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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110058

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110058

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110058
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP GATINEAU FATTACCINI REBEYROL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2021, la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien, représentée par Me Halimi, demande au tribunal :

1°) de condamner la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Yvelines, la caisse de mutualité sociale agricole (MSA) d'Ile de France et le régime social des indépendants (RSI) à lui verser la somme de 232 128,78 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 28 décembre 2018 par laquelle les directeurs de ces organismes ont prononcé sa mise hors convention pour une durée de deux mois à compter du 1er janvier 2019 ;

2°) de mettre à leur charge le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 28 décembre 2018 a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Versailles du 2 mars 2021 en raison de son caractère disproportionné ;

- l'illégalité de cette décision lui a causé un préjudice financier, dès lors qu'elle a été privée de toute source de revenus pendant deux mois alors qu'elle devait faire face à des dépenses importantes, qu'elle évalue à 116 064,39 euros, et un préjudice moral d'un montant identique.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et à la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile de France, qui n'ont produit aucune observation.

Vu :

- l'ordonnance n° 1900022 du tribunal administratif de Versailles du 18 janvier 2019 ;

- le jugement n° 1900023 du tribunal administratif de Versailles du 2 mars 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la convention nationale des transporteurs sanitaires privés conclue le 26 décembre 2002 en application de l'article L. 322-5-2 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- et les observations de Me Dianoux, représentant la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision conjointe du 28 décembre 2018 prise sur le fondement des

articles 17 et 18 de la convention nationale des transports sanitaires privés, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Yvelines, la caisse déléguée pour la sécurité sociale des travailleurs indépendants (RSI) et la caisse de la mutualité sociale agricole (MSA) d'Ile-de-France ont prononcé la mise hors convention de la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien pour une durée de deux mois sans sursis à compter du 1er janvier 2019. Par une ordonnance n° 1900022 du 18 janvier 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Versailles a suspendu l'exécution de cette décision et, par un jugement n° 1900023 du 2 mars 2021, le tribunal l'a annulée. Par un courrier du 22 juin 2021 reçu le 24 juin suivant, la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien a présenté une demande préalable indemnitaire auprès de la CPAM des Yvelines qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien demande la condamnation de la CPAM des Yvelines, du RSI et de la MSA d'Ile de France à lui verser la somme totale de 232 128,78 euros au titre des préjudices causés par l'illégalité de cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. L'annulation de la décision du 28 décembre 2018 a été prononcée par un jugement du tribunal devenu définitif au motif que la mesure prononcée présentait un caractère disproportionné. L'illégalité de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et de la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile de France, dont la société requérante est en droit d'obtenir la réparation des préjudices directs et certains ayant résulté pour elle de cette décision.

3. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité.

4. Dès lors que le manquement commis par la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien, consistant en un simple retard de transmission de l'attestation de l'Urssaf indiquant qu'elle était à jour de ses cotisation salariales, n'était pas de nature à justifier une sanction de déconventionnement ferme, la réparation intégrale du préjudice commercial subi par cette société suppose que la société soit replacée dans la situation qui aurait été la sienne si cette interruption ne s'était pas produite. En vue d'assurer cette réparation, il convient de lui accorder une indemnité correspondant aux pertes de recettes qu'elle a subies, diminuées des charges qu'elle n'a pas eu à exposer et augmentées, le cas échéant, des charges supplémentaires provoquées par l'interruption de son activité. L'octroi d'une indemnité ainsi déterminée assure la réparation du préjudice résultant de l'impossibilité de couvrir les charges fixes par des recettes d'exploitation et, le cas échéant, du préjudice résultant d'une perte de bénéfice.

5. Eu égard aux termes de sa requête, la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien doit être regardée comme demandant, au titre de son préjudice financier, la réparation du préjudice commercial causé par l'illégalité de la décision du 28 décembre 2018, qui a eu pour effet une interruption de son activité de transports sanitaires conventionnés pendant une durée de dix-huit jours, dès lors que l'exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du 18 janvier 2019 notifiée le même jour. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'attestation et du tableau relatif à la trésorerie établis par l'expert-comptable de la société et de ses bilans comptables, qu'une telle interruption a eu pour conséquence une pertes de recettes pouvant être évaluée, eu égard aux chiffres d'affaires réalisés au cours des deux années précédentes, à 84 267,44 euros, alors que la société a dû s'acquitter au cours de la même période de charges fixes. Il résulte des pièces produites qu'en raison de cette inactivité la société n'a pas eu à exposer pendant dix-huit jours de charges variables constituées de frais de carburant pouvant être évalués à 5 528,36 euros eu égard à la moyenne des frais exposés au cours des années 2017 et 2018, des heures supplémentaires pouvant être évaluées à 23 631,20 euros, d'indemnités repas pour un montant de 1 839,25 euros. Le préjudice commercial résultant de l'interruption d'activité du 1er au 18 janvier 2019 peut ainsi être évalué à 53 268,63 euros. Il y a lieu de condamner la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile de France à lui verser une telle somme.

6. En revanche, la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien n'apporte aucun élément à l'appui de sa demande d'indemnisation d'un préjudice moral, dont elle ne justifie pas. Par suite, les conclusions présentées au titre de ce poste de préjudice doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et de la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile de France la somme de 1 800 euros à verser à la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile de France sont condamnées à verser à la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien la somme de 53 268,63 euros en réparation de ses préjudices.

Article 2 : La caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile de France verseront à la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Centre Ambulancier de l'Ouest Parisien, à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et à la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile de France.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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