lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2110285 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Crandal |
| Avocat requérant | SELARL CALLON AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Callon demande au tribunal de condamner le conseil départemental des Yvelines et la caisse d'allocations familiales des Yvelines à lui payer la somme de 7 000 euros qu'il demande à titre de dommages et intérêts. Il demande également que soit mise à leur charge la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le délai de neuf mois mis à répondre positivement à sa demande de revenu de solidarité active à compter de la date de sa demande est fautif et lui a causé un préjudice économique et moral dont il est fondé à obtenir réparation.
Mis en demeure par courrier du tribunal du 11 avril 2022 en application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, ni le président du conseil départemental des Yvelines, ni le directeur de la caisse d'allocations familiales des Yvelines n'ont adressé de mémoire en défense dans le délai de trente jours qui leur a été imparti.
Le président du conseil départemental des Yvelines a fait parvenir un mémoire en défense qui a été enregistré au tribunal le 20 juin 2022 à 10 h 12 et qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Crandal, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Crandal, rapporteur ;
- les conclusions de M. Bélot, rapporteur public.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée, après l'appel de l'affaire à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a déposé une demande à fin de bénéficier du revenu de solidarité active aux services du conseil départemental des Yvelines le 28 septembre 2015. Cette demande a fait l'objet d'un enregistrement par la caisse d'allocations familiales des Yvelines le 5 octobre 2015. Le versement du revenu de solidarité active a été effectif à compter de mai 2016 avec effet rétroactif à compter d'août 2015. Par deux courriers du 3 décembre 2019, notifiés le 4, M. A a adressé une demande préalable au conseil départemental et à la caisse d'allocations familiales à fin d'être indemnisé de 7 000 euros en réparation du préjudice économique et moral subi du fait du délai écoulé pour le versement du RSA. Ces demandes préalables ont fait l'objet d'un rejet implicite par le conseil départemental et par la caisse d'allocations familiales. M. A demande une indemnité de 7 000 euros au titre de la réparation du préjudice que lui a causé la faute du conseil départemental des Yvelines et de la caisse d'allocations familiales des Yvelines.
2. Aux termes d'une part, des dispositions de l'article L.262-15 du code de l'action sociale et des familles : " L'instruction administrative de la demande est effectuée à titre gratuit, dans des conditions déterminées par décret, par les services du département ou l'organisme chargé du revenu de solidarité active. ". Aux termes de l'article D.262-29 du même code : " Les organismes chargés de l'instruction des demandes de revenu de solidarité active définissent en commun avec le président du conseil départemental un engagement de qualité de service, garantissant au travers de critères mesurables, la fiabilité et la rapidité des opérations d'instruction. "
3. Aux termes d'autre part, des dispositions de l'article R.612-6 du code de justice administrative : " Si malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucune mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. "
4. Il résulte de l'instruction que M. B A a déposé une demande à fin de bénéficier du revenu de solidarité active aux services du conseil départemental de l'Essonne le 28 septembre 2015. Cette demande a fait l'objet d'un enregistrement par la caisse d'allocations familiales des Yvelines le 5 octobre 2015. Le 29 février 2016, en l'absence de toute réponse ou d'accusé de réception de sa demande, M. A a adressé un courrier au président du conseil départemental pour lui signaler que 4 000 euros d'allocation de RSA auraient dû lui être versés à lui et à sa compagne et lui décrire les diligences qu'il avait personnellement accomplies aux lieu et place de la caisse d'allocations familiales de l'Eure afin que celle-ci transfère les données utiles à l'instruction de la demande relatives à la situation de sa compagne. Par courrier du 17 mars 2016, le conseil départemental des Yvelines a répondu à M. A que sa demande était à l'instruction à la caisse d'allocations familiales des Yvelines à qui il devait adresser ses déclarations trimestrielles RSA depuis avril 2015 et la demande complémentaire pour les non-salariés. Le 1er avril 2016, la caisse d'allocations familiales des Yvelines a demandé, par un courrier adressé à M. A à une adresse erronée située à Marly-le-Roi alors que celui-ci était domicilié à Versailles, de lui adresser des pièces que celui-ci déclare sans être contredit avoir remises lors du dépôt de sa demande. Par un courrier notifié au président du conseil départemental le 11 avril 2016, M. A a appelé l'attention sur le délai de traitement de son dossier et sur la situation difficile que l'absence de ressources occasionnait à sa compagne et à lui-même sur le plan sanitaire et économique. Le 21 avril 2016, les services du conseil départemental ont donné instruction à la caisse d'allocations familiales de demander à M. A les documents nécessaires à l'évaluation de ses revenus de travailleur indépendant pour la prise en compte de ses droits potentiels au RSA depuis août 2015. Après avoir adressé ces pièces par voie de messagerie électronique le 29 avril suivant, M. A a demandé, par cette même voie, au conseil départemental de l'informer de l'état d'avancement de sa demande. Le 3 mai 2016, le conseil départemental des Yvelines a confirmé que sa demande était à l'instruction. Par un message électronique du 31 mai 2016, M. A constate que la décision de la caisse d'allocations familiales a été adressée à une adresse erronée. Le versement du revenu de solidarité active a été effectif à compter de mai 2016 avec effet rétroactif à compter d'août 2015.
5. Il résulte des dispositions citées au point 2 et de l'exposé des faits qui précède auquel la caisse d'allocations familiales des Yvelines est réputée avoir acquiescé en application des dispositions citées au point 3 en l'absence de production de tout mémoire en défense malgré la mise en demeure du 11 avril 2022 lui fixant un délai de trente jours pour ce faire, et en l'absence de production de l'engagement de qualité de service réglementairement prévu, que le délai de huit mois pour verser le revenu de solidarité active du demandeur à qui aucun retard de transmission de document n'est imputé, est une faute de nature à engager la responsabilité conjointe du conseil départemental des Yvelines et de la caisse d'allocations familiales des Yvelines.
6. Monsieur A invoque que la faute engageant la responsabilité du département des Yvelines lui a causé un préjudice économique et un préjudice moral pour lesquels il demande une indemnisation de 7 000 euros. Il résulte de l'instruction que le préjudice économique allégué par M. A du fait des factures qu'il invoque n'avoir pu honorer sans toutefois en justifier et de la dégradation des relations avec son bailleur dont il justifie ne donne lieu à aucune évaluation chiffrée susceptible de donner lieu à indemnisation. M. A invoque également avoir subi du fait de ce retard un préjudice moral. Celui-ci est justifié par les lettres de relance de son bailleur, la décision d'interdiction d'émission de chèques de la banque gérant son compte, et le fait d'avoir dû demander des chèques d'accompagnement personnalisé au conseil départemental des Yvelines pour faire face à ses dépenses de produits alimentaires et d'hygiène de première nécessité. Il sera fait une juste appréciation des circonstances de l'espèce en fixant à 750 euros d'une part, l'indemnité mise à la charge du conseil départemental des Yvelines et à 750 euros d'autre part, celle mise à la charge de la caisse d'allocations familiales des Yvelines en réparation du préjudice causé par leur faute dans l'instruction de sa demande de revenu de solidarité active.
Sur les frais du procès :
7. En application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, le conseil départemental des Yvelines et la caisse d'allocations familiales des Yvelines sont condamnés chacun à verser respectivement à M. A une somme de 750 euros.
DECIDE :
Article 1er : Le conseil départemental des Yvelines et la caisse d'allocations familiales des Yvelines sont condamnés à verser chacun la somme de 750 euros à M. A en réparation de son préjudice.
Article 2 : Le conseil départemental des Yvelines et la caisse d'allocations familiales des Yvelines sont condamnés à verser chacun la somme de 750 euros à M. A au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au président du conseil départemental des Yvelines et à la directrice de la caisse d'allocations familiales des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
signé
J-M. CrandalLa greffière,
signé
B. Dalla Guarda
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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