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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107939

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107939

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107939
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP NORMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 septembre 2021 et 13 janvier 2023, Mme A F et M. B C, représentés par Me Duquesne-Clerc, agissant tant en leurs noms propres qu'en qualité de représentants de leurs enfants E et H C demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Rambouillet à leur verser la somme totale de 154 196,63 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait des fautes commises à la naissance de leur enfant E C le 10 janvier 2018 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une mesure de complément d'expertise confiée aux premiers experts et portant exclusivement sur la lecture des IRM réalisés les 15 janvier et 7 mars 2018 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rambouillet les entiers dépens soit la somme de 9 636 euros au titre des frais d'expertise ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rambouillet la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Mme F soutient que :

- les fautes commises par le centre hospitalier de Rambouillet ont fait perdre à leur fille une chance d'un tiers de limiter les séquelles neurocognitives dont elle reste atteinte ;

- la mauvaise évaluation de l'état neurologique E après la naissance a conduit à la priver d'une mise en hypothermie qui aurait probablement limiter la gravité des séquelles cérébrales ;

-les convulsions auraient dû être traitées ;

-l'enfant aurait dû être immédiatement transférée vers un centre spécialisé ;

- leurs préjudices se décomposent comme suit :

En ce qui concerne l'enfant E C :

- 5 250 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à parfaire après la consolidation de son état de santé ;

- 43 946,66 euros au titre de l'aide par tierce personne temporaire, à parfaire après la consolidation de son état de santé ;

- 11 666,66 euros à titre de provision sur l'indemnisation des souffrances endurées ;

- 3 333,33 euros à titre de provision sur l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire ;

- 66 666,66 euros à titre de provision sur l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent ;

- 3 333,33 euros à titre de provision sur le préjudice d'agrément ;

- 6 666,66 euros à titre de provision sur le préjudice permanent exceptionnel ;

En ce qui concerne les parents E, M. C et Mme F :

- 8 333,33 euros chacun au titre de leur préjudice d'affection ;

En ce qui concerne le frère E, H C :

- 5 000 euros au titre de son préjudice d'affection.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 juillet 2022, 27 juin et 9 octobre 2023, le centre hospitalier de Rambouillet conclut à ce que les prétentions indemnitaires des requérants soient ramenées à de plus justes proportions, au rejet des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et à titre subsidiaire, à ce que soit ordonnée une contre-expertise par un nouvel expert.

Il soutient que :

- la perte de chance a été surévaluée par les experts dans la mesure où la lecture de l'imagerie réalisée permet de démontrer que l'atteinte cérébrale E s'est produite très majoritairement avant même l'arrivée de Mme F au centre hospitalier de Rambouillet et que la prise en charge de l'enfant après sa naissance n'a que très partiellement aggravé les séquelles de l'enfant ;

- l'attestation produite par la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines ne permet pas au juge d'apprécier l'imputabilité des éléments de son décompte à la prise en charge E C ;

Par un mémoire enregistré le 13 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, représentée par Me Legrandgérard, conclut à ce que le centre hospitalier soit condamné à lui verser la somme de 34 121,41 euros, assortie des intérêts au taux légal en remboursement de ses débours en lien avec les fautes commises par cet établissement, la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et enfin la somme de 2000 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle a été amenée à verser des prestations à l'ayant droit de son assurée qui s'élèvent à la somme, nécessairement provisoire compte tenu de l'absence de consolidation de l'état de santé de la jeune E C, de 103 398,21 euros selon attestation de débours.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance en date du 17 septembre 2020 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné les docteurs D, gynécologue obstétricien et le docteur J I, pédiatre, en qualité d'experts ;

- l'ordonnance du 23 février 2021 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Versailles a liquidé et taxé les frais et honoraires du Dr I à la somme de 5 316 euros ;

- l'ordonnance du 23 février 2021 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Versailles a liquidé et taxé les frais et honoraires du Dr D à la somme de 4 320 euros ;

- le rapport des experts enregistré au greffe du tribunal le 8 février 2021 ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif à l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rivet ;

- les conclusions de M. Nicolas Chavet, rapporteur public ;

- les observations de Me Valles représentant les consorts F, et de Me Zaoui-Tayeb, représentant le centre hospitalier de Rambouillet ;

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 janvier 2018, Mme A F, née le 26 juillet 1973, âgée de 44 ans alors enceinte de son deuxième enfant depuis 36 semaines et six jours et dont la grossesse s'était déroulée jusque-là normalement, a noté une diminution des mouvements actifs-fœtaux. Le lendemain, la sage-femme en charge du suivi de sa grossesse s'est déplacée à son domicile et a constaté sur le monitoring une tachycardie puis des décélérations avec un rythme micro-oscillant. La sage-femme a alors contacté le SAMU des Yvelines pour conduire la parturiente en urgence dans le service de maternité du centre hospitalier de Rambouillet. L'enfant E C est née le 10 janvier 2018 à 16H42 par césarienne d'urgence (code rouge) sous anesthésie générale au terme prématuré de 36 semaines 6 jours, pour diminution des mouvements actifs depuis la veille au soir et anomalies sévères du RCF prédictives d'une asphyxie fœtale. A l'extraction elle se trouvait en état de "mort apparente", pâle, hypotonique, sans activité motrice ni mouvement respiratoire, avec une activité cardiaque lente conservée. La décision a alors été prise de la transférer en néonatologie pour détresse respiratoire et surveillance post-accouchement. Cependant, le tableau clinique et biologique s'est aggravé et l'enfant a alors été transférée au sein du service de réanimation néonatale de l'hôpital Trousseau et y est restée hospitalisée du 11 au 22 janvier 2018 pour un état de mal épileptique et encéphalopathie anoxo-ischémique sévère. Au vu de l'importance de l'encéphalopathie constatée, les pédiatres de l'hôpital Trousseau ont tout d'abord décidé d'arrêter la procédure de réanimation. E ayant survécu à cet arrêt, l'équipe médical a alors décidé de l'orienter vers des soins palliatifs au sein du service de néonatalogie. Puis, en raison de l'amélioration clinique, un suivi actif et multidisciplinaire a été mis en place jusqu'à sa sortie du service de néonatalogie. Par la suite, E a été transférée du service de néonatologie vers le service de neuropédiatrie le 19 février 2018 avec une autonomie alimentaire acquise. Mme A F est quant à elle rentrée à son domicile le 17 janvier 2018. La sortie de l'enfant a été autorisée le 16 mars 2018, soit à l'âge de 2 mois et 1 semaine. E reste toutefois atteinte de séquelles neurocognitives, en lien avec l'encéphalopathie anoxo-ischémique dont elle a souffert.

2. Estimant que la prise en charge de leur fille avait été fautive, M. C et Mme F ont saisi leur compagnie d'assurance, qui a confié au docteur G, chef du service de pédiatrie et réanimation néonatale de l'hôpital Antoine Béclère, la mission d'analyser le dossier. Le docteur G a estimé que la prise en charge par le centre hospitalier de Rambouillet à la naissance E avait été fautive aboutissant à un transfert tardif de l'enfant vers un centre spécialisé. Le 7 juillet 2020, M. et Mme F ont alors, d'une part, adressé au centre hospitalier de Rambouillet une demande d'indemnisation provisionnelle de leurs préjudices, et d'autre part, saisi le tribunal d'une requête en référé afin que soit ordonnée une expertise médicale. Par une ordonnance rendue le 17 septembre 2020, les docteurs D et I ont été désignés en qualité d'experts. Ils ont déposé leur rapport au greffe du tribunal le 2 février 2021. Par courrier en date du 20 juillet 2021, le centre hospitalier de Rambouillet a rejeté la demande indemnitaire que M. C et Mme F leur avaient adressée. Par la présente requête, M. C et Mme F demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Rambouillet à les indemniser, eux et leurs enfants, des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait des fautes de cet établissement.

Sur les fondements de la responsabilité :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ".

4. Il résulte du rapport d'expertise des docteurs D et I que la prise en charge post-natale au centre hospitalier de Rambouillet a été défaillante et non conforme aux données acquises de la science. Les experts ont tout d'abord relevé une erreur diagnostic dans la mauvaise évaluation de la gravité de l'encéphalopathie post-anoxique de l'enfant. D'après les experts, un contrôle du taux de pH et d'acide lactique en post-natal immédiat aurait dû être réalisé compte tenu du caractère discordant entre ces deux paramètres au sang du cordon. Il aurait permis d'objectiver une acidose lactique certainement très importante compte tenu du taux encore élevé à la douzième heure et ainsi alerté le pédiatre sur l'importance de l'asphyxie périnatale. Les experts ont également d'autre part déploré l'absence de prise en compte de l'hypotension artérielle liée à l'anoxie cardiaque, qui s'est prolongée plusieurs heures, et n'a pas été corrigée notamment par l'utilisation précoce d'une drogue inotrope positive et vasoactive, en l'absence de réponse au remplissage vasculaire. Elle a contribué à altérer durablement la perfusion et l'oxygénation du cerveau. Par ailleurs, l'enfant aurait dû recevoir une dose de charge d'un médicament antiépileptique dès la première manifestation convulsive certaine à 07H30 et non pas deux heures plus tard par l'équipe du SMUR. Enfin, les experts ont souligné que le contexte d'asphyxie périnatale certain sur les anomalies sévères du RCF, l'acidose fœtale majeure, chez un nouveau-né de plus de 36 semaines pesant plus de 1 800 g, ayant des signes cliniques d'encéphalopathie modérée, aurait dû conduire à une mise en hypothermie passive, technique qui réduit de manière significative les séquelles cérébrales post-anoxiques. Les experts ont dès lors estimé que l'équipe médical aurait dû, sans attendre la 6ième heure de vie, faire appel au SAMU pour discussion du transfert immédiat en unité de réanimation néonatale pour mise en hypothermie contrôlée.

5. En défense, le centre hospitalier de Rambouillet fait cependant valoir qu'au regard de la sévérité suspectée à la naissance de l'atteinte cérébrale présentée par E, l'hypothermie thérapeutique aurait été de son point de vue peu efficace. A cet égard, l'établissement sollicite une expertise complémentaire afin d'examen des clichés d'IRM faite au cinquième jour de vie, qui pourraient selon lui prouver que les lésions se sont constituées avant la naissance. Toutefois, d'une part, le défendeur avait la possibilité de produire lui-même cet examen et son analyse dans le cadre de la communication déontologique des documents médicaux entre deux établissements de soins ayant participé à la prise en charge de l'enfant. D'autre part, et surtout, les experts ont estimé que contrairement aux allégations du centre hospitalier de Rambouillet, il n'était pas possible de dater radiologiquement avec précision le moment de survenue des lésions cérébrales qui repose essentiellement sur les données du dossier obstétrico-pédiatrique. Les docteurs D et Meslati distinguent par ailleurs trois périodes dans la constitution des lésions neurologiques E. La première période, celle qui s'est prolongée du 9 janvier 2018 au soir, moment de la perception par la mère d'une diminution des mouvements actifs fœtaux, jusqu'à l'enregistrement du RCF le 10 janvier 2018 à 14H30. Les experts affirment toutefois qu'il est impossible de savoir si cette période était une phase d'alerte ou si elle a pu avoir des conséquences délétères sur le cerveau. La deuxième période de 14H31 à 16H42 le 10 janvier 2018, soit pendant plus de deux heures, délai incompressible, les anomalies sévères du RCF, prédictives d'une asphyxie fœtale, expliquent l'état de l'enfant à la naissance, l'encéphalopathie néonatale et une partie des séquelles cérébrales. Enfin, ils estiment que les fautes commises dans la prise en charge post natale et décrites ci-dessus est à l'origine certaine d'une troisième phase de constitution des lésions.

6. Ainsi, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale complémentaire, M. C et Mme F sont bien fondés à soutenir que la responsabilité du centre hospitalier de Rambouillet est engagée en raison des fautes commises lors de la prise en charge de leur fille à sa naissance le 10 janvier 2018.

Sur la fraction du préjudice indemnisable :

7. Dans le cas où des fautes ont compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel, déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

8. Si les experts ont estimé qu'il était très difficile " d'évaluer de manière formelle, scientifique, objective, l'impact respectif des trois périodes ayant contribué à la constitution des lésions cérébrales chez E ", ils concluent toutefois que " compte tenu de ces trois circonstances potentiellement délétères, une perte de chance d'un tiers de limiter les séquelles neurocognitives, en relation avec la défaillance de la prise en charge pédiatrique post-natale " doit être retenue. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer au tiers la perte de chance d'éviter la dégradation de l'atteinte cérébrale, en lien avec les manquements reprochés au centre hospitalier de Rambouillet.

Sur les préjudices indemnisables :

En ce qui concerne les préjudices indemnisables E C :

9. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de l'enfant et ses besoins vont évoluer avec la maturation neuropsychologique et la croissance et qu'une évaluation médico-légale intermédiaire sera justifiée vers l'âge de huit ans en 2026. Toutefois, rien ne s'oppose à ce les préjudices E, dès lors qu'ils ont été évalués par les experts désignés par le tribunal, fassent l'objet d'une indemnisation à la date du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la prochaine évaluation.

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux frais de santé :

10. La caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines justifie suffisamment, par la production de l'attestation d'imputabilité de ses débours en date du 1er février 2023 établie par le médecin-conseil du recours contre tiers de la direction du Service Médical d'Ile de France, indépendant de la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, avoir engagé des frais d'hospitalisations, médicaux, pharmaceutiques, et d'appareillage en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier de Rambouillet pour un total de 103 398,21 euros entre le 11 janvier 2018 et le 16 mars 2018. Il y a donc lieu, après application du taux de perte de chance, et dans la limite de ses demandes, de condamner le centre hospitalier de Rambouillet à lui rembourser la somme de 34 121,41 euros.

Quant aux frais d'assistance par tierce personne :

11. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours.

12. Il résulte du rapport d'expertise que le temps de tierce personne non médicalisée nécessaire à la substitution, la stimulation, l'accompagnement aux soins, pour la période de zéro à trois ans doit être forfaitisé à deux heures par jour. Le centre hospitalier de Rambouillet fait valoir en défense que tout enfant, jusqu'à l'âge de deux ans, ne bénéficie d'aucune autonomie et a besoin de l'attention constante de ses parents et de leur accompagnement. Toutefois, il est constant que le handicap E a nécessairement accru les besoins de soins purement familiaux. Ainsi, il y a bien lieu d'indemniser le besoin en tierce personne de la victime à hauteur de deux heures par jour conformément aux conclusions du rapport d'expertise, depuis sa sortie d'hospitalisation le 23 janvier 2018 jusqu'à ses trois ans, soit le 10 janvier 2021.

13. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. A ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant. Lorsque la personne publique n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction ne doit toutefois être opérée que dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne, évaluées ainsi qu'il a été dit plus haut.

14. L'état de l'enfant E C a nécessité le recours à l'aide d'une tierce personne à raison de deux heures par jours jusqu'à son troisième anniversaire. En tenant compte du nombre de jours et de semaines concernées rapportées à une année de 412 jours comprenant les congés payés et jours fériés et du montant du SMIC horaire brut augmenté des charges sociales de l'époque, fixé à 14,67 euros, s'agissant en l'espèce d'une assistance non spécialisée, ce préjudice peut être évalué à la somme totale de 35 842,44 euros. Il résulte de l'instruction que les requérants ont perçu sur cette période l'allocation d'éducation d'un enfant handicapé pour un montant total de 4 362,53 euros. Dès lors que le cumul des prestations et de l'indemnité versée n'excède pas les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne de la jeune E, il n'y a pas lieu de déduire cette indemnité du montant mis à la charge du centre hospitalier de Rambouillet. Par suite, il y a lieu de condamner l'établissement à verser à Mme F et à M. C la somme de 11 947 euros au titre de ce poste de préjudice.

15. Faute d'évaluation par l'expert des besoins en tierce personne au-delà des trois ans de l'enfant, l'indemnisation de ce poste de préjudice à compter du 10 janvier 2021 ne pourra intervenir qu'à l'avenir, dans les suites de la prochaine évaluation de l'évolution et de l'état de santé de l'enfant.

16. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Rambouillet doit être condamné à verser aux requérants, en qualité de représentants légaux de leur enfant, la somme de 11 947 euros au titre de l'assistance par tierce personne, sans préjudice de l'évaluation ultérieure de ses besoins à compter de ses trois ans.

S'agissant des préjudices extra patrimoniaux temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

17. Il résulte de l'instruction que l'enfant E C a subi un déficit fonctionnel total pendant toute la durée de son hospitalisation en réanimation du 10 au 22 janvier 2018 soit une durée de douze jours. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant, après application du taux de perte de chance, la somme de 60 euros.

18. Il résulte également de l'instruction et de l'évaluation à la date du rapport d'expertise, qu'Esther a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 75 % du 23 janvier 2018 au 21 novembre 2020. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant après application du taux de perte de chance, la somme de 3 930 euros.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

19. Le préjudice esthétique temporaire de la victime a été estimé à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant, à la date du jugement, et après application du taux de perte de chance, à la somme de 1 206 euros.

Quant aux souffrances endurées :

20. Les souffrances endurées par E ont été estimées à 3 sur une échelle de 7 par les experts. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant, à la date du jugement, et après application du taux de perte de chance, à la somme de 4 510 euros.

21. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Rambouillet doit être condamné à verser aux parents E, représentant légaux de l'enfant E, la somme de 9 706 euros à titre de provision en réparation des préjudices extra patrimoniaux temporaires subis par leur fille sans qu'il y ait lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la consolidation de son état.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

22. Si le rapport d'expertise mentionne que le déficit fonctionnel permanent " devrait être voisin du taux de déficit fonctionnel temporaire partiel actuel ", cette évaluation n'est pas suffisamment circonstanciée pour fonder une indemnisation à titre provisionnel de ce préjudice futur. Compte tenu du très jeune âge de l'enfant à la date du rapport d'expertise et des perspectives d'évolution de son état de santé, il y a lieu d'attendre les résultats de l'évaluation qui sera faite à l'âge de huit ans pour envisager le calcul et le versement d'une provision tendant à l'indemnisation de son déficit fonctionnel permanent.

Quant à l'existence d'un préjudice permanent exceptionnel :

23. Les préjudices permanents exceptionnels comprennent les préjudices extrapatrimoniaux, atypiques, directement liés au handicap permanent qui prend une résonance particulière pour certaines victimes en raison soit de leur personne, soit des circonstances et de la nature du fait dommageable. La prise de conscience progressive par la victime de son handicap, qui n'est pas dissociable de ses souffrances psychiques, ne constitue pas un préjudice de nature exceptionnel. Il n'y a pas lieu, dans ces conditions, d'allouer une indemnité à ce titre. Cette demande doit être rejetée.

Quant au préjudice d'agrément :

24. En l'état de l'instruction, il n'apparait pas que les activités de loisirs E dont le développement bien qu'entravé par l'existence de difficultés neurologiques et motrices suit une progression constante soient limitées par rapport à celles pratiquées par d'autres enfants du même âge. Il n'y a donc pas lieu, à la date du jugement, d'accorder une provision visant à compenser ce type de préjudice.

25. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Rambouillet doit être condamné à verser à M. C et Mme F la somme totale 21 653 euros en réparation des préjudices subis par leur enfant E.

En ce qui concerne le préjudice d'affection des parents E :

26. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de M. C et de Mme F en leur allouant chacun, après application du taux de perte de chance, la somme de 5 000 euros.

En ce qui concerne le préjudice d'affectation du frère E :

27. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de H C en lui allouant après application du taux de perte de chance la somme de 4 000 euros.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

28. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté susvisé du 18 décembre 2023 relatif à l'indemnité forfaitaire de gestion fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité forfaitaire de gestion pour l'année 2024.

29. Eu égard au montant des sommes accordées à la caisse primaire d'assurance maladie tel que mentionné au point 8 du présent jugement, cette caisse a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour le montant de 1 191 euros. Par suite, le centre hospitalier de Rambouillet doit être condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les intérêts dus sur le montant des condamnations et leur capitalisation :

30. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Aux termes de l'article L. 313-2 du code monétaire et financier, dans sa rédaction en vigueur à compter du 1er janvier 2015 : " Le taux de l'intérêt légal est, en toute matière, fixé par arrêté du ministre chargé de l'économie. / Il comprend un taux applicable lorsque le créancier est une personne physique n'agissant pas pour des besoins professionnels et un taux applicable dans tous les autres cas () ".

31. La caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines a droit aux intérêts au taux légal sur la somme qui lui est attribuée au point 8 du présent jugement à compter de la date d'enregistrement de son mémoire soit le 13 mars 2023.

Sur les dépens :

32. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

33. Les dépens constitués des frais d'expertise, liquidés et taxés par les ordonnances susvisées de la présidente du présent tribunal à une somme totale de 9 636 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Rambouillet.

Sur les frais de l'instance :

34. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Rambouillet la somme de 1 800 euros à verser à M. C et Mme F, et la somme de 1 200 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1 : Le centre hospitalier de Rambouillet est condamné à verser à M. C et Mme F, en qualité de représentants légaux E C, la somme de 21'653 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier de Rambouillet est condamné à verser à Mme F la somme de 5 000 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de Rambouillet est condamné à verser à M. C la somme de 5 000 euros.

Article 4 : Le centre hospitalier de Rambouillet est condamné à verser à M. C et Mme F, en qualité de représentants légaux de H C, la somme de 4 000 euros.

Article 5 : Le centre hospitalier de Rambouillet versera à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 34 121,41 euros au titre de ses débours. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 13 mars 2023.

Article 6 : Le centre hospitalier de Rambouillet versera à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 1191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 7 : Le centre hospitalier de Rambouillet versera à M. C et Mme F une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le centre hospitalier de Rambouillet versera à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 9 636 euros par les deux ordonnances susvisées de la présidente du tribunal en date du 23 février 2021 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Rambouillet.

Article 10 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à M. B C, à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et au centre hospitalier de Rambouillet.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dely, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er juillet 2024.

La rapporteure,

signé

S. Rivet

La présidente,

signé

I. Dely

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107939

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