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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107516

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107516

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107516
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantGERBET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Gerbet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le montant des revenus distribués aurait dû être limité au résultat reconstitué, sans tenir compte du déficit déclaré par la société ;

- c'est à tort que le service a considéré qu'il était le seul maître de l'affaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2022, l'administrateur général en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,

- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Mobimex qui exerçait une activité de commerce de gros de meubles, de tapis et d'appareils d'éclairage avant sa radiation du registre du commerce et des sociétés en décembre 2018, dont M. B A était le gérant et l'associé à hauteur de 50%, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 4 mai 2015 au 31 décembre 2016 au cours de laquelle elle s'est opposée au contrôle fiscal, ainsi que le constate le procès-verbal dressé le 11 juin 2018. Par une proposition de rectification du 5 juillet 2018, le vérificateur a informé M. A qu'il envisageait de mettre à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2016, assorties d'intérêts de retard et de la majoration de 10% prévue par les dispositions de l'article 1758 A du code général des impôts. Le 31 octobre 2018, la somme de 85 868 euros a été mise en recouvrement. M. A a déposé une réclamation contentieuse le 17 décembre 2020, rectifiée le 20 mai 2021, qui a été rejetée par une décision du 5 juillet 2021. Par sa requête, M. A demande la décharge, en droits et en pénalités, de cette imposition.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () " Aux termes de l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. " Aux termes de l'article R* 194-1 du même livre: " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement () ".

3. En l'espèce, M. A s'est abstenu de répondre, dans le délai de trente jours qui lui était imparti, à la proposition de rectification du 5 juillet 2018 le concernant. Par suite, il appartient au requérant de démontrer le caractère exagéré de l'imposition en litige.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

En ce qui concerne le montant des revenus distribués :

5. Il résulte de l'instruction que D s'est opposée au contrôle fiscal, ainsi que le constate le procès-verbal dressé le 11 juin 2018. Après reconstitution de son chiffre d'affaires à partir des encaissements effectués sur ses comptes bancaires et de ses charges par la méthode des comparables, que le requérant ne conteste pas, son résultat reconstitué s'établit à 123 576 euros, somme à laquelle doit être ajouté le résultat déficitaire déclaré par la société d'un montant de 25 073 euros. Le rehaussement dont a fait l'objet la société s'élevant à 148 649 euros et l'ensemble du rehaussement étant pris en compte pour le calcul des sommes distribuées en application de l'article 47 de l'annexe II au code général des impôts, c'est à bon droit que le service a retenu que le montant des revenus distribués, dont M. A, entre les mains duquel la somme en cause est imposée, ne conteste pas l'existence, s'établissait à 148 649 euros.

En ce qui concerne l'appréhension des sommes :

6. Il résulte des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts, que l'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire. Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

7. L'administration fiscale fait valoir, sans être contredite, que M. A était le gérant de D, dont il était en outre associé détenteur de 50% des parts sociales, depuis sa création et jusqu'au 17 janvier 2018. Il n'est pas davantage contesté que le requérant était le représentant légal de D, ni qu'il en détenait les moyens de paiement. En outre, il n'est pas non plus contesté que les cartons de signature sont établis au seul nom de M. A, qui détient ainsi la signature sur les comptes de cette société, et si le requérant soutient que M. C, qui n'est pas le représentant légal ni l'un des associés de la société, ni même d'un de ses salariés, dispose d'une procuration générale auprès de l'établissement auprès duquel celle-ci détient ses comptes bancaires, cette procuration a été expressément donnée par M. A lui-même, et ne le prive pas de toute prérogative sur ces comptes bancaires, ainsi que le fait valoir l'administration fiscale. De plus, il ne résulte pas de l'instruction que M. C serait gérant de fait et exercerait seul la maîtrise administrative, financière et commerciale de la société. Par ailleurs, les seules circonstances, au demeurant non établies, que M. A n'aurait accompli aucun acte de gestion pour le compte de la société, qu'il n'aurait perçu que des salaires de cette société en sa qualité de vendeur, et qu'il n'aurait signé aucun règlement, ne font pas obstacle à ce qu'il dispose seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société et soit en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres. Enfin, la circonstance que le service n'a pas appliqué une majoration de 40% pour manquement délibéré aux sommes réintégrées dans le revenu imposable de M. A et regardées comme des revenus distribués, est indifférente à la notion de maîtrise de l'affaire. Par suite, M. A doit être regardé comme le seul maître de l'affaire pendant l'année en litige et ainsi être présumé avoir effectivement appréhendé les revenus distribués de D au titre de l'année 2016. C'est donc à bon droit que l'administration fiscale a imposé les sommes en cause entre les mains de M. A dans la catégorie des revenus de capitaux mobilier.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. MathéLe président,

Signé

P. OuardesLa greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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