jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2107562 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Magistrat Belot |
| Avocat requérant | GLIKSMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2021, et des mémoires en production de pièces, enregistrés les 13 avril 2022, 27 avril 2022 et 20 juin 2022, M. A D et Mme C B, représentés par Me Gliksman, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme, sauf à parfaire, de 77 007,72 euros en réparation des préjudices subis à la suite du refus du préfet de l'Essonne de leur accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant d'un logement sis 9 rue Clément à Ris-Orangis, avec intérêt au taux légal à compter du 13 mai 2020 et capitalisation des intérêts échus ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de prendre toutes mesures nécessaires pour assurer l'exécution du jugement prononcé le 10 octobre 2019 par le tribunal d'instance d'Evry, dans un délai de quinze jours à compter la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard jusqu'à la libération effective du bien ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet de l'Essonne de leur accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant du logement sis 9 rue Clément à Ris-Orangis ;
- les préjudices subis s'élèvent à une somme de 77 007,72 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues durant la période de responsabilité de l'Etat, au préjudice résultant de la perte de valeur du bien et du non-paiement de la taxe sur les ordures ménagères.
Par une lettre du 8 mars 2023, le préfet de l'Essonne, par application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, a été mis en demeure de produire ses observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- la loi n° 2020-546 du 11 mai 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-331 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Bélot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bélot a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D et Mme C B demandent la condamnation de l'Etat à leur réparer le préjudice financier résultant du refus de concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement du tribunal d'instance d'Evry du 10 octobre 2019 autorisant l'expulsion de l'occupant d'un logement sis 9 rue Clément à Ris-Orangis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet (). Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
3. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7 () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'État dans le département () ".
5. Enfin, aux termes de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille () ". Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative au prolongement de la trêve hivernale : " Pour l'année 2020, la période mentionnée aux troisième alinéa de l'article L. 115-3 du code de l'action sociale et des familles et premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution est prolongée jusqu'au 31 mai 2020 ". Aux termes de l'article 10 de la loi du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions : " I. - Pour l'année 2020, la période mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 115-3 du code de l'action sociale et des familles et au premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution est prolongée jusqu'au 10 juillet 2020 inclus () ".
6. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet, régulièrement requis à cet effet, refuse le concours de la force publique pour l'exécution d'une décision juridictionnelle exécutoire ordonnant l'expulsion de l'occupant d'un local, la responsabilité de l'État se trouve engagée à compter de ce refus ou, s'il intervient à une date où l'occupant bénéficie du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, à compter du terme de la période de sursis. Par ailleurs, la période de responsabilité de l'État au titre d'un refus d'accorder le concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement s'achève en principe le jour où l'administration décide d'octroyer ce concours. Elle ne prend fin qu'à la date de mise en œuvre effective du concours lorsque celle-ci intervient plus de quinze jours après la décision, sauf si ce délai est imputable au propriétaire ou à l'huissier ou justifié par des circonstances particulières.
7. D'une part, il résulte de l'instruction que le commandement de quitter les lieux a été signifié à l'occupant des lieux le 21 novembre 2019. Par ailleurs, M. D et Mme B ont requis du préfet de l'Essonne le concours de la force publique le 13 mars 2020. Il s'ensuit que le préfet de l'Essonne disposait d'un délai de deux mois pour se prononcer, soit jusqu'au 13 mai 2020. Toutefois, à cette date, l'occupant du logement bénéficiait du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution. Le refus implicite du préfet de l'Essonne engage, par conséquent, la responsabilité de l'Etat à partir du 11 juillet 2020.
8. D'autre part, il résulte de l'instruction que le concours de la force publique n'a pas été alloué à M. D et Mme B et que le logement en cause n'a pas été libéré spontanément avant le mois de juin 2021, période à laquelle les requérants ont arrêté les comptes. Par suite, il incombe à l'administration de réparer les préjudices que la prolongation de cette occupation irrégulière a causé à M. D et à Mme B entre le 11 juillet 2020 et le 30 juin 2021.
En ce qui concerne les préjudices allégués :
9. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.
10. En premier lieu, il résulte des décomptes et pièces produits par les parties que, sur la période de responsabilité de l'Etat énoncée au point 8, le montant total de la dette locative dont était redevable l'occupant du logement en cause s'élevait à la somme de 13 781,81 euros. Il est constant qu'aucun versement n'a été effectué par le locataire depuis le début de cette même période. Il y a donc lieu de fixer à la somme de 13 781,81 euros l'indemnité due par l'Etat à M. D et à Mme B en réparation de leur préjudice locatif.
11. En deuxième lieu, si les requérants demandent une indemnité complémentaire en réparation de l'atteinte portée à la jouissance de leur bien, il ne résulte pas de l'instruction que M. D et Mme B aient eu l'intention, ainsi qu'ils le soutiennent sans l'établir, de vendre leur bien.
12. Enfin, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères correspondant aux avis d'impôt au titre de 2019 et 2020, dès lors que ce paiement incombe au propriétaire du bien en cause au 1err janvier de l'année d'imposition et n'est pas directement lié au refus de concours de la force publique en cause, la période de responsabilité n'ayant débuté que le 11 juillet 2020.
13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à la somme de 13 781,81 euros l'indemnité due par l'Etat à M. D et à Mme B en réparation des préjudices résultant du refus du préfet de l'Essonne de leur accorder le concours de la force publique, sur la période du 11 juillet 2020 au 30 juin 2021.
Sur la subrogation :
14. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendraient M. D et Mme B à l'encontre de l'occupant du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'Etat, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.
Sur les intérêts et la capitalisation :
15. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Il résulte de l'instruction que la demande de M. D et Mme B a été reçue par l'administration le 28 juin 2021. Les requérants ont donc droit aux intérêts correspondant à l'indemnité en capital citée au point 13 à compter du 28 juin 2021.
16. L'article 1343-2 du code civil, dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
17. En l'espèce, la capitalisation des intérêts ayant été demandée pour la première fois le 3 septembre 2021, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 28 juin 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
18. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. D et Mme B doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les frais d'instance :
19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. D et Mme B et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. D et à Mme B la somme de 13 781,81 euros avec intérêt au taux légal à compter du 28 juin 2021 et capitalisation des intérêts échus à compter du 28 juin 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de M. D et Mme B à l'encontre de l'occupant du logement en cause durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.
Article 3 : L'Etat versera à M. D et à Mme B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le magistrat désigné,
signé
S. Bélot
La greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21007912
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026