mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2105476 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | C/M/S/ BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 juin 2021, 9 décembre 2022, et des mémoires, non communiqués, enregistrés les 17 janvier et 16 mai 2023, la société par actions simplifiée Domicile Ménage, représentée par le cabinet CMS Bureau Francis Lefebvre, agissant par Me Tournès, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités mis à sa charge au titre des périodes courant du 1er janvier 2016 au 31 aout 2019 pour un montant total de 114 575 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ses salariés effectuant des prestations au domicile des clients, l'activité exercée relève de la fourniture de prestations de service et du 3° de l'article L. 7232-6 du code du travail ; ses clients s'adressent à la société pour bénéficier d'une prestation de ménage et ses salariés peuvent se rendre au domicile des clients pour des tâches de ménage ;
- son activité est éligible au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée, en application des dispositions du III de l'article 86 de l'annexe II du code général des impôts et du II de l'article D. 7231-1 du code du travail dès lors que les activités énumérées à l'annexe II de l'article 86 précité doivent être appréciées en fonction des dispositions du code du travail ; le service a fait une inexacte application des dispositions du i. de l'article 279 du code général des impôts et de l'article 86 de l'annexe III du même code en estimant qu'elle exerçait une prestation de coordination et de délivrance des services ; les avis de la commission européenne dans ses lettres du 11 juillet 2013 et du 13 janvier 2014 soulignent que le décret n° 2013-510 du 17 juin 2013 a supprimé le taux réduit de TVA pour les prestations de coordination et délivrance des services mais pas pour les services à la personne d'entretien de la maison et travaux ménagers en mode mandataire ; le taux de taxe sur la valeur ajoutée dépend donc de l'activité exercée et non de ses modalités ; par voie d'exception, l'annexe III de l'article 86 du code général des impôts créé par le décret n° 2013-510 du 17 juin 2013 est illégal en ce que le pouvoir règlementaire a restreint le champ d'application de la loi sans y avoir été habilité par le législateur ;
- elle est déclarée auprès de la DIRECCTE en tant qu'entreprise ayant une activité d'entretien de maison et de travaux ménagers ;
- la position du service méconnaît la doctrine exprimée sous la référence BOI-TVA-LIQ-30-20-80 ; en réponse à la question écrite n° 01044 d'un sénateur, le ministre de l'économie et des finances a précisé que le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée est applicable aux clients des entreprises, que celles-ci soient prestataires ou mandataires ; cette position a été confirmée par le ministre du budget dans une réponse à la question écrite n° 6237 du député Lassale ; la proposition de rectification au SASU group Shiva du 25 avril 2018 démontre que le service a reconnu que les activités de sa société-mère relevaient de la catégorie " entretien de la maison et travaux ménagers " ; il en est de même s'agissant des avis d'absences de rectification adressés par la DDFIP de la Vendée, de la Bretagne et du Loir et Cher qui concernent des franchisés Shiva (sociétés sœurs) ; la société se prévaut de la prise de position formelle de la DDFIP du Pas de Calais du 22 mars 2022 sur l'application du taux réduit de TVA au bénéfice d'une société identique à Domicile Ménage ; la direction générale des entreprises qualifie elle-même l'activité des sociétés sous l'enseigne Shiva d'entretien de maison et de travaux ménagers.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 septembre 2021 et 22 décembre 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction du contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Winkopp-Toch,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,
- et les observations de Me Tournès, représentant la société Domicile Ménage.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Domicile Ménage, anciennement dénommée LVSD, franchisée de l'enseigne Shiva, exerce une activité de service à la personne. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour la période courant du 1er janvier 2016 au 31 aout 2019. Déclarée auprès des services de la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (ex DIRECCTE) en application des dispositions de l'article R. 7232-7 du code du travail, elle déclare délivrer des prestations de service de ménage/repassage à domicile, de grand ménage et ménage dans des résidences secondaires, auxquelles elle a appliqué le taux réduit de TVA de 10%, se plaçant ainsi sous le régime prévu par le i. de l'article 279 du code général des impôts et l'article 86 de l'annexe III à ce code. A l'issue des opérations de vérification, le service a remis en cause l'application du taux réduit de TVA (10%) prévu par l'article 279-i du code général des impôts et l'article 86 de l'annexe III à ce code. Il lui a notifié, par une proposition de rectification du 7 novembre 2019, des rappels de TVA collectée d'un montant en droit et pénalités de 114 575 euros. La SAS Domicile Ménage demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires et pénalités ainsi mises à sa charge.
Sur le bien-fondé des impositions
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête
2. Aux termes de l'article 279 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à compter du 30 décembre 2014 : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne : () i Les prestations de services fournies à titre exclusif, () par des associations, des entreprises ou des organismes déclarés en application de l'article L. 7232-1-1 du même code, et dont la liste est fixée par décret ". A compter de cette date, le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée a été fixé à 10 %. Et aux termes de l'article 86 de l'annexe III au code général des impôts, dans sa rédaction issue du décret du 17 juin 2013 : " II. - Les activités de services à la personne soumises au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée prévu à l'article 279 du code précité en application des dispositions du i du même article sont les suivantes : / 1° Entretien de la maison et travaux ménagers ; () ". Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction, si les recettes réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du taux réduit de la taxe sur la valeur ajoutée ou dans celui du taux normal de cette taxe, eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ses opérations.
3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 7232-6 du code du travail : " Les personnes morales ou les entreprises individuelles mentionnées aux articles L. 7232-1, L. 7232-1-1 et L. 7232-1-2 peuvent assurer leur activité selon les modalités suivantes : 1° Le placement de travailleurs auprès de personnes physiques employeurs ainsi que, pour le compte de ces dernières, l'accomplissement des formalités administratives et des déclarations sociales et fiscales liées à l'emploi de ces travailleurs ; 2° Le recrutement de travailleurs pour les mettre, à titre onéreux, à la disposition de personnes physiques. () ; 3° La fourniture de prestations de services aux personnes physiques. ". Et aux termes de l'article L. 7233-2 du même code : " L'association ou l'entreprise agréée qui exerce une activité de services à la personne rendus aux personnes physiques bénéficie : 1° Du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée prévu au i de l'article 279 du code général des impôts () ".
4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions d'une part, que le bénéfice du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée est accordé aux prestations de service fournies, notamment, par des entreprises déclarées auprès des services de l'Etat et exerçant une activité de services à la personne au nombre desquelles figure les prestations d'entretien de la maison et de travaux ménagers, et, d'autre part, que l'exercice d'une telle activité peut être assurée selon différentes modalités dont celle consistant à placer des travailleurs auprès de particuliers-employeurs et à accomplir, pour le compte de ces derniers, l'ensemble des formalités inhérentes à leur emploi.
5. En l'espèce, l'administration ne conteste pas que la société Domicile Ménage, qui exerce son activité sous enseigne de la société Shiva, a déclaré à l'autorité compétente qu'elle effectuait des prestations de services à la personne relatifs à l'entretien de la maison et aux travaux ménagers au sens des dispositions précitées du 1 du II de l'article D. 7231-1 du code du travail. En revanche, si elle ne conteste pas que la société exerce son activité en mode mandataire prévu par l'article L. 7232-6 1° du code du travail assurant le placement de travailleurs auprès de particuliers-employeurs, elle se prévaut de sa doctrine référencée BOI-TVA-LIQ-20-20 n° 580 commentant le décret n° 2013-510 du 17 juin 2013 selon laquelle " Le taux normal de la TVA s'applique .aux activités qui concourent directement et exclusivement à coordonner et délivrer les services à la personne ; aux prestations de services rendues par des organismes opérant en tant que simples mandataires, y compris les frais de gestion qu'ils facturent aux employeurs conformément à l'article L. 7233-1 du code du travail. ".
6. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à la suite de la mise en conformité avec le droit de l'union européenne par le décret du 17 juin 2013 précité, la commission a adressé au représentant permanent de la France auprès de l'union européenne deux lettres datées des 11 juillet 2013 et 13 janvier 2014 constatant que la mise en conformité n'était pas complète et invitant la France à " adapter le droit national afin d'exclure clairement les prestations relevant du mode mandataire du champ des taux réduits de TVA. ". A la suite de ces injonctions la doctrine de l'administration fiscale a été modifiée sous la référence BOI-TVA-LIQ-20-20 n° 580 sans que l'article 86 -III de l'annexe II au code général des impôts, dans sa rédaction issue du décret du 17 juin 2013 ne le soit. Si l'administration fiscale, qui ne peut se fonder sur sa propre doctrine, soutient néanmoins que ne pas tenir compte de cette doctrine reviendrait à ignorer la directive 2006/112/ CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de TVA, l'obligation pour le juge national de se référer au contenu d'une directive trouve ses limites dans les principes généraux du droit, notamment dans ceux de sécurité juridique et non non-rétroactivité, et elle ne peut pas servir de fondement à une interprétation contra legem du droit national. Dès lors, le moyen tiré de ce que la société propose à ses clients des prestations de service d'entretien de la maison et travaux ménagers, lesquelles en application des dispositions combinées des articles 279 et 86-III de l'annexe II du code général des impôts sont soumises au taux réduit de TVA doit être accueilli.
7. Il s'ensuit que la SAS Domicile Ménage est fondée à solliciter la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période courant du 1er janvier 2016 au 31 aout 2019 pour un montant total de 114 575 euros.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à la SAS Domicile Ménage en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La société Domicile Ménage est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période comprise entre le 1er janvier 2016 et 31 août 2019 pour un montant total de 114 575 euros.
Article 2 : L'Etat versera à la société Domicile Ménage une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Domicile Ménage et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction du contrôle fiscal d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 , à laquelle siégeaient :
M. Delage, président,
Mme Winkopp-Toch, première conseillère,
M. Thivolle, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023 .
Le rapporteur,
Signé
A Winkopp-Toch
Le président,
Signé
Ph Delage La greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026