et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

F-X de MiguelLe président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 ; 2103105 ; 2110371

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