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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2104959

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2104959

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2104959
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantMIRAM-MARTHE-ROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2021, Mme A B, représentée par Me Miram-Marthe-Rose, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision de résiliation de la convention conclue avec le centre communal d'action sociale (CCAS) de Verrières-le-Buisson ;

2°) de condamner le CCAS à lui verser la somme de 60 000 euros HT, sauf à parfaire, au titre du préjudice subi du fait des fautes commises par l'administration, assorti des intérêts moratoires à compter de la notification de sa demande préalable indemnitaire ;

3°) de mettre à la charge du CCAS la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de résiliation a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des articles L.211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation : si l'administration dispose toujours de la faculté de résilier une convention avec une personne privée, celle-ci doit être motivée par des raisons d'intérêt général ou une faute du co-contractant, ce qui n'est pas le cas en l'espèce : elle encourt ainsi la nullité ; l'annulation de la décision de résiliation entraîne par ailleurs la reprise des relations contractuelles ;

- le CCAS a commis une faute du fait de l'illégalité de la décision de résiliation ; elle a ensuite été mise à l'écart, fait constitutif de harcèlement moral ;

- elle a subi un préjudice matériel de 30 000 euros HT ;

- elle a subi un préjudice moral évalué à 30 000 euros HT.

Par un mémoire enregistré le 10 novembre 2022, le centre communal d'action sociale de Verrières-le-Buisson, représenté par Me Lafay, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la convention en litige n'a pas été résiliée ; il y a simplement mis un terme à l'issue du terme contractuellement prévu, par une décision de non-reconduction ;

- à titre subsidiaire, à supposer qu'elle ait été résiliée, des conclusions à fin d'annulation d'une décision de résiliation sont irrecevables, s'agissant d'une mesure d'exécution d'un contrat ; la reprise des relations contractuelles n'est, en outre, pas possible ;

- il n'a commis aucune des fautes qui lui sont reprochées ;

- en tout état de cause, le préjudice réclamé n'est pas justifié.

Par ordonnance du 15 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2022, à 12h.

Un mémoire présenté pour Mme B a été enregistré le 15 décembre 2022 à 18h06, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique.

Connaissance prise de la note en délibéré présentée par Me Miram-Marthe-Rose et enregistrée le 12 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, psychologue clinicienne, a conclu, en mars 2018, une convention avec le centre communal d'action sociale (CCAS) de Verrières-le-Buisson, pour les années 2018 et 2019, afin notamment d'animer des groupes de parole pour les aides à domicile, deux fois par mois, et de rencontrer des bénéficiaires ou des agents de la mairie en difficulté, à hauteur de 26 heures par semaine. Par courrier du 14 septembre 2020, le maire du CCAS l'a informée de son intention de procéder à la résiliation de la convention, avec effet au 14 novembre suivant, compte tenu des délais de préavis prévus par la convention. Par courrier du 31 mars 2021, la requérante a adressé au CCAS une demande indemnitaire préalable tendant notamment à ce que lui soit versée une indemnité de 30 000 euros HT au titre de son préjudice financier et une indemnité de 30 000 euros HT au titre de son préjudice moral. Sa demande est restée sans réponse. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision de résiliation de la convention conclue avec le CCAS de la commune de Verrières-le-Buisson, d'annuler la décision par laquelle le CCAS a refusé de faire droit à ses prétentions et de condamner le centre communal d'action sociale à lui verser la somme de 60 000 euros HT, sauf à parfaire, au titre du préjudice subi du fait des fautes commises par l'administration, assorti des intérêts moratoires à compter de la notification de sa demande préalable indemnitaire.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Le défendeur fait tout d'abord valoir que la décision litigieuse ne résilie pas la convention mais y met un terme, conformément à l'article 7 de ladite convention. Si la décision du CCAS devait cependant être regardée comme une décision résiliant la convention, de telles conclusions sont irrecevables. En outre, l'expiration du contrat fait obstacle à la reprise des relations contractuelles.

3. Aux termes de l'article 7 de la convention intitulée " durée de la convention - révision " : " La présente convention est établie pour les années civiles 2018 et 2019 et pourra être reconduite par décision expresse deux mois avant son terme. (). Chacune des parties contractantes se réserve le droit de mettre fin à la convention par courrier avec accusé réception en respectant un préavis de deux mois ".

4. Il est constant que la convention a été conclue le 26 mars 2018 pour les années civiles 2018 et 2019 soit du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019. Le défendeur fait valoir que la convention a été renouvelée par une décision expresse, ce que la requérante ne conteste pas, en ajoutant qu'elle a été renouvelée pour les années civiles 2020-2021. Toutefois, en dépit d'une mesure supplémentaire d'instruction, aucune décision de renouvellement expresse de la convention n'a été transmise au tribunal. Aucune convention n'ayant été signée entre les deux parties à compter du 1er janvier 2020, la décision litigieuse met fin en fait à une convention inexistante. Par conséquent, la fin de non-recevoir doit être écartée. En tout état de cause, des conclusions tendant à l'annulation d'une décision de résiliation doivent être regardées comme tendant à la reprise des relations contractuelles. Or, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la relation contractuelle s'est achevée le 31 décembre 2019. Ces conclusions sont donc irrecevables. Au surplus, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation, de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation, des faits de harcèlement moral commis et du détournement de pouvoir constitué par une sanction déguisée sont inopérants dans un recours tendant à contester une décision de résiliation d'un contrat qui constitue une mesure d'exécution d'un contrat.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. La requérante soutient que le CCAS a commis une faute en mettant fin à la convention qui les liait en l'absence d'intérêt général à résilier la convention ou de faute de sa part. Or, elle devait percevoir annuellement la somme de 16 920 euros soit environ 1 410 euros mensuellement durant toute la durée de la convention soit au moins jusqu'au 31 décembre 2021. De ce fait, elle aurait subi un préjudice financier de 29 090 euros correspondant à l'intégralité de la rémunération qu'elle aurait dû percevoir en 2021 et pendant une grande partie de l'année 2020. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la convention n'a pas été renouvelée, comme exigée par son article 7. Au surplus, il ne résulte pas de l'instruction et en particulier de l'article 6 de la convention que celle-ci ait été conclue à prix forfaitaire, la requérante devant adresser au service financier du CCAS de Verrières-le-Buisson une note d'honoraire, chaque fin de mois, déduction faite de ses périodes de congé annuelle, pour un coût horaire de 60 euros, toutes charges comprises, comme le fait valoir le défendeur. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation du CCAS à lui verser la somme de 30 000 euros au titre du préjudice financier subi ainsi que, en tout état de cause, du préjudice subi du fait de l'atteinte à sa réputation.

6. Si la requérante allègue également d'un préjudice moral qu'elle évalue à hauteur de 30 000 euros, il résulte de ce qui précède que le CCAS n'a pas commis de faute. En tout état de cause, ce préjudice, à le supposer établi, est sans lien de causalité avec la faute alléguée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à titre indemnitaire doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre communal d'action sociale de Verrières-le-Buisson, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le centre communal d'action sociale de Verrières-le-Buisson au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre communal d'action sociale de Verrières-le-Buisson sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre communal d'action sociale de Verrières-le-Buisson.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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