mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2103488 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP LE SERGENT-ROUMIER-FAURE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 avril 2021 et 29 septembre 2022, la SARL Sapeb Promotion, représentée par Me Le Sergent, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a commis aucun acte anormal de gestion ; la détention de 1% du capital de la société Sogaprom est purement symbolique et ne présente pas d'intérêt pour un potentiel acquéreur ; ainsi, en valorisant la participation de 1% suivant les mêmes conditions qu'une participation majoritaire ou au moins significative, l'administration n'établit pas qu'elle aurait agi contrairement à ses intérêts en cédant ces parts à la somme de 1 euro symbolique l'unité ;
- à titre subsidiaire, l'approche mathématique employée par l'administration pour déterminer la valeur théorique des parts est incomplète dès lors qu'elle ne tient pas compte du coût fiscal afférent à la cession immobilière réalisée par la société Sogaprom ;
- les pénalités pour manquement délibéré sont infondées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle Ile-de-France conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la société requérante sont infondés.
Par une ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que le 21 janvier 2015, les sociétés du groupe SAPEB, Sapeb Promotion, Sapeb Investissements et Sogaprom, ont acquis, à hauteur de 150 parts chacune, les parts de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy, propriétaire d'un ensemble immobilier situé à cette adresse d'une superficie de 2 027 m², dont le bien a été cédé pour un montant de 14 millions d'euros le 31 janvier 2017. A la suite de cette cession, la société Sograprom a perçu les produits issus de la SCI pour un montant total de 3,3 millions d'euros, dont 1,2 million le 28 février 2017 et 2,1 millions le 31 mars 2017. Le 6 juillet 2017, la société Sapeb Promotion a par ailleurs cédé à la société Sapeb Investissement pour un montant d'1 euro la part les 10 parts qu'elle détenait dans la société Sogaprom, dont le capital social s'élevait à 1 000 euros divisé en 1 000 parts, dont 99% étaient déjà détenues par la société Sapeb Investissement. Cette dernière, devenue son unique associée, a par ailleurs décidé la dissolution de la société Sogaprom en application de l'article 1844-5 du code civil le 19 juillet 2017. Estimant que la cession des parts de la société Sogaprom avait été effectuée à un prix très inférieur à leur valeur vénale et que la société Sapeb Promotion avait commis ce faisant un acte anormal de gestion, l'administration fiscale a décidé, par une proposition de rectification en date du 11 décembre 2019, de rehausser son résultat fiscal au titre de l'exercice clos en 2017 du montant de la renonciation à recettes estimé à 32 470 euros. En parallèle, l'administration fiscale a réintégré cette différence, en tant que revenus réputés distribués, au résultat imposable de la société Sapeb Investissement. Ses observations ainsi que sa réclamation préalable ayant été rejetée par l'administration fiscale, la société Sapeb Promotion demande, par la présente requête, la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre de l'année 2017 pour un montant de 15 563 euros en droits et pénalités.
Sur l'acte anormal de gestion :
2. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.
3. S'agissant de la cession d'un élément d'actif immobilisé, lorsque l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, soutient que la cession a été réalisée à un prix significativement inférieur à la valeur vénale qu'elle a retenue et que le contribuable n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette évaluation, elle doit être regardée comme apportant la preuve du caractère anormal de l'acte de cession si le contribuable ne justifie pas que l'appauvrissement qui en est résulté a été décidé dans l'intérêt de l'entreprise, soit que celle-ci se soit trouvée dans la nécessité de procéder à la cession à un tel prix, soit qu'elle en ait tiré une contrepartie.
4. Par ailleurs, la valeur vénale d'actions non cotées en bourse sur un marché réglementé doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession est intervenue. L'évaluation des titres d'une telle société doit être effectuée, par priorité, par référence au prix d'autres transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur les titres de la même société ou, à défaut, de sociétés similaires. En l'absence de telles transactions, elle peut légalement se fonder sur la combinaison de plusieurs méthodes alternatives.
5. En l'espèce, l'administration fiscale considère que la société Sapeb Promotion, en cédant à la société Sapeb Investissement à 1 euro l'unité les parts de la société Sogaprom, a cédé celles-ci à un prix significativement inférieur à leur valeur vénale, évaluée par l'administration , au moment de leur vente, au prix unitaire de 3 247 euros après application d'une méthode d'évaluation mathématique correspondant à la valeur actualisée des actifs diminuée du passif exigible de la société, compte tenu de la perception par la société Sogaprom, pour 3,3 millions d'euros, des produits de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy.
6. La société conteste cette évaluation en faisant valoir que la détention de 1% du capital de la société Sogaprom est purement symbolique et ne présente pas d'intérêt économique pour un potentiel acquéreur dès lors qu'elle ne permet pas de percevoir une quote-part des profits de la société ni d'avoir une influence sur sa gestion, alors en particulier qu'il est constant que la société Sogaprom n'avait plus d'activité à compter de 2017 et qu'ainsi aucune valorisation des titres ne pouvait être espérée.
7. Il est constant toutefois que postérieurement à la cession des parts litigieuses, la société Sapeb Investissement a procédé immédiatement à la dissolution de la société Sogaprom et a pu récupérer ce faisant la totalité des gains réalisés par celle-ci lors de l'exercice 2017, soit 3,3 millions d'euros. Par ailleurs, le faible pourcentage des parts détenues par la société requérante n'interdisait pas de les valoriser compte tenu des produits perçus par l'entreprise à la suite de la cession du bien immobilier de Clichy et dès lors que la société Sapeb Investissement avait un intérêt certain à l'acquisition de ces parts afin, comme l'indique la société requérante elle-même, de faciliter sa fusion avec la société Sogaprom. Par ailleurs et contrairement à ce que soutient la société Sapeb Promotion, la valeur des titres doit être déterminée à la date de leur cession or au 6 juillet 2017, l'actif de la société Sogaprom avait été augmenté des bénéfices reçus de la SCI du 129 boulevard Jean-Jaurès à Clichy. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a tenu compte de ces bénéfices. En revanche, la société est fondée à soutenir que c'est à tort que le calcul de la valeur mathématique des titres par l'administration ne tient pas compte des impôts applicables à la cession immobilière. Cette circonstance, si elle conduit à réduire le montant de la libéralité consentie, ne remet pas en cause la preuve du caractère anormal de l'acte de cession rapportée par l'administration, la valeur des titres, selon les calculs de la requérante, demeurant significativement supérieure à celle fixée par la société Sapeb Promotion lors de leur cession et la société requérant ne justifiant pas que l'appauvrissement qui en est résulté a été décidé dans son intérêt.
Sur les pénalités :
8. La société Sapeb Promotion conteste l'application des pénalités de 40% pour manquement délibéré qui lui ont été infligées par l'administration fiscale en application de l'article 1729 du code général des impôts. L'administration fait valoir toutefois que la cession par la société Sapeb Promotion à un prix volontairement minoré conduisant à son appauvrissement, sans contrepartie, démontre la volonté délibérée de réduire de façon injustifiée son résultat fiscal et d'octroyer un avantage à la société Sapeb Investissement, la société requérante reconnaissant elle-même que cette cession permettait à Sapeb Investissement de procéder à une fusion simplifiée par transmission universelle du patrimoine lui permettant de réduire les coûts de la fusion. L'administration fiscale fait encore valoir que les sociétés Sapeb Promotion et Sapeb Investissement appartenant au même groupe, celles-ci avaient une parfaite connaissance de la composition de l'actif de la société Sogaprom et que la volonté de la société Sapeb Investissement d'acquérir les parts de la société Sogaprom, à un prix minoré, en vue d'en acter la dissolution et de récupérer la totalité des gains réalisés par cette dernière, sur l'exercice 2017, ne pouvait être ignorée par la société Sapeb Promotion, la dissolution de la société Sogaprom ayant été décidée le 19 juillet 2017, soit 13 jours après la cession des parts. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme rapportant la preuve qui lui incombe du caractère délibéré de la sous-évaluation des titres cédés.
9. Il s'ensuit que la société Sapeb est uniquement fondée à demander une réduction des bases de cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés pour tenir compte de l'impôt à intervenir sur les bénéfices dont la société Sogaprom était redevable en raison de la cession immobilière du bien situé 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy et des intérêts et pénalités correspondants. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu par ailleurs de rejeter les conclusions présentées par la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La détermination de la valeur patrimoniale des parts de la société Sogaprom au 6 juillet 2017, fixée à 3 247 euros l'unité par l'administration fiscale, est réduite de l'impôt à intervenir sur la plus-value réalisée lors de la vente des parts de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy le 30 janvier 2017.
Article 2 : La société Sapeb Promotion est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017 correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 1er ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Sapeb Promotion et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle Ile-de-France
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Ouardes, président ;
- Mme Florent, première conseillère ;
- M. Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
J. ALe président,
Signé
P. Ouardes
La greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026