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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108869

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108869

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108869
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantCABINET BERNARD LAGARDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 octobre 2021 et 8 février 2024, M. A B, représenté par Me Mosser, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus mis à sa charge au titre de l'année 2014, pour un montant global de 1 182 955 euros en droits, intérêts de retard et majoration ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité de la procédure :

- la procédure est entachée d'irrégularité dès lors que les cotisations supplémentaires au titre de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CHR) ont été mises à sa charge, alors qu'il n'a été destinataire d'aucune proposition de rectification pour cette imposition ;

- la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, qui était compétente, n'a pas été saisie pour avis, malgré sa demande en ce sens ;

- le courrier du 28 novembre 2017 adressé à l'issue de l'interlocution départementale et qui fonde les rehaussements uniquement sur l'absence d'immatriculation au registre du commerce, présente le caractère d'une prise de position de l'administration ; les autres motifs ont dès lors été nécessairement abandonnés ;

Sur le bien-fondé des impositions :

- les rehaussements d'imposition, appliqués au seul motif de l'absence d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés, ne peuvent être maintenus compte tenu de l'inconstitutionnalité de ce motif ;

- si l'administration a fondé les rehaussements sur un autre motif, tiré du montant de chiffre d'affaires inférieur au seuil de 23 000 euros, il a pourtant justifié avoir déposé le 17 mars 2017 une déclaration rectificative des revenus de l'année 2014, mentionnant un chiffre d'affaires à 23 443 euros ; le service n'a ensuite sollicité aucun justificatif et n'a pas contesté ce chiffre.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 janvier 2024 et 16 février 2024, l'administrateur chargé de la direction nationale des vérifications des situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 30 janvier 2024 la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2024.

Des pièces, enregistrées le 5 mars 2024 postérieurement à la clôture d'instruction, ont été présentées pour M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mosser, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B déclarait exercer jusqu'en août 2015, une activité de loueur en meublé professionnel à titre habituel. En 2016, la situation fiscale personnelle de M. et Mme B a fait l'objet d'un contrôle concernant les années 2013 et 2014, tandis que l'activité de loueur en meublé exercée dans le cadre d'une entreprise individuelle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014. A l'issue des opérations de vérification, deux propositions de rectifications ont été adressées le 23 janvier 2017, faisant état de rehaussements en matière d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Par une réponse aux observations du contribuable du 19 mai 2017, le service a maintenu les rehaussements. A la demande du requérant formulée le 8 juin 2017, une interlocution départementale est intervenue le 19 juin 2017 et le 27 novembre 2017. Le service a enfin maintenu l'intégralité des impositions supplémentaires par un courrier du 27 octobre 2020 et leur mise en recouvrement a été effectuée le 30 novembre 2020 pour un montant de 1 182 955 euros, en droits, intérêts de retard et majorations comprises. Aucune réponse n'ayant été apportée par le service aux réclamations déposées les 23 décembre 2020 et 11 janvier 2021, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre de l'année 2014 pour un montant total de 1 182 955 euros.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

En ce qui concerne la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus :

2. Aux termes de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige : " A l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle au regard de l'impôt sur le revenu, d'une vérification de comptabilité ou d'un examen de comptabilité, lorsque des rectifications sont envisagées, l'administration doit indiquer, avant que le contribuable présente ses observations ou accepte les rehaussements proposés, dans la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou dans la notification mentionnée à l'article L. 76, le montant des droits, taxes et pénalités résultant de ces rectifications. Lorsqu'à un stade ultérieur de la procédure de rectification contradictoire l'administration modifie les rehaussements, pour tenir compte des observations et avis recueillis au cours de cette procédure, cette modification est portée par écrit à la connaissance du contribuable avant la mise en recouvrement, qui peut alors intervenir sans délai () ".

3. Pour contester les impositions supplémentaires mises à sa charge au titre de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, M. B soutient qu'aucune proposition de rectification ne lui a été adressée sur cette imposition.

4. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet l'entreprise individuelle de M. B ainsi que l'examen de la situation fiscale personnelle de M. et Mme B, des rectifications en matière d'impôts sur le revenu et de contributions sociales ont été notifiés par le service, en raison d'une plus-value immobilière réalisée en 2014, pour un montant imposable de 1 706 149 euros. Par deux propositions de rectifications datées du 23 janvier 2017 adressées à M. et Mme B, le service a mis à leur charge des impositions supplémentaires en termes d'impôt sur le revenu, de contributions sociales, et il résulte des termes de la proposition de rectification modèle 3924-E-SD qu'elle comporte en page 10 une partie intitulée " E - conséquences fiscales en matière de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus ", par laquelle le service informe le requérant qu'au vu du revenu fiscal de référence, revu à hauteur de 1 706 149 euros après réintégration du montant net de la plus-value immobilière constatée lors de la vérification de comptabilité, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus était due. Le calcul de cette contribution est détaillé en page 11 de la proposition de rectification, la somme de 27 520 euros étant mise à la charge du requérant à ce titre. Par suite, M. B, qui ne soutient pas ne pas avoir reçu notification de cette proposition de rectification, n'est pas fondé à soutenir que la procédure d'imposition est irrégulière en raison de l'absence de proposition de rectification concernant la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus.

En ce qui concerne la prise de position de l'administration :

5. M. B se prévaut du courrier du 28 novembre 2017 qui lui a été adressé à l'issue de l'interlocution départementale et qui évoque l'absence d'immatriculation au registre du commerce, pour soutenir que ce document présente le caractère d'une prise de position de l'administration qui aurait ainsi nécessairement abandonné l'autre motif de rehaussement tenant au montant total des recettes de l'année 2014, inférieur au montant de 23 000 euros. Toutefois il résulte de l'instruction que ce motif tenant au seuil des revenus, a été indiqué expressément dans la proposition de rectification du 23 janvier 2017, retenu par l'administration et rappelé à la fois dans le rejet de la demande de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaire du 24 juillet 2017 et dans la réponse du 27 octobre 2020 au courrier du requérant du 16 février 2018, tandis que le courrier du 28 novembre 2017 est dépourvu de toute mention expresse relative à un abandon du motif des rehaussements relatifs à la condition de revenus. En tout état de cause, le requérant, qui ne produit pas à l'instance le courrier par lequel il a saisi le service et ne justifie pas du détail de la question qu'il a adressé, a formulé sa demande postérieurement à l'envoi de la proposition de rectification du 23 janvier 2017. Dès lors, M. B n'est pas fondé à se prévaloir d'une prise de position antérieure de l'administration.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. Aux termes du IV de l'article 155 du code général des impôts, dans sa version applicable aux impositions en litige : " () 2. L'activité de location directe ou indirecte de locaux d'habitation meublés ou destinés à être loués meublés est exercée à titre professionnel lorsque les trois conditions suivantes sont réunies : / 1° Un membre du foyer fiscal au moins est inscrit au registre du commerce et des sociétés en qualité de loueur professionnel ; / 2° Les recettes annuelles retirées de cette activité par l'ensemble des membres du foyer fiscal excèdent 23 000 € ; / 3° Ces recettes excèdent les revenus du foyer fiscal soumis à l'impôt sur le revenu dans les catégories des traitements et salaires au sens de l'article 79, des bénéfices industriels et commerciaux autres que ceux tirés de l'activité de location meublée, des bénéfices agricoles, des bénéfices non commerciaux et des revenus des gérants et associés mentionnés à l'article 62. () " Il résulte de ces dispositions qu'ont la qualité de loueurs professionnels les personnes qui satisfont cumulativement à la condition formelle d'inscription en cette qualité au registre du commerce et des sociétés et à l'une des deux conditions alternatives de revenus.

7. A l'issue des opérations de vérifications, l'administration a fondé les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus mises à la charge de M. B, sur les motifs rappelés dans la proposition de rectification du 23 janvier 2017, tirés d'une part du défaut d'inscription de l'activité exercée à titre professionnel de loueur en meublé auprès du registre du commerce et des sociétés, d'autre part d'un montant de recettes tiré de l'activité au titre de l'année 2014 inférieur au seuil fixé à l'article 155 du code général des impôts précité.

8. Pour contester ces impositions, M. B soutient d'une part, que les rehaussements d'imposition, appliqués au motif de l'absence d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés, ne peuvent être maintenus compte tenu de son inconstitutionnalité établie par une décision du Conseil constitutionnel du 8 février 2018 et que, d'autre part, s'agissant des rehaussements fondés sur le montant de chiffre d'affaires inférieur au seuil de 23 000 euros, il a pourtant justifié avoir déposé le 17 mars 2017 une déclaration rectificative des revenus de l'année 2014, mentionnant un chiffre d'affaires à 23 443 euros.

9. Si le motif tiré du défaut d'inscription de l'activité au registre du commerce et des sociétés n'est plus en vigueur et ne peut fonder les rehaussements contestés, il résulte en revanche de l'instruction que les opérations de vérification ont permis d'établir que l'activité de loueur en meublé exercée par M. B avait généré des recettes d'un montant de 20 459 euros au titre de l'année 2014, figurant dans sa déclaration initiale de revenu de l'année 2014, soit un montant inférieur au seuil de 23 000 euros fixé par les dispositions du IV de l'article 155 du code général des impôts. Si M. B se prévaut d'une déclaration rectificative de revenus par laquelle il porte le montant de ses revenus d'activité à 23 443 euros, ce document a été déposé le 17 mars 2017, postérieurement à la proposition de rectification du 23 janvier 2017 et n'est assorti d'aucun élément probant justifiant l'augmentation des revenus d'activité déclarés. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a estimé que M. B ne remplissait pas les conditions fixées pour exercer une activité de loueur en meublé professionnel et a mis à sa charge les impositions en litige.

Sur le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires :

10. Aux termes de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige : " I.- La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : / 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; / 2° Sur les conditions d'application des régimes d'exonération ou d'allégements fiscaux en faveur des entreprises nouvelles, à l'exception de la qualification des dépenses de recherche mentionnées au II de l'article 244 quater B du code général des impôts ; / 3° Sur l'application du 1° du 1 de l'article 39 et du d de l'article 111 du même code relatifs aux rémunérations non déductibles pour la détermination du résultat des entreprises industrielles ou commerciales, ou du 5 de l'article 39 du même code relatif aux dépenses que ces mêmes entreprises doivent mentionner sur le relevé prévu à l'article 54 quater du même code ; / 4° Sur la valeur vénale des immeubles, des fonds de commerce, des parts d'intérêts, des actions ou des parts de sociétés immobilières servant de base à la taxe sur la valeur ajoutée, en application du 6° et du 1 du 7° de l'article 257 du même code. / II. - Dans les domaines mentionnés au I, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut, sans trancher une question de droit, se prononcer sur les faits susceptibles d'être pris en compte pour l'examen de cette question de droit. / Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, la commission peut se prononcer sur le caractère anormal d'un acte de gestion, sur le principe et le montant des amortissements et des provisions ainsi que sur le caractère de charges déductibles des travaux immobiliers. "

11. Un différend relatif à une plus-value imposable suivant le régime des plus-values immobilières des particuliers, prévu aux articles 150 U et suivant du code général des impôts alors en vigueur, comme c'est le cas en l'espèce, n'est pas au nombre de ceux dont la commission départementale des impôts directs et du chiffre d'affaires est compétente pour connaître. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'administration aurait entaché d'irrégularité la procédure d'imposition suivie à son encontre, en tant qu'elle a refusé de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de toute ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus mis à sa charge au titre de l'année 2014, pour un montant global de 1 182 955 euros en droits, intérêts de retard et majoration, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'administrateur chargé de la direction nationale des vérifications de situations fiscales.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- M. de Miguel, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le rapporteur,

F-X de MiguelLe président,

P. Ouardes

La greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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