jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2103462 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MANCIER-LHEURE NOUGARET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 avril 2021, M. A B, représenté par Me Nougaret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet, née le 1er mars 2021, du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des Outre-mer sur sa demande du 24 décembre 2020, reçue le 30 décembre suivant, tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle et à l'indemnisation des préjudices qu'il a subis ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 20 000 euros en réparation de ses préjudices, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable, le 30 décembre 2020 et de la capitalisation des intérêts ;
3°) d'ordonner au ministre de l'intérieur et des Outre-mer de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'agissements répétés constitutifs de harcèlement moral entre le 26 octobre 2016, date de sa reprise d'activité après son accident de service et le 31 décembre 2020, date de son départ à la retraite ;
- l'administration a commis une faute en refusant de prendre en charge les frais médicaux afférents à sa perte d'acuité visuelle résultant de l'accident de service dont il a été victime le 22 novembre 2015 ;
- elle a également commis une faute en refusant de le placer en congé de longue maladie ou de longue durée ;
- son affectation soudaine en janvier 2016 à la brigade de nuit ou au service plainte est fautive, dès lors qu'il aurait dû être réintégré au sein de la brigade A lors de la reprise de ses fonctions après son accident de service ;
- sa notation est devenue défavorable à la suite de son accident de service du 22 novembre 2015 ;
- des poursuites pénales ont été engagées à son encontre pour un motif vain, à savoir le vol de clefs Allen ;
- il a été convoqué le 10 août 2020 dans le cadre d'une enquête administrative en pleine période estivale et alors qu'il se trouvait en congé maladie ;
- son dossier administratif ne lui a pas été communiqué malgré ses demandes réitérées en ce sens ;
- l'administration a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
- il a subi un préjudice financier consistant en une perte de traitement à hauteur de 5 000 euros ;
- son préjudice moral, qui se traduit notamment par la détérioration de son état psychologique, peut être évalué à 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les agissements de harcèlement moral allégués par M. B ne sont pas établis en l'absence de tout commencement de preuve au soutien de ses allégations ;
- il a été réintégré en octobre 2016 sur un poste adapté à son état de santé au service matériel et non en brigade de nuit, sans contester ni cette affectation, ni l'appréciation, portée sur son entretien d'évaluation 2016, selon laquelle il était satisfait de ce poste ;
- sa notation 2015 comporte des appréciations positives sur sa manière de servir, sans que la légère détérioration de sa note chiffrée, qui le classe comme " bon ", ne caractérise une situation de harcèlement moral ;
- il n'a adressé à l'administration aucune demande de protection fonctionnelle qui se serait heurtée à un refus ;
- l'enquête administrative et la procédure disciplinaire engagées à son encontre sont justifiées par ses manquements à ses obligations déontologiques ;
- il a été mis à même de consulter son dossier administratif ;
- il pouvait être convoqué alors même qu'il était en arrêt maladie ;
- en l'absence d'agissements de harcèlement moral, la responsabilité de l'administration ne saurait être engagée ;
- la réalité des préjudices invoqués et leur lien direct avec les agissements de harcèlement moral allégués ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier,
- et les conclusions de M. Connin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a intégré la police nationale en 1987 en qualité de sous-brigadier, avant d'être promu, en dernier lieu, en qualité de major de police à compter du 1er juillet 2014. Il est affecté au sein de la circonscription de sécurité publique d'Arpajon depuis 2013. Il a été admis à la retraite, le 1er janvier 2021 et radié des cadres. Le 24 décembre 2020, M. B a adressé une demande indemnitaire préalable au commissaire d'Arpajon afin de demander l'indemnisation des préjudices subis en raison des agissements de harcèlement moral dont il estime avoir été victime de la part de l'administration depuis octobre 2016. Il a également demandé à bénéficier de la protection fonctionnelle. Le silence gardé sur sa demande a fait naître une décision implicite de rejet dont M. B demande l'annulation. Il demande, en outre, l'indemnisation des préjudices subis à hauteur de la somme de 20 000 euros et qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a été victime d'un accident, le 22 novembre 2015, qui a été reconnu imputable au service par un arrêté du 28 décembre 2015. Il a repris le travail à compter du 26 octobre 2016. D'une part, s'il soutient que les frais médicaux relatifs à sa perte d'acuité visuelle n'ont pas été pris en charge par l'administration, ni le lien direct entre cette pathologie et son accident de service du 22 novembre 2015, ni la réalité du préjudice qu'il allègue avoir subi ne sont établis alors, en outre, que la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident lui ouvre droit au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par cet accident en application de l'article L. 822-4 du code général de la fonction publique, qui reprend les dispositions du second alinéa du 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait refusé de placer M. B en congé de longue maladie ou en congé de longue durée. Par ailleurs, si M. B allègue avoir été affecté en brigade de nuit ou au service des plaintes à l'occasion de sa reprise d'activité à compter du 26 octobre 2016 et non en brigade de jour, il résulte de l'instruction qu'il a, en réalité, été affecté au service matériel, poste adapté à son état de santé qui lui permettait d'être en tenue civile et de n'avoir aucun contact avec le public. Lors de son entretien d'évaluation, il s'est d'ailleurs déclaré " satisfait " de cette affectation. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que des tâches physiques " pénibles " lui auraient été confiées.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment de la fiche individuelle synthétique retraçant la carrière de M. B, que, pour les années 2013 et 2014, la note définitive de M. B était de 6, le classant parmi " les meilleurs " agents. Pour l'année 2015, la note de 5, le classant parmi les " bons " agents, lui a été attribuée. L'appréciation littérale de son supérieur hiérarchique, qui accompagne cette note, relève qu'il occupe ses fonctions d'adjoint du chef de brigade " avec sérieux ", qu'il a " la confiance de sa hiérarchie ", mais doit cependant " faire preuve de plus d'assurance et prendre plus d'initiatives pour prétendre aux responsabilités inhérentes à son nouveau grade ". Huit de ses compétences sont évaluées comme " très bonnes ", et deux, dont le " sens des responsabilités " et l'expression écrite comme " bonnes ". Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que la diminution de la note définitive de M. B dans le cadre de son évaluation en 2015 excèderait les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, d'autant que cette évaluation est liée aux missions qu'il devait exercer dans le cadre de sa promotion au grade de major de police comportant de nouvelles fonctions et responsabilités.
6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'une procédure disciplinaire a été engagée, le 28 mars 2019, à l'encontre de M. B pour négligence dans la conduite d'un véhicule administratif, le 21 février 2019, M. B s'étant déporté avec un véhicule sérigraphié sur le côté gauche de la chaussée pour discuter avec une collègue qui arrivait en sens inverse dans son véhicule personnel et ayant percuté ce véhicule pour une raison inconnue. De plus, le 4 septembre 2019, un électricien qui intervenait à l'hôtel de police d'Evry a déposé une plainte pour vol. M. B, identifié par l'exploitation des images de vidéosurveillance, a alors été convoqué devant le tribunal correctionnel d'Evry, le 12 décembre 2019, pour être jugé pour " soustraction frauduleuse par une personne dépositaire de l'autorité publique d'un jeu de clés Allen ", cette audience, reportée à plusieurs reprises, ayant eu lieu le 18 mai 2021. Il résulte également de l'instruction que, le 1er octobre 2019, dans le cadre de la procédure judiciaire relative aux faits du 4 septembre 2019, il a été demandé à M. B de déposer son arme de service dans l'armoire forte réservée à cet effet après la fin de son service et qu'à cette occasion, il a été constaté que M. B conservait son arme de service dans son armoire-vestiaire fermée par un cadenas et un code et que le chargeur de celle-ci était engagé avec cartouche chambrée en méconnaissance des règles de sécurité. Le rapport d'enquête administrative du 22 septembre 2020 recommande qu'une procédure disciplinaire soit engagée pour ces derniers faits.
7. D'une part, contrairement à ce que M. B soutient, l'engagement d'une enquête administrative et de poursuites disciplinaires pour les trois motifs mentionnés au point précédent ne saurait, au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés, caractériser un agissement de harcèlement moral. L'engagement de poursuites pénales pour les faits de vol, qui ne relève pas de la compétence de l'administration, ne saurait davantage, en tout état de cause, caractériser un agissement de harcèlement moral.
8. D'autre part, la circonstance qu'un fonctionnaire soit en arrêt de maladie ne fait pas obstacle, par elle-même, à l'engagement d'une procédure disciplinaire et à sa convocation dans ce cadre en l'absence d'impossibilité pour l'agent de s'y présenter en raison de son état de santé ou de demande de report. Alors même que M. B, alors placé en congé de maladie, a été convoqué à une audition de la cellule de déontologie et des affaires réservées le 10 août 2020 pour les faits des 4 septembre et 1er octobre 2019, il résulte de l'instruction que cette audition, dont il a d'ailleurs demandé le report, n'a pas eu lieu. M. B n'est, en conséquence, pas fondé à soutenir que cette circonstance, au demeurant isolée, serait de nature à constituer un agissement de harcèlement moral à son encontre.
9. En dernier lieu, la seule circonstance qu'il n'a pas été donné suite aux demandes de M. B des 4 septembre et 30 novembre 2020 tendant à ce que son employeur lui adresse son dossier administratif par voie électronique ou postale, ne saurait permettre de caractériser un agissement de harcèlement moral à son encontre.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les éléments de fait mentionnés par M. B ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence du harcèlement moral allégué et, en conséquence, de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat. Ses conclusions indemnitaires et à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande indemnitaire doivent, en conséquence, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite rejetant la demande de protection fonctionnelle de M. B :
11. Aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre. ". Selon l'article L. 134-4 du même code : " Lorsque l'agent public fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. / L'agent public entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. / La collectivité publique est également tenue de protéger l'agent public qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale () ". Aux termes de l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".
12. Ainsi qu'il a été dit, M. B n'a pas été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral. Il n'est, par suite, pas fondé à invoquer les dispositions de l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique. A supposer qu'il entende également invoquer l'article L. 134-4 du même code, il ressort des pièces du dossier que les faits qui ont conduit à son audition par le tribunal correctionnel d'Evry ont le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions et ne sont, en conséquence, pas au nombre de ceux pour lesquels la collectivité publique doit accorder la protection fonctionnelle à l'agent public qui fait l'objet de poursuites pénales.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de M. B tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. B aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Grenier, présidente,
- M. Brumeaux, président honoraire,
- Mme Caron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 25 mai 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
C. Grenier L'assesseur le plus ancien
dans le grade,
signé
M. Brumeaux
La greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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