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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108767

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108767

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108767
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARL F. NAIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 octobre 2021 et 20 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Naïm, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015 à hauteur respectivement de 7 849 euros et 600 412 euros, en droits, intérêts de retard et majorations ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les sommes en cause, appréhendées comme produit d'une infraction, vont toutefois être restituées à la victime, la société Electricité de France et en conséquence, elles ne doivent pas être imposables ;

- ces sommes appréhendées et destinées à être remboursées doivent être comptabilisées en charge déductible du revenu imposable, en tant que dette certaine, dès lors que nonobstant leur caractère illicite, les détournements ne relèvent pas d'un acte de gestion anormal ;

- il y a lieu en tout état de cause d'admettre en charges déductibles les sommes qu'il a dû verser à ses complices, évaluée à 25 % du montant total des détournements ;

- contrairement à ce qu'indique le service, les sommes détournées au titre de l'année 2015 s'élèvent à 549 508,32 euros et non 716 220 euros comme indiqué sur l'avis d'imposition ;

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 28 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23°octobre°2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel ;

- et les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle relative aux années 2015 et 2016, par un avis d'octobre 2017. A la suite d'information relative à une procédure judiciaire engagée à l'encontre de M. A et de la communication du dossier judiciaire de l'intéressé, l'administration a également engagé une procédure de contrôle sur pièces, qui a abouti à une proposition de rectification du 19 juin 2018 concernant les années 2014 et 2015 et informant M. A de l'évaluation d'office des avantages tirés de l'activité de détournements de fonds qui lui était reprochée, au titre de bénéfices non commerciaux. Les impositions supplémentaires en résultant, à hauteur de 7 849 euros pour 2014 et 600 412 euros pour 2015, en droits et majorations comprises, ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2018. La réclamation contentieuse du 3 décembre 2020 déposée par M. A a été rejetée par une décision du 11 août 2021. M. A sollicite la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu mises à sa charge à cet égard au titre des années 2014 et 2015.

Sur le bien-fondé :

En ce qui concerne le principe de l'imposition dans la catégorie des bénéfices non commerciaux :

2. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. ". Aux termes de l'article 92 du même code : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus () ". Il résulte de ces dispositions que des détournements de fonds, qui constituent pour leur auteur une source de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de revenus, sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Il appartient à l'administration, lorsqu'elle entend imposer les sommes appréhendées sur les dispositions précitées de l'article 92 du code d'établir l'existence des détournements de fonds.

3. Après avoir consulté en février 2018 les pièces de la procédure pénale qui lui avaient été régulièrement communiquées par l'autorité judiciaire à la suite de l'exercice du droit de communication, le service a constaté que M. A a été mis en cause dans une procédure judiciaire ouverte à son encontre pour des faits de détournements de fonds, escroquerie et abus de confiance commis entre 2014 et 2015, à la suite de la plainte déposée par la société EDF. Il résulte des documents des autorités judiciaires, notamment des comptes rendus d'enquête préliminaire de mai 2016, du procès-verbal d'enquête de la police nationale d'août 2016, du rapport de synthèse de cette enquête du 31 mai 2017 et des procès-verbaux d'audition de l'intéressé des 13 et 14 mars 2017, dont les extraits sont inclus dans la proposition de rectification du 19 juin 2018, que M. A a reconnu être l'auteur de remboursements frauduleux effectués en faveur de clients de la société EDF et avoir modifié temporairement les coordonnées bancaires de ces clients afin de procéder aux virements sur 11 comptes bancaires dont 9 avaient été ouverts au nom de M. A, qui a ainsi appréhendé directement les sommes détournées. Le requérant a été condamné pour ces faits par un jugement du tribunal judiciaire de Versailles du 26 octobre 2020 à trois ans d'emprisonnement dont dix-huit mois avec sursis. Si M. A fait valoir que les sommes en cause, bien qu'étant le produit d'une infraction, n'ont pas à être imposées dès lors que ces sommes vont être restituées à la victime, cette circonstance, au demeurant non établie, reste sans influence sur le caractère imposable des sommes en cause au titre des années 2014 et 2015 durant lesquelles il en a eu effectivement la disposition. Dans ces conditions, c'est à juste titre que le service a considéré les détournements litigieux en une source de profits pour le requérant, imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux en application du 1 de l'article 92 du code général des impôts.

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

5. Il résulte de l'instruction que les cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu mis à la charge de M. A pour les années 2014 et 2015 ont été établies à l'issue d'une procédure de taxation d'office diligentée à l'encontre de l'intéressé en application des article L. 68 et L. 73 du livre des procédures fiscales. Dès lors, en application de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, il supporte la charge d'établir l'exagération des impositions mises à sa charge.

En ce qui concerne les montants imposés :

6. Aux termes de l'article 158 du code général des impôts, dans sa version applicable aux impositions en litige : " () 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : 1° Aux titulaires de revenus passibles de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles, réalisés par des contribuables soumis à un régime réel d'imposition : / a) Qui ne sont pas adhérents d'un centre de gestion ou association agréés définis aux articles 1649 quater C à 1649 quater H, à l'exclusion des membres d'un groupement ou d'une société mentionnés aux articles 8 à 8 quinquies et des conjoints exploitants agricoles de fonds séparés ou associés d'une même société ou groupement adhérant à l'un de ces organismes () ". Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " () Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. / Le droit de reprise mentionné au deuxième alinéa ne s'applique qu'aux seules catégories de revenus que le contribuable n'a pas fait figurer dans une quelconque des déclarations qu'il a déposées dans le délai légal. Il ne s'applique pas lorsque des revenus ou plus-values ont été déclarés dans une catégorie autre que celle dans laquelle ils doivent être imposés () ".

7. Il résulte de l'instruction que M. A a détourné à son profit, au biais des virements frauduleux crédités sur les comptes bancaires ouverts à son nom, des montants de 12 738 euros durant l'année 2014 et de 572 976 euros durant l'année 2015, qui ont été imposés par le service au titre des bénéfices non commerciaux, après application du coefficient de 1,25 en application des dispositions citées au point précédent, s'agissant d'activité occulte dès lors que M. A n'avait pas déclaré son activité à un centre de formalités des entreprises, ni au greffe du tribunal de commerce ni souscrit de déclaration fiscale dans les délais légaux.

8. Pour contester les impositions en litige, M. A soutient d'une part, que les sommes détournées pour l'année 2015 s'élèvent à 549 508,32 euros et non à 716 220 euros comme indiqué dans l'avis d'imposition établi le 30 septembre 2018, d'autre part que les sommes appréhendées doivent être comptabilisées en charge déductible du revenu imposable dès lors qu'elles sont destinées à être remboursées. Enfin, le requérant soutient également qu'il y a lieu d'admettre en charges déductibles les sommes qu'il a dû verser à ses complices, évaluée à 25 % du montant total des détournements. Toutefois, M. A, à qui incombe la charge de la preuve en application de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, n'apporte aucun élément à l'appui de sa requête de nature à justifier les montants allégués pour l'année 2015 et il n'établit pas avoir effectivement procédé au remboursement des sommes en cause. En tout état de cause, la circonstance que le jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Versailles du 26 octobre 2020, postérieur aux années d'imposition, ordonne le reversement des sommes détournées, déjà imposées dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, n'est pas de nature à entraîner le dégrèvement de cette imposition, mais ouvre seulement à l'intéressé la faculté de déduire de ses revenus imposables, au titre de l'année au cours de laquelle elle intervient, la perte de revenus résultant de cette décision. En l'espèce, il n'est pas établi que M. A puisse se prévaloir d'une charge pour dette certaine. Enfin, s'agissant des sommes versées à des complices, il ressort des termes du jugement correctionnel du 26 octobre 2020 que chaque prévenu a été condamné à verser des sommes en remboursement à la société EDF à hauteur des détournements commis, de sorte qu'en l'absence d'autres éléments, M. A ne justifie pas avoir effectivement versé à ses complices 25% des sommes détournées, au-delà des sommes déjà mises à la charge de chacun de ses complices par l'instance judiciaire. Dans ces conditions, M. A ne remet pas en cause utilement les montants mis à sa charge au titre des bénéfices non commerciaux pour les années 2014 et 2015.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A aux fins de décharge des impositions en litige doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

M. Lutz, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F-X de Miguel

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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