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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108484

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108484

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108484
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMagistrat Crandal
Avocat requérantCABINET PALMIER & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 octobre 2021, le 23 décembre 2022, le 19 et le 22 janvier 2023, Mme A C, née D, forme opposition à la contrainte émise par la directrice de la caisse d'allocations familiales des Yvelines le 21 septembre 2021, mettant à sa charge un indu d'allocation logement familiale pour la période du 1er février 2015 au 31 janvier 2017 d'un montant total de 12 400 euros. Elle demande l'annulation de la procédure et doit être considérée comme demandant la décharge de l'indu mis à sa charge et le rétablissement dans ses droits à l'aide au logement.

Elle soutient que :

- sa contestation de la mise en demeure de la CAF est restée sans réponse ;

- la CAF ne rapporte aucune preuve de ce qu'elle aurait dissimulé des ressources en les plaçant sur le compte de sa fille alors que ce compte était géré par son ex-mari dont elle s'est séparée en 2014 ;

- son ancien mari a cédé les parts de la SCI BTF qu'il détenait le 30 septembre 2003 ;

- elle a rappelé à la CAF que ses décisions devaient être motivées conformément aux dispositions de l'article L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- aucun texte légal ne prévoit l'ouverture d'une procédure de sanction sur la base d'une prétendue fraude ;

- elle n'a pas été mise à même de présenter préalablement ses observations écrites lors de la procédure de sanction ce qui constitue un vice substantiel.

Par des mémoires en défense enregistrés le 1er juillet 2022 et le 23 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales des Yvelines, représentée par Me Brault, conclut au rejet de la requête et demande la condamnation de la requérante à lui verser la somme de 12 400 euros ainsi que la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'opposition de la requérante est irrecevable car non motivée ;

- sur le fond, elle n'a formulé aucune observation malgré l'invitation qui lui en a été faite ;

- les dispositions de l'article L.114-7 du code la sécurité sociale fondent les sanctions de la CA ;

- aucune demande préalable n'a précédé la demande en indemnisation.

En application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées par courrier du 20 janvier 2023 que le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de condamnation de la caisse d'allocations familiales à des dommages intérêts non précédées d'une demande préalable en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article R.421-1 du code de justice administrative, était susceptible d'être soulevé. Le délai de réponse était fixé au 23 janvier 2023 à 10 heures. La réponse de la caisse d'allocations familiales des Yvelines a été enregistrée le 23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Crandal, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. B.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, née C, bénéficiait de l'allocation logement que lui servait la caisse d'allocations familiales des Yvelines. Le rapport de contrôle effectué par un agent du service d'enquêtes de la caisse conclut le 9 janvier 2017 d'une part que la pension alimentaire versée par M. D à Myriam D, fille de la requérante, est financée notamment grâce au loyer versé par la requérante à son ancien mari, qui se trouve par ailleurs être gérant de la SCI propriétaire de l'immeuble qui l'héberge pour lequel elle perçoit l'allocation logement et d'autre part à l'omission de déclaration de certaines ressources versées sur le compte bancaire de sa fille. Par un courrier du 3 février 2017, la caisse d'allocations familiales des Yvelines informait la requérante qu'elle avait modifié ses droits à l'allocation de logement familiale et au revenu de solidarité active à compter du 1er février 2015 et qu'un indu de 14 238,56 euros était mis à sa charge. Le 25 octobre 2017, la caisse d'allocations familiales informait la requérante de l'ouverture d'une procédure d'amende administrative. Le 18 décembre 2017, la caisse d'allocations familiales notifiait à la requérante une amende administrative de 630 euros pour non déclaration de la totalité de ses ressources. Mme C a adressé à la caisse d'allocations familiales un courrier le 14 janvier 2018 demandant la motivation de sa décision auquel la caisse d'allocations familiales répondait le 1er mars 2018 en refusant de lui fournir les motifs demandés dès lors que le délai d'un mois ayant commencé à courir le 28 octobre 2017, date de réception de la lettre du 25 octobre 2017, était écoulé. Le 4 novembre 2020, la caisse d'allocations familiales adressait une mise en demeure à Mme C lui demandant de régler la dette de 12 850 euros d'allocation de logement familiale mise à sa charge le 3 février 2017 pour la période de février 2015 à janvier 2017. Le 21 septembre 2021, la caisse d'allocations familiales des Yvelines décernait la contrainte de 12 400 euros pour cet indu d'allocation de logement familiale. Mme C fait opposition à cette contrainte.

Sur les conclusions à fin de condamnation de la caisse d'allocations familiales à des dommages-intérêts :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "

3. Ainsi que les parties en ont été avisées par courrier du tribunal du 20 janvier 2023, les conclusions indemnitaires de Mme D n'ont pas été précédées d'une demande préalablement formée devant la caisse d'allocations familiales des Yvelines. Elles sont par suite irrecevables et doivent donc être rejetées.

Sur l'opposition à contrainte :

4. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale. ". L'article L.825-2 du même code précise : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. Et l'article L. 823-9 de ce code prévoit : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes enfin de l'article L.161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ( ), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ".

5. Un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales ordonnant le reversement d'un indu d'aide personnalisée au logement n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif.

6. Il résulte de l'instruction que Mme C n'a pas saisi la directrice de la caisse d'allocations familiales des Yvelines d'un recours préalable administratif obligatoire tel que le prévoient les dispositions citées au point 4, seul à permettre de contester ensuite devant le tribunal le bien-fondé de l'indu mis à sa charge. En l'espèce, ce recours administratif préalable obligatoire devait être exercé à l'encontre de la décision du 3 février 2017 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Yvelines mettait à la charge de la requérante un indu d'allocation de logement familiale pour la période de février 2015 à janvier 2017. Cette décision est consécutive au rapport établi le 9 janvier 2017 par le service d'enquête de la caisse d'allocations familiales qui se fonde d'une part, sur la participation du précédent mari de Mme C dans la SCI qui est propriétaire du logement pour lequel l'aide personnalisée au logement était versée et d'autre part, sur l'omission de déclaration de ressources qualifiées de pension alimentaire versées au profit de sa fille. Si d'une part, la requérante rapporte la preuve documentaire de la cession de toutes les parts détenues par son ancien mari, Mohamed C dans la SCI BTF, le 30 septembre 2003, et soutient qu'ainsi ce motif d'indu est entaché d'erreur de fait, et si d'autre part, elle se borne à soutenir que la caisse d'allocations familiales ne rapporte pas la preuve de l'omission des ressources versées à sa fille qui était imputable à son ancien mari, en l'espèce, faute de recours administratif préalable obligatoire, ce moyen dirigé contre le bien-fondé de l'indu ne peut qu'être écarté comme inopérant. Au surplus, les moyens qu'elle développe dirigés contre la procédure de sanction administrative qui est distincte de celle mis à sa charge par la contrainte, dont aucun ne conteste le principe, l'exigibilité ou la quotité de la contrainte, ne peuvent également qu'être écartés comme inopérants.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la caisse d'allocation familiales des Yvelines, que l'opposition à contrainte de Mme C née D ne peut qu'être rejetée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge de l'indu mis à sa charge et à fin de la rétablir dans ses droits à l'allocation de logement familiale ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions de la caisse d'allocations familiales des Yvelines à fin de condamner la requérante au paiement d'une somme :

8. Dès lors qu'en application des dispositions de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale, la contrainte délivrée le 2 février 2022 par la caisse d'allocations familiales des Yvelines à l'encontre de Mme C née D comporte tous les effets d'un jugement, il n'y a pas lieu de condamner cette dernière à verser à la caisse la somme objet de cette contrainte.

Sur les conclusions de la caisse d'allocations familiales des Yvelines sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

9. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la caisse d'allocations familiales des Yvelines à fin que soit mis à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er r : La requête de Mme C, née D, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, née D, et à la caisse d'allocations familiales des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J-M B

La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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