jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2106145 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DELAINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet et 9 novembre 2021, Mme A C B, représentée par Me Delaine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de poursuite émis le 23 janvier 2019 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la créance d'un montant de 11 727 euros ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier de Versailles de rembourser sous huitaine à compter de la notification du jugement l'ensemble des sommes indûment prélevées sur son compte bancaire depuis la mise en place du commandement de payer, soit la somme de 6 164,64 euros sauf à parfaire et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 500 euros en réparation de son préjudice moral ;
5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- le commandement de payer du 22 janvier 2019 est illégal dès lors que la créance est prescrite en application de l'article L. 162-25 du code de la sécurité sociale ;
- il méconnait les dispositions de l'article 332-1 du Code de la sécurité Sociale ;
- elle a subi un préjudice moral à hauteur de 3 500 euros.
Par un mémoire enregistré le 20 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-seul l'ordonnateur est compétent s'agissant de la prescription de la créance ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Le centre hospitalier de Versailles et la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines auxquels la requête a été communiquée, n'ont pas produit de mémoire en défense.
Les parties ont été informées , en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté de la requête dès lors qu'elle a été enregistrée au-delà du délai raisonnable dont Mme C B disposait pour contester la créance du centre hospitalier, Mme C B ayant eu connaissance de cette décision au plus tard le 2 avril 2015, soit plus d'un an avant l'enregistrement de sa requête, le 19 juillet 2021.
Par un mémoire, enregistré le 28 octobre 2023, Mme C B a présenté ses observations en réponse au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rivet,
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,
- et les observations de Me Le Sergent, représentant Mme C B.
Considérant ce qui suit :
1. Suite à une infection, Mme A C B, ressortissante portugaise, a été hospitalisée au centre hospitalier de Versailles du 29 octobre au 05 novembre 2014. A la suite de cette hospitalisation, la patiente n'ayant pas de droits ouverts à la date des soins auprès de la Sécurité Sociale, le centre hospitalier de Versailles a émis un titre de recettes n° 1124544/2014, pris en charge le 22 janvier 2015, pour le montant total des soins soit 11 727 euros. Faute de règlement, en application du 6° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, une lettre de relance lui a été adressée le 17 mars 2015. Mme C B a adressé à la trésorerie en retour, le 2 avril 2015, la lettre de relance accompagnée de son certificat provisoire de la carte européenne en langue portugaise. Cette pièce a été transmise par bordereau du 29 avril 2015 au centre hospitalier de Versailles comme valant contestation. Une mise en demeure sur le fondement du 7° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales a ensuite été adressée à l'intéressée les 9 et 22 janvier 2019 en règlement du titre 1124544/2014 de 11 727,00 ainsi que des saisies à tiers détenteur auprès de la Caisse d'Epargne de Montigny les 23 janvier 2019 et 18 mars 2021. Estimant que sa dette est prescrite depuis le 5 novembre 2016, Mme C B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'avis de saisie à tiers détenteur du 23 janvier 2019, de la décharger du paiement de la somme de 11 727 euros, de lui restituer les sommes déjà prélevées et enfin de l'indemniser de son préjudice moral.
Sur les conclusions dirigées contre l'acte de poursuite du 23 janvier 2019 :
2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction résultant de la loi du 28 décembre 2017 : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. () 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ".
3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction résultant de la loi du 28 décembre 2017 : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés: / () / c) Pour les créances non fiscales des () établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. "
4. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances relève de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.
5. Mme C B demande au tribunal d'annuler la mise en demeure datée du 23 janvier 2019 valant commandement de payer de la somme de 11 727 euros relative aux frais de son hospitalisation au centre hospitalier de Versailles du 29 octobre au 5 novembre 2015 en se prévalant de l'irrégularité de celle-ci. Cependant, un tel litige se rattache à la contestation d'un acte de poursuite délivré en vue du recouvrement d'une créance non fiscale d'un établissement public de santé, dont il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.
Sur les conclusions afin de décharge de l'obligation de payer la somme de 11 727 euros :
6. Mme C B qui se prévaut de la prescription de sa créance, conteste ce faisant le bien-fondé de l'acte de poursuite contesté et en demande la décharge.
7. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. () 4° () En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. () ".
8. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. Cette règle, qui a pour seul objet de borner dans le temps les conséquences de la sanction attachée au défaut de mention des voies et délais de recours, ne porte pas atteinte à la substance du droit au recours, mais tend seulement à éviter que son exercice, au-delà d'un délai raisonnable, ne mette en péril la stabilité des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les défendeurs potentiels à des recours excessivement tardifs. Il appartient dès lors au juge administratif d'en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donné naissance.
9. S'il ne ressort pas des pièces du dossier, conformément aux exigences du deuxième alinéa du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, que le titre de recette adressé par le centre hospitalier comportait les voies et délais de recours pour contester cette créance, il est constant que la requérante a eu connaissance de ce titre au plus tard le 2 avril 2015 date à laquelle elle a adressé, en réponse à une lettre de relance, un certificat provisoire de carte européenne lequel a ensuite été transmis au centre hospitalier de Versailles. De même, les échanges de courrier électronique de mars 2019 établissent que la requérante avait connaissance de la créance qu'on lui réclamait. Par suite, les conclusions afin de décharge présentées par la requérante le 19 juillet 2021 soit bien au-delà du délai raisonnable d'une année, sont tardives et doivent par suite être rejetées comme irrecevables.
10. Au demeurant, aux termes de l'article L. 253-3 du code de l'action sociale et des familles : " () Les demandes de paiement des prestations par les établissements de santé sont, sous peine de forclusion, présentées dans le délai mentionné à l'article L. 162-25 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 162-25 du code de la sécurité sociale : " Par dérogation à l'article L. 160-11, l'action des établissements de santé mentionnés aux a à d de l'article L. 162-22-6 pour le paiement des prestations de l'assurance maladie se prescrit par un an à compter de la date de fin de séjour hospitalier ou, pour les consultations et actes externes mentionnés à l'article L. 162-26, à compter de la date de réalisation de l'acte. () ".
11. Il résulte de l'instruction que le titre de recette a été émis le 16 janvier 2015 soit moins d'une année après la fin des soins sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 162-25 du code de la sécurité sociale. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme C B en avait connaissance à la date du 2 avril 2015, date à laquelle elle a retourné à la trésorerie la première lettre de relance de payer cette somme. Par suite, la créance contestée n'est pas prescrite.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions :
13. Il résulte de tout ce qui précède et par voie de conséquence que les conclusions à fin d'injonction, les conclusions indemnitaires et les conclusions présentées au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme C B tendant à l'annulation de l'acte de poursuite est rejetée comme portée devant un tribunal incompétent pour en connaitre.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, au centre hospitalier de Versailles, au directeur départemental des finances publiques des Yvelines et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
S. Rivet
La présidente,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026