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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103062

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103062

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103062
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantCREAC'H

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2021, M. D A et Mme C F, représentés par Me Creac'h, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration ne démontre pas l'appréhension effective des sommes rectifiées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ;

- les dépenses pour les véhicules Porsche 911, Porsche Carrera et Mercedes GT AMG ainsi que les dépenses de réception ont été engagées dans l'intérêt de la société et non pas dans son intérêt unique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par les requérants sont infondés.

Par une ordonnance du 23 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une vérification de comptabilité de la SARL Manwork, société de travail temporaire dont M. D A assure la gérance et détient 90% du capital social, M. D A et Mme C F ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015, 2016 et 2017 et se sont vu adresser le 26 novembre 2018 deux propositions de rectification dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement de l'article 111 c du code général des impôts en raison de dépenses dont l'intérêt pour la société Manwork n'était pas établi. L'administration fiscale ayant maintenu ses rehaussements en dépit des observations et de la réclamation présentées par M. A et Mme F, ces derniers demandent, par la présente requête, la décharge des impositions supplémentaires mises à leur charge au titre des années 2015 à 2017 pour un montant total en droits et pénalités de 128 513 euros.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 54 bis du code général des impôts : " Les contribuables visés à l'article 53 A () doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel. " Aux termes de l'article 111 c du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; () " Il résulte des dispositions de l'article 54 bis et 111, c du code général des impôts qu'une société qui comptabilise indistinctement, dans son compte de frais généraux, des avantages en nature accordés à des membres de son personnel et qui, revêtant de ce fait un caractère occulte, sont constitutifs pour ceux-ci de revenus distribués ne peut elle-même les soustraire de son bénéfice imposable. Le gérant d'une société à responsabilité limitée, qu'il soit associé majoritaire ou non, qu'il soit ou non lié à la société par un contrat de travail pour des fonctions indépendantes de la gérance, doit être regardé comme appartenant au personnel de la société pour l'application de ces dispositions.

3. Lors de la vérification de comptabilité de la société Manwork, l'administration fiscale a estimé que M. A avait bénéficié d'avantages en nature, qui n'avaient pas été inscrits comme tels en comptabilité en méconnaissance de l'article 54 bis alinéa 2 du code général des impôts, constitués d'achats de vêtements de marque ou de loisirs pour un montant de 6 061 euros en 2015, de 1 366 euros en 2016 et de 480 euros en 2017, de frais de réception ne constituant pas des repas d'affaires pour un montant de 2 560 euros en 2015, de 1 792 euros en 2016 et de 503 euros en 2017, de la prise en charge de redevances de crédit-bail pour 36 522 euros annuels et de frais divers afférents à un véhicule de marque Porsche 911 mis à la disposition du gérant pour son usage privé ainsi que la location de véhicules de marque Mercedes GT AMG et Porsche Carrera, également mis à la disposition de M. A pour son usage privé. Pour leur part, les requérants soutiennent, d'une part, que les frais de restauration et de véhicule ont été engagés dans l'intérêt de la société et ne constituaient pas des avantages en nature, d'autre part, que l'administration ne rapporte pas la preuve de l'appréhension effective des dépenses de vêtements et de réception par M. A.

En ce qui concerne le caractère professionnel de telles dépenses :

S'agissant des dépenses de restaurant :

4. Concernant les dépenses de restaurant, M. A affirme que la facture de restaurant Lasserre correspond à un repas de fin d'activité de la période 2016/2017 rassemblant le personnel de la SARL Manwork et visant à renforcer la cohésion de groupe. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction et en particulier des propositions de rectification qui lui ont été adressées que cette somme ait été imposée entre les mains de M. A. S'agissant des autres frais de bouche, M. A fait valoir que les factures produites correspondent à des invitations de clients dans l'intérêt de la société et se prévaut du réalisme économique eu égard aux faibles montants concernés. L'administration indique toutefois n'avoir retranché des charges comptabilisées par la SARL Manwork que les dépenses de restaurant effectuées en dehors des heures habituelles de travail, le soir et le week-end et le requérant ne produit aucun justificatif du caractère professionnel de ces dépenses. En outre, si les montants des frais de restaurant imposés entre les mains de M. A sont relativement faibles chaque année, il résulte de l'instruction que le montant des dépenses de restauration remises en cause au stade de la vérification de comptabilité de la société Manwork atteignaient 4 488 euros en 2015, 7 085 euros en 2016 et 7 292 euros (8 577 euros - 1 285 euros dégrevé par la suite) en 2017 et que la majeure partie de ces sommes a été imposée entre les mains du salarié de M. A, M. B, dès lors qu'elles ont été réglées avec sa carte bancaire. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe du caractère personnel des dépenses prises en charge par la société, laquelle constitue un avantage occulte imposable entre les mains de M. A sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.

S'agissant des frais de véhicules :

5. M. A fait valoir que les véhicules Porsche 911 et Mercedes GT AMG sont des véhicules de représentation, utiles à son image et que le service n'apporte pas la preuve de l'usage personnel du véhicule Mercedes GT AMG dès lors qu'il ne se fonde que sur des déclarations orales lors des opérations de contrôle, inopposables en application de la réponse ministérielle n°36.323. M. A ajoute que le véhicule Porsche 911 était utilisé à des fins professionnelles ainsi qu'en atteste le contrat d'assurance, la contravention pour excès de vitesse dressée dans le Loiret sur le trajet entre les agences Manwork de Paris et de Lyon et les collaborateurs utilisateurs du véhicule MM. B et Tchetche. Il précise que la location sur la même période d'un véhicule modèle Smart ne saurait lui être opposée dès lors que, contrairement aux indications figurant sur les documents d'assurance, qui comportent de nombreuses erreurs, le conducteur principal du véhicule n'était pas le dirigeant mais ses collaborateurs et que la location du véhicule Mercedes GT AMG du 20 février au 24 mars 2017 s'explique par l'indisponibilité du véhicule Porsche 911 en raison de sa révision en mai 2016. Enfin M. A fait valoir que le tribunal administratif de Paris a, par jugement du 4 juillet 2017, prononcé à la suite d'une précédente procédure de vérification de comptabilité, reconnu à la société le droit d'engager des dépenses de véhicules pour assurer le suivi des salariés mis à la disposition des clients.

6. Il ressort toutefois des contrats d'assurance produits par l'administration en défense que, contrairement au véhicule Smart déclaré pour un usage professionnel et dont le lieu de stationnement habituel renseigné est un garage proche du siège de la société Manwork dans le 2ème arrondissement de Paris, le véhicule Porsche 911 a été assuré pour l'usage privé et les trajets domicile-travail de M. A, avec pour lieu de stationnement habituel un garage à Saint-Germain-en-Laye, commune de domiciliation de M. A sur la période vérifiée. L'administration relève également que durant la période contrôlée, la société disposait de trois autres véhicules utilisés à des fins professionnelles (Audi Q5, Tiguan, Smart). Or d'une part, les requérants ne sauraient remettre en cause la valeur probante du contrat d'assurance produit pour le véhicule en cause au motif qu'il n'est pas signé de la société Manwork et comporte de nombreuses erreurs matérielles dès lors qu'ils ne produisent aucun autre contrat d'assurance concernant ce véhicule et remettant en cause les déclarations figurant dans le contrat produit par l'administration. D'autre part, les seules attestations concordantes de deux employés de la société réalisées pour les besoins de la cause ne sauraient être suffisantes pour démontrer le caractère d'usage au moins partiellement professionnel du véhicule Porsche 911. En outre, l'amende dont se prévalent les requérants pour un excès de vitesse relevé dans la commune de Travers est dépourvue de toute valeur probante dès lors que la commune en cause ne se situe pas comme l'affirment les requérants sur le trajet Paris-Lyon. Quant à la location du véhicule Mercedes, si les requérants soutiennent que celle-ci a été rendue nécessaire du fait de la révision de la Porsche 911 en mai 2016, force est de constater que cette date ne correspond nullement à la période de location du 20 février au 24 mars 2017 du véhicule Mercedes ou du véhicule Porsche Carrera loué du 31 juillet au 5 août 2017. Enfin, si les requérants font valoir que leurs déclarations orales lors du contrôle ne sauraient leur être opposées en vertu de la doctrine administrative, ces derniers ne produisent dans tous les cas aucun justificatif quant aux dates et lieux des clients visités permettant d'établir l'usage professionnel des véhicules, quel que soit l'utilisateur allégué. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'existence et du montant de l'avantage en nature consenti à M. A, qui n'étant pas mentionné explicitement en comptabilité ni dans le relevé détaillé des frais généraux, constitue un avantage occulte imposable entre ses mains sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.

En ce qui concerne la preuve de l'appréhension des sommes en cause :

7. Si les requérants font valoir que l'administration ne rapporte pas la preuve de l'appréhension effective des dépenses de vêtements et de réception par M. A, il est constant que l'administration a déduit l'identité des bénéficiaires des dépenses de réception et de vêtements ainsi que leur répartition entre M. A et M. B à partir des relevés de comptes des cartes bancaires mises à disposition de ces derniers. En l'absence de tout élément produit par les requérants de nature à remettre en cause cette répartition, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'appréhension par M. A des sommes imposées entre ses mains.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. A et Mme F doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que leurs conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et Mme C F et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delage, président ;

- Mme Florent, première conseillère ;

- M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

J. ELe président,

Signé

Ph. Delage

La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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