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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108241

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108241

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108241
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantVERDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 25 septembre 2021, 4 mars 2022 et 10 mai 2022, ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 9 mars 2023, M. et Mme C, représentés par Me Verdier-Villet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, de condamner la communauté d'agglomération Paris-Saclay à leur verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices subis du fait des désordres affectant la rue du Châteaufort sur la commune d'Orsay ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Paris-Saclay de réaliser les travaux nécessaires au renforcement de la rue du Châteaufort au droit des deux zones restées vulnérables de leur propriété et de prendre les mesures complémentaires nécessaires au respect de l'interdiction d'accès aux véhicules de plus de 3,5 tonnes ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise judiciaire afin d'évaluer leur préjudice ;

4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Paris-Saclay la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité sans faute de la communauté d'agglomération Paris-Saclay, maître d'ouvrage de la rue de Châteaufort, doit être engagée ;

- ils ont la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage ;

- leur préjudice revêt un caractère anormal dès lors qu'il excède les désordres que peuvent normalement s'attendre à rencontrer les riverains d'une voie publique et que leur maison d'habitation et ses dépendances présentent de nombreuses et importantes fissures menaçant la stabilité de l'ensemble des édifices et donc un risque pour ces derniers d'infiltration d'eau ;

- leur préjudice revêt un caractère spécial dès lors que la rue de Châteaufort, qui se termine en impasse, ne dessert qu'un nombre limité d'habitations et que seule une partie de cette rue présente des désordres ;

- un lien de causalité direct et certain est établi entre les désordres affectant la rue de Châteaufort et leur préjudice ;

- les critiques émises par la communauté d'agglomération quant au rapport d'expertise initial sont infondées ;

- ils ont subi un préjudice, tenant aux coûts de réparation de leur garage, pouvant être fixé à la somme de 50 000 euros ;

- le préjudice subi revêt un caractère continu et s'aggrave du fait de l'inaction fautive de la communauté d'agglomération à procéder aux travaux de confortement de la rue du Châteaufort et à prendre toute mesure de nature à réguler le trafic routier.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 4 janvier, 15 avril et 12 mai 2022, ainsi qu'un mémoire récapitulatif, enregistré le 17 février 2023, la communauté d'agglomération Paris-Saclay conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la preuve d'un lien de causalité direct et certain n'est pas rapportée par les requérants, du fait notamment des insuffisances et du caractère non-contradictoire et non fiable du rapport d'expertise de M. A ;

- les requérants ne rapportent pas la preuve d'un préjudice anormal et spécial ;

- le montant de la somme réclamée doit être ramenée à de plus justes proportions.

La procédure a été communiquée à la société Enedis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mégret,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- et les observations de Me Verdier, représentants M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B et E C sont propriétaires d'une parcelle sise au 31 rue de Châteaufort sur le territoire de la commune d'Orsay, sur laquelle s'élèvent une maison d'habitation, un garage, un escalier et un mur séparant leur propriété de la voirie située en aplomb. Ils ont constaté, depuis plusieurs années, l'apparition et l'aggravation de fissures affectant leur bien et notamment sur le sol et les murs de leur garage. Imputant ces désordres à la voie publique attenante et à l'intensification du trafic depuis l'aménagement du pôle d'innovation et de recherche du plateau de Paris Saclay, ils ont, par une demande indemnitaire préalable du 31 mai 2021, demandé à la communauté d'agglomération Paris-Saclay, en charge de la voierie, de leur verser une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis résultant des fissures du garage et de la présence d'un poteau EDF, qui a été retiré en cours d'instance. La communauté d'agglomération Paris-Saclay a informé les requérants, par un courrier du 28 juillet 2021, qu'elle transmettait leur dossier à son assureur. M. et Mme C, dans leur mémoire récapitulatif, demandent au tribunal de condamner la communauté d'agglomération Paris-Saclay à leur verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait des désordres affectant la rue de Châteaufort, de lui enjoindre de procéder aux travaux nécessaires de renforcement et d'entretien de la rue de Châteaufort et de prendre toute mesure visant à faire respecter l'interdiction de circulation dans cette rue des véhicules de plus de 3,5 tonnes.

Sur la régularité des opérations d'expertise du rapport du 18 mars 2021 :

2. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

3. Il résulte de l'instruction que le rapport d'expertise rédigé par M. A, à l'initiative de M. et Mme C, ayant pour objet de rendre compte d'une réunion d'expertise tenue le 18 mars 2021 sur la propriété des requérants, n'est pas contradictoire, la communauté d'agglomération n'ayant pas été conviée à cette réunion ni invitée à présenter ses observations sur les conclusions de l'expert avant leur rendu définitif. Il s'ensuit que cette dernière est fondée à soutenir qu'il ne peut être tenu compte des conclusions de cette expertise. Toutefois, le caractère non-contradictoire de celle-ci ne fait pas obstacle à ce que soient pris en compte les constatations de pur fait qu'il contient qui ne sont pas contestées par les parties, ainsi que les éléments d'informations corroborés par d'autres pièces du dossier et, notamment en l'espèce, par le second rapport d'expertise, celui de Mme D, experte mandatée par l'assureur de la communauté d'agglomération, rendu le 6 septembre 2021 contradictoirement.

Sur la responsabilité de la communauté d'agglomération de Paris-Saclay :

4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

5. M. et Mme C soutiennent que leur garage et leur mur de clôture souffrent de désordres qui trouvent leur origine, au moins pour partie, dans les vibrations provoquées par une circulation excessive et inadaptée de véhicules lourds de la voierie attenante, laquelle constitue un ouvrage public, suite aux travaux d'aménagement du pôle d'innovation et de recherche du plateau de Paris Saclay.

6. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 6 septembre 2021, que le mur séparant la propriété de M. et Mme C de la voie publique située en surplomb assure un rôle de soutènement de celle-ci et en constitue donc un accessoire. Il s'ensuit que ce mur, alors même qu'il est implanté sur la parcelle des requérants, revêt le caractère d'ouvrage public, dont l'entretien incombe, dès lors, à la communauté d'agglomération de Paris-Saclay qui a la charge de l'entretien de la rue de Châteaufort.

7. D'autre part, il résulte toutefois de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise précité, que le garage de M. et Mme C souffre de défauts structurels en ce que ses murs ne contiennent ni chainage ni poteau, ce qui les empêchent d'épouser les évolutions des sols argileux de la propriété en proie à des mouvements de retrait et gonflement au fil des saisons tout comme le mur de clôture servant de soutènement à la voie publique, ses fondations étant insuffisantes profondes et la présence ancienne d'une végétation importante sur la propriété l'ayant fragilisé. Par ailleurs, il en résulte également que les fissures du garage sont anciennes et apparues avant 2015 et qu'aucun entretien de cette dépendance n'a été réalisé depuis son acquisition par les époux en 1990 ce qui a aggravé l'état de dégradation tant des murs que du plancher. Enfin, il résulte du rapport d'expertise de Mme D, seul rapport d'expertise contradictoire, l'absence de rôle causal de la voie publique, " les niveaux de vibrations [étant, selon elle] rarement assez élevés pour être directement à l'origine de dommages sur les constructions avoisinantes ". Dès lors, aucun lien de causalité n'est établi entre la voie publique ou le mur de soutènement et les dommages constatés sur la propriété de M. et Mme C.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, que M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que la responsabilité de la communauté d'agglomération de Paris-Saclay doit être engagée.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

9. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures.

10. En l'espèce, en dépit des défauts du mur de soutènement, la communauté d'agglomération de Paris Saclay n'étant responsable d'aucun dommage, M. et Mme C ne sont pas fondés à demander au tribunal à ce qu'il soit enjoint à la communauté d'agglomération de procéder à des travaux de confortement de la voirie. En revanche, il leur appartiendra, s'ils s'y croient fondés, de revenir devant le juge administratif, par des voies de droit plus appropriées.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a lieu de rejeter les conclusions des parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération de Paris-Saclay sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme E C, à la communauté d'agglomération Paris-Saclay et à la Société Enedis.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, premier conseiller,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La Présidente rapporteure,

signé

S. Mégret

L'assesseur le plus ancien,

signé

S. RivetLa greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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