jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2106551 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre - Juge unique |
| Avocat requérant | DEHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Dehan, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision, référencée " 48SI ", du 7 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte d'un point du capital de son permis de conduire, le récapitulatif des décisions antérieures portant retrait de points, et a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de point, ainsi que les décisions antérieures de retrait de points.
Il soutient que :
- les décisions portant retrait de points du capital de son permis de conduire ne lui ont pas été notifiées ;
- elles sont illégales dès lors que la réalité des infractions reprochées n'est pas établie ;
- elles sont illégales dès lors que l'administration n'établit pas avoir satisfait à son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une lettre du 31 mai 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office l'injonction au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. A des points sur le capital de son permis de conduire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mathé, conseillère, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Mathé a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 12 août 1993, a commis une série d'infractions au code de la route les 14 novembre 2019 à 09h24, 6 janvier 2020 à 01h30 et 01h32 et 25 juillet 2020 à 01h25, qui ont donné lieu au retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Par une décision référencée " 48SI " du 7 juin 2021, le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte d'un point du capital de son permis de conduire à la suite de l'infraction du 25 juillet 2020 à 01h25, le récapitulatif des décisions antérieures portant retrait de points, et a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de point. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions en tant qu'elles prononcent les pertes de points sur le capital de son permis de conduire.
Sur la notification des décisions portant retrait de points :
2. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait ainsi lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que, dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des décisions de retrait de points doit être écarté.
Sur la réalité des infractions :
3. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Il résulte de ces mêmes dispositions que l'établissement de la réalité de l'infraction entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé.
4. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention de l'exécution d'une composition pénale, la notification d'une condamnation pénale devenue définitive, du paiement de l'amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Quand de telles mentions figurent au relevé d'information intégral relatif à la situation de son permis de conduire, extrait du système national du permis de conduire, l'intéressé ne peut, dès lors, utilement les contredire en se bornant à affirmer qu'il n'a pas payé une amende forfaitaire enregistrée comme payée ou à soutenir que l'administration n'apporte pas la preuve que la réalité de l'infraction a été établie dans les conditions requises par les dispositions précitées.
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. A au 21 octobre 2021, que les infractions en cause ont acquis un caractère définitif par le paiement ou l'émission du titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée. Le requérant ne justifiant pas avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, la réalité des infractions en cause est établie. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur l'information préalable :
6. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction () ".
7. Il résulte des dispositions précitées du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.
En ce qui concerne l'infraction du 14 novembre 2019 :
8. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 14 novembre 2019 à 9h24, qui consiste en un dépassement de véhicule par la droite et qui a entraîné le retrait de trois points sur le permis de conduire de M. A, a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé mentionnant la nature de l'infraction, les dispositions du code de la route les réprimant, et le fait que cette infraction entraînait un retrait de points. En outre, M. A a apposé sa signature sous la mention selon laquelle le conducteur " reconnait avoir été informé, avant paiement, des dispositions suivantes ", lesquelles contiennent les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, que les informations nécessaires ont bien été délivrées à M. A.
En ce qui concerne les infractions commises les 6 janvier 2020 :
9. En l'espèce, les procès-verbaux électroniques des infractions commises les 6 janvier 2020 à 01h30 et à 01h32, lesquelles consistent en l'absence de respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant, n'ont pas été signés par M. A et ne comportent pas non plus de mention " refuse de signer " apposée par l'agent verbalisateur. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que des avis de contravention auraient été régulièrement notifiés à M. A. Il ne résulte pas non plus de l'instruction qu'il se serait acquitté de l'amende forfaitaire majorée correspondant à ces infractions, et qu'il aurait ainsi reçu, à cette occasion, les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ni même que celles-ci auraient été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes de même nature. Par suite, M. A est fondé à soutenir que les décisions lui ayant retiré un total de huit points de son permis de conduire à la suite des infractions commises le 6 janvier 2020, sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière, et qu'il a été privé d'une garantie.
En ce qui concerne l'infraction commise le 25 juillet 2020 :
10. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 25 juillet 2020 à 01h25 par M. A a été constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique et consiste en un excès de vitesse inférieur à 20 km/h avec vitesse autorisée supérieure à 50 km/h, pour laquelle un point lui a été retiré de son permis de conduire. Le ministre de l'intérieur ne produit pas le moindre élément de nature à établir que M. A se serait vu délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, même à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes de même nature. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision lui ayant retiré un point de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 25 juillet 2020 à 01h25, est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière, et qu'il a été privé d'une garantie.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré au capital de points affectés à son permis de conduire, neuf points à raison des infractions commises le 6 janvier 2020 à 01h30 et à 01h32 ainsi que le 25 juillet 2020 à 01h25.
Sur l'injonction d'office :
12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".
13. Le présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur restitue neuf points sur le capital de points du permis de conduire de M. A, dans la limite d'un capital maximum de douze points, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré neuf points du permis de conduire de M. A à la suite des infractions commises le 6 janvier 2020 à 01h30 et 01h32, et le 25 juillet 2020 à 01h25, ainsi que la décision référencée " 48 SI " du 7 juin 2021 en tant qu'elle invalide son permis de conduire, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A neuf points sur le capital de son permis de conduire, dans la limite d'un capital maximum de douze points, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La magistrate désignée,
C. Mathé
La greffière,
C. Benoit-Lamaitrie La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026