mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2108545 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP MOREAU-NASSAR-HAN-KWAN (MNHK) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 septembre 2021, 3 décembre 2021, 22 juin 2022 et 13 octobre 2022, l'association One Voice , représentée par la SCP Moreau-Nassar-Han Kwan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures:
1°) de donner acte du désistement de ses conclusions à fin d'annulation en tant qu'elles portent sur la communication de :
- l'arrêté préfectoral accordant l'agrément en tant qu'établissement éleveur et utilisateur d'animaux à des fins scientifiques ;
- les documents établissant le respect de l'article R. 214-95 du code rural et de la pêche maritime, notamment les conditions d'hébergement et de transport des animaux ;
- l'analyse du risque de l'établissement ;
- les registres d'entrées et de sorties des animaux ;
- l'arrêté autorisant l'ouverture d'un élevage d'espèces non domestiques et la détention d'espèces non domestiques au titre de l'article L. 413-3 du code de l'environnement ;
- les certificats de capacité des personnes chargées de l'entretien des animaux au titre de l'article L. 413-2 du code de l'environnement ;
2°) d'annuler la décision du 1er août 2021 en tant que le préfet de l'Essonne a refusé de lui communiquer les rapports d'inspection réalisés entre 2014 et 2021 et les informations statistiques sur l'utilisation d'animaux, y compris les informations sur la gravité réelle des procédures expérimentales ;
3°) A titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, la communication des rapports d'inspection en litige afin de constater leur caractère communicable ainsi que la teneur des informations à occulter ;
4 °) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision méconnait les dispositions des articles L. 300-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et l'article L. 124-1 du code de l'environnement;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 décembre 2021, le 21 juillet 2022 et le 8 décembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'avis de la commission d'accès aux documents administratifs du 2 septembre 2021 ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
- le code rural et de la pêche maritime ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rigel-Casta représentant l'association One Voice, et de M. A représentant la direction départementale de la protection des populations de l'Essonne.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 4 mai 2021, l'association Once Voice a demandé au préfet de l'Essonne de lui communiquer plusieurs documents relatifs à l'établissement d'élevage et d'utilisation d'animaux à des fins scientifiques du Museum national d'histoire naturelle à Brunoy. Faute de réponse, la requérante a saisi la commission d'accès aux documents administratifs le 7 juillet 2021. Dans son avis du 2 septembre 2021, la CADA a émis un avis favorable à la communication de l'arrêté préfectoral accordant l'agrément en tant qu'établissement éleveur et utilisateur d'animaux à des fins scientifiques, des informations statistiques sur l'utilisation d'animaux, y compris les informations sur la gravité réelle des procédures expérimentales, l'analyse du risque de l'établissement, les registres d'entrées et de sorties des animaux l'arrêté autorisant l'ouverture d'un élevage d'espèces non domestiques et la détention d'espèces non domestiques au titre de l'article L. 413-3 du code de l'environnement. Elle a émis un avis défavorable à la communication des rapports d'inspection réalisés et a déclaré irrecevable la demande tendant à la communication des documents établissant le respect de l'article R. 214-95 du code rural et de la pêche maritime. Par un courrier du 7 septembre 2021, l'association requérante a réitéré sa demande. Par courrier du 8 septembre 2021, le préfet a communiqué l'arrêté préfectoral accordant l'agrément ainsi que le certificat de capacité du personnel chargé de l'entretien des animaux. Le préfet a saisi le Muséum national d'histoire naturelle d'une demande tendant à la communication des documents en sa possession, à savoir les informations statistiques sur l'utilisation des animaux, l'analyse du risque de l'établissement et le registre d'entrée et sortie des animaux. Par la présente requête, l'association One Voice doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 8 octobre 2021 en tant qu'elle refuse de lui communiquer plusieurs documents demandés.
Sur les conclusions avant dire droit :
2. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions avant dire droit formulées par la requérante, lesquelles ne présentent pas de caractère utile pour la résolution du litige.
Sur le désistement partiel :
3. A la suite de l'avis de la commission d'accès aux documents administratifs et au courrier 8 septembre 2021 par lequel la suite le préfet de l'Essonne lui communiquait plusieurs documents, l'association requérante s'est désistée de ses conclusions à fin d'annulation en tant qu'elles portent sur la communication des documents visés au 1° de ses conclusions. Dès lors, après avoir pris acte du désistement partiel, il y a lieu pour le tribunal de ne statuer que sur les conclusions présentées contre le refus de lui communiquer les documents visés au 2°.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la communication des rapports d'inspection réalisés entre 2014 et 2021 :
4. Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ". Aux termes de l'article L. 300-2 de ce code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. () ". Aux termes de l'article L. 311-5 du même code : " Ne sont pas communicables : / () 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : / () d) A la sûreté de l'Etat, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations ; / () g) A la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature ; () ". Aux termes de l'article L. 311-6 de ce même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires () / ; 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ; / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. () ". Aux termes de l'article L. 311-7 du même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions ".
5. Aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'environnement : " Le droit de toute personne d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues, reçues ou établies par les autorités publiques mentionnées à l'article L. 124-3 ou pour leur compte s'exerce dans les conditions définies par les dispositions du titre Ier du livre III du code des relations entre le public et l'administration, sous réserve des dispositions du présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 124-2 du même code : " Est considérée comme information relative à l'environnement au sens du présent chapitre toute information disponible, quel qu'en soit le support, concernant : 1° L'état des éléments de l'environnement, notamment l'air, l'atmosphère, l'eau, le sol, les terres, les paysages, les sites naturels, les zones côtières ou marines et la diversité biologique, ainsi que les interactions entre ces éléments () 5° Les rapports établis par les autorités publiques ou pour leur compte sur l'application des dispositions législatives et réglementaires relatives à l'environnement ".
6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que les rapports d'inspection, dont la communication est demandée, se rattachent à la mission de service public exercée par les services vétérinaires de la direction départementale de la protection des populations de l'Essonne. Ils constituent ainsi des documents administratifs au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Ils sont, par suite, communicables en application de l'article L.311-1 du même code, sous les réserves prévues par les articles L. 311-5 et L. 311-6 citées au point 4. La circonstance invoquée par le préfet que la majorité des constatations effectuées par la direction départementale de la protection des populations est basée sur le code rural et de la pêche maritime est sans incidence sur le caractère communicable des rapports d'inspection.
7. Pour justifier du refus de communication des rapports d'inspection, le préfet soutient que l'expérimentation animale est un sujet particulièrement sensible et qu'il existe un risque important de pressions, de menaces ou d'actions violentes contre les établissements dans lesquels ont lieu ces expérimentations, contre les personnes qui les pratiquent, et contre les fonctionnaires qui vérifient que ces établissements et ces personnes respectent bien la règlementation. Il soutient, en outre, que les inspections effectuées par les enquêteurs de la direction départementale de protection des populations de l'Essonne ont pour but de rechercher des infractions qui sont transmises par procès-verbal au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes. Il soutient également que, dans un contexte de sensibilité sociétale accrue en matière de protection du bien-être animal, notamment dans le cadre de la conduite d'expérimentations, le fait pour une personne physique de travailler dans un établissement conduisant de telles expérimentations et pour un établissement d'accueillir de telles activités est interprété négativement par une grande partie de la population, ce qui peut porter préjudice à la réputation et à l'honneur des personnes et des établissements concernés.
8. Toutefois, ces seules affirmations ne suffisent pas à regarder la communication des rapports d'inspection des établissements menant des expérimentations sur des animaux comme étant de nature à porter atteinte à la sécurité publique ou à la sécurité des personnes, au sens des dispositions du d) de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la seule communication de ces documents n'est pas, par elle-même, de nature à favoriser des intrusions, des dégradations ou tout autre acte de malveillance à l'encontre des établissements concernés.
9. En outre, la seule circonstance que les inspections effectuées par les enquêteurs de la direction départementale de protection des populations de l'Essonne aient pour but de rechercher des infractions qui sont transmises par procès-verbal au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes, ce qui n'est d'ailleurs pas établi, n'implique pas, par elle-même, que la communication des rapports en cause porterait atteinte à la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature, au sens des dispositions du g) de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration.
10. Par ailleurs, le contexte de sensibilité sociétale accrue en matière de protection du bien-être animal ne permet pas de regarder les établissements qui mènent des expérimentations animales et les personnes physiques qui y exercent leur activité professionnelle comme ayant, en ces seules qualités, un comportement tel que la simple divulgation de leur identité serait, par elle-même, susceptible, de leur porter préjudice au sens des dispositions du 3° de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, il n'est pas établi, ni même allégué, que les rapports en cause contiendraient des mentions portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable au sens des dispositions du 2° de l'article L. 311-6 du même code. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la divulgation des mentions relatives à la dénomination et aux coordonnées des établissements, aux dates des rapports, aux éventuelles non-conformités relevées par les inspecteurs ou aux commentaires relatifs à chaque item inspecté, serait de nature à porter atteinte à la vie privée des personnes morales concernées ou au secret des affaires, en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 311-6 du même code.
11. En revanche, les personnes physiques qui exercent une activité professionnelle dans des établissements qui accueillent des expérimentations sur les animaux, ainsi que les inspecteurs de la direction départementale de la protection des populations, ont droit à la protection de leur vie privée. C'est ainsi à bon droit que l'administration fait valoir que les mentions permettant d'identifier les personnes physiques citées dans les rapports en cause doivent être occultées.
En ce qui concerne la communication des informations statistiques sur l'utilisation d'animaux
12. Le préfet soutient, sans être utilement contredit, ne pas détenir ces informations. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le préfet a transmis la demande de communication au muséum nationale d'histoire naturelle par courrier du 5 novembre 2021. Dans ces conditions, si ces informations constituent des documents administratifs communicables selon les dispositions précitées du code de l'environnement et du code des relations entre le public et l'administration, l'administration ne peut être tenue de communiquer un document dont elle n'est pas en possession.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête que l'association One Voice est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 8 octobre 2021 du préfet de l'Essonne, en tant qu'elle a refusé de lui communiquer les rapports d'inspection réalisés de 2014 à 2021.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement partiel de l'association One Voice.
Article 2 : La décision du 1er août 2021 est annulée en tant qu'elle refuse de communiquer les rapports d'inspection réalisés entre 2014 et 2021 dans les conditions fixées au point 11.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association One Voice, au préfet de l'Essonne, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la Commission d'accès aux documents administratifs
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delage, président,
Mme Winkopp-Toch, première conseillère,
M. Thivolle , conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023 .
La rapporteure,
Signé
A. B
Le président,
Signé
Ph. DelageLe greffier,
Signé
C. Gueldry
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026