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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102863

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102863

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102863
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL GUIDET ET ASSOCIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 avril 2021 et le 10 novembre 2022, M. A B, représenté par le cabinet Guidet et associés, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de prélèvement sociaux mis à sa charge au titre des années 2013 et 2014 pour un montant total de 45 091 euros en droits, pénalités et intérêts de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- c'est à tort que le service a imposé dans la catégorie des traitements et salaires les sommes de 25 200 euros et de 30 000 euros versées en 2014 qui ne correspondent pas à une rémunération, mais à des dividendes versés par la société à ses associés, imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ; les libellés des écritures comptables de la société, sur lesquelles s'est fondé le service, sont en effet erronés ;

-une partie de ces sommes, à hauteur de 12 960 euros en 2014, a été en réalité distribuée par la société à M. F A B et Mme E, et ne saurait, par conséquent, être imposée entre ses mains ; ainsi, seule la somme de 27 978 euros, correspondant à la rémunération de ses fonctions de gérant au titre de l'année 2014, est imposable dans la catégorie des traitements et salaires ;

- il n'a été destinataire d'aucune demande de justificatif concernant les dons qu'il a effectués au profit d'organismes de santé publique, et déduits de son revenu imposable au titre de l'année 2014 ; il les communiquera au tribunal dès réception ; eu égard à l'ancienneté des faits, il est normal qu'il ne soit plus en possession de ces justificatifs et par conséquent il convient de prononcer la décharge du rappel de 526 euros résultant de la remise en cause de la réduction d'impôt correspondante ;

- la majoration de 40 % n'est pas motivée ;

-elle n'est pas justifiée, faute pour l'administration d'apporter la preuve d'une intention délibérée d'éluder l'impôt.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2021, le directeur départemental conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

-le requérant conteste uniquement les rectifications notifiées au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2014, soit 11 137 euros en droits et 445 euros au titre des intérêts de retard, ainsi que les pénalités pour manquement délibéré mises à sa charge au titre de 2013 et 2014, soit respectivement 5 475 euros et 4 455 euros ; le quantum du litige s'élève ainsi à la somme de 21 512 euros ;

-les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 28 novembre 2022 à 10h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1.A la suite de la vérification de comptabilité de la SARL BAM Services, dont M. C A B était gérant statutaire et unique associé depuis sa création le 8 mars 2010 jusqu'au 31 décembre 2012, puis à hauteur de 40 % des parts sociales à partir du 1er janvier 2013, le service vérificateur a, par proposition de rectification du 12 avril 2016, faisant application de la procédure contradictoire, réintégré aux traitements et salaires déclarés par M. A B au titre des années 2013 et 2014 les montants omis dans ses déclarations de revenus à hauteur respectivement de 9 173 euros et de 55 178 euros et réintégré à son revenu imposable de l'année 2013, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers les soldes débiteurs des comptes courant d'associés s'élevant respectivement à 45 618 euros en 2012 et à 24 990 euros au 31 décembre 2013 ; le service a en outre remis en cause la réduction d'impôt déclarée par le requérant au titre de l'année 2014 dans la rubrique " dons versés à des organismes d'aide aux personnes en difficulté " pour un montant de 526 euros. Les suppléments d'imposition en résultant ont été assortis d'une majoration de 40 % et mis en recouvrement le 31 juillet 2016. Ses réclamations contentieuses du 6 septembre 2016, 7 mars 2017, 19 juillet 2017, 17 mai 2018 et du 27 décembre 2019 ayant été rejetées et sa réclamation du 11 décembre 2017 ayant fait l'objet d'une décision d'admission partielle datée du 15 mars 2018, M. A B demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires ainsi mises à sa charge.

Sur l'étendue du litige

2.Il résulte des propres écritures du requérant, qui n'a pas contesté, dans son mémoire en réplique enregistré le 10 novembre 2022, les observations du défendeur relatives à l'étendue du litige, que M. A B n'a entendu contester que les impositions supplémentaires mises à sa charge au titre de l'année 2014 dans la catégorie des traitements et salaires, et les pénalités pour manquement délibéré mises à sa charge au titre des années 2013 et 2014. Par suite, l'étendue du litige doit être regardée comme s'élevant, ainsi que le fait valoir le défendeur, au montant non contesté de 21 512 euros en droits et pénalités.

Sur le bien-fondé des impositions en litige

En ce qui concerne la charge de la preuve

3.Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. () ". En l'espèce, M. A B n'ayant pas formulé d'observations en réponse à la proposition de rectification du 12 avril 2016, supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

En ce qui concerne la catégorie d'imposition

4.Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Et aux termes de l'article 79 du même code, dans sa version applicable depuis le 1er janvier 2011 : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu ".

5.Il résulte de l'instruction que le service a relevé, au cours des opérations de vérification de la SARL Bam Services, que le compte courant d'associé n°455000 libellé au nom de M. A B avait été crédité au cours de l'année 2014 des montants de 30 000 euros, 25 200 euros et 27 978 euros, enregistrés, selon les écritures comptables de la société datées du 31 décembre 2014, sous les libellés " rémunération gérant 2013 ", " rémunération gérant 2014 " et " prime 2014 ".

6.Si le requérant soutient que les sommes de 25 200 euros et de 30 000 euros qui lui ont été versées en 2014 ne correspondent pas à une rémunération mais à des dividendes, et que les libellés des écritures comptables relatifs à la " rémunération 2013 " et à une " prime 2014 " sont erronés, il n'apporte toutefois aucun justificatif à l'appui de ses allégations, notamment, ainsi que le fait valoir le défendeur, aucune copie du procès-verbal d'assemblée générale déterminant la part attribuée aux associés sous forme de dividendes conformément aux dispositions de l'article L. 232-12 du code de commerce, qui n'a pas été présentée au cours des opérations de vérification, ni produite à l'occasion de la présente instance. Dans ces conditions, le requérant n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que les sommes en cause correspondraient, comme il le soutient, au versement de dividendes et qu'elles étaient imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

7.Si le requérant soutient par ailleurs qu'une partie de ces sommes ont en réalité été perçues par M. F A B, à hauteur de 7 890 euros, et de Mme E, à hauteur de 5 070 euros, et s'il résulte de l'instruction qu'il s'est prévalu, à l'appui de sa réclamation contentieuse datée du 27 décembre 2019, d'une écriture du 8 juillet 2014 faisant apparaître un débit de 7 890 euros du compte courant d'associé de M. C A B, au profit de M. F A B, et d'une écriture apparaissant au débit du compte banque numéroté 512000, faisant apparaître un virement de 5 070 euros au profit de Mme E, ces éléments, qui sont indépendants des écritures comptables du 31 décembre 2014, sur lesquelles s'est fondé le service, ne permettent pas d'établir que M. C A B n'aurait pas bénéficié des sommes en litige.

8.Aux termes de l'article 200 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " 1. Ouvrent droit à une réduction d'impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant les sommes prises dans la limite de 20 % du revenu imposable qui correspondent à des dons et versements, y compris l'abandon exprès de revenus ou produits, effectués par les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B, au profit : / () b) D'œuvres ou d'organismes d'intérêt général ayant un caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire () ". Présentent ce caractère les œuvres ou organismes qui concourent à la protection de la santé publique sur le plan de la prophylaxie ou de la thérapeutique.

9.S'il n'a été destinataire d'aucune demande de justificatif concernant les dons qu'il a effectués au profit d'organisme de santé publique, et déduit de son revenu imposable au titre de l'année 2014, le requérant n'apporte toutefois pas la preuve qu'il aurait effectué de tels dons en se bornant à soutenir qu'il n'est pas parvenu à retrouver les justificatifs correspondants. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme non-fondé.

10.Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés d'une erreur dans la catégorie d'imposition, et d'une surestimation de ses bases imposables, ne peuvent qu'être écartés.

Sur les pénalités

11.Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". En vertu de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, en cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable, la preuve de la mauvaise foi incombe à l'administration.

12.En l'espèce, d'une part, la proposition de rectifications du 12 avril 2016 indique le fondement légal de la majoration litigieuse, et expose les circonstances de fait sur lesquelles elle s'appuie pour faire application de la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées, en relevant notamment qu'eu égard à ses fonctions de gérant M. A B ne pouvait ignorer le montant ni le caractère imposable des sommes en litige. Par suite, elle est régulièrement motivée.

13.Pour justifier l'application de la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées, l'administration fait valoir que M. A B, gérant et associé de la société BAM Services, ne pouvait ignorer d'une part le montant d'autre part le caractère imposable des sommes qu'il a omis de déclarer au titre de l'impôt sur le revenu des années 2013 et 2014. Eu égard à ces circonstances, à l'importance et au caractère répétitif des omissions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'intention délibérée du contribuable d'éluder l'impôt, et a pu, à bon droit, faire application de la majoration litigieuse.

14.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A B tendant à la décharge des impositions en litige ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delage, président,

Mme Winkopp-Toch, première conseillère,

M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. D

Le président,

Signé

Ph. Delage Le greffier,

Signé

C. Gueldry

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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