lundi 3 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2110504 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Président LE GARS |
| Avocat requérant | MORIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 3 décembre 2021, M. C D, représenté par Me Morin demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision " 48 SI " en date du 6 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de points, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux formé le 8 septembre 2021 ;
2°) d'annuler les décisions ministérielles de retrait de point suite aux infractions des 27 janvier 2017, 31 janvier 2017, 15 février 2017, 22 juin 2017, 7 mars 2018, 4 juin 2019, 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020 et 21 août 2020 ;
3°) d'annuler les décisions ministérielles de retrait de point susceptibles d'intervenir suite aux infractions du 24 août 2020, 15 septembre 2020 et 5 novembre 2020 ;
4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la restitution des points illégalement retirés sur son permis de conduire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;
- les décisions portant retrait de points du capital de son permis de conduire sont entachées d'un vice de procédure en raison de la méconnaissance par l'administration des exigences de délivrance d'une information préalable suffisante, conformément aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie en l'absence de paiement des amendes forfaitaires, de l'émission de titres exécutoires devenus définitifs pour le recouvrement de ces amendes, d'une composition pénale ou d'un condamnation définitive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut d'une part, au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation contre le retrait de point consécutif aux infractions du 15 février 2017, 22 juin 2017 et 4 juin 2019, d'autre part, au rejet du surplus de la requête.
Il soutient que :
- les points retirés à la suite des infractions constatées du 15 février 2017, 22 juin 2017 et 4 juin 2019 ont été restitués au requérant respectivement le 22 février 2018, le 14 mai 2018 et le 2 mars 2020 ;
- les moyens de la requête dirigés contre les autres décisions ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 19 septembre 2022, en présence de Mme Dalla Guarda, greffière, M. D et le ministre de l'intérieur n'étant ni présents ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision " 48 SI " du 6 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a notifié à M. C D le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire, a constaté l'invalidité de son titre de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de restituer son permis de conduire au service préfectoraux. Le requérant demande l'annulation de cette décision ainsi que celle des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points de son permis de conduire à la suite des infractions relevées les 27 janvier 2017, 31 janvier 2017, 15 février 2017, 22 juin 2017, 7 mars 2018, 4 juin 2019, 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020 et 21 août 2020.
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort du relevé d'informations intégral produit par le ministre de l'intérieur, que les points retirés suite aux infractions du 15 février 2017, 22 juin 2017 et 4 juin 2019 ont été restitué à M. D respectivement le 22 février 2018, le 14 mai 2018 et le 2 mars 2020. Par suite, il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions, dès lors que ces dernières ont perdu leur objet.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Cette information revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
En ce qui concerne les infractions des 27 janvier 2017, 31 janvier 2017, 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020 et 21 août 2020 :
4. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration contient des indications mettant le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et portait à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsque l'administration établit qu'elle a dûment notifié ce formulaire, elle s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
5. En l'espèce, M. D conteste huit infractions constatées par radar automatique sans interception du véhicule les 27 janvier 2017, 31 janvier 2017, 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020 et 21 août 2020, transmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé. En application de l'article A. 37-9 du code de procédure pénale, un avis de contravention comportant l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est nécessairement envoyé automatiquement par courrier au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation. Il ressort des dispositions de l'article R. 322-7 du code de la route que ce dernier est tenu d'informer l'administration de tout changement d'adresse dans le mois qui suit. Dans ces conditions, le requérant qui n'aurait pas satisfait aux obligations résultant du texte précité en matière de changement d'adresse serait mal fondée à prétendre ne pas avoir reçu l'avis de contravention.
6. En l'absence de paiement au stade de l'amende forfaitaire, un titre exécutoire majorant l'amende forfaitaire consécutive à l'infraction querellée est émis par la trésorerie générale, document qui contient lui aussi l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en application de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, y compris lorsqu'il est antérieur à l'arrêté du 13 mai 2011. Un tel titre exécutoire a nécessairement été envoyé à l'adresse figurant sur la carte grise du véhicule avec lequel les infractions ont été commises, en application des dispositions de l'article R. 49-6-1 du code de procédure pénale qui prévoit que, dans l'hypothèse où ce courrier reviendrait revêtu de la mention " n'habite plus à l'adresse indiquée " ou " parti sans laisser d'adresse ", le comptable de la direction générale des finances publiques envoie une lettre de rappel à l'adresse fiscale du contrevenant.
7. Le ministre de l'intérieur ne produit cependant aucun document de nature à établir que le requérant aurait reçu l'information exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la constatation des infractions les 27 janvier 2017, 31 janvier 2017, 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020 et 21 août 2020 relevées par un radar automatique. La délivrance de l'information ne saurait résulter de la seule circonstance qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à raison de ces infractions et que des avis d'amende forfaitaire majorée ont été adressés à l'intéressé dès lors que l'administration n'établit pas que le contrevenant a reçu ces documents ou qu'il aurait payé les amendes forfaitaires majorées correspondantes, alors que M. D verse au débat un bordereau de situation des amendes et condamnations émis par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé indiquant que le requérant n'a pas payé ces amendes forfaitaires majorées. Par ailleurs, si le ministre de l'intérieur fait valoir que si M. D a reçu cette information de précédentes infractions de même nature dont la dernière a été commise le 23 juillet 2015, le paiement de l'amende relative à cette infraction, antérieur d'environ quinze mois aux infractions commises les 27 et 31 janvier 2017 et de plus de deux ans à celles commises 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020 et 21 août 2020, ne saurait, eu égard à son ancienneté, être retenu pour considérer que M. D a reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement à l'intervention des décisions de retrait de points consécutives à ces infractions.
8. Dès lors, M. D doit être regardé comme ayant été privé de la garantie instituée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite il est fondée à soutenir que les décisions relatives aux infractions commises les 27 janvier 2017, 31 janvier 2017, 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020 et 21 août 2020 sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière et sont illégales.
En ce qui concerne l'infraction du 7 mars 2018 :
9. Le ministre de l'intérieur ne produit aucun document de nature à établir que le requérant aurait reçu l'information exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la constatation de l'infraction du 7 mars 2018 relevée par un radar automatique. La délivrance de l'information ne saurait résulter de la seule circonstance qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à raison de cette infraction alors que comme il a été dit point 7, M. D verse au débat un bordereau de situation des amendes et condamnations émis par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé indiquant que le requérant n'a pas payé cette amende forfaitaire. Dès lors, M. D doit être regardé comme ayant été privé de la garantie instituée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, il est fondé à soutenir que la décision relative à l'infraction commise le 7 mars 2018 est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière et est illégale.
En ce qui concerne les infractions du 24 août 2020, 15 septembre 2020 et 5 novembre 2020 :
10. M. D demande au tribunal l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur est susceptibles de lui retirer des points suite aux infractions du 24 août 2020, 15 septembre 2020 et 5 novembre 2020. Il ressort cependant des informations figurant au relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de l'intéressé que ces infractions n'ont pas entrainé de retrait de point au capital de son permis de conduire. Par suite, M. D ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré du défaut d'information préalable.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation du retrait des points opéré à la suite des infractions commises les 27 janvier 2017, 31 janvier 2017, 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020, 21 août 2020 et 7 mars 2018 ainsi que, par voie de conséquence, de la décision " 48SI " du ministre de l'intérieur l'informant de la perte de validité de son permis de conduire dès lors que son capital de points n'était pas nul à la date de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire.
13. En l'espèce, l'exécution du présent jugement implique seulement que l'administration restitue à M. D les points retirés à la suite des infractions du 27 janvier 2017, 31 janvier 2017, 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020, 21 août 2020 et 7 mars 2018 dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route. Il y a lieu, par conséquent, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de déterminer en conséquence, compte tenu des infractions devenues définitives à la date de cet examen, le nombre de points attaché au permis de conduire de M. D et de lui restituer son permis si le solde de points est positif.
Sur les frais d'instance :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. D u titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, en tant qu'elles concernent des décisions de retrait de points relative aux infractions commises le 15 février 2017, 22 juin 2017 et 4 juin 2019, ni sur les conclusions à fin d'injonction de restitution de ces points.
Article 2 : Les décisions de retrait d'un point chacune consécutives aux infractions commises les 27 janvier 2017, 31 janvier 2017, 29 juin 2020, 31 juillet 2020 à 11h30 et 16h22, 13 août 2020, 14 août 2020 et 21 août 2020 sont annulées.
Article 3 : La décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise le 7 mars 2018 est annulée.
Article 4 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution des points sur le permis de conduire de M. D dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché à son permis de conduire et de le lui restituer si le solde est positif.
Article 5: Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
J. BLa greffière,
signé
B. Dalla Guarda
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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