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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2109537

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2109537

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2109537
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantTEDGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2021, la SARL Safety Car, représentée par Me Tedgui, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'intégralité des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des pénalités y afférentes auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-c'est à tort que l'administration fiscale a remis en cause l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée des exportations de véhicules auxquelles elle a procédé ; elle remplit les conditions pour bénéficier de l'exonération de TVA au titre du I de l'article 262 ter du code général des impôts s'agissant des livraisons intracommunautaires réalisées en faveur de la société Celula Invest en 2016 dès lors qu'elle établit la réalité du transport des véhicules en dehors de la France ;

-elle n'a pas participé à un circuit de fraude dès lors que les cinquante-six véhicules concernés n'ont pas été immatriculés en France ; l'administration n'apporte pas la preuve de sa participation à un tel schéma ; il ne lui était possible ni de constater ni de suspecter l'existence d'un schéma de fraude dans lequel serait impliqué la société Celula Invest ; elle a mis fin aux relations commerciales avec la société Celula Invest à compter de la fin de l'année 2016, au motif que celle-ci ne lui a pas transmis les attestations de réception des véhicules hors de France.

-dans ces circonstances l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2022, le directeur du contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Safety Car ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mars 2023, à 10 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thivolle,

- et les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une vérification de comptabilité de la SARL Safety Car portant sur la période allant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, l'administration a remis en cause l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) prévue à l'article 262 ter du code général des impôts, sous le régime duquel la contribuable avait placé les recettes déclarées de ses exportations de véhicules à moteur neufs en direction de la République Tchèque. Le service lui a notifié, par deux propositions de rectification du 6 décembre 2019 et du 26 février 2020, les rappels de taxe sur la valeur (TVA) ajoutée en résultant, assortis des intérêts de retard et de la pénalité de 40 % prévue par les dispositions du a) de l'article 1729 du code général des impôts. Sa réclamation du 12 février 2021 ayant été rejetée par une décision du 8 septembre 2021, la société demande la décharge, en droits et pénalités, de ces rappels de taxe.

Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige :

2. Au cours des opérations de contrôle, le service a constaté que la société Safety Car avait comptabilisé des livraisons intracommunautaires auprès de la société de droit tchèque Celula Invest SRO pour un montant de 606 150 euros hors-taxes (HT), soit 17,85 % du chiffre d'affaires, au cours de l'exercice 2016.

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale

3. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II. 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire. / () ". Aux termes du I de l'article 262 ter du code général des impôts : " I. - Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : / 1° Les livraisons de biens expédiés ou transportés sur le territoire d'un autre Etat membre de la Communauté européenne à destination d'un autre assujetti ou d'une personne morale non assujettie. / L'exonération ne s'applique pas lorsqu'il est démontré que le fournisseur savait ou ne pouvait ignorer que le destinataire présumé de l'expédition ou du transport n'avait pas d'activité réelle. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée des livraisons intracommunautaires de biens est notamment subordonnée à la condition, d'une part, que l'acquéreur de ces biens soit assujetti à cette taxe ou ait la qualité de personne morale non assujettie et ne bénéficiant pas, dans l'Etat membre dans lequel elle est établie, d'un régime dérogatoire l'autorisant à ne pas soumettre à la taxe ses acquisitions intracommunautaires, et, d'autre part, que le bien ait été expédié ou transporté hors de France par le vendeur, par l'acquéreur ou par un tiers pour leur compte, à destination d'un autre Etat membre. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération. S'agissant de la réalité de la livraison d'une marchandise sur le territoire d'un autre Etat membre de la Communauté européenne, pour l'application des dispositions précitées de l'article 262 ter du code général des impôts, seul le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est en mesure de produire les documents afférents au transport de la marchandise, lorsque le transport a été assuré par l'acquéreur.

5. Si, pour l'application de ces dispositions, un assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée disposant de justificatifs de l'expédition des biens à destination d'un autre Etat membre et du numéro d'identification à la taxe sur la valeur ajoutée de l'acquéreur doit être présumé avoir effectué une livraison intracommunautaire exonérée, cette présomption ne fait pas obstacle à ce que l'administration fiscale puisse établir que les livraisons en cause n'ont pas eu lieu, en faisant notamment valoir que des livraisons, répétées et portant sur des montants importants, ont eu pour destinataire présumé des personnes dépourvues d'activité réelle. Toutefois, le droit à exonération de cet assujetti ne peut être remis en cause que s'il est établi qu'il savait ou aurait pu savoir, en effectuant les diligences nécessaires, que la livraison intracommunautaire qu'il effectuait le conduisait à participer à une fraude fiscale

6. Pour remettre en cause l'exonération de TVA sur les livraisons intra-communautaires, prévue par les dispositions précitées et appliquée par la société aux recettes tirées de la vente de ces véhicules, le service a, d'une part, estimé que la société n'apportait pas la preuve que ceux-ci avaient effectivement été vendus hors du territoire national et a, d'autre part, estimé qu'un faisceau d'indices permettaient de présumer qu'elle avait participé, sans pouvoir l'ignorer, à un schéma de fraude à la TVA.

7. D'une part, il résulte, en effet, de l'instruction que seuls neufs des cinquante-quatre véhicules que la société soutient avoir exportés, au cours de l'année 2016, en direction de la République Tchèque, ont fait l'objet de lettres de voiture (CMR), lesquelles présentent toutefois des anomalies, s'agissant notamment des adresses indiquées qui sont pour la plupart virtuelles. Il résulte, en particulier, de l'instruction que le service a constaté, au cours des opérations de contrôle, que le volet n°2 des lettres de voiture, destiné à suivre les marchandises, est resté en possession de la SARL Safety Car, alors qu'il aurait dû, en cas d'expédition, être en possession de la société destinataire. En outre, il n'est pas contesté que la société n'a été en mesure de produire, au cours des opérations de contrôle, que dix-neuf lettres de voiture pour cinquante-six livraisons. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient la requérante, ni la production de la liste des véhicules vendus à la société Celula Invest S.R.O, ni les factures, y compris tamponnées et signées du destinataire, ni les lettres de voiture (CMR) dont la société s'est prévalue, ne suffisent à justifier l'expédition effective des biens auxquels ils se rapportent.

8. D'autre part et en tout état de cause, si la société fait valoir qu'elle a cherché à s'assurer de l'exactitude des informations fournies par sa cliente, la société Celula Invest, S.R.O et soutient qu'elle ne disposait pas de moyens comparables à ceux de l'administration fiscale et qu'elle ne pouvait pas, dès lors, être informée de l'existence d'un schéma frauduleux, il résulte, toutefois, de l'instruction qu'un faisceau d'indices aurait dû l'alerter sur l'existence d'un tel schéma, notamment la circonstance que le registre tchèque des entreprises indique que son objet social est la location immobilière ce qui ne concorde pas avec une activité de livraison de cinquante-six véhicules en 2016, et la circonstance que les adresses des sièges sociaux indiquées sur les factures de la société Celula Invest S.R.O correspondent respectivement à un centre de soins de santé et à une galerie commerçante où se situe un centre de soin de santé. Il résulte, d'autre part, de l'instruction, et notamment des réponses des autorités fiscales tchèques aux demandes d'assistance administrative internationale et des informations fournies par la société Safety Car, que la société Celula Invest S.R.O ne déclare aucun revenu ni salarié, qu'elle dispose d'une adresse virtuelle et qu'elle ne répond pas aux sollicitations des autorités fiscales tchèques. En outre, la société ne conteste pas sérieusement que les anomalies relevées par le service vérificateur sur les lettres de voiture (CMR) présentaient un caractère manifeste. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la société Safety Car n'est pas fondée à soutenir qu'elle avait pris toutes les précautions raisonnables visant à s'assurer de la réalité des exportations en cause. Eu égard au faisceau d'indice ainsi relevé, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la société Celula Invest S.R.O. était dépourvue d'activité réelle et que la SARL Safety Car ne pouvait ignorer qu'elle participait à un schéma de fraude à la TVA intra-communautaire.

9. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit, sur le fondement de la loi fiscale, que l'administration a remis en cause le bénéfice de l'exonération de TVA sous laquelle la SARL Safety Car avait placé les recettes tirées des exportations litigieuses comptabilisées au titre de l'exercice 2016.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

10. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () ". Et aux termes de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. () ".

11. La SARL Safety Car se prévaut, sur le fondement des dispositions de l'article L.80 B du livre des procédures fiscales, de ce que le service n'a procédé à aucun rappel de TVA sur ses livraisons intracommunautaires à l'issue d'un précédent contrôle. Il est toutefois constant que cette absence de rectification ne constitue pas une prise de position formelle au sens des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales dont la société Safety Car pourrait se prévaloir au sens de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.

Sur les pénalités :

12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ".

13. En l'espèce, compte tenu des circonstances qui ont justifié la remise en cause de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement de l'article 262 ter du code général des impôts, à savoir l'insuffisance de la force probante des éléments apportés par la société Safety Car quant à la réalité des exportations en litige et les nombreuses incohérences, anomalies et contradictions relevées par l'administration, et non sérieusement contestées, cette dernière doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention de la société d'éluder l'impôt et donc du bien-fondé de la majoration en litige.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Safety Car doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Safety Car est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Safety Car et au directeur du contrôle fiscal d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delage, président,

Mme Winkopp-Toch, première conseillère,

M. Thivolle, conseiller.

Rendu public pas mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. Thivolle

Le président,

Signé

Ph. Delage

La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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