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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2109513

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2109513

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2109513
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL ZAMOUR ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2021, M. et Mme B et A C C, représentés par Me Marchand, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2021 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté leur réclamation contentieuse ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification ne leur a pas été adressée de sorte qu'ils n'ont pas été en mesure de formuler leurs observations ;

- en l'absence de tout débat contradictoire, l'administration a violé les principes du droit de la défense et de loyauté qui lui incombaient de respecter en vertu des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 47 et L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- l'avis de mise en recouvrement ne leur a pas été adressé en méconnaissance des articles L. 256 du livre des procédures fiscales et 1658 du code général des impôts ; ils ont, en conséquence, été privés des garanties prévues à l'article R. 256-1 du même livre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2023 à 10 heures.

Par une lettre du 13 juillet 2023, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet de la réclamation qui ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bartnicki a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Brayan Dis, dont M. C C est le gérant statutaire et associé unique, exploite une supérette sous l'enseigne Franprix. A l'issue de la vérification de comptabilité de la société, l'administration a notifié à M. et Mme C C des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, au titre des années 2016, 2017 et 2018, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, à raison de revenus regardés comme distribués entre les mains du gérant, ainsi que les pénalités correspondantes. Par jugement n°2105132 du 4 avril 2023 le tribunal administratif de Versailles a rejeté la demande des époux C C tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre de la seule année 2016. Par la présente requête, ils doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les décisions par lesquelles l'administration statue sur le droit d'un contribuable ne constituent pas des actes détachables de la procédure d'imposition. Elles ne peuvent, en conséquence, être déférées à la juridiction administrative par la voie du recours pour excès de pouvoir. Il appartient au contribuable d'adresser à l'administration compétente une réclamation tendant à la décharge d'impositions mises en recouvrement par l'administration et, le cas échéant, en cas rejet de cette réclamation, de saisir le juge de l'impôt de conclusions à fin de décharge. Les conclusions de M. et Mme C C à fin d'annulation de la décision du 2 septembre 2021 sont par suite irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

S'agissant de la notification des propositions de rectification :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Pour être régulière, la notification d'une proposition de rectification prévue par ces dispositions doit être effectuée à la dernière adresse communiquée par le contribuable à l'administration fiscale. En cas de changement de domicile, il appartient au contribuable d'établir qu'il a fait les diligences nécessaires pour informer l'administration de sa nouvelle adresse.

4. Il résulte de l'instruction que les propositions de rectification du 26 novembre 2019 pour les années 2016 et 2017 et du 18 février 2020 pour l'année 2018 ont été présentées à l'adresse que M. et Mme C C avait déclarée à l'administration fiscale au 31, rue Pablo Picasso à Sartrouville. Les accusés de réception postaux mentionnent que les plis, respectivement présentés les 30 novembre 2019 et 27 février 2020, sont revenus au service avec la mention " pli avisé et non réclamé ", correspondant au motif de non distribution. Si les requérants soutiennent que les propositions de rectification auraient dû être adressées au 183, rue Saint-Honoré à Carrières-sous-Poissy où ils résident désormais, l'administration fiscale soutient, sans être sérieusement contredite, que l'information du déménagement des requérants n'a été portée à sa connaissance que le 11 mars 2020, soit postérieurement à l'envoi des propositions de rectification. Dans ces conditions, la notification de celles-ci doit être regardée comme régulièrement effectuée.

S'agissant des moyens tirés du non-respect des garanties accordées aux contribuables :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ".

6. D'une part, comme il a été dit au point 4, les propositions de rectification relatives aux années en litige doivent être regardées comme ayant été régulièrement notifiées aux requérants. En tout état de cause, il n'est pas contesté qu'une copie de ces propositions de rectification a été remise à M. C C lors du recours hiérarchique organisé dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société Brayan Dis. D'autre part, ces propositions de rectification sont suffisamment motivées pour permettre aux requérants de présenter utilement leurs observations, ce qu'ils ne contestent pas avoir d'ailleurs fait par courrier du 21 août 2020, auquel il a été répondu le 7 septembre 2020, ainsi qu'il en a été justifié par l'administration fiscale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / () ".

8. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions non contestées de la décision de rejet du 2 septembre 2021 de la réclamation contentieuse des requérants, que les impositions mises à leur charge ne procèdent pas de constatations établies à la suite d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle des requérants, mais d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal. Ils ne peuvent donc utilement soutenir avoir été irrégulièrement privés des garanties de procédure résultant de l'application de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, notamment de la possibilité de formuler des observations ou de faire connaitre leur acceptation des propositions de rectification ainsi que de la possibilité d'engager avec le vérificateur, avant l'envoi de la proposition de rectification, un débat oral et contradictoire sur les rehaussements envisagés.

9. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que l'administration fiscale n'a pas méconnu les droits de la défense et le principe de loyauté. Le requérant ne saurait par ailleurs utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant du moyen tiré de l'absence d'un avis de recouvrement :

10. Aux termes de l'article L. 61 du livre des procédures fiscales : " Après l'établissement du rôle ou l'émission de l'avis de mise en recouvrement, le contribuable conserve le droit de présenter une réclamation conformément à l'article L. 190 ". Aux termes de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales : " Un avis d'imposition est adressé sous pli fermé à tout contribuable inscrit au rôle des impôts directs (). L'avis d'imposition mentionne le total par nature d'impôt des sommes à acquitter, les conditions d'exigibilité, la date de mise en recouvrement et la date limite de paiement () ". En vertu du premier alinéa de l'article L. 256 du même livre : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité ". Enfin aux termes de l'article 1658 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " Les impôts directs et les taxes y assimilées sont recouvrés en vertu soit de rôles rendus exécutoires par arrêté du directeur général des finances publiques ou du préfet, soit d'avis de mise en recouvrement. ".

11. Si l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 portant loi de finances rectificative pour 2010 a complété l'article 1658 du code général des impôts en y ajoutant le membre de phrase " ou d'avis de mise en recouvrement ", remplacé ultérieurement par la formule " soit d'avis de mise en recouvrement " en application de l'article 76 de la loi n° 2015-1785 du 29 décembre 2015 de finances pour 2016, il ne résulte pas de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, et qui doivent être combinées avec les dispositions de l'article L. 61 du livre des procédures fiscales, que le législateur aurait ainsi entendu imposer à l'administration, à peine d'irrégularité, d'émettre un avis de mise en recouvrement lorsqu'elle souhaite établir et recouvrer des impositions supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu. Par suite, les requérants, qui ont reçu un avis d'imposition à l'issue de la procédure de rectification contradictoire, ne sont pas fondés à soutenir qu'en application des dispositions de l'article 1658 du code général des impôts, et à défaut de notification d'un avis de mise en recouvrement, la procédure d'imposition serait irrégulière. De même, ils ne peuvent utilement soutenir que la réception d'un avis d'imposition ne leur aurait pas offert des garanties analogues à celles d'un avis de mise en recouvrement. Il s'ensuit que le moyen ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme C C aux fins de décharge des impositions en litige doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et D C et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Bartnicki, première conseillère,

M. Thivolle, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. Bartnicki

Le président,

Signé

R. Féral Le greffier,

Signé

C. Gueldry

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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