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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2109279

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2109279

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2109279
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 octobre 2021 et 5 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Coll, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier Sud Francilien à lui verser la somme de 90 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts à compter de la notification de sa demande préalable indemnitaire le 8 juillet 2021 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Sud Francilien la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Embauchée en qualité de contractuelle, le centre hospitalier n'a pris en compte ses vingt années d'exercice dans le secteur privé ni lors de sa stagiairisation ni lors de sa titularisation, en méconnaissance des dispositions du décret n°90-839 du 21 septembre 1990, de l'article 8 du décret n° 93-652 du 26 mars 1993, du décret n° 98-654 du 27 juillet 1998, des articles 3 et 4 du décret n° 2007-837 du 11 mai 2007, du décret n° 2007-1184 du 3 août 2007 et du décret n° 2016-634 du 19 mai 2016, lesquelles permettant aux agents publics ayant exercé dans le secteur privé, antérieurement à leur recrutement en tant qu'agent public, de bénéficier d'une reprise d'ancienneté de la moitié de la durée de ces activités ;

- en l'absence d'une telle reprise d'ancienneté lors de son recrutement en tant que contractuelle, lors de sa stagiairisation, de sa titularisation et dans le cadre de l'avancement de sa carrière, elle a subi une perte de chance dans l'évolution de sa carrière ;

- elle a subi un préjudice matériel qu'elle évalue à 50 000 euros et un préjudice moral qu'elle évalue à 40 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 1er mars et 8 décembre 2023, le centre hospitalier Sud Francilien, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la faute alléguée par la requérante n'est pas établie ;

- à titre subsidiaire, les préjudices invoqués et le lien de causalité entre ces derniers et la faute alléguée ne sont pas établis ;

- à titre subsidiaire, la créance invoquée par la requérante est prescrite.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 90-839 du 21 septembre 1990 ;

- le décret n° 1993-652 du 26 mars 1993 ;

- le décret n° 98-654 du 27 juillet 1998 ;

- le décret n° 2007-837 du 11 mai 2007 ;

- le décret n° 2007-1184 du 3 août 2007 ;

- le décret n° 2016-634 du 19 mai 2016 ;

- l'arrêté du 28 août 2007 fixant la liste des professions prises en compte pour le classement dans les corps relevant du décret n° 2007-837 du 11 mai 2007 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux corps de fonctionnaires de la catégorie B de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rivet,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- et les observations de Me Maroudin-Viramalé, représentant le centre hospitalier Sud Francilien.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a obtenu son diplôme d'assistante de service social le 30 juin 2004. Elle a été recrutée par le centre hospitalier Sud Francilien du 15 novembre 2004 au 14 février 2005, en qualité d'assistante de service social dans le cadre d'un contrat à durée déterminée puis, à compter du 15 février 2005, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Le 1er janvier 2006, le centre hospitalier Sud Francilien l'a mise en stage et placée au 1er échelon de son grade, avec une reprise d'ancienneté au 27 février 2005. Elle a ensuite été titularisée à compter du 1er janvier 2007, au 2ème échelon. Estimant que le centre hospitalier Sud Francilien avait omis de tenir compte de plusieurs années d'exercice dans le secteur privé pour déterminer son échelon puis ses avancements, Mme B a, par un courrier du 5 janvier 2021, demandé à l'établissement de prendre en compte son ancienneté dans le secteur privé et de l'indemniser des préjudices subis en raison de ces omissions. Une décision implicite de rejet est née le 8 septembre 2021. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Sud Francilien à lui verser la somme de 90 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur l'exception de prescription quadriennale :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". L'article 2 de la même loi dispose : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".

3. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auquel il a droit et que le fait générateur de la créance se trouve ainsi dans les services accomplis par l'intéressé, la prescription est acquise au début de la quatrième année suivant chacune de celles au titre desquelles ses services auraient dû être rémunérés. Il en va cependant différemment lorsque la créance de l'agent porte sur la réparation d'une mesure illégalement prise à son encontre et qui a eu pour effet de le priver de fonctions. En pareille hypothèse, comme dans tous les autres cas où est demandée l'indemnisation du préjudice résultant de l'illégalité d'une décision administrative, le fait générateur de la créance doit être rattaché, non à l'exercice au cours duquel la décision a été prise, mais à celui au cours duquel elle a été régulièrement notifiée.

4. Il n'est pas contesté que les décisions du 1er septembre 2008 portant stagiairisation dans le corps des assistants socio-éducatifs à compter du 1er janvier 2006 et de la décision du 5 avril 2007 portant titularisation dans ce corps à compter du 1er janvier 2007 ont été régulièrement notifiées à Mme B. Le délai de prescription de la créance dont elle se prévaut a donc commencé à courir à compter, respectivement, du 1er janvier 2008 et du 1er janvier 2009. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ces délais de prescription quadriennale auraient été interrompus, le centre hospitalier Sud Francilien est fondé à opposer l'exception de prescription quadriennale aux demandes indemnitaires de Mme B.

5. Au demeurant, il résulte de l'instruction qu'aucun des textes invoqués par la requérante au soutien de sa demande ne lui ouvre droit à la reprise d'ancienneté dont elle se prévaut, en raison des activités exercées en tant que salariée du secteur privé, antérieurement à son recrutement par le centre hospitalier Sud Francilien. Dans ces conditions, elle n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que le centre hospitalier Sud Francilien aurait commis des fautes dans le calcul de la reprise de son ancienneté. Par suite, les conclusions indemnitaires de Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Sud Francilien qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le centre hospitalier Sud Francilien au même titre.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Sud Francilien présentées au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier Sud Francilien.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dely, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er juillet 2024.

La rapporteure,

signé

S. Rivet

La présidente,

signé

I. Dely

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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