mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2110148 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | ESPINAL |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2021 sous le numéro 2110148, la société civile immobilière (SCI) ID 2000, représentée par Me Espinal, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 et des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rejet de comptabilité des deux exercices en litige est totalement injustifié dans la mesure où, d'une part, elle a transmis une comptabilité régulière intégralement reprise par la vérificatrice à l'occasion de son recours hiérarchique et que, d'autre part, les extraits de compte relatifs aux enregistrements bancaires de février 2016 et février 2017 sur lesquels l'administration a fondé ce rejet ont été établis conformément aux prescriptions des articles 921-2 et 922-1 du plan comptable général ;
- ayant accepté les rectifications de l'administration en matière de taxe sur la valeur ajoutée, elle est fondée à demander que les produits exceptionnels correspondants soient soustraits du résultat des exercices en litige ;
- l'administration s'étant appuyée sur les données de la comptabilité rejetée, elle ne pouvait légalement rejeter les amortissements à raison de la seule tardivité de leur comptabilisation ;
- les rehaussements au titre des charges exceptionnelles et de passifs injustifiés sur les deux exercices en litige ne sont pas fondés, ces charges et dettes correspondant aux crédits portés aux deux comptes courants de ses associés, M. D et Mme E, et d'un tiers, la société Coach et développement, ayant permis d'acquitter les sommes dues par la société à ses anciens associés, les consorts C, au terme d'une procédure contentieuse achevée en 2016 ;
- ces dettes envers M. D et Mme E et la société Coach et développement n'ont pas l'objet d'une double comptabilisation, la charge exceptionnelle de 101 116 euros comptabilisée en 2016 correspondant à des créances irrécouvrables relatives à des impayés de loyer de ses clientes ;
- la charge sur exercice antérieur comptabilisée en 2016 à hauteur de 300 euros procède de la comptabilisation en 2016 de sept acomptes versés en 2015 pour le règlement de frais d'huissier ;
- le report déficitaire comptabilisé en 2016 et retenu comme non justifié par l'administration fera l'objet d'écritures et pièces complémentaires ;
- la majoration pour manquement délibéré n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le quantum du litige est limité aux impositions mises en recouvrement en matière d'impôts sur les sociétés ;
- les conclusions de la requête tendant à la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés à raison du report déficitaire non justifié en 2016 sont irrecevables en l'absence de moyens au soutien de ces conclusions ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023 à 10h00.
II. Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2021 sous le numéro 2110278, M. B E et Mme A D épouse E, représentée par Me Espinal, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 à 2017 et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les crédits portés en 2016 et 2017 aux comptes courants détenus auprès la SCI ID 2000 sont justifiés en ce qu'ils correspondent aux règlements effectués au profit de cette dernière pour le règlement de ses dettes envers ses anciens associés ;
- les dettes de la société envers M D et Mme E et la société Coach et développement n'ont pas l'objet d'une double comptabilisation, la charge exceptionnelle de 101 116 euros comptabilisée en 2016 correspondant à des créances irrécouvrables relatives à des impayés de loyer de clientes de la SCI.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023 à 10h00.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
- le rapport de Mme Bartnicki,
- et les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes n°2110148 et 2110278, posent à juger des questions identiques ou similaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions de la requête n° 2110148 :
2. La SCI ID 2000 exerce une activité de location de biens immobiliers. Elle est détenue par M. et Mme E à hauteur de, respectivement, 501/1000e et 499/1000e des parts sociales. Elle a fait l'objet d'une vérification de sa comptabilité au titre des exercices clos et des périodes comprises entre le 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. A l'issue de ce contrôle, le service lui a notifié une proposition de rectification datée du 25 mars 2019 confirmée par une réponse du 17 juillet 2019 aux observations de la SCI, faisant application de la procédure d'imposition d'office en matière de rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de la procédure de rectification contradictoire en matière d'imposition sur les sociétés. La société demande au tribunal de prononcer la décharge de l'ensemble des suppléments d'imposition en résultant.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant du rejet de la comptabilité :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 123-12 du code du commerce : Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise. Ces mouvements sont enregistrés chronologiquement. Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise. Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l'exercice au vu des enregistrements comptables et de l'inventaire. Ces comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et une annexe, qui forment un tout indissociable. ". Aux termes de l'article L. 123-14 du même code : " Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. () ". Aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. (/) Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés. (/) L'administration peut effectuer des tris, classements ainsi que tous calculs aux fins de s'assurer de la concordance entre la copie des enregistrements comptables et les déclarations fiscales du contribuable. L'administration détruit, avant la mise en recouvrement, les copies des fichiers transmis. ".
5. Il résulte notamment des termes de la proposition de rectification du 25 mars 2019 adressée à la SCI ID 2000 que, pour rejeter la comptabilité de la société, le service a relevé que, sur l'ensemble de la période vérifiée, de nombreuses anomalies et irrégularités dans la tenue de sa comptabilité, à savoir en particulier une comptabilisation d'écritures après la date légale de clôture d'exercice, des soldes de comptes courant d'associés et de comptes " débiteurs / créditeurs divers " non justifiés et l'omission de comptabilisation de recettes locatives mais également un non-respect du schéma de révision comptable, une non justification d'écritures d'à nouveau ou d'opérations diverses, la présence de comptes fournisseurs débiteurs, la non présentation de nombreuses factures et pièces justificatives de charges et dettes, des anomalies de comptabilisation de la taxe sur la valeur ajoutée ainsi qu'un report déficitaire injustifié. Ces irrégularités sont détaillées sur près d'une dizaine de pages et illustrées de plusieurs exemples.
6. Pour contester le rejet de sa comptabilité la SCI requérante fait valoir, d'une part, qu'elle a remis au service une comptabilité conforme intégralement reprise dans le cadre de son recours hiérarchique sans toutefois en justifier et alors qu'il ressort des termes de la décision de rejet de ce recours qu'elle n'a remis à cette occasion que deux liasses fiscales pour les deux exercices en litige, au demeurant différentes de celles précédemment transmises au service, sans aucune explication ni courrier d'accompagnement. Si elle soutient, d'autre part, que l'administration disposait de l'ensemble des éléments lui permettant de s'assurer de la permanence du chemin de révision comptable et que les deux écritures comptables sur lesquelles le service a fondé son appréciation sur son point étaient conformes aux exigences des articles 921-2 et 922-1 du plan comptable général, elle ne produit toutefois aucune pièce justificative des opérations retracées dans ces écritures. Elle ne fait enfin valoir aucune argumentation de nature à remettre en cause l'ensemble des autres constatations du service vérificateur précédemment rappelées. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de ce que la comptabilité de la SCI ID 2000 n'était pas sincère et dépourvue de toute force probante.
S'agissant de la charge de la preuve :
7. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ".
8. La comptabilité de la SCI étant, ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 6, affectée de graves irrégularités et les impositions litigieuses ayant été établies conformément à l'avis rendu le 16 janvier 2020 par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, il appartient à la société requérante d'apporter la preuve du caractère exagéré des impositions en litige.
S'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
Quant aux amortissements rejetés :
9. Aux termes de l'article 39-1 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, (), notamment : 2°) () les amortissements réellement effectués par l'entreprise () ".
10. Il résulte des dispositions précitées que ne peuvent être déduits du bénéfice imposable d'un exercice que les amortissements qui ont été effectivement portés dans les écritures comptables de l'entreprise avant l'expiration du délai de déclaration des résultats de cet exercice. Il est constant que les amortissements réintégrés par l'administration dans le résultat des exercices clos en 2016 et 2017 ont été comptabilisés par la société requérante après l'expiration du délai de déclaration afférent aux exercices concernés et, au demeurant, postérieurement à l'engagement de la vérification de comptabilité. Ils ne sont par suite pas déductibles, sans que la société requérante puisse utilement se prévaloir à cet égard de la circonstance tirée de ce que l'administration s'est appuyée sur les données issues d'une comptabilité qu'elle avait regardée comme non probante.
Quant aux charges non justifiées :
11. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
12. En l'espèce, il résulte des dispositions rappelées au point 7 qu'il appartient, en tout état de cause, à la SCI requérante d'apporter la preuve du caractère exagéré des impositions qu'elle conteste.
13. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la SCI ID 2000 a comptabilisé, au titre de l'exercice clos 2016, une charge exceptionnelle d'un montant de 139 103,36 euros par une inscription au crédit du compte 512CAR " CARPA " et par une inscription équivalente au débit du compte de charge exceptionnelle 671200 " pénalités amendes fiscales ". L'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de cette somme au motif que la société requérante n'apportait aucune justification de la nature réelle de cette charge, de ce qu'elle aurait été engagée dans l'intérêt professionnel de l'exploitation et de ce qu'elle devait être comptabilisée en 2016. La société requérante, soutient qu'il s'agit de la constatation d'une charge relative à un litige qui opposait ses anciens associés, M. et Mme C, à ses nouveaux associés, M. D et Mme E à propos de l'absence de règlement du montant d'acquisition d'une partie de parts sociales cédées.
14. S'il résulte du jugement du tribunal de grande instance de Versailles du 4 mai 2010 produit, confirmé par un arrêt de la cour d'appel du 4 janvier 2012 devenu définitif que les condamnations prononcées au bénéfice des époux C à hauteur d'une somme de 100 000 euros, hors intérêts, auxquelles s'ajoutent 5 000 euros des frais d'instance, l'ont été solidairement à l'encontre la SCI et de ses nouveaux associés, la SCI ne justifie aucunement, par les pièces qu'elle produit, qu'elle aurait encore été débitrice de tout ou partie de cette somme en 2016. En outre, ainsi que l'a souligné la commission des impôts directs dans son avis du 16 janvier 2020, la somme litigieuse de 139 103 euros est supérieure au montant global de la dette initiale de 105 000 euros au demeurant partiellement soldée à hauteur de 45 000 euros dès avril 2013 ainsi qu'il en résulte du jugement du juge de l'exécution du tribunal de grande instance de Versailles du 3 juillet 2013 produit en défense. La circonstance, au demeurant non établie par la seule production de deux relevés bancaires de la SCI justifiant d'un virement reçu de Mme E à hauteur de 35 000 euros le 28 avril 2013 et d'un débit de 60 000 euros par encaissement de chèque du 8 novembre 2013 sans auteur ni destinataire identifié, que ce règlement par la SCI de sa dette en 2013 aurait été permis par l'apport en compte courant de ses nouveaux associés n'est pas de nature à justifier de la charge en litige en 2016 à hauteur de 139 103 euros alors que cette somme ne correspond ni au montant de la dette de la société envers ses anciens associés ni davantage au montant figurant au crédit du compte courant de ses nouveaux associés la même année. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que les parties avaient convenu de transformer le solde du compte courant d'associés à hauteur de 100 000 euros en prêt de sorte que cette somme ne constituait pas une charge pour la société mais aurait dû être comptabilisée dans un compte dédié. De la même façon, la dette personnelle de Mme E à hauteur de 25 000 euros ne saurait davantage être comptabilisée en charge de la société. Dans ces conditions, la SCI requérante n'apporte pas la preuve qui lui incombe de la déductibilité de la charge exceptionnelle en litige, sans qu'importe la circonstance que la charge exceptionnelle comptabilisée en 2012 à hauteur de 101 115,61 euros correspondrait non pas à sa dette envers ses anciens associés mais à une créance irrécouvrable de loyer. Par suite l'administration était fondée, sur le seul fondement des dispositions de l'article 39 du code général des impôts, à remettre en cause la déductibilité de cette charge.
15. En second lieu, il résulte de l'instruction que la SCI ID 2000 a comptabilisé, au titre de l'exercice clos 2016, une charge sur exercices antérieurs d'un montant de 3 500 euros par une inscription au crédit du compte 401ATI " ATI " et par une inscription équivalente au débit du compte de charge sur exercices antérieurs 67200. L'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de cette somme au motif que la société requérante n'apportait aucune justification quant au principe et au montant de cette charge.
16. Si la société requérante soutient désormais que cette charge correspond au règlement à la prise en compte du versement en 2015 de sept acomptes de 500 euros pour le règlement de frais d'huissier, elle n'en justifie pas en se bornant à produire un décompte d'un cabinet d'huissier du 22 février 2018 mentionnant effectivement le règlement d'acomptes à hauteur de 3 500 euros mais sans précision quant aux dates, aux modalités de paiement et de comptabilisation de ces acomptes. Au demeurant, la société requérante a admis devant la commission départementale des impôts et du chiffre d'affaires que cette charge ne concernait pas l'exercice clos en 2016. Par suite l'administration était également fondée, sur le seul fondement des dispositions de l'article 39 du code général des impôts, à remettre en cause la déductibilité de cette charge.
Quant au passif non justifié
17. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ".
18. La SCI ID 2000 a comptabilisé au crédit du compte courant d'associés le 1er janvier 2016 une somme de 39 604,74 euros et le 31 décembre 2016 une somme de 170 062, 48 euros, que l'administration a réintégrée dans la base imposable, sur le fondement du 2 de l'article 38 du code général des impôts, à hauteur de la somme globale de 187 437 euros, déduction faite des prélèvements effectués au cours de l'année 2016 pour un débit de 22 230 euros, au motif que l'existence d'une dette à l'égard des associés n'était pas établie. Si la société requérante soutient que cette somme correspond, d'une part, aux apports effectués par ses associés et au prêt conclu avec la société Coach et Développement pour le remboursement de sa dette envers ses anciens associés et solder un précédent contrat de prêt conclu avec la banque populaire Val de France, elle n'en justifie pas en se bornant à produire, d'une part, les deux relevés bancaires cités au point 14 et, d'autre part, une convention de prêt portant sur une somme en capital de 209 601,27 euros conclu avec la société Coach et Développement le 5 juin 2016 non enregistrée par acte authentique et sans que ne soit justifié de l'extinction de sa dette auprès de la banque populaire Val de France ni d'une subrogation conventionnelle de ses associés dans les droits de la banque et de la prise en charge par ces derniers de la dette incombant à la société. Dans ces conditions, la société ID 2000 n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'existence d'une dette à l'égard de ses associés.
Quant au report déficitaire
19. Si la SCI ID 2000 conteste le refus de prise en compte par l'administration du déficit reporté sur l'exercice 2016 à hauteur de 59 613 euros issu des déficits cumulés des quatre exercices précédents, elle ne fait toutefois valoir aucun moyen au soutien de sa contestation ni ne produit d'élément de nature à justifier dudit report. Par suite, ses conclusions sur ce point ne peuvent qu'être rejetées.
Quant au profit sur le trésor et l'application du mécanisme de la cascade
20. Aux termes de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales : " En cas de vérification simultanée des taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées, de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, le supplément de taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées afférent à un exercice donné est déduit, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, des résultats du même exercice, sauf demande expresse des contribuables, formulée dans le délai qui leur est imparti pour répondre à la notification de redressements. () ".
21. Lorsqu'un contribuable a fait l'objet de rectifications en matière d'impôt sur les bénéfices et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un " profit sur le Trésor " chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe sur la valeur ajoutée rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette plus réduite que celle sur laquelle il aurait été imposé, s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée.
22. Par suite, la SCI requérante n'est pas fondée à faire grief à l'administration d'avoir rapporté aux résultats des exercices litigieux un profit sur le Trésor égal aux montants de la taxe sur la valeur ajoutée rappelée, déduction faite de la part comptabilisée à hauteur de 10 300 euros au titre de l'exercice clos 2016, préalablement à la déduction en cascade prévue par les dispositions de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales.
23. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés mis à sa charge au titre des exercices clos en 2016 et 2017.
S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
24. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
25. A supposer même que la SCI ID 2000 puisse être regardée comme contestant également les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période en litige alors qu'elle confirme avoir accepté les rectifications de l'administration en la matière, elle ne fait toutefois valoir aucun moyen propre au soutien de ses conclusions qui ne peuvent, dès lors en toute état de cause, qu'être rejetées.
En ce qui concerne les pénalités :
26. La SCI requérante se borne à demander la décharge des pénalités par voie de conséquence de la décharge des droits. Il résulte de ce qui précède que sa demande doit être rejetée.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de SCI ID 2000 doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles relatives aux frais d'instance.
Sur les conclusions de la requête n° 2110278 :
28. Tirant les conséquences de la vérification de comptabilité de la SCI ID 2000, l'administration fiscale a notifié à M. et Mme E, par une proposition de rectification du 17 juillet 2019, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de prélèvements sociaux au titre des années 2016 et 2017. M. et Mme E ont formulé leurs observations par courrier du 25 septembre 2019 auxquelles l'administration a répondu par courrier du 2 octobre 2019. Les impositions supplémentaires en cause ont été mises en recouvrement pour un montant total, en droits et pénalités, de 11 530 euros en 2016 et de 14 650 euros en 2017. La réclamation des intéressés en date du 8 mars 2021 a donné lieu à une décision de rejet en date du 21 septembre 2021. M. et Mme E demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des deux années en cause.
29. En application des articles 109, 111 et du 3° de l'article 120 du code général des impôts, doivent être regardés comme des revenus distribués, sauf preuve contraire, les montants des soldes débiteurs des comptes courants ouverts dans les écritures d'une société au nom de ses associés, actionnaires ou porteurs de parts au 31 décembre de l'année en cause. En cas de variation de ce solde d'une année civile sur l'autre, seule la différence positive entre ces deux soldes peut légalement être incluse dans le revenu imposable de l'associé, l'actionnaire ou le porteur de parts pour l'année en cause.
30. Ainsi qu'il a été précédemment énoncé au point 18 la SCI ID 2000 a comptabilisé au crédit du compte courant d'associés le 1er janvier 2016 une somme de 39 604,74 euros et le 31 décembre 2016 une somme de 170 062, 48 euros, que l'administration a réintégrée dans la base imposable, sur le fondement du 2 de l'article 38 du code général des impôts, à hauteur de la somme globale de 187 437 euros, déduction faite des prélèvements effectués au cours de l'année 2016 pour un débit de 22 230 euros, au motif que l'existence d'une dette à l'égard des associés n'était pas établie. Tirant les conséquences de cette réintégration, l'administration a imposé les distributions correspondantes aux prélèvements effectués sur le compte courant d'associé à hauteur de 10 530 euros en 2016 et 13 900 euros en 2017 sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts. L'administration a également imposé dans cette même catégorie de revenus des sommes prélevées au bénéfice de Mme E par le débit d'un autre compte tiers à hauteur de 1 000 euros en 2016 et de 750 euros en 2017.
31. Ainsi que précédemment énoncé au point 14 s'il est justifié d'un virement de Mme E au bénéfice de la SCI ID 2000 à hauteur de 35 000 euros le 28 avril 2013, il n'est toutefois pas justifié, en l'absence notamment de production de l'historique du compte courant d'associé depuis cette date, que cet apport ait bien été inscrit au crédit du compte courant d'associé en avril 2013 et n'avait pas été remboursé avant le 1er janvier 2016. Dans ces conditions, faute pour les requérants d'établir que les sommes ainsi distribuées à Mme E trouveraient, comme ils le soutiennent, leur origine dans le remboursement de règlements effectués par celle-ci pour l'apurement des dettes de la SCI envers ses anciens associés, c'est à bon droit que l'administration a imposé celles-ci sur le fondement des dispositions précitées
32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme E aux fins de décharge des impositions en litige ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions relatives aux frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées par la SCI ID 2000 et M. et Mme E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI ID 2000, M. B E et Mme A D épouse E et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
Mme Bartnicki, première conseillère,
Mme Ghiandoni, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
A. Bartnicki
Le président,
Signé
R. Féral La greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°s 2110148 et 2110278
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026