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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2105614

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2105614

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2105614
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantBEAUTHIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 juin 2021, enregistrée le 17 juin 2021 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par la société Chapelec.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Paris le 21 avril 2021 et un mémoire enregistré le 14 décembre 2022, la société Chapelec, représentée par Me Beauthier, demande au tribunal :

1°) de condamner la direction régionale et interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement d'Ile-de-France (DRIEA IDF) à lui verser la somme de 49 411,06 euros TTC, au titre du solde du marché de travaux portant sur l'étanchéité du bâtiment de l'unité d'exploitation de la route (UER) d'Orsay, majorée des intérêts moratoires ;

2°) de condamner cette direction à lui verser une somme de 10 368,17 euros TTC à titre d'indemnité pour manque à gagner du fait de la résiliation fautive du marché ainsi qu'une autre somme de 39 949,50 euros TTC à titre d'indemnité pour les frais engagés au titre des menuiseries fabriquées et livrées qui n'ont pu être posées du fait de la résiliation fautive ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 8 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la résiliation à ses frais et risques est irrégulière sur la forme : le délai d'exécution de la mise en demeure était inférieur au délai donné de 15 jours ; les opérations de liquidation sont irrégulières, en l'absence de procès-verbal de constatation ;

- la résiliation n'est pas fondée : le dépassement du délai contractuellement fixé n'est pas de son fait, elle n'a pas manqué à la sécurité de son personnel, elle a respecté le planning et les décisions prises en réunion de chantier et elle n'a pas non plus commis de malfaçons.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2022, la préfecture de la région Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la demande indemnitaire de la société requérante est prématurée et donc irrecevable ;

- la procédure de résiliation est régulière :

- la résiliation aux frais et risques de la société requérante est fondée pour manquements à la sécurité, de nombreux retards dans le chantier, non-respect de l'ordre exécutoire et des décisions prises en réunion ainsi que des malfaçons sur la pose des menuiseries ;

- le préjudice ne peut être établi, le marché de substitution n'étant pas achevé : en tout état de cause, le montant de 49 411,06 euros TTC est erroné ; à tout le moins il s'agit d'en minorer le montant eu égard à la carence fautive dans l'exécution du marché ;

- au vu des fautes commises, l'indemnisation sollicitée à titre de dommages et intérêts ne peut qu'être diminuée ;

- elle ne peut être tenue responsable de la perte et de la dégradation des menuiseries stockées sur le site.

Par ordonnance du 16 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Beauthier.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement du 20 février 2020 notifié le 26 juin 2020, la société Chapelec s'est vue attribuer par la direction régionale et interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement d'Ile-de-France (DRIEA IDF), maître d'ouvrage, un marché de travaux à tranches portant sur l'étanchéité des bâtiments de l'unité d'exploitation de la route (UER) de la direction des routes d'Ile-de-France, située dans la commune des Ulis. Ce marché a été attribué pour un montant total, après conclusion d'un avenant le 19 février 2021, de 375 167,42 euros TTC. La durée du chantier, initialement prévue pour une durée de cinq mois, prévoyait un mois de préparation des travaux, porté ensuite à deux mois, un mois et demi de travaux pour la tranche ferme et deux mois et demi pour la tranche optionnelle. Par courrier du 26 juin 2020, le maître d'ouvrage a, d'une part, notifié la tranche ferme à la société requérante, d'autre part affermi la tranche optionnelle. Le maître d'ouvrage a ensuite notifié le démarrage de la période de préparation des travaux des deux tranches par courrier du 1er juillet 2020 puis le démarrage de l'exécution des travaux de ces deux tranches par courrier du 31 août 2020, pour un achèvement des travaux fixé au 31 décembre 2020. La maîtrise d'œuvre a par ailleurs été confiée à la société Idoneis et le contrôle technique à la société Qualiconsult. La société Degouy-Coordination-SPS a été chargée de la coordination en matière de Sécurité et de Protection de la Santé (SPS).

2. A la suite de difficultés rencontrées sur le chantier, la société requérante s'est vue notifier par le maître d'ouvrage, le 8 octobre 2020, une première mise en demeure puis, le 5 janvier 2021, une seconde mise en demeure. Par décision du 24 février 2021, le maître d'ouvrage a ensuite informé la société requérante qu'il prononçait la résiliation du marché à ses frais et risques avec effet immédiat dont il a précisé les conditions de mise en œuvre par courrier du 12 mars 2021.

3. Par courrier du 19 avril 2021, la société Chapelec a mis en demeure l'administration de lui transmettre le décompte de liquidation provisoire du marché et a fait état de diverses demandes financières. Par courrier du 26 mai 2021, le maître d'ouvrage a établi un récapitulatif des prestations réalisées et l'a informée qu'il n'était pas possible, en l'état, de procéder à la liquidation provisoire du marché. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de condamner la DRIEA IDF à lui verser la somme de 49 411,06 euros TTC, au titre du solde du marché de travaux portant sur l'étanchéité du bâtiment de l'UER d'Orsay, majorée des intérêts moratoires, et de la condamner à lui verser une somme de 10 368,17 euros TTC à titre d'indemnité pour manque à gagner du fait de la résiliation fautive du marché ainsi qu'une autre somme de 39 949,50 euros TTC à titre d'indemnité pour les frais engagés au titre des menuiseries fabriquées et livrées qui n'ont pu être posées du fait de la résiliation.

Sur les conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices à raison du caractère fautif de la résiliation :

En ce qui concerne la régularité de la procédure de résiliation :

S'agissant du délai d'exécution :

4. D'une part, aux termes de l'article 10 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) applicable au marché : " Les modalités définies à l'article 46 du CCAG Travaux sont seules applicables. Dans le cas de résiliation pour faute du titulaire nécessitant une mise en demeure, cette dernière doit être notifiée par écrit et assortie d'un délai ; à défaut d'indication de délai, le titulaire dispose d'un mois à compter de la notification de la mise en demeure, pour satisfaire aux obligations de celle-ci ou pour présenter ses observations ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 46.3 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) Travaux applicable au litige et intitulé " Résiliation pour faute du titulaire " : 46. 3. 2. Sauf dans les cas prévus aux g, i, k et l du 46. 3. 1 ci-dessus, une mise en demeure, assortie d'un délai d'exécution, doit avoir été préalablement notifiée au titulaire et être restée infructueuse. () ".

6. Il résulte de l'instruction que par courrier du 5 janvier 2021 notifié le 8 janvier 2021, le maître d'ouvrage a, après avoir constaté le retard général de chantier et récapitulé les manquements constatés, mis en demeure la société requérante " de se mettre en conformité avec les obligations du marché () dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente () ", en renvoyant à l'article 10 du CCAP précité, soit jusqu'au 23 janvier 2021. Il n'est pas contesté que les mises en conformités attendues ont été précisées par un compte-rendu de visite du chantier du 6 janvier 2021, en ses références 14.2 à 14.12, visite à laquelle était présent le représentant de la société requérante. Toutefois, il résulte de l'instruction que, comme le fait valoir la société requérante, le maître d'ouvrage a, par ordre de service du 20 janvier 2021, ordonné à la société requérante de replacer la menuiserie extérieure déposée dans le vestiaire le jour même et, suite à ce remplacement, " de cesser toute activité sur le chantier (mise à part le nettoyage de chantier qui a été demandé dans le dernier compte-rendu du 19 janvier 2021) ", soit avant l'expiration du délai de 15 jours imparti. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que la résiliation est intervenue à la suite d'une mise en demeure irrégulière, quand bien même la résiliation n'a été prononcée que le 24 février 2021, soit postérieurement à l'achèvement du délai d'exécution.

S'agissant de la régularité des opérations de liquidation :

7. Aux termes de l'article 47 relatif aux opérations de liquidation du CCAG Travaux et notamment l'article 47.1 intitulé " Modalités d'exécution " : " 47.1.1. En cas de résiliation, il est procédé, le titulaire ou ses ayants droit, tuteur, administrateur ou liquidateur, dûment convoqués dans les conditions prévues par les documents particuliers du marché, aux constatations relatives aux ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, à l'inventaire des matériaux approvisionnés ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel et des installations de chantier. Il est dressé procès-verbal de ces opérations dans les conditions prévues à l'article 12. Ce procès-verbal comporte l'avis du maître d'œuvre sur la conformité aux dispositions du marché des ouvrages ou parties d'ouvrages exécutés. Ce procès-verbal est signé par le maître de l'ouvrage. Il emporte réception des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, avec effet de la date d'effet de la résiliation, tant pour le point de départ du délai de garantie défini à l'article 44 que pour le point de départ du délai prévu pour le règlement final du marché à l'article 13.3.2 ".

8. Il résulte de ces stipulations que les opérations de constat contradictoire des travaux réalisés ont bien été réalisées postérieurement à la résiliation. Dès lors, la société requérante ne peut utilement invoquer d'éventuels manquements commis dans le cadre de l'établissement du procès-verbal de constat pour contester la régularité de la mesure de résiliation.

En ce qui concerne le bien-fondé de la résiliation :

9. Il résulte des règles générales applicables aux contrats administratifs que l'administration contractante peut, après avoir vainement mis en demeure son cocontractant de poursuivre l'exécution des prestations qu'il s'est engagé à réaliser conformément aux stipulations du contrat, décider de confier l'achèvement des prestations à une autre entreprise aux frais et risques de son cocontractant.

10. Seule une faute d'une gravité suffisante est de nature à justifier, en l'absence de clause prévue à cet effet, la résiliation d'un marché public aux torts exclusifs de son titulaire.

11. De plus, aux termes de l'article L.2195-3 du code de la commande publique : " Lorsque le marché est un contrat administratif, l'acheteur peut le résilier : 1° En cas de faute d'une gravité suffisante du cocontractant ; () ".

12. Il résulte de l'instruction et en particulier de la lettre du 24 février 2021 du défendeur accompagnant la décision de résiliation du marché que la résiliation a été prononcée en raison de plusieurs manquements. A ce titre, il a été reproché à la société requérante des manquements aux règles de sécurités, le non-respect du planning, le non-respect des décisions prises en réunion et des ordres exécutoires, les malfaçons sur la pose des fenêtres et le stockage des menuiseries sur site sans protection.

13. Il résulte de l'instruction et en particulier de l'article 1.1 du CCAP applicable que le marché public, qui consistait à assurer l'étanchéité du clos et du couvert du bâtiment de l'UER de la DiRIF d'Orsay, se décomposait en une tranche ferme et une tranche optionnelle. La tranche ferme comprenait des travaux de remise à niveau de l'étanchéité de la toiture-terrasse avec mise en sécurité des accès à la terrasse et la réalisation du drain du mur ouest avec étanchéité jusqu'à hauteur des menuiseries existantes du rez-de-chaussée. Elle comprenait également une tranche optionnelle comportant le remplacement des menuiseries du local archive au sous-sol et la reprise des revêtements des murs sud, ouest, nord de ce local, le remplacement des menuiseries du rez-de-chaussée et celles du R+1 avec la reprise du revêtement mural au droit de ces menuiseries et la réparation des fissures et ravalement. Cet article du CCAP précise aussi que les travaux seront réalisés en site occupé 24h/24h avec des passages de véhicules et la présence de personnel à proximité. Il résulte en outre de l'instruction que l'ensemble des travaux devait se dérouler en cinq phases soit une première phase relative aux travaux de voirie et réseaux divers (VRD) et en toiture, des phases 2 à 4 destinées à remplacer les menuiseries extérieures et à réaliser les travaux en intérieur et une phase 5 relative au ravalement de façade.

Quant aux manquements à la sécurité :

14. Aux termes de l'article 1-5-2.1 du CCAP applicable au marché : " () Le Titulaire devra prendre toutes les mesures pour assurer la sécurité de son personnel ".

15. Il résulte de l'instruction que la société requérante s'est vue reprocher des manquements répétés à la sécurité, y compris après les deux mises en demeure qui lui ont été adressées le 8 octobre 2020 et le 5 janvier 2021. Il est constant qu'entre septembre 2020 et le 8 octobre 2020, date de la première mise en demeure, le chantier a fait l'objet de trois arrêts immédiats des travaux à l'initiative du coordonnateur SPS, pour sécurisation insuffisante du chantier. A cet égard, il a été notamment reproché à la société requérante de ne pas avoir assurer la sécurité individuelle et collective de ses employés par la mise en place d'un échafaudage pour monter sur la toiture terrasse, conformément aux engagements pris dans son plan de prévention sécurité et protection de la santé (PPSPS). De plus, il lui a été reproché, postérieurement à ces mises en demeure, d'avoir de nouveau manqué à la sécurité de ses agents le 14 janvier 2021 lors du démontage de la porte d'entrée du bâtiment, en faisant intervenir une équipe d'une des sociétés sous-traitantes (MFA) sans formation et habilitation électrique nécessaire alors que la porte d'entrée était dotée d'un système d'ouverture électrique, obligeant un des agents de la DRIEA, détenteur de l'habilitation requise, à intervenir pour consigner et démonter les éléments électriques. Si la société requérante conteste tout d'abord cette version des faits, celle-ci est néanmoins corroborée par son propre conducteur des travaux dans un courriel du 14 janvier 2021. Si elle soutient ensuite que ses salariés ne sont pas à l'origine de ce manquement et qu'elle a au contraire diligenté dans les meilleurs délais un de ses salariés habilités, cette circonstance est sans influence sur l'imputabilité de ce manquement à la société requérante, celle-ci, en tant qu'entrepreneur et homme de l'art, étant seule et entièrement responsable envers le maître d'ouvrage pour le fait de son sous-traitant. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait transmis les documents demandés par le coordonnateur SPS quant à l'habilitation de son salarié avec les diligences requises. Les manquements de la société Chapelec à son obligation contractuelle de sécurité sont donc, au regard de l'ensemble de ces éléments, établis.

Quant au non-respect des calendriers :

16. Il résulte de l'instruction et notamment du courrier d'accompagnement de la décision de résiliation du 24 février 2021 qu'a été reproché à la société requérante le fait de ne pas avoir tenu les délais contractuels de même que le fait de ne jamais avoir transmis au maître d'ouvrage un calendrier à jour, prenant en compte le retard pris.

17. Il est constant que les délais contractuels de réalisation des travaux courraient jusqu'au 31 décembre 2020, conformément à l'article 11 du CCAP du marché ainsi qu'au courrier de notification de démarrage de l'exécution des travaux du 31 août 2020. Il est également constant que les travaux n'ont pas été achevés à cette date. A cet égard, le contrôleur technique fait valoir, dans son compte-rendu daté du 24 décembre 2020 qu'à cette date, les travaux de remplacement des menuiseries n'avaient pas encore commencé tandis que le constat d'huissier réalisé le 26 janvier 2021, en présence du représentant de la société requérante, fait état d'un certain nombre de travaux non encore achevés, tant en extérieur, en façade sud, côté parking, est et ouest, qu'en intérieur. Au surplus, il résulte du courrier d'état d'avancement des travaux daté du 26 mai 2021, non contesté par la société requérante, que si les travaux d'étanchéité en toiture, l'installation de la pompe de relevage et des éléments de la VRD ont été en partie réalisés, seules 14 menuiseries sur 77 ont été posées dans les règles de l'art avant la résiliation du marché.

18. Si la société requérante soutient cependant qu'elle a pris du retard en raison des multiples arrêts de chantier décidés par le maître d'œuvre, il résulte de l'instruction et en particulier de son tableau comptabilisant les jours de retards que ces arrêts de chantier n'ont pas dépassé 13 jours entre le 1er septembre et le 31 décembre 2020. Si elle soutient ensuite qu'elle a comptabilisé 44 journées d'intempérie qui ont empêché ou entravé le déroulement normal des travaux, il ne résulte pas de l'instruction que ces intempéries aient été telles qu'elles aient constitué un cas de force majeure de nature à empêcher l'avancée des travaux, les comptes rendus de chantiers effectués pendant cette même période n'en faisant pas, par ailleurs, particulièrement état. En outre, la société Chapelec fait valoir que le projet était encore en phase de préparation le 25 septembre 2020, du fait du maître d'œuvre, comme l'atteste selon elle son courriel du 25 septembre 2020. Toutefois, s'il résulte dudit courriel que le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre venaient d'arrêter leur choix sur le mode d'ouverture de certaines fenêtres, les châssis coulissants prévus au marché devant être remplacés dans les bureaux à l'étage par des ouvrants oscillants battants, il n'en résulte pas pour autant que l'ensemble du projet était encore en phase préparatoire, le maître d'œuvre pointant dans le même courriel des insuffisances en phase d'exécution. Si la société requérante soutient, de plus, qu'elle a également pris du retard en raison des nombreuses validations du maître d'ouvrage sous condition suspensive tenant à la nécessaire validation du bureau de contrôle, il résulte de l'article 8.3 du CCAP que " les études d'exécution des ouvrages sont établies par le titulaire et soumises au visa du contrôleur technique et du maître d'ouvrage ", comme rappelé lors de la visite de chantier du 22 juillet 2020. De plus, elle n'apporte pas suffisamment de précisions pour apprécier si les retards qui lui sont reprochés ne lui seraient en réalité pas imputables. Enfin, la société Chapelec fait valoir que la crise sanitaire a perturbé le bon déroulement des travaux mais elle ne l'établit par aucun élément. Par suite, les manquements de la société requérante à son obligation contractuelle de respect du délai d'achèvement des travaux sont, au regard de l'ensemble de ces éléments, établis.

Quant au non-respect des décisions prises en réunion et des ordres exécutoires :

19. Il résulte de l'instruction et en particulier du courrier d'explication accompagnant la décision de résiliation qu'a été reproché à la société requérante le non-respect du mode opératoire validé, au regard du fait que le bâtiment continuait d'être occupé pendant les travaux, comme rappelé par le chapitre 1.3 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP). Ce mode opératoire impliquait ainsi, pour chaque menuiserie, la dépose de l'ancienne huisserie suivie aussitôt de la pose de la nouvelle puis la reprise de l'isolation, le doublage et la mise en peinture. Il lui est ainsi en particulier reproché de ne pas avoir suivi les consignes données lors de la réunion du 6 janvier 2021 qui avaient pour objectif de valider la méthode de travail à reproduire, lors de la reprise d'une seule menuiserie extérieure, ni celles données lors de la réunion du 19 janvier 2021 lui demandant de lever toutes les réserves sur les travaux de doublage, plâtrerie et peinture déjà effectués avant tout nouveau remplacement de menuiserie. Il lui a également été reproché de ne pas avoir comblé la tranchée effectuée par la société Orange et située sur le parking, malgré plusieurs demandes.

20. La société Chapelec fait valoir des contradictions entre certaines demandes, l'édiction permanente de réserves du maître d'ouvrage et du maître d'œuvre bloquant ainsi l'avancement de travaux en dépit des validations du bureau de contrôle, et conteste tout manquement relative à l'absence de transmission de la méthode de travail demandée ; toutefois, elle n'établit pas ainsi sérieusement l'absence des manquements reprochés. Par suite, les manquements de la société requérante à son obligation contractuelle sont établis.

Quant aux malfaçons :

21. Il résulte de l'instruction que lui a été reproché le fait de ne pas avoir alerté le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre d'une erreur de côte sur l'huisserie du bureau n°13, de même que des défauts de pose d'autres huisseries, constatés lors des réunions du 6 janvier 2021 et du 19 janvier 2021 et confirmés dans le compte-rendu du 11 février 2021. Il lui est même reproché d'avoir tenté de masquer ces malfaçons.

22. Aux termes de l'article 1.3 du CCTP du marché relatif notamment aux règles d'exécution générales : " Aucune malfaçon ne sera tolérée. Il n'y aura pas lieu d'exécuter des prestations au rabais ou de qualité médiocre. Tous les travaux devront être exécutés selon les règles de l'art, avec toute la perfection possible et selon les meilleures techniques et pratiques en usage. A ce sujet, il est formellement précisé aux entreprises qu'il sera exigé d'elles un travail absolument parfait et répondant en tous points aux règles de l'art, et qu'il ne sera accord aucune plus-value pour obtenir ce résultat, quelles que soient les difficultés rencontrées et les raisons invoquées ".

23. Au cas d'espèce, la société requérante soutient qu'il ne s'agit en définitive que d'une simple erreur de côte sur une huisserie ; cependant, il résulte de l'instruction que des malfaçons ont bien été constatées sur plusieurs huisseries, nécessitant la dépose puis la repose de certaines huisseries, comme constaté lors des visites de chantiers des 6, 19 et 26 janvier 2021. Par suite, les manquements de la société requérante à son obligation contractuelle de parfaite exécution sont, au regard de l'ensemble de ces éléments, établis.

Quant aux menuiseries stockées sur site :

24. Aux termes de l'article 2.5.II du CCTP applicable au marché relatif à la protection des ouvrages : " Les ouvrages livrés sur le chantier en attente de pose, doivent être stockés à l'abri des intempéries et des chocs. Les conditions de stockage doivent être telles qu'ils ne subissent aucune déformation ou détérioration. (). Les ouvrages seront protégés par tous les moyens et contre toutes détériorations ".

25. Au cas d'espèce, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que les menuiseries ont été stockées sans protection à l'extérieur, comme attesté par l'huissier de justice dans son constat du 26 janvier 2021. Par suite, le manquement est établi.

26. Il résulte de qui précède que si la mesure de résiliation était fondée, elle est néanmoins entachée d'irrégularité. Par suite, le surcoût qui résulte de cette mesure pour le maître d'ouvrage ne peut être mis à la charge de la société requérante, titulaire du marché.

Sur les conclusions tendant au paiement du solde du marché résilié :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

27. Le défendeur fait valoir que les conclusions de la société requérante en vue d'obtenir le règlement des sommes contractuellement dues, avant le règlement définitif du nouveau marché, sont irrecevables dès lors que le règlement financier du marché initial ne peut intervenir avant que le marché de substitution passé avec une autre entreprise ait été exécuté, réceptionné et que le décompte général de ce marché soit devenu définitif, en application des articles 47.2.3 et 48.4 du CCAG travaux, applicable au marché.

28. Les dispositions de l'article 49.4 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) travaux, selon lesquelles le décompte général d'un marché résilié n'est notifié à l'entrepreneur qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux, ne sont applicables que lorsque le marché a été régulièrement résilié. Elles ne font pas obstacle à ce que, sous réserve que le contentieux soit lié, le cocontractant dont le marché a été résilié à ses frais et risques saisisse le juge du contrat afin de faire constater l'irrégularité ou le caractère infondé de cette résiliation et de demander, de ce fait, le règlement des sommes qui lui sont dues, sans attendre le règlement définitif du nouveau marché après, le cas échéant, que le juge du contrat a obtenu des parties les éléments permettant d'établir le décompte général du marché résilié.

29. Au cas d'espèce, il résulte de l'instruction que la société requérante, qui a lié le contentieux, conteste la régularité et le bien-fondé de la décision de résiliation du marché litigieux. Dès lors, elle est recevable à demander le paiement des sommes qui sont dues, sans attendre le règlement définitif du marché de substitution passé par la DRIEA IDF.

En ce qui concerne le solde :

30. Il résulte du point 26 du présent jugement que si la mesure de résiliation est fondée, elle est néanmoins entachée d'irrégularité. Par suite, la société requérante est en droit d'obtenir le paiement des travaux effectués.

31. La société Chapelec soutient que le solde du marché s'élève à 49 411,06 euros TTC. Elle obtient ce montant en déduisant de la somme de 220 158,56 euros, correspondant au montant des prestations réellement exécutées selon elle, la somme de 88 036,07 euros, correspondant aux règlements déjà encaissés. Elle déduit ensuite de la somme de 132 122,49 euros obtenue les soldes dus à ses sociétés sous-traitantes soit 47 316,23 euros pour la société Alprofer, 22 110,21 euros pour la société SEEF, 10 255 euros pour la société SMD et 3 000 euros pour la société JMG.

32. Aux termes de l'article 47.2.3 du CCAG Travaux : " () il peut être procédé à une liquidation provisoire du marché, dans le respect de la règlementation en vigueur ".

33. Il résulte de l'instruction qu'aucun procès-verbal des travaux réalisés comportant l'avis du maître d'œuvre sur la conformité aux dispositions du marché des ouvrages ou parties d'ouvrages exécutés et la signature du maître de l'ouvrage n'a été réalisé. Il résulte en revanche de l'instruction que tant la société requérante que le défendeur ont établi, chacun pour leur part, un état d'avancement des travaux lors de la résiliation du marché. Il résulte ainsi de la comparaison de l'état d'avancement opéré par chacun, d'une part, par courrier de la société Chapelec du 19 avril 2021, d'autre part, par courrier du défendeur du 26 mai 2021 que, s'agissant de la tranche ferme et plus particulièrement des travaux préliminaires, tant la société requérante que le défendeur se rejoignent sur le fait que la prestation relative au panneau extérieur du marché a été réalisée à 100% pour un prix fixé par le marché à 250 euros. Il résulte par ailleurs de cette comparaison que s'agissant des travaux de VRD, les deux parties sont en accord sur le fait que la prestation des regards et boîtes de branchement a été réalisée à 100% pour un prix de marché de 3720 euros. S'agissant des travaux d'étanchéité, les parties se rejoignent également sur le fait qu'ont été réalisées à 100% les prestations de démolition, d'installation de crosse pour le passage de câbles ou de canalisations d'équipements spécifiques, de réfection des joints entre chapeaux d'acrotère et un joint sur skydome ainsi, qu'à 95%, sur la mise en place d'une ligne de vie sur étanchéité pour un prix total de marché de 7 299,7 euros. Il résulte également de cette comparaison que, s'agissant de la tranche conditionnelle, les deux parties se sont accordées sur le fait que l'ensemble des prestations de plomberie-ventilation et de désamiantage ont été réalisées à 100% pour des prix de marchés de respectivement 8 083,60 euros et 19 025,20 euros. De plus, s'agissant des travaux de ravalement, les parties sont en accord, d'une part, sur la réalisation à 100% de l'installation des échafaudages et le lavage à haute pression, d'autre part sur la réalisation à hauteur de 30% de la réparation des éclats de béton, pour un prix total de marché de 16 603,41 euros. En revanche, s'agissant des menuiseries extérieures, les parties ne se sont accordées que sur la réalisation de la dépose et la repose des stores extérieures à 50%, pour un prix de marché de 4 763,10 euros. Il en résulte que les travaux effectués sur lesquelles les parties se sont accordées quant à leur degré de réalisation correspondent à un montant total de 59 745,01 euros TTC.

34. Par suite, en l'absence de contestation du mode de calcul initialement retenu par la société requérante et en l'état des pièces versées au dossier, il convient de soustraire à cette somme de 59 745,01 euros la somme de 88 036,07 euros, correspondant aux règlements déjà perçus par celle-ci, soit un solde de 28 291,06 euros TTC en défaveur de la société requérante.

35. La société requérante soutient également qu'elle a subi un manque à gagner correspondant à son taux de marge moyen appliqué sur la différence entre le montant du marché et la part du marché qu'elle a pu réaliser avant sa résiliation, pour un montant de 10 368,17 euros TTC. Elle soutient enfin qu'elle a subi des frais au titre de la fabrication sur-mesure et de la livraison sur site des menuiseries qui n'ont pu être posées du fait de la résiliation anticipée du marché, pour un montant de 39 949,50 euros TTC. Toutefois, il résulte de ce qui précède que la résiliation prononcée à ses frais et risques est fondée. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ces préjudices.

36. Il résulte de tout ce qui précède que la société Chapelec n'est pas fondée à demander la condamnation de la préfecture de région Ile-de-France à lui verser la somme de 49 411,06 euros TTC et qu'il convient de fixer le solde du décompte provisoire de liquidation à la somme de 28 291,06 euros TTC, en faveur de la préfecture de région Ile-de-France.

Sur les frais liés au litige :

37. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Chapelec demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le solde du décompte provisoire de liquidation est établi à la somme de 28 291,06 euros TTC au bénéfice de la préfecture de région Ile-de-France.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Chapelec et à la préfecture de région Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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