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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103209

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103209

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103209
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARL CABINET MATTEI - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 avril 2021, 16 décembre 2022 et 5 avril 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Repvision, représentée par Me Mattei, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer un non-lieu à statuer partiel sur les conclusions à fin de décharge, à hauteur de 561 246 euros, correspondant à l'amende qui lui a été infligée sur le fondement des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts au titre de l'année 2013, ainsi qu'aux intérêts de retard dont ont été assorties les impositions supplémentaires mises à sa charge ;

2°) la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er octobre 2012 au 30 septembre 2013, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014, ainsi que de la majoration de 40% prévue par les dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts dont ces impositions ont été assorties, pour un montant total de 279 537 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa requête est recevable ;

- la proposition de rectification, la réponse aux observations du contribuable et la décision rejetant sa réclamation contentieuse sont insuffisamment motivées ; le service ne reprend pas les mêmes motifs de rejet de sa comptabilité ni ceux justifiant la méthode de reconstitution de recettes dans ces différentes pièces de procédure, et tente ainsi de remotiver ces éléments après mise en recouvrement des impositions ;

- l'avis de mise en recouvrement du 16 janvier 2018 est irrégulier ; il vise la période du 1er janvier 2011 au 30 septembre 2014, au lieu de la période du 1er octobre 2012 au 30 septembre 2013 pour l'impôt sur les sociétés, et vise la proposition de rectification du 10 décembre 2015 alors que celle-ci est datée du 12 août 2015 concernant l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts ; si ces irrégularités sont substantielles, il y a lieu de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des impositions en litige, et si elles ne le sont pas, elle a droit à obtenir la décharge de l'ensemble des majorations, amendes et pénalités fiscales appliquées en sus des droits simples ;

- il incombe à l'administration fiscale d'apporter la preuve des " graves irrégularités " dont serait entachée sa comptabilité, ainsi que du bien-fondé des impositions qui découlent uniquement d'une reconstitution globale et théorique des bases imposables ;

- c'est à tort que le service vérificateur a rejeté sa comptabilité en considérant qu'elle comportait de graves irrégularités ;

- la méthode de reconstitution suivie par le service vérificateur, qui est théorique et globale, est radicalement viciée ou, à tout le moins, excessivement sommaire ;

- l'avis de mise en recouvrement est irrégulier ; elle est fondée à demander la décharge de l'ensemble des amendes, pénalités et majorations, à l'exception des intérêts de retard, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 septembre 2021, 3 avril 2023 et 11 avril 2023, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer partiel sur les conclusions à fin de décharge et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- le tribunal de commerce d'Evry ayant prononcé l'ouverture d'une procédure de sauvegarde judiciaire à l'égard de la SAS Repvision par un jugement du 28 novembre 2022, les intérêts de retard et l'amende prévue par l'article 1759 du code général des impôts, mis à la charge de celle-ci, ont fait l'objet d'un dégrèvement les 27 janvier et 31 janvier 2023, pour un montant total de 561 246 euros ;

- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,

- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Repvision, qui exerce une activité d'achat-revente et d'import-export de matériel électronique et qui perçoit également des commissions en tant qu'intermédiaire pour des clients étrangers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er octobre 2011 au 30 septembre 2014. A l'issue de ce contrôle, la vérificatrice lui a transmis une proposition de rectification datée du 12 août 2015 et notifiée le 17 août 2015, par laquelle elle l'a informée qu'elle envisageait de mettre à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour la période du 1er octobre 2012 au 30 septembre 2013, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2013, assortis d'intérêts de retard et de la majoration de 40% prévue par les dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts. Par une décision du 10 décembre 2015, le service a maintenu les rectifications envisagées à la suite des observations présentées par la société les 16 octobre et 30 novembre 2015, après prolongation du délai de trente jours sollicitée le 2 septembre 2015. Le 16 janvier 2018, ces impositions ont été mises en recouvrement. Par une décision du 18 février 2021, le service a rejeté la réclamation d'assiette présentée par la société. Par ailleurs, dans la proposition de rectification du 12 août 2015, la vérificatrice a demandé à la société de lui désigner, sur le fondement de l'article 117 du code général des impôts, les bénéficiaires des excédents de distribution constatés lors de la vérification de comptabilité. La SAS Repvision n'ayant pas répondu à cette demande dans le délai de trente jours qui lui était imparti, elle a été informée, par une lettre du 10 décembre 2015, de ce que l'amende prévue par l'article 1759 du même code lui était infligée au titre de l'année 2013. Par sa requête, la SAS Repvision demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, de ces impositions ainsi que de cette amende.

Sur l'étendue du litige :

2. Par deux décisions des 27 janvier 2023 et 31 janvier 2023, postérieures à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines a accordé à la SAS Repvision le dégrèvement de l'amende prévue par les dispositions de l'article 1759 du code général des impôts, ainsi que des intérêts de retard dont ont été assortis les rappels de TVA et les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mis à la charge de celle-ci, pour un montant total de 561 246 euros. Les conclusions de la société requérante étant, dans cette mesure, devenues sans objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

S'agissant de la motivation de la proposition de rectification :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () " Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée.

L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. " Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

4. En l'espèce, la proposition de rectification du 12 août 2015 comporte l'ensemble des éléments requis. En particulier, elle expose, de manière suffisamment détaillée, les motifs pour lesquels la comptabilité présentée a été rejetée comme dépourvue de caractère sincère et probant, ainsi que la méthode suivie par la vérificatrice pour reconstituer le chiffre d'affaires de la société. Par suite, la proposition de rectification du 12 août 2015, qui permettait à la SAS Repvision de présenter utilement ses observations, est suffisamment motivée au sens et pour l'application des dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales.

S'agissant de la motivation de la réponse aux observations du contribuable :

5. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée. " L'exigence de motivation qui s'impose à l'administration dans ses relations avec le contribuable vérifié en application de ces dispositions s'apprécie au regard de l'argumentation de celui-ci.

6. En l'espèce, par des courriers des 16 octobre et 30 novembre 2015, la SAS Repvision a présenté des observations à la proposition de rectification du 12 août 2015, dans lesquelles elle contestait les motifs de rejet de sa comptabilité. La décision portant réponse aux observations du contribuable du 10 décembre 2015, qui rappelle les éléments mis en exergue par la société dans ses deux courriers avant d'y répondre, est suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne résulte pas des mentions de cette décision, que la vérificatrice justifierait le rejet de la comptabilité présentée par des motifs différents et des arguments contradictoires par rapport à ceux mentionnés dans la proposition de rectification du 12 août 2015.

S'agissant de la motivation de la décision de rejet de la réclamation contentieuse :

7. Les éventuelles irrégularités qui entachent la décision prise sur une réclamation préalable étant sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition et le bien-fondé des impositions sur lesquelles elle porte, la société requérante ne peut utilement soutenir que la décision rejetant sa réclamation contentieuse serait insuffisamment motivée. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que cette décision, qui répond aux arguments mis en exergue par la société dans sa réclamation contentieuse, substituerait aux motifs de rejet de la comptabilité présentée qui sont exposés dans la proposition de rectification et la réponse aux observations du contribuable, d'autres motifs qui auraient été invoqués pour la première fois après la mise en recouvrement des impositions, ni qu'elle exposerait des arguments contradictoires par rapport à ceux présentés dans la proposition de rectification du 12 août 2015 et dans la réponse aux observations du contribuable du 10 décembre 2015. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que cette décision exposerait une méthode de reconstitution du chiffre d'affaires réalisé par la SAS Repvision, qui serait différente de celle décrite dans la proposition de rectification du 12 août 2015.

S'agissant de la régularité de l'avis de mise en recouvrement :

8. Aux termes de l'article L. 256-1 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. " Aux termes de l'article R. 256-1 du même code : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications () ". Une erreur affectant l'avis de mise en recouvrement ne constitue pas une méconnaissance des prescriptions de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales de nature à entraîner la décharge des impositions mises en recouvrement si elle constitue une simple erreur matérielle n'ayant pas privé le contribuable de la possibilité de contester utilement ces impositions.

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement du 16 janvier 2018, vise l'ensemble de la période vérifiée, du 1er octobre 2011 au 30 septembre 2014, alors que les rectifications opérées en matière d'impôt sur les sociétés portent uniquement sur l'exercice clos en 2013. Toutefois, la somme mise en recouvrement, qui est de 176 139 euros, correspond précisément à celle mentionnée dans les conséquences financières de ces rectifications figurant dans la proposition de rectification du 12 août 2015. Faute de toute ambiguïté sur la période sur laquelle portent les droits en cause de nature à priver la SAS Repvision de la possibilité de contester utilement le montant mis en recouvrement, l'erreur matérielle dont est entaché l'avis de mise en recouvrement ne saurait entraîner la décharge des impositions en litige, ainsi que le fait d'ailleurs valoir l'administration fiscale.

10. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement indique que la créance n°1800370 d'un montant de 545 695 euros, qui correspond à l'amende prévue par l'article 1759 du code général des impôts, a pour origine la proposition de rectification du 10 décembre 2015 et mentionne la lettre de motivation du 10 décembre 2015. La circonstance que la proposition de rectification est en réalité datée du 12 août 2015 est sans incidence sur la régularité de l'avis de mise en recouvrement dès lors que celui-ci devait mentionner le document qui a définitivement fixé le montant de cette amende, qui est la réponse aux observations du contribuable du 10 décembre 2015, seul document de la procédure comportant cette date, qui a été visée par cet avis de mise en recouvrement. Par suite, la société requérante ne pouvant être regardée comme ayant été privée de la possibilité de contester utilement le montant mis en recouvrement, elle n'est pas fondée à demander la décharge de cette amende.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant du rejet de la comptabilité :

11. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la SAS Repvision, la vérificatrice a rejeté la comptabilité présentée comme dépourvue de caractère sincère et probant, en se fondant sur l'existence d'une minoration de recettes et de factures de ventes non enregistrées en comptabilité, de pièces justificatives imprécises ou erronées et parfois manquantes et l'activité à l'importation de la société, ainsi que d'une charge constatée d'avance annulant une marge négative.

12. En ce qui concerne l'existence d'une minoration de recettes et de factures de ventes non enregistrées en comptabilité, il résulte des mentions de la proposition de rectification du 12 août 2015, que la SAS Repvision, qui exerce la majeure partie de son activité à l'exportation ou en livraisons intracommunautaires, n'a pas été en mesure de produire un état précis des marchandises faisant l'objet de livraisons intracommunautaires, mais a transmis à la vérificatrice un état des factures reçues et des marchandises livrées qui lui a été transmis par son client. Si, comme le soutient la société requérante, elle n'est pas soumise à l'obligation de tenir une comptabilité analytique, elle est toutefois tenue, en application des dispositions de l'article 54 du code général des impôts, de présenter à l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués sur ses déclarations. Or il résulte de l'instruction que la vérificatrice a constaté que la facture n°13081 émise par la SAS Repvision pour le client Avnet le 31 juillet 2013, d'un montant de 222 675,44 euros, correspond, dans la comptabilité de la société, à une facture datée du 8 septembre 2013 émise pour le client Cynove pour un montant de 14 341,54 euros, et a considéré que l'émission de deux factures avec le même numéro ne permettait pas de suivre une facturation chronologique des ventes réalisées par la société. Elle a également constaté que la facture n°13094 émise par la SAS Repvision pour le client Avnet le 8 octobre 2013, mentionne une livraison de 35 603 pièces pour un montant de 193 637,50 euros, alors que l'état fourni par ce client indique que cette facture a été émise pour la livraison de 60 060 pièces pour un montant de 329 428 euros. Si la société requérante soutient que la vérificatrice a comparé la facture proforma comportant le nombre total de pièces, avec la facture n°13094 qui n'est que l'une des quatre factures correspondant à cette facture proforma et aux livraisons effectuées, il résulte des mentions non contestées de la réponse aux observations du contribuable du 10 décembre 2015, que la vérificatrice a relevé que l'état fourni par le client Avnet mentionnait les trois autres numéros de factures, d'un montant de 51 380,32 euros, de 54 948,16 euros et de 26 633,78 euros, en plus de la facture n°13094 qui n'a pas été enregistrée en comptabilité. Contrairement à ce que soutient la requérante, la vérificatrice n'a pas relevé qu'une seule anomalie pour considérer qu'il existait une minoration de recettes et des factures de ventes non enregistrées en comptabilité, et les omissions constatées ne peuvent, en raison de leur montant, être considérées comme mineures.

13. En ce qui concerne l'existence de pièces justificatives imprécises ou erronées et parfois manquantes et l'activité à l'importation de la société, il résulte des mentions de la proposition de rectification du 12 août 2015, que la vérificatrice a constaté que les factures des fournisseurs chinois étaient imprécises sur les quantités, la nature des composants électroniques importés et le prix unitaire, dès lors que le fournisseur Guangzhou Darling avait fourni une facture n°2013-04-12 de deux montants différents, l'une étant annexée à la facture du transitaire HKDC pour un montant de 36 124 dollars et l'autre étant une pièce justificative des achats de marchandises d'un montant de 33 050 dollars. En comparant les factures des fournisseurs chinois justifiant les achats de marchandises et les factures annexées aux factures des transitaires et des documents douaniers, qui sont individualisées dans la proposition de rectification, la vérificatrice a constaté l'existence de discordances, qui s'élèvent à un montant global de 912 478,72 euros sur un total d'achats de marchandises de 1 011 289 euros, résultant du fait que des factures d'achats de marchandises ne se retrouvaient pas dans les documents annexés aux factures des transitaires. Il résulte des mentions non contestées de la décision du 18 février 2021 rejetant la réclamation contentieuse, que la société requérante a produit, à l'appui de ses observations à la proposition de rectification, des justificatifs qui n'ont cependant pas permis à la vérificatrice, en raison de leur caractère non probant et incomplet, de corroborer les explications fournies par la société et les éléments inscrits en comptabilité. Il résulte également des mentions non contestées de la décision du 18 février 2021, que certaines explications fournies par la société sont contradictoires avec les justificatifs produits, lesquels démontrent que les marchandises ne transitent pas de manière générale en France comme l'a indiqué dans ses observations écrites la SAS Repvision, mais sont expédiés directement par le fournisseur chinois au client Avnet vers l'Allemagne, que certains justificatifs comportent des anomalies et que la société a produit les mêmes justificatifs pour des factures différentes.

14. En ce qui concerne l'existence d'une charge constatée d'avance annulant une marge négative, il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification du 12 août 2015, que la vérificatrice a constaté que la SAS Repvision avait annulé une charge correspondant à l'achat de biens lors de la réception de la facture correspondante, en créditant le compte n°6071 " achats de marchandises hors CEE " par le débit du compte n°486 " charges constatées d'avance ", écriture extournée lors de l'exercice suivant, ce qui lui a permis de minorer le montant de ses achats de l'exercice clos en 2013 et de ne pas constater une marge négative. La circonstance que la vérificatrice ait considéré, dans la proposition de rectification du 12 août 2015, que la livraison des marchandises correspondantes soit intervenue au cours de l'exercice clos en 2013 même si le dirigeant n'a pas pu retracer les flux physiques des marchandises, n'est pas contradictoire avec la mention contenue dans la réponse aux observations du contribuable du 10 décembre 2015, selon laquelle il a été impossible de retracer les flux de marchandises et de déterminer précisément la date de livraison des marchandises. En tout état de cause, ce constat, qui n'est pas utilement critiqué par la société requérante, traduit l'existence d'une minoration de recettes au titre de l'année 2013, qui peut être prise en compte dans l'appréciation du caractère sincère et probant de la comptabilité présentée.

15. Dans ces conditions, l'administration fiscale apporte la preuve, qui lui incombait en application des dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, de l'existence de graves irrégularités dans la comptabilité présentée au titre de l'exercice clos en 2013, qui est le seul exercice au titre duquel la SAS Repvision a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés.

S'agissant de la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires :

16. Il résulte de l'instruction que, pour reconstituer le chiffre d'affaires de la SAS Repvision au titre de l'exercice clos en 2013, la vérificatrice a eu recours à une méthode par comparaison, en s'appuyant sur les achats de marchandises comptabilisés et déclarés ainsi que sur le coefficient de marge issu des déclarations de la société, aligné sur un coefficient moyen issu des déclarations d'entreprises analogues situées dans le même secteur géographique et qui exercent la même activité dans des conditions similaires d'exploitation, afin de déterminer un coefficient moyen de marge, obtenu en rapportant le montant hors taxes du chiffre d'affaires sur celui des achats revendus. Elle a sélectionné à cet effet seize sociétés situées dans le département de l'Essonne, dont elle a précisé notamment la dénomination, la forme juridique et le numéro de Siren, qui exercent l'activité de commerce de gros équipements et composants électroniques et de télécommunication, référencée sous le code Nace 4652Z, qui correspond le plus précisément à celle réellement exercée par la SAS Repvision tel qu'il a été constaté lors de la vérification de comptabilité compte tenu de la nature des marchandises livrées. Après avoir précisé la moyenne du chiffre d'affaires net total, des achats de marchandises, de la variation de stock de marchandises, des achats de matières premières et autres approvisionnement et de la variation de stock de matières premières, elle a déterminé un coefficient de marge brute de 1,56 au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2013, qui, appliqué au chiffre d'affaires hors taxes déclaré par la SAS Repvision au titre des ventes de marchandises, conduit à une minoration de recettes d'un montant de 545 695 euros hors taxes au titre de ce même exercice.

17. La société requérante, qui s'est bornée à contester, dans ses observations à la proposition de rectification présentées le 16 octobre 2015 et, en tout état de cause, le 30 novembre 2015, les motifs de rejet de la comptabilité présentée sans critiquer la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires ni même le montant des rectifications en litige, n'apporte aucun élément probant de nature à démontrer que la méthode décrite au point 16, serait radicalement viciée ou excessivement sommaire. En particulier, il ne résulte pas de l'instruction que la méthode suivie serait en contradiction avec le dernier motif de rejet de sa comptabilité. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que cette méthode ne tiendrait pas compte de la réalité de son activité, alors que la vérificatrice a retenu l'activité réellement exercée au détriment de celle mentionnée dans ses statuts et dans le registre des commerces et des sociétés, et de ses conditions d'exploitation, alors qu'à supposer même qu'elle avait, au cours de l'exercice clos en 2013, un effectif de deux personnes, son dirigeant et une collaboratrice à temps partiel, alors que trois des seize sociétés retenues comme comparables par la vérificatrice, avaient un effectif de trois à six personnes, il n'est pas établi, ni même soutenu, que les treize autres sociétés n'exerçaient pas leur activité dans des conditions comparables à celles de la SAS Repvision. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires au titre de l'exercice clos en 2013 est radicalement viciée ou excessivement sommaire.

En ce qui concerne les pénalités :

18. Aux termes de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard () ". Ces dispositions confèrent au juge une simple faculté. Ainsi, et quelle que soit la qualification de l'erreur alléguée, le juge de l'impôt n'est, en tout état de cause, pas tenu d'en faire application.

19. Compte tenu de la nature des erreurs dont se prévaut la société requérante, qui constituent de simples erreurs de plume affectant l'avis de mise en recouvrement du 16 janvier 2018, il n'y a pas lieu de prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales, la décharge de la majoration de 40% prévue par les dispositions du a. de l'article 1729 du code général des impôts, qui est la seule pénalité restant en litige, auxquels ont été assortis les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée litigieux.

20. Il résulte de tout ce qui précède la que le surplus des conclusions à fin de décharge de la SAS Repvision doit être rejeté.

Sur les frais du litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme que demande la société requérante sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la SAS Repvision dans la limite du dégrèvement visé au point 2.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la SAS Repvision est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Repvision et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

signé

C. MathéLe président,

signé

P. OuardesLa greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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