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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2104223

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2104223

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2104223
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARL DORASCENZI-FENART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2021, M. A B, représenté par Me Dorascenzi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre de l'année 2018, pour un total de 44 380 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'avait pas l'entière disposition ni l'exclusivité de la disposition des produits saisis à son domicile, dès lors qu'il n'est pas le seul prévenu ;

- en l'absence de répartition précise entre les auteurs, il est en droit de réclamer une imposition égalitaire entre les intéressés ; de ce fait, la part des impositions lui revenant doit être réduite ;

- s'agissant du prix des produits, compte tenu des informations issues des pièces de procédure sur les quantités et les prix pratiqués, le revenu imposable qui lui incombe ne peut excéder 25 119 euros soit 12 559 euros après imposition égalitaire entre les prévenus ;

- la notion de valeur vénale retenue par le service dans sa proposition de rectification pour évaluer les revenus est imprécise et non justifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,

- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a fait l'objet d'une procédure judiciaire ouverte à son encontre en 2018, en raison de son identification comme auteur d'infractions à la législation sur les stupéfiants, en raison de la détention de stupéfiants à son domicile. Par une proposition de rectification du 24 février 2020, il a été informé que le service envisageait des rehaussements de cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales. M. B a présenté des observations le 30 septembre 2020 et par une réponse aux observations du contribuable du 10 novembre 2020, le service a maintenu les impositions en litige, qui ont été mises en recouvrement le 31 décembre 2020, pour un montant de 44 380 euros. La réclamation déposée par M. C le 8 février 2021 a été rejetée par une décision du 9 mars 2021. M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions en litige.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 1649 quater 0 bis : " 1. Lorsqu'il résulte des constatations de fait opérées dans le cadre d'une des procédures prévues aux articles 53,75 et 79 du code de procédure pénale et que l'administration fiscale est informée dans les conditions prévues aux articles L. 82 C, L. 101 ou L. 135 L du livre des procédures fiscales qu'une personne a eu la libre disposition d'un bien objet d'une des infractions mentionnées au 2, cette personne est présumée, sauf preuve contraire appréciée dans le cadre des procédures prévues aux articles L. 10 et L. 12 de ce même livre, avoir perçu un revenu imposable équivalent à la valeur vénale de ce bien au titre de l'année au cours de laquelle cette disposition a été constatée. / La présomption peut être combattue par tout moyen et procéder notamment de l'absence de libre disposition des biens mentionnés au premier alinéa, de la déclaration des revenus ayant permis leur acquisition ou de l'acquisition desdits biens à crédit. / Il en est de même des biens meubles qui ont servi à les commettre ou étaient destinés à les commettre. / Lorsqu'il résulte des constatations de fait opérées dans le cadre d'une des procédures prévues aux articles 53,75 et 79 du code de procédure pénale et que l'administration fiscale est informée dans les conditions prévues aux articles L. 82 C, L. 101 ou L. 135 L du livre des procédures fiscales qu'une personne a eu la libre disposition d'une somme d'argent, produit direct d'une des infractions visées aux 2 ou 3 du présent article, cette personne est présumée, sauf preuve contraire appréciée dans le cadre des procédures prévues aux articles L. 10 et L. 12 de ce même livre, avoir perçu un revenu imposable égal au montant de cette somme au titre de l'année au cours de laquelle cette disposition a été constatée. / La présomption peut être combattue par tout moyen et procéder notamment de l'absence de libre disposition des sommes mentionnées au quatrième alinéa, du caractère non imposable de ces sommes ou du fait qu'elles ont été imposées au titre d'une autre année. / Lorsque plusieurs personnes ont la libre disposition des biens ou de la somme mentionnés respectivement au premier et au quatrième alinéas, la base du revenu imposable est, sauf preuve contraire, répartie proportionnellement entre ces personnes. / 2. Le 1 s'applique aux infractions suivantes : / a. crimes et délits de trafic de stupéfiants prévus par les articles 222-34 à 222-39 du code pénal () ". Aux termes de l'article 222-37 du code pénal : " Le transport, la détention, l'offre, la cession, l'acquisition ou l'emploi illicites de stupéfiants sont punis de dix ans d'emprisonnement et de 7 500 000 euros d'amende () ".

3. Le régime d'imposition prévu par les dispositions de l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts ne vise pas à imposer les profits issus de la revente de produits illicites mais à taxer le revenu imposable qui, correspondant à la valeur vénale des biens visés par ces dispositions, est présumé avoir été perçu par les personnes qui les détiennent. Il incombe alors au contribuable de combattre la présomption de revenus instaurée par ce dispositif en établissant notamment qu'il n'avait pas la libre disposition des biens ou sommes d'argent en cause.

En ce qui concerne le principe de l'imposition :

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le tribunal de grande instance d'Evry a transmis à l'administration fiscale les procès-verbaux d'interpellation de M. B le 29 mai 2018, de perquisition de son domicile du même jour, les procès-verbaux d'audition des 30 et 31 mai 2018 ainsi que le jugement du 4 novembre 2019 par lequel ce tribunal l'a condamné à quatre ans d'emprisonnement pour transport non autorisé de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, acquisition et détention non autorisées de stupéfiants et récidive. Dès lors, l'administration a estimé, sur le fondement des éléments révélés par cette procédure et susceptibles de comporter des implications de nature fiscale, que M. B avait eu, au cours de l'année 2018, la libre disposition à son domicile de 9,9 kilogrammes de résine de cannabis et de 61,5 grammes d'herbes de cannabis.

5. Pour combattre cette présomption, M. B soutient qu'il n'avait pas l'entière disposition ni l'exclusivité de la disposition des produits saisis à son domicile, dès lors qu'il n'est pas le seul prévenu des faits en cause et qu'en l'absence de répartition précise entre les auteurs, l'administration devait procéder à une imposition égalitaire entre les intéressés. Il résulte toutefois de l'instruction que la perquisition et l'enquête judiciaire ont établi que le requérant disposait à son domicile de 9,9 kilogrammes de résine de cannabis et de 61,5 grammes d'herbes de cannabis et lors de son audition du 31 mai 2018 par les services de police, M. B a déclaré garder ces produits stupéfiants à son domicile et les vendre ensuite pour le compte d'un tiers dont il s'est refusé à communiquer l'identité. De plus, si M. B invoque l'implication d'un autre prévenu, l'enquête a révélé que cette personne détenait également à son domicile une autre quantité plus importante que celle découverte au domicile du requérant et pour laquelle il a fait l'objet d'une condamnation pénale. Dès lors, M. B ne démontre pas que la quantité de stupéfiants découverte à son domicile était détenue conjointement avec l'autre mis en cause. Enfin, si M. B soutient qu'il n'avait que la garde temporaire des produits illicites, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, M. B n'apporte pas la preuve qui lui incombe qu'il n'avait pas la libre disposition des biens illicites en sa possession.

En ce qui concerne le montant de l'imposition :

6. Il résulte de l'instruction, en particulier des termes de la proposition de rectification du 24 février 2020, que le service s'est fondé, pour fixer la valeur vénale des biens litigieux à la somme de 60 015 euros, sur un prix moyen d'acquisition de la résine de cannabis à 6 euros le gramme et de celui de l'herbe de cannabis à 10 euros le gramme, à rapporter aux quantités respectives de 9 900 grammes et 61,5 grammes saisies au domicile de l'intéressé.

7. Pour contester cette évaluation, M. B se borne à se référer aux tarifs pratiqués évoqués dans ses déclarations aux services de police et à soutenir que la méthode de calcul de l'administration est sommaire et erronée car fondée sur une valeur vénale qui n'est pas définie par l'administration. Cependant, les tarifs invoqués par le requérant, de 2,5 euros par gramme de résine de cannabis et 6 euros par gramme pour l'herbe de cannabis, ne résultent que de ses propres déclarations devant les services de police, qui ne sont corroborées par aucun élément précis de nature à établir que le calcul de l'administration serait erroné. S'agissant de la valeur vénale des biens objets de l'infraction, ni l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts ni aucune autre disposition ne prévoient une procédure particulière pour sa détermination. En l'espèce, l'administration fait valoir que cette valeur a été établie selon les informations disponibles auprès de l'observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), de l'office central de la répression des trafics illicites des stupéfiants (OCRTIS), sur les prix moyens constatés du marché pour les produits en cause. Eu égard à l'illicéité des biens en cause, la référence à des prix issus de données fournis par des organismes officiels en charge de la lutte contre le trafic de stupéfiants doit être regardée comme pertinente. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme établissant que la valeur vénale des produits stupéfiants en cause devait être fixée à la somme de 60 015 euros, qui a été imposée, à bon droit, conformément aux dispositions de l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts, entre les mains de M. B au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2018.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des impositions supplémentaires et pénalités en litige.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

F-X de MiguelLe président,

P. Ouardes

La greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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