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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2106560

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2106560

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2106560
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELAS FIDAL LE CHESNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 juillet 2021, 20 avril 2023 et 30 septembre 2024, la SARL Atout Vert, représentée par Me Baux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison de locaux dont elle est locataire, situés rue de Maule à Noisy-le-Roi, à hauteur, respectivement, de 33 852 euros et 9 983 euros ;

2°) de condamner l'administration au paiement d'intérêts moratoires ;

3°) à titre subsidiaire, de prendre en compte les valeurs visées dans sa déclaration 6660 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a commis une erreur en cochant deux catégories de locaux dans la notice 6660 ;

- les 2502 m2 de serres horticoles et les 6600 m2 de pépinières sont exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en application du a du 6° de l'article 1382 du code général des impôts et des commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) - impôts sous la référence BOI-IF-TFNB-10-30, dès lors qu'il s'agit de serres et de pépinières à usage agricole et non de simple stockage ; doivent également être exclues diverses parties secondaires couvertes, correspondant notamment à une surface de 500 m² de tentes et chapiteaux, dès lors que ces structures pourraient être librement déposées ;

- la réponse du ministre de l'économie et des finances à M. A B, député, publiée au journal officiel de l'Assemblée nationale le 4 décembre 2018, précisant que pour l'octroi de l'exonération à la taxe d'habitation, seule doit être prise en compte la situation des bâtiments et non celle du propriétaire, est transposable en matière de cotisation foncière des entreprises.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 novembre 2021 et 18 octobre 2023, le directeur des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- un dégrèvement de la cotisation de contribution foncière des entreprises mise à la charge de la société requérante pour l'année 2020 a été prononcé le 18 juin 2021 dont le montant s'élève à la somme de 21 498 euros ;

- un dégrèvement des cotisations de contribution foncière des entreprises mises à la charge de la société requérante a été prononcé le 17 octobre 2023 dont le montant s'élève à la somme de 5 751 euros pour l'année 2019 et 5 485 euros pour l'année 2020 ;

- aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 23 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2024.

Par un courrier du 24 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés, pour le premier, de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle la SARL Atout Vert a été assujettie au titre de l'année 2020 à concurrence de la somme 21 498 euros correspondant au dégrèvement partiel prononcé par l'administration fiscale le 18 juin 2021 et, pour le second du non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL Atout Vert à concurrence du dégrèvement partiel des cotisations en litige prononcé par l'administration fiscale le 17 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2020-1405 du 18 novembre 2020, et notamment son article 5 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghiandoni ;

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Baux représentant la SARL Atout Vert.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Atout Vert, qui exerce une activité de location de plantes et de décors paysagers pour des évènements, est locataire de locaux situés à Noisy-le-Roi. Elle a fait l'objet d'une imposition à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2019 et 2020, à raison de serres horticoles qu'elle exploite sis 307 Carrefour de la Tuilerie à Noisy-le-Roi. La SARL Atout Vert demande, dans le dernier état de ses écritures, la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 dont le montant s'élève, respectivement, après les dégrèvements partiels prononcés les 18 juin 2021 et 17 octobre 2023, à la somme de 33 852 euros et à celle de 9 983 euros.

Sur les conclusions aux fins de décharge et les conclusions tendant au paiement d'intérêts moratoires :

En ce qui concerne le bénéfice de l'exonération de la cotisation foncière des entreprises :

2. Aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale () qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. / () ". Aux termes de l'article 1450 du même code : " Les exploitants agricoles, y compris les propriétaires ou fermiers de marais salants, sont exonérés de la cotisation foncière des entreprises. / () ". L'exonération ainsi prévue s'applique à la réalisation d'opérations qui s'insèrent dans le cycle biologique de la production animale ou végétale ou qui constituent le prolongement de telles opérations.

3. La société Atout Vert fait valoir que les surfaces qu'elle exploite à Noisy-le-Roi, notamment une serre horticole d'une surface de 2 502 m² et une pépinière d'une surface de 6 600 m², sont affectés à un usage agricole et entrent ainsi dans le champ de l'exonération de la cotisation foncière des entreprises.

4. Il résulte toutefois de l'instruction que la SARL Atout Vert, pour les besoins de son activité de location de plantes et de décors paysagers, achète à ses fournisseurs des plantes ayant déjà atteint une certaine maturité, et maintient ensuite ces végétaux dans un état leur permettant d'être ultérieurement utilisés pour les prestations qu'elle réalise. Si elle utilise des installations, tels que des serres et une pépinière permettant d'assurer le développement et la croissance de ces végétaux, et emploie à cette fin des personnels dédiés à leur conservation et à leur entretien, elle ne dispose pas d'exploitation propre et ne réalise pas, en dépit d'une faible rotation du stock de végétaux, tant à l'intérieur, sous serre, qu'à l'extérieur, en serre hors-gel ou en pépinière, liée à la courte durée des événements qu'elle organise, d'opérations qui s'insèrent dans le cycle biologique de la production végétale ou qui en constitueraient le prolongement. Est sans incidence à cet égard la circonstance qu'elle exercerait son activité essentiellement grâce à son stock de plantes et que les achats annuels de plantes de serre ou de pépinière ne représenteraient que 1,98% de son chiffre d'affaires ou encore la circonstance que l'administration fiscale a admis, dans son dernier mémoire en défense, que la société requérante " est tenue en permanence d'accompagner la poursuite du cycle végétatif des plantes et ne se trouve pas dans un processus d'achat revente ". Ainsi, la SARL Atout Vert, qui dispose par ailleurs d'ateliers d'une surface de 260 m² destiné à réaliser ses prestations de végétalisation, ne peut être regardée comme exerçant une activité de nature agricole. Par suite, à supposer qu'elle ait entendu soulever ce moyen, la société requérante ne pouvait prétendre, au titre des années en litige, au bénéfice de l'exonération de cotisation foncière des entreprises prévue par les dispositions de l'article 1450 du code général des impôts en faveur des exploitants agricoles.

En ce qui concerne la base d'imposition de la cotisation foncière des entreprises :

5. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. / () ". Aux termes de l'article 1382 de ce code : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : " () / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés aux 1° et 2° de l'article 1381 / 12° Les immobilisations destinées à la production d'électricité d'origine photovoltaïque ; / 13° Les ouvrages souterrains d'un centre de stockage réversible en couche géologique profonde de déchets radioactifs mentionné à l'article L. 542-10-1 du code de l'environnement ;".

6. Aux termes de l'article 1381 du code général des impôts : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () / 4° Les sols des bâtiments de toute nature et les terrains formant une dépendance indispensable et immédiate de ces constructions à l'exception des terrains occupés par les serres affectées à une exploitation agricole ; (). ". Aux termes de l'article 1393 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. / Elle est notamment due pour les terrains occupés () par les serres affectées à une exploitation agricole. ". Il résulte de ces dispositions que les terrains occupés par des serres, que celles-ci soient ou non affectées à une exploitation agricole, sont passibles d'une taxe foncière.

7. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que seuls les biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu du 11°, du 12° et du 13° de l'article 1382 du code général des impôts sont exclus de la base de la cotisation foncière des entreprises. La société requérante ne saurait donc, en tout état de cause, utilement soutenir que les serres et la pépinière qu'elle exploite devraient être exclues de la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises au motif qu'elles entreraient dans le champ de l'exonération de la taxe foncière sur les propriétés bâties prévue au a) du 6° de l'article 1382 du code général des impôts.

8. En second lieu, si la société Atout Vert fait état des énonciations des commentaires administratifs publiés sous la référence BOI-IF-TFNB-10-30 et de la réponse ministérielle à M. B publiée le 4 décembre 2018, au demeurant sans se prévaloir des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, celles-ci ont trait à la taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la taxe d'habitation et ne sont ainsi pas opposables à l'administration dans un litige en matière de cotisation foncière des entreprises. Dans ces conditions, la société n'est, en tout état de cause, pas fondée à s'en prévaloir.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la société requérante ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées tendant au paiement d'intérêts moratoires.

Sur les conclusions tendant à la prise en compte des valeurs visées dans sa déclaration 6660 :

10. Il résulte de l'instruction que l'administration a procédé à une nouvelle appréciation des surfaces exploitées par la société requérante pour le calcul de sa cotisation foncière des entreprises à la suite de la transmission, par cette dernière, d'une déclaration 6660 déposée le 7 avril 2023. Le 17 octobre 2023, l'administration a, en conséquence, postérieurement à l'enregistrement de la requête, procédé à un dégrèvement partiel des cotisations dues. La société requérante ne conteste pas les valeurs retenues par l'administration pour procéder à ce dégrèvement partiel.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SARL Atout Vert la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Atout Vert est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Atout Vert et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Doré, président,

Mme Féjerdy, première conseillère,

Mme Ghiandoni, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GHIANDONI

Le président,

Signé

F. DORÉ Le greffier,

Signé

C. GUELDRY

La République mande et ordonne au ministre du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2106560

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