jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2105188 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | LABETOULE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juin 2021 et 9 novembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Perfect Iso, représentée par Me Labetoule, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018, ainsi que de l'amende d'un montant de 5 000 euros qui lui a été infligée au titre de l'année 2016 sur le fondement des dispositions de l'article 1729 D du code général des impôts ;
2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement sur le fondement des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le vérificateur ne lui a pas remis, préalablement à l'engagement de la vérification de comptabilité diligentée à son encontre, un avis satisfaisant aux obligations prévues par l'article L. 47 du livre des procédures fiscales et une charte des droits et obligations du contribuable vérifié dans les conditions prévues par l'article L. 10 du livre des procédures fiscales ; cette irrégularité de procédure est substantielle au sens des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;
- le droit de communication mis en œuvre par le service a été irrégulier, dès lors que l'administration fiscale ne produit aucun élément précisant le grade de l'agent qui a exercé ce droit auprès de l'établissement financier Banque populaire concernant le compte n°2121781860, en application des dispositions de l'article R. 81-1 du livre des procédures fiscales ; si le service a indiqué qu'il a été exercé par M. A, inspecteur titulaire de catégorie A, les droits de communication qui ont été communiqués montrent qu'il a en réalité été exercé par M. C, contrôleur des finances publiques rattaché à la direction nationale des enquêtes fiscales ; cette irrégularité de procédure est substantielle au sens des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;
- les éléments qui ont été recueillis par le service à la suite de l'exercice de son droit de communication, et qui ont été utilisés pour les rectifications en litige, n'ont pas fait l'objet d'un débat oral et contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ; cette irrégularité de procédure est substantielle au sens des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;
- elle n'a pas été en mesure d'exercer un recours hiérarchique devant l'interlocuteur départemental tant lors de la vérification de comptabilité que lors de la procédure de rectification, dès lors que l'avis de vérification de comptabilité ne le mentionnait pas ; cette irrégularité de procédure est substantielle au sens des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;
- la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'a pas été saisie alors qu'elle en avait formulé la demande les 3 avril 2020 et le 6 juillet 2020 ; elle se prévaut sur ce point du paragraphe n°190 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques - impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-CF-CMSS-20-30 ;
- la reconstitution du chiffre d'affaires effectuée sur la base des encaissements réalisés ne prend pas en compte les charges d'exploitation exposées, pour lesquelles des justifications ont été produits, ce qui conduit à une exagération des bases d'imposition ; elle se prévaut sur ce point du paragraphe n°200 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques - impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-CF-IOR-10-20 ;
- les rappels de TVA et les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mis à sa charge devant faire l'objet d'une décharge, les pénalités correspondantes doivent faire l'objet d'une décharge par voie de conséquence.
Par des mémoires en défense enregistrés les 9 décembre 2021 et 7 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer à hauteur de 45 035 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'a pas été saisie malgré une demande en ce sens de la société requérante, de sorte qu'elle est fondée à demander la décharge des impositions relevant du champ de la compétence de cette commission, soit l'ensemble des impositions en litige, à l'exception de l'amende de l'année 2016 d'un montant de 5 000 euros, des rappels de TVA déductible de l'année 2016 d'un montant de 12 468 euros, des intérêts de retard correspondant d'un montant de 431 euros, des rappel de TVA déductible de l'année 2017 d'un montant de 11 860 euros et des intérêts de retard correspondant d'un montant de 82 euros ;
- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,
- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Perfect Iso, qui exerce l'activité de travaux de rénovation immobilière portant notamment sur l'isolation et les ouvertures, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018. A l'issue de ce contrôle, le vérificateur l'a informée, par une proposition de rectification du 12 décembre 2019, qu'il envisageait de mettre à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2016, assortis d'intérêts de retard, de la majoration de 10% prévue par les dispositions du 1 de l'article 1728 du code général des impôts pour les suppléments d'impôt sur les sociétés et d'une amende de 5 000 euros prévue par celles de l'article 1729 D du même code. Par une proposition de rectification du 24 janvier 2020, il a également informé la SARL Perfect Iso qu'il envisageait de mettre à sa charge des rappels de TVA pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016, en 2017 et en 2018, assortis d'intérêts de retard, de la majoration de 10% prévue par les dispositions du 1 de l'article 1728 du code général des impôts pour les suppléments d'impôt sur les sociétés, et de deux amendes de 5 000 euros prévues par celles de l'article 1729 D du même code. Par des décisions des 26 février 2020 et 9 juin 2020, le service a maintenu les rectifications envisagées à la suite des observations présentées par la société, qui avait sollicité la prolongation de ses délais de réponse, les 5 février, 23 mars et 6 juillet 2020. A la suite de son recours hiérarchique, la société a obtenu l'abandon partiel des rectifications envisagées au titre de l'exercice clos en 2018. Le 26 février 2021, la somme de 84 994 euros a été mise en recouvrement. Par une décision du 23 avril 2021, le service a partiellement fait droit à la réclamation présentée par la société le 16 mars 2021. Par sa requête, la SARL Perfect Iso demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions laissées à sa charge, ainsi que de l'amende d'un montant de 5 000 euros qui lui a été infligée au titre de l'année 2016.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 7 décembre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines a prononcé le dégrèvement partiel des rappels de TVA mis à la charge de la SARL Perfect Iso au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016, à hauteur de 1 481 euros en droits et de 113 euros en pénalités, de ceux mis à la charge de la société au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017, à hauteur de 1 708 euros en droits et de 68 euros en pénalités, ainsi que le dégrèvement total, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la société a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, en 2017 et en 2018, pour des montants respectifs de 19 895 euros, de 16 470 euros et de 5 300 euros. Les conclusions de la société requérante sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
S'agissant de l'avis de vérification de comptabilité et de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié :
3. Aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " () une vérification de comptabilité () ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification (). / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. / L'avis informe le contribuable que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié peut être consultée sur le site internet de l'administration fiscale ou lui être remise sur simple demande. () " Aux termes de l'article L. 10 du même livre : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat. / A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés. / Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration ".
4. D'une part, il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté en réplique, que le pli contenant la lettre n°3927 portant avis de vérification de comptabilité du 9 septembre 2019, qui indique notamment que le vérificateur se présentera au siège social de la société le 1er octobre 2019 ainsi que la possibilité pour la société de se faire assister par un conseil de son choix dès le premier rendez-vous et tout au long de la procédure, a été présenté au siège social de la SARL Perfect Iso, sis 4, rue de Paradis à Verrières-le-Buisson (Essonne), puis retiré le 16 septembre 2019, avant le début des opérations de contrôle, conformément aux dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales.
5. D'autre part, la société requérante ne justifie aucunement avoir accompli les diligences nécessaires pour se procurer la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, alors que la possibilité de la consulter sur le site internet www.impots.gouv.fr ou de la recevoir sur simple demande lui a dûment été rappelée dans l'avis de vérification du 9 septembre 2019.
S'agissant de l'exercice du droit de communication et du débat oral et contradictoire :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 81 du livre des procédures fiscales, dans sa version alors applicable : " Le droit de communication permet aux agents de l'administration, pour l'établissement de l'assiette, le contrôle et le recouvrement des impôts, d'avoir connaissance des documents et des renseignements mentionnés aux articles du présent chapitre dans les conditions qui y sont précisées. / Pour l'établissement de l'assiette et le contrôle de l'impôt, le droit de communication peut porter sur des informations relatives à des personnes non identifiées, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat pris après avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés. / Le droit prévu au premier alinéa s'exerce sur place ou par correspondance, y compris électronique, et quel que soit le support utilisé pour la conservation des documents. / Les agents de l'administration peuvent prendre copie des documents dont ils ont connaissance en application du premier alinéa. / Des fonctionnaires des administrations des autres Etats membres peuvent assister à l'exercice du droit de communication dans les conditions prévues au 3 de l'article L. 45. ". Aux termes de l'article R. 81-1 du même livre : " Le droit de communication défini à l'article L. 81 est exercé par les fonctionnaires titulaires ou stagiaires appartenant à des corps de catégorie A ou B ou par des fonctionnaires titulaires appartenant à des corps de catégorie C agissant sur l'ensemble du territoire métropolitain et des départements et régions d'outre-mer, pour l'exercice de leurs missions d'établissement de l'assiette, de contrôle et de recouvrement des impôts, droits et taxes. "
7. L'administration fiscale fait valoir sans être contredite que le droit de communication, à la suite duquel le service a obtenu les relevés bancaires de la SARL Perfect Iso pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, a été exercé sur demande du vérificateur, M. B A, inspecteur des finances publiques, qui est un corps de catégorie A, auprès de la Banque populaire Rives de Paris, le 1er octobre 2019, et que l'exécution matérielle de ce droit a été déléguée à la direction nationale d'enquêtes fiscales, qui dispose d'une compétence territoriale sur l'ensemble du territoire national. En outre, il résulte de l'instruction que, le 2 octobre 2019, M. D C, contrôleur des finances publiques, qui est un corps de catégorie B, a demandé à celle-ci de bien vouloir tenir à sa disposition, dans les meilleurs délais, des relevés du compte bancaire n°21217081860 détenu par la SARL Perfect Iso dans l'agence de Grigny (Essonne), pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018. Dans ces conditions, l'administration fiscale, qui a précisé l'identité de ces agents ainsi que leur corps d'appartenance, doit être regardée comme justifiant la régularité de l'exercice de ce droit de communication au regard des dispositions des articles L. 81 et R. 81-1 du livre des procédures fiscales.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent.
10. Il résulte de l'instruction que la SARL Perfect Iso a été informée, dans chacune des deux propositions de rectifications des 12 décembre 2019 et 24 janvier 2020, que le service avait effectué un droit de communication auprès de l'établissement financier la Banque populaire afin d'obtenir les relevés du compte bancaire n°21217081860 détenu dans l'agence située à Grigny, pour les périodes du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016 et du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. Elle a ainsi été informée de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers, que le service a utilisés pour fonder les impositions en litige, avec une précision suffisante pour lui permettre notamment de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent, qui ont d'ailleurs été mis à sa disposition lors des réponses aux observations du contribuable à la suite de la demande qu'elle avait présentée en ce sens après la réception des deux propositions de rectifications. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, à le supposer soulevé, doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () "
12. Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
13. Il résulte notamment des mentions non contestées de la proposition de rectification du 12 décembre 2019, que trois entretiens ont eu lieu entre le vérificateur et le gérant de la SARL Perfect Iso, les 1er octobre, 14 octobre et 19 novembre 2019, dans les locaux de la société. Il résulte également des mentions non contestées de la proposition de rectification du 24 janvier 2020, que quatre entretiens ont eu lieu entre le vérificateur et le gérant de la société, dans les locaux de celle-ci, les 1er octobre 2019, 14 octobre 2019, 19 novembre 2019 et 23 janvier 2020. Si la société requérante, qui reconnaît avoir bénéficié d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur, soutient ne pas avoir eu la possibilité de discuter avec celui-ci des relevés bancaires qu'il a obtenus à la suite de l'exercice du droit de communication, elle n'apporte toutefois pas le moindre élément au soutien de ses allégations. En tout état de cause, il résulte de l'instruction, en particulier des mentions non contestées des deux propositions de rectifications des 12 décembre 2019 et 24 janvier 2020, qu'au cours de la procédure de contrôle, le vérificateur, par souci de réalisme économique, a accepté de prendre en compte certaines charges identifiées, à partir des paiements effectués par carte bancaire, sur les relevés bancaires en cause. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de débat oral et contradictoire avec le vérificateur doit être écarté.
S'agissant de la saisine du supérieur hiérarchique et de l'interlocuteur départemental ou régional :
14. Aux termes du paragraphe 6 du chapitre Ier de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, dans son millésime 2019 alors applicable : " () En cas de difficultés, vous pouvez vous adresser à l'inspecteur divisionnaire ou principal et ensuite à l'interlocuteur désigné par le directeur. Leur rôle vous est précisé plus loin (voir p. 20). Vous pouvez les contacter pendant le contrôle. " Aux termes du paragraphe 4 du chapitre III de cette charte, dans son millésime 2019 alors applicable : " Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal. () Si, après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur (voir p. 4) () ".
15. La possibilité pour un contribuable de s'adresser, dans les conditions édictées par les passages précédemment cités de la charte, au supérieur hiérarchique du vérificateur puis à l'interlocuteur départemental ou régional constitue une garantie substantielle ouverte à l'intéressé à deux moments distincts de la procédure d'imposition, en premier lieu, au cours de la vérification et avant l'envoi de la proposition de rectification, pour ce qui a trait aux difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle, et, en second lieu, après la réponse faite par l'administration fiscale aux observations du contribuable sur cette proposition, pour ce qui a trait au bien-fondé des rectifications envisagées.
16. Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est même pas allégué, que la SARL Perfect Iso aurait demandé à l'administration fiscale de s'adresser au supérieur hiérarchique du vérificateur puis à l'interlocuteur départemental ou régional, au cours de la vérification de comptabilité et avant l'envoi des propositions de rectification, ni à l'interlocuteur départemental ou régional après avoir été reçu par le supérieur hiérarchique du vérificateur après la réponse du service aux observations du contribuable sur les propositions de rectification, garanties substantielles prévues par la charte du contribuable vérifié, alors que la possibilité de consulter celle-ci sur le site internet " www.impots.gouv.fr " ou de la recevoir sur simple demande lui a dûment été rappelée dans l'avis de vérification du 9 septembre 2019, ainsi qu'il a été dit au point 5.
S'agissant de la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires :
17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales, dans sa version alors applicable : " I.- La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : / 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; / 2° Sur les conditions d'application des régimes d'exonération ou d'allégements fiscaux en faveur des entreprises nouvelles, à l'exception de la qualification des dépenses de recherche mentionnées au II de l'article 244 quater B du code général des impôts ; / 3° Sur l'application du 1° du 1 de l'article 39 et du d de l'article 111 du même code relatifs aux rémunérations non déductibles pour la détermination du résultat des entreprises industrielles ou commerciales, ou du 5 de l'article 39 du même code relatif aux dépenses que ces mêmes entreprises doivent mentionner sur le relevé prévu à l'article 54 quater du même code ; / 4° Sur la valeur vénale des immeubles, des fonds de commerce, des parts d'intérêts, des actions ou des parts de sociétés immobilières servant de base à la taxe sur la valeur ajoutée, en application du 6° et du 1 du 7° de l'article 257 du même code. / II.- Dans les domaines mentionnés au I, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut, sans trancher une question de droit, se prononcer sur les faits susceptibles d'être pris en compte pour l'examen de cette question de droit. / Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, la commission peut se prononcer sur le caractère anormal d'un acte de gestion, sur le principe et le montant des amortissements et des provisions ainsi que sur le caractère de charges déductibles ou d'immobilisation. ".
18. L'administration n'est tenue de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, sur demande du contribuable, que lorsque le litige concerne les matières pour lesquelles la commission est compétente en vertu de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales. En vertu des dispositions de cet article, la compétence consultative de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires inclut, notamment, les différends portant sur le montant des chiffres d'affaires réels, mais non ceux qui ont trait au droit à déduction de TVA. Les rappels de TVA demeurant en litige correspondant uniquement à de la TVA déductible, le moyen tiré de ce que cette commission n'a pas été saisie par l'administration fiscale est inopérant.
19. En second lieu, si la société requérante se prévaut du paragraphe n°190 de l'instruction publié au bulletin officiel des finances publiques - impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-CF-CMSS-20-30, celui-ci est relatif à la procédure d'imposition, et n'est donc pas au nombre des interprétations de la loi fiscale dont les contribuables peuvent se prévaloir en application des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
S'agissant de l'application de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales :
20. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents, qu'en l'absence d'établissement d'une erreur, même non substantielle, dans la procédure d'imposition, la société requérante n'est pas fondée à demander le bénéfice de l'application des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant de l'application de la loi fiscale :
21. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / Toutefois, les personnes qui effectuent des opérations occasionnelles soumises à la taxe sur la valeur ajoutée n'exercent le droit à déduction qu'au moment de la livraison. / 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Il résulte de ces dispositions, interprétées à la lumière des dispositions des articles 9, 168 et 178 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de TVA, que le droit à déduction, qui prend naissance lorsque la taxe devient exigible chez le fournisseur, reste acquis, dès lors que l'assujetti s'est acquitté du prix des biens ou services et détient une facture mentionnant la TVA, alors même, d'une part, que les premières dépenses sont effectuées pour les besoins de l'activité économique d'une société qui n'a pas encore effectivement débuté mais pour laquelle l'assujetti s'identifiera à la TVA dans un délai raisonnable à partir de la réalisation des opérations donnant lieu au droit à déduction et, d'autre part, que les factures mentionnant la TVA, objet du droit à déduction, ont été établies au nom des fondateurs de la société ou acquittées par eux.
22. Il résulte de l'instruction que, lors des opérations de contrôle, le vérificateur a constaté que la SARL Perfect Iso n'avait présenté aucune comptabilité ni même de justificatifs pour les années 2016 et 2017, et a dressé, le 19 novembre 2019, des procès-verbaux de défaut de présentation de comptabilité au titre de ces deux années. Si la société requérante soutient que la reconstitution du chiffre d'affaires effectuée sur la base des encaissements réalisés ne prend pas en compte les charges d'exploitation qu'elle a exposées et pour lesquelles elle a produit des justificatifs, elle ne produit toutefois aucune facture pour les deux périodes en litige, soit du 1er janvier au 31 décembre 2016 et du 1er janvier au 31 décembre 2017, et ne justifie pas de son droit à déduction de la TVA. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à demander, sur le terrain de la loi fiscale, la décharge des rappels de TVA restant en litige.
S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
23. La société requérante se prévaut du paragraphe n°200 de l'instruction publié au bulletin officiel des finances publiques - impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-CF-IOR-10-20, qui prévoit que " Pour être pertinentes et emporter, le cas échéant, la conviction de la commission départementale ou nationale, ou du juge, les reconstitutions opérées doivent demeurer dans des limites réalistes au regard des conditions effectives d'exploitation. / À cet égard, il est rappelé que : / - les reconstitutions du bénéfice brut doivent être effectuées à partir des conditions concrètes de fonctionnement de l'entreprise et non d'éléments prédéterminés ou étrangers à la gestion propre de celle-ci, même s'il s'agit de pourcentages indiqués par les monographies administratives ou tirés des statistiques professionnelles. Ces pourcentages peuvent toutefois conforter les résultats obtenus par d'autres méthodes ; / - les renseignements donnés par les contribuables doivent être soigneusement étudiés et retenus s'ils sont jugés acceptables par le vérificateur. / Dans tous les cas, les méthodes de reconstitution des bases d'imposition suivies par le service doivent être clairement et complètement exposées dans la proposition de rectification. " Toutefois, ce paragraphe concerne la procédure d'imposition et ne contient aucune interprétation de la loi fiscale relative à la TVA déductible, qui est la seule restant en litige. Par suite, la société requérante, qui n'invoque d'ailleurs pas les dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, n'est pas non plus fondée à demander, sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale, la décharge des rappels de TVA restant en litige.
En ce qui concerne les pénalités :
24. La société requérante n'étant pas fondée à demander la décharge des rappels de TVA laissés à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, elle n'est pas fondée à demander, par voie de conséquence, la décharge des pénalités correspondantes.
25. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions à fin de décharge présentées par la SARL Perfect Iso doit être rejeté.
Sur les conclusions tendant au bénéfice du sursis de paiement :
26. Le présent jugement tranchant le litige au fond, les conclusions aux fins de sursis de paiement sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les frais du litige :
27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande la SARL Perfect Iso au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge de la requête de la SARL Perfect Iso, dans la limite du dégrèvement mentionné au point 2, ainsi que sur celles tendant au bénéfice du sursis de paiement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Perfect Iso est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Perfect Iso et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Ouardes, président,
- M. de Miguel, premier conseiller,
- Mme Mathé, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.
La rapporteure,
C. MathéLe président,
P. OuardesLa greffière,
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026