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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107059

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107059

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107059
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARL CHEMOULI DALIN STOLOFF ET BOINET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 août 2021, 15 septembre 2022, 20°juillet 2023 et 11 septembre 2023, Mme C A, représentée par Me Charpentier-Stoloff, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des taxes sur les logements vacants auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 à 2019, pour un montant total en droits et pénalités de 10 500 euros à raison d'un bien situé 128, Grande Rue à Saintry-sur-Seine (Essonne) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors qu'elle n'a jamais reçu la notification des avis de mise en recouvrement des taxes pour logement vacant émises au titre de chaque année de 2016 à 2019 ; le délai de recours n'a couru qu'à compter du 12 juin 2021, date de la réception de la mise en demeure de payer ;

- l'administration ne justifie pas lui avoir notifié les avis de mise en recouvrement à chaque indivisaire, en méconnaissance de l'article R. 256-2 du livre des procédures fiscales et de la doctrine administrative référencée au n°1 du BOI-REC-PREA 10-10-30 ;

- la vacance étant indépendante de sa volonté, compte tenu des démarches réalisées par les héritiers pour vendre le bien, les taxes réclamées ne sont pas dues, en application du IV de l'article 232 du code général des impôts et de la doctrine administrative référencée au n°140 du BOI-IF-AUT-60 ; une promesse unilatérale de vente a d'ailleurs été conclue en avril 2013 et renouvelée jusqu'en septembre 2016, le bien ayant été vendu le 13 juin 2022 ;

- la taxe sur les logements vacants au titre de l'année 2016 est prescrite et ne peut lui être réclamée, l'avis de mise en demeure de payer étant daté du 15 mai 2021, soit au-delà du délai de quatre ans prévu par l'article L. 274 du livre des procédures fiscales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 janvier 2022 et 25 juillet 2023, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive et irrecevable ;

- aucun des moyens présentés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel ;

- et les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A a été mise en demeure le 12 juin 2021 de payer la taxe sur les logements vacants au titre des années 2016 à 2019 à raison d'une propriété située au 128 Grande Rue à Saintry-sur-Seine (Essonne), détenue en indivision depuis le décès de la propriétaire, grand-mère de la requérante en 2004, pour un montant total en droits et pénalités de 10 500 euros. Sa réclamation du 16 juin 2021 ayant été rejetée par une décision du 25 juin 2021, Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge de cette imposition.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration, tirée de l'irrecevabilité pour tardiveté :

2. Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable aux impositions en litige : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; / b) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation ; ne constitue pas un tel événement une décision juridictionnelle ou un avis mentionné aux troisième et cinquième alinéas de l'article L. 190 () ".

3. L'administration fait valoir que la requête de Mme A est tardive au regard du délai prévu à l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales, dès lors qu'elle n'a présenté sa réclamation contentieuse que le 16 juin 2021, à l'encontre des impositions mises à sa charge au titre de la taxe sur les logements vacants, pour les années 2016 à 2019. Mme A soutient toutefois que ces avis d'imposition ne lui ont jamais été notifiés et qu'elle n'en a eu connaissance qu'à l'occasion de la mise en demeure de payer, datée du 15 mai 2021, qui lui a été communiquée le 12 juin suivant, alors qu'il résulte de l'instruction que les rôles d'imposition correspondant ont été établis, pour les années en litige, au nom de M. D B, oncle de la requérante, membre de l'indivision B, jusqu'à son décès en 2014. Dès lors, l'administration qui ne démontre pas avoir établi les rôles au nom de l'indivision B propriétaire du bien depuis 2004, ni avoir notifié à la requérante les avis d'imposition afférents à chaque année de 2016 à 2019, n'est pas fondée à opposer à Mme A la tardiveté de sa requête. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en ce sens doit être écartée.

Sur les conclusions à fins de décharge :

4. Aux termes de l'article 232 du code général des impôts, dans sa version applicable aux impositions en litige : " () II. - La taxe est due pour chaque logement vacant depuis au moins une année, au 1er janvier de l'année d'imposition, () les sociétés d'économie mixte et destinés à être attribués sous conditions de ressources. / III. - La taxe est acquittée par le propriétaire, l'usufruitier, le preneur à bail à construction ou à réhabilitation ou l'emphytéote qui dispose du logement depuis le début de la période de vacance mentionnée au II. / () VI. La taxe n'est pas due en cas de vacance indépendante de la volonté du contribuable. / VII. - Le contrôle, le recouvrement, le contentieux, les garanties et les sanctions de la taxe sont régis comme en matière de taxe foncière sur les propriétés bâties () ". Aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ".

5. L'obligation de payer la taxe annuelle sur les logements vacants incombant à un propriétaire indivis ne saurait excéder ses droits dans l'indivision, dès lors que la solidarité ne s'attache pas de plein droit à la qualité d'indivisaire.

6. Il est constant que Mme A était propriétaire avec d'autres indivisaires de la propriété située au 128, Grande Rue à Saintry-sur-Seine (Essonne), à raison de laquelle ont été établies les taxes pour logement vacant en litige. Il résulte pourtant de l'instruction que le rôle de la taxe a été établi, pour chacune des années en litige 2016 à 2019, au nom du seul D B, oncle de la requérante et non à celui de l'indivision. En mettant ainsi cette taxe à la charge exclusive de Mme A, qui n'a pas la qualité d'héritière ni de représentante de M. B, le service s'est mépris sur le redevable légal de l'imposition et commis une erreur de nature à entraîner la nullité de celle-ci.

7. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à solliciter la décharge de la taxe sur les logements vacants établie à raison du bien situé 128, Grande Rue à Saintry-sur-Seine (Essonne), au titre des années 2016 à 2019 à hauteur de la somme de 10 500 euros.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à Mme A de la somme de 1 200 euros, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est déchargée de la taxe sur les logements vacants au titre des années 2016 à 2019 à hauteur de la somme globale de 10 500 euros.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 200€ (mille deux cents euros) à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

M. Lutz, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

F-X de Miguel

Le président,

signé

P. Ouardes

La greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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