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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106159

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106159

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106159
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMagistrat Crandal
Avocat requérantSELARL CONCORDE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021 sous le numéro 2106159, Mme A C, représentée par Me Gauthier, demande au tribunal d'annuler la décision du 21 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Essonne a mis fin à son droit au revenu de solidarité active, ensemble la décision du 26 novembre 2020 du président du conseil départemental rejetant son recours. Elle demande de condamner le conseil départemental de l'Essonne à lui verser la somme de 3 000 euros en contrepartie de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part de l'Etat correspondant à la mission d'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 30 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 21 octobre 2020 n'est pas motivée ;

- la décision déférée est illégale par méconnaissance les dispositions des articles L. et R. 132-1 et R. 262-6 du code de l'action sociale.

II. Par une requête enregistrée le 19 juillet 2021 sous le numéro 2106248, Mme A C, représentée par Me Gauthier, demande au tribunal d'annuler la décision du 21 octobre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de l'Essonne a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active de 4 444,03 euros ensemble la décision du 26 novembre 2020 rejetant son recours. Elle demande également de condamner le conseil départemental de l'Essonne à lui verser la somme de 3 000 euros en contrepartie de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part de l'Etat correspondant à la mission d'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 30 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 21 octobre 2020 n'est pas motivée ;

- la décision déférée est illégale par méconnaissance les dispositions des articles L. et R. 132-1 et R. 262-6 du code de l'action sociale.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2021, le président du conseil départemental conclut à l'identité des deux requêtes et par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2022, conclut au rejet des requêtes.

Il soutient que les comptes très largement créditeurs de la requérante n'avaient pas été déclarés à la caisse d'allocations familiales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Crandal, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a bénéficié du revenu de solidarité active après avoir bénéficié du revenu minimum d'insertion. Ses déclarations trimestrielles de ressources n'ont fait mention d'aucune ressource entre septembre 2019 et août 2020. Constatant que les soldes de son compte bancaire à la Caisse d'Epargne d'Ile de France et de son livret A étaient de 14 264 euros et de 10 500 euros au 26 février 2020, la caisse d'allocations familiales de l'Essonne a, par deux lettres distinctes du 21 octobre 2021, d'une part notifié à celle-ci sa décision mettant fin au versement du RSA et d'autre part, informé la requérante de la décision prise par le conseil départemental du changement de ses droits à compter de décembre 2019 et mis à sa charge un indu de 4 444,32 euros. Par un courrier du 3 novembre 2020, Mme C a formé un recours contre ces deux décisions auprès du président du conseil départemental de l'Essonne qui a rejeté par décision expresse du 26 novembre 2020 le recours en tant qu'il portait sur le bien-fondé de l'indu et en tant qu'il portait contre la décision mettant fin au droit. Par ses requêtes, Mme C demande au tribunal d'annuler premièrement, les décisions de la caisse d'allocations familiales du 21 octobre 2020 et du conseil départemental du 26 novembre 2020 mettant fin à son droit au revenu de solidarité active à compter d'octobre 2020, deuxièmement, les décisions de la caisse d'allocations familiales du 21 octobre 2020 et du conseil départemental du 26 novembre 2020 rejetant le recours contre l'indu RSA de 4 444,03 euros mis à sa charge.

Sur la jonction des requêtes n°2106159 et n° 2106248 :

2. Les requêtes n°2106159 et n°2106248 intéressent la situation d'une même allocataire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre et de statuer par un jugement commun.

Sur les conclusions en annulation dirigées contre la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Essonne du 21 octobre 2021 :

3. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. ". L'institution d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

4. Il résulte de l'instruction que par courrier du 26 novembre 2020 le président du conseil départemental de l'Essonne a rejeté le recours administratif préalable formé par Mme C en tant qu'il portait sur l'indu mis à sa charge et sur la décision mettant fin à ses droits au RSA. Il résulte de ce qui précède que la décision du 26 novembre 2020 du président du conseil départemental est la seule contestée devant le tribunal administratif.

Sur les conclusions en annulation dirigées contre la décision du président du conseil départemental en tant qu'elle met fin au droit au revenu de solidarité active :

5. Aux termes d'une part de l'article L.262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental () / 4° Ou lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre./Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois./ Lorsque, à la suite d'une suspension de l'allocation, l'organisme payeur procède à une reprise de son versement et, le cas échéant, à des régularisations relatives à la période de suspension, il en informe le président du conseil départemental en précisant le nom de l'allocataire concerné et en explicitant le motif de la reprise du versement de l'allocation./ Lorsqu'il y a eu suspension de l'allocation au titre du présent article, son versement est repris par l'organisme payeur sur décision du président du conseil départemental à compter de la date de conclusion de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi. ". Aux termes de l'article R. 262-68 dudit code : " La suspension du revenu de solidarité active mentionnée à l'article L. 262-37 peut être prononcée, en tout ou partie, dans les conditions suivantes : / 1° Lorsque le bénéficiaire n'a jamais fait l'objet d'une décision de suspension, en tout ou partie, le président du conseil départemental peut décider de réduire l'allocation d'un montant qui ne peut dépasser 80 % du montant dû au bénéficiaire au titre du dernier mois du trimestre de référence pour une durée qui peut aller de un à trois mois ; / 2° Lorsque le bénéficiaire a déjà fait l'objet d'une telle décision, le président du conseil départemental peut réduire l'allocation pour un montant qu'il détermine pour une durée qui peut aller de un à quatre mois ; / 3° Toutefois, lorsque le foyer est composé de plus d'une personne, la suspension prévue aux 1° et 2° ne peut excéder 50 % du montant dû au bénéficiaire au titre du dernier mois du trimestre de référence ".

6. Aux termes d'autre part, de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. (). Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; /2° Les modalités d'évaluation des ressources, () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 132-1 de ce code, applicable au revenu de solidarité active en vertu de son article R. 262-6, prévoit que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal ( ) à 3 % du montant des capitaux ". Aux termes du II de l'article R. 262-7 de ce code : " Pour le calcul de l'allocation, les ressources du trimestre de référence prises en compte sont les suivantes :/ 1° La moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision ; / 2° Le montant mensuel des prestations versées par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, sous réserve des dispositions des articles R. 262-10 et R. 262-11. Ces prestations sont intégralement affectées au mois de perception ; / 3° Le montant des ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou en tenant lieu mentionnées à l'article R. 262-12 présentant un caractère exceptionnel. Celles-ci sont intégralement affectées au mois de perception () ".

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

8. Il résulte de ces dispositions que seules peuvent être évaluées sur la base forfaitaire prévue par les articles L.132-1 et R.132-1 du code de l'action sociale et des familles les ressources que l'allocataire est supposé pouvoir retirer de biens non productifs de revenu. En revanche, si les capitaux dont il dispose ont fait l'objet de placements productifs de revenus, seuls ces derniers peuvent être pris en compte, quand bien même le taux d'intérêt de ces placements serait inférieur au taux de 3 % prévu par l'article R. 132-1. La circonstance que l'allocataire n'aurait pas spontanément déclaré ces revenus est sans incidence sur l'application de ces dispositions.

9. Il résulte de l'instruction qu'après avoir constaté que les soldes du compte bancaire à la Caisse d'Epargne d'Ile de France et du livret A de la requérante étaient respectivement de 14 264 euros et de 10 500 euros au 26 février 2020, la caisse d'allocations familiales de l'Essonne a, par lettre du 21 octobre 2020, notifié à celle-ci sa décision mettant fin au versement du RSA. Par sa décision du 26 novembre 2020, le président du conseil départemental de l'Essonne a rejeté le recours de Mme C contre la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Essonne refusant le droit au RSA et confirmé celle-ci. En refusant à Mme C le droit de bénéficier du revenu de solidarité active alors qu'en application des dispositions citées aux points 5 et 6 et du point 8 qui en découle, il lui revenait de calculer dans le cadre réglementaire le revenu forfaitaire dégagé d'une part, par le capital non productif de revenu et de l'intégrer dans les ressources du foyer et d'autre part, d'intégrer le revenu effectivement produit par les intérêts versés au titre du livret A en fonction de la date de leur versement, le président du conseil départemental a entaché sa décision d'une erreur de droit. Il résulte de ce qui précède que la décision du président du conseil départemental de l'Essonne du 26 novembre 2020 est illégale et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens à l'appui des conclusions en annulation de cette décision, pour ce seul motif, qu'il y a lieu d'en prononcer l'annulation.

Sur les conclusions en contestation de l'indu :

10. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

11. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C trouve son origine dans la prise en compte des montants créditeurs de son compte bancaire et d'un livret A d'épargne. La circonstance que fait valoir en défense le conseil départemental de l'absence de déclaration de ces soldes est sans effet sur la décision du 26 novembre 2020 mettant un indu de RSA de 4 444,32 euros à la charge de Mme C. D'une part le solde créditeur du compte bancaire de Mme C doit être considéré comme un capital non productif de revenu au sens de l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles cité au point 6 et, par conséquent, être pris en compte dans ses ressources annuelles à hauteur de 3% de son montant. D'autre part, les intérêts effectivement versés à Mme C au titre du livret d'épargne doivent être intégrés à ses revenus au titre du mois où ils sont versés. Par conséquent, en application des textes cités aux points 5 et 6, Mme C est fondée à soutenir que la décision du président du conseil départemental de l'Essonne est entachée d'erreur de droit. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du président du conseil départemental de l'Essonne du 26 novembre 2020 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active de 4 444, 32 euros.

12. En l'état actuel de l'instruction, il y a lieu d'accorder à Mme C la décharge de l'indu de revenu de solidarité active de 4 444, 32 euros et d'enjoindre aux services du département de l'Essonne de procéder à un nouveau calcul de ses droits au revenu de solidarité active et au versement des sommes qui lui sont dues en application des principes exposés par le présent jugement à compter d'octobre 2020 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

13. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gauthier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du département de l'Essonne une somme de 1 500 euros à lui verser.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du président du conseil départemental de l'Essonne du 26 novembre 2020 est annulée.

Article 2 : Mme C est déchargée de l'indu de revenu de solidarité active de 4 444,32 euros mis à sa charge.

Article 3 : Mme C est renvoyée devant le président du conseil départemental de l'Essonne afin qu'il soit procédé au calcul et au versement de ses droits au revenu de solidarité active à compter d'octobre 2020, conformément aux motifs du présent jugement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : : L'Etat versera à Me Gauthier la somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gauthier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Gauthier et au président du conseil départemental de l'Essonne.

Une copie pour information en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

J-M B La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision et 2106248

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