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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2103961

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2103961

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2103961
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARL CABINET MATTEI - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2021, M. B A, représenté par Me Mattei, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration fiscale ne démontre pas qu'il a exercé une activité professionnelle individuelle, indépendante et occulte en France, et ainsi le principe même de la taxation et de l'assujettissement des sommes en litige dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, sans qu'elle puisse opposer les dispositions de l'article 155 A du code général des impôts ;

- la méthode de reconstitution des recettes est radicalement viciée dans son principe ou excessivement sommaire, en ce qu'il ne peut être taxé au titre de sommes figurant sur des factures émises et édictes à destination et au profit d'un tiers, de celles transférées par virement à destination et au profit d'un tiers sans méconnaître le fait générateur de l'impôt et le principe d'annualité de l'impôt, ainsi que celles transférées par les autres virements, et en ce qu'elle ne prend pas en compte l'existence de charges et de frais déductibles ;

- c'est à tort que l'administration fiscale maintient un quotient familial égal à 1 au titre de l'année 2017, alors qu'il produit son acte de mariage du 16 mars 2017 et une traduction effectuée le 24 avril 2021 par une traductrice assermentée, démontrant ainsi que ce quotient familial doit être fixé à 2.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement accordé et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- la somme de 6 040 euros correspondant à des factures payées en 2017 ne pouvant être taxée au titre de l'année 2016, la somme de 6 840 euros correspondant à des factures payées en 2018 ne pouvant être taxée au titre de l'année 2017, et M. A justifiant de son mariage célébré le 16 mars 2017 portant son quotient familial à 2 au lieu de 1, il y a lieu d'accorder au requérant un dégrèvement partiel des impositions en litige, à hauteur de 2 917 euros au titre de l'année 2016 et de 11 189 euros au titre de l'année 2017 ;

- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,

- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle des déclarations de revenus des années 2016 et 2017 de M. B A, le vérificateur lui a transmis une proposition de rectification datée du 16 décembre 2019, par laquelle il lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de ces deux années, assorties d'intérêts de retard et de la majoration de 80% prévue à l'article 1728 du code général des impôts, pour un montant total de 18 573 euros. Après mise en recouvrement de cette somme, M. A a formé, par un courrier du 19 novembre 2020, une réclamation contentieuse, qui a été rejetée par le service par une décision du 12 mars 2021. Par sa requête, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 10 novembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines a prononcé le dégrèvement à hauteur de 2 917 euros au titre de l'année 2016 et de 11 189 euros au titre de l'année 2017, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de M. A, dès lors que la somme de 6 040 euros correspondant à des factures payées en 2017 ne peut pas être taxée au titre de l'année 2016, la somme de 6 840 euros correspondant à des factures payées en 2018 ne peut pas être taxée au titre de l'année 2017, et que le requérant justifie de la réalité de son mariage célébré le 16 mars 2017 qui porte ainsi son quotient familial à 2 au lieu de 1. Les conclusions du requérant sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes du I de l'article 155 A du code général des impôts : " Les sommes perçues par une personne domiciliée ou établie hors de France en rémunération de services rendus par une ou plusieurs personnes domiciliées ou établies en France sont imposables au nom de ces dernières : / - soit, lorsque celles-ci contrôlent directement ou indirectement la personne qui perçoit la rémunération des services ; / - soit, lorsqu'elles n'établissent pas que cette personne exerce, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale, autre que la prestation de services ; / - soit, en tout état de cause, lorsque la personne qui perçoit la rémunération des services est domiciliée ou établie dans un Etat étranger ou un territoire situé hors de France où elle est soumise à un régime fiscal privilégié au sens mentionné à l'article 238 A ". Les prestations dont la rémunération est ainsi susceptible d'être imposée entre les mains de la personne qui les a effectuées correspondent à un service rendu pour l'essentiel par elle et pour lequel la facturation par une personne domiciliée ou établie hors de France ne trouve aucune contrepartie réelle dans une intervention propre de cette dernière, permettant de regarder ce service comme ayant été rendu pour son compte. Ces dispositions ne dispensent pas l'administration, pour soumettre cette rémunération à l'impôt sur le revenu entre les mains de la personne ayant rendu les services, de faire application des règles de taxation relatives à la catégorie de revenus dont elle relève. La détermination de cette catégorie ne saurait dépendre que de l'analyse des relations existant entre la personne qui a rendu pour l'essentiel les services facturés et le bénéficiaire de ces services.

4. D'autre part, aux termes de l'article 92 du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. / () ".

5. D'une part, il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification du 16 décembre 2019, que la société française Metric et la société marocaine Satisfactory ont conclu, le 2 janvier 2016, un contrat de convention de services, qui stipule que la dernière pourra proposer à la première le détachement de certains de ses collaborateurs pour des missions de détachement en France, que l'annexe datée du 3 juillet 2016 à ce contrat, qui constitue la lettre de mission de M. A, prévoit que ce dernier demeure l'intervenant pour les prestations de services réalisées au nom de la société Metric du 18 juillet au 31 décembre 2016 pour le compte de la société française Alteca, que des factures de prestations de services réalisées par la société Satisfactory pour la société Metric, s'élevant à un montant total de 19 975 euros en 2016, ont été versées sur le compte de la société Satisfactory détenu dans une banque située à Casablanca, que de simples relevés d'activités de M. A pendant l'année 2016 ont été effectués, qu'un contrat-cadre d'assistance technique signé le 6 juin 2016 entre la société Metric et la société Alteca prévoit que la société Metric s'engage à fournir à cette société une assistance technique pour la réalisation de prestations informatiques, que l'annexe d'assistance technique à ce contrat-cadre signée le 12 juillet 2016 entre la société Metric et la société Alteca précise que les travaux débuteront le 18 juillet 2016, se termineront le 14 avril 2017 et seront exécutés à Dijon (France). Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que la société Metric et la société Satisfactory ont conclu, le 2 janvier 2017, un contrat de convention de services, que les annexes datées du même jour à ce contrat, qui constituent les lettres de mission de M. A, prévoient que ce dernier demeure l'intervenant pour la réalisation des prestations de services réalisées au nom de la société Metric, respectivement, du 2 janvier au 31 décembre 2017 pour le compte de la société Alteca et du 27 juin au 31 décembre 2017 pour le compte de la société française Its Integra, que des factures de prestations de services réalisées par la société Satisfactory pour la société Metric s'élèvent à un montant total de 36 387 euros en 2017, que de simples relevés d'activités de M. A pendant l'année 2017 ont été effectués, qu'une annexe d'assistance technique au contrat-cadre signée le 29 mars 2017 entre la société Metric et la société Alteca précise que les travaux débuteront le 18 avril 2017, se termineront le 26 mai 2017 et seront exécutés à Saint-Apollinaire (France), qu'un contrat d'assistance technique établi le 15 juin 2017 entre la société Metric et la société Its Integra et une annexe à celui-ci prévoient que la société Its Integra confie à la société Metric l'exécution de travaux d'ingénierie et de réalisation qui seront exécutés à Boulogne-Billancourt (France) pour la période du 26 juin au 26 décembre 2017 et que l'intervenant pour la réalisation de ces travaux demeure M. A. Compte tenu de ces éléments, M. A a effectué la prestation qui correspond à un service rendu pour l'essentiel par lui et pour lequel la facturation par la société Satisfactory ne trouve aucune contrepartie réelle dans une intervention qui lui aurait été propre, permettant de regarder ce service comme ayant été rendu pour son compte. En outre, le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, que la société Satisfactory aurait exercé, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale autre que la prestation de services en cause. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a regardé les rémunérations versées par la société Metric à la société Satisfactory, comme entrant dans les prévisions de l'article 155 A du code général des impôts, et les a ainsi imposées à l'impôt sur le revenu au nom de M. A, peu important à cet égard qu'il n'en ait pas été le bénéficiaire ni même le destinataire.

6. D'autre part, compte tenu des éléments mentionnés au point précédent, et alors même que la facturation, les contrats et les flux financiers sont établis entre la société Metric et la société Satisfactory, l'activité de consultant en informatique exercée par M. A en France au cours des années 2016 et 2017 doit être regardée comme une activité professionnelle, individuelle et indépendante, dont les revenus sont taxables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux sur le fondement des dispositions de l'article 92 du code général des impôts.

7. En deuxième lieu, les rectifications en litige ne procédant pas d'une reconstitution de recettes à la suite d'un rejet de comptabilité, mais d'une application des dispositions des articles 92 et 155 A du code général des impôts, le requérant ne peut utilement soutenir que la méthode de reconstitution de recettes suivie par le vérificateur est radicalement viciée dans son principe ou excessivement sommaire, en ce qu'il ne peut être taxé au titre de sommes figurant sur des factures émises et édictes à destination et au profit d'un tiers sans méconnaître le fait générateur de l'impôt, de celles transférées par virement à destination et au profit d'un tiers sans méconnaître le fait générateur de l'impôt et le principe d'annualité de l'impôt, ainsi que de celles transférées par les autres virements, et en ce qu'elle ne prend pas en compte l'existence de charges et de frais déductibles. En outre, le requérant ne produit aucun élément probant de nature à justifier la déductibilité de charges et de frais.

8. En dernier lieu, il résulte des articles L. 169 et L. 176 du livre des procédures fiscales que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.

9. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. A a exercé une activité de consultant en informatique en France au cours des années 2016 et 2017, rémunérée par la société marocaine Satisfactory pour le compte de la société française Metric, et relevant de la catégorie des bénéfices non commerciaux. En outre, il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification du 16 décembre 2019, que M. A n'a pas accompli les formalités nécessaires auprès des centres de formalités des entreprises, ni souscrit une déclaration annuelle de résultat conformément à l'article 97 du code général des impôts. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale ne démontre pas le caractère occulte de l'activité en cause, à le supposer soulevé, et quelle que soit la portée qu'entend lui donner le requérant, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu laissées à sa charge au titre des années 2016 et 2017.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme que demande le requérant sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A, dans la limite du dégrèvement visé au point 2.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

C. MathéLe président,

P. OuardesLa greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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