vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2110590 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SAUTEREAU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n°2110590 le 7 décembre 2021 et un mémoire enregistré le 27 février 2022, M. A B, représenté par Me Sautereau, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, à titre principal, la somme de 24 410,95 euros au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision le suspendant à titre conservatoire, à titre subsidiaire, la somme de 23 470,87 euros au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi en raison des prolongations illégales de sa suspension conservatoire, à titre encore plus subsidiaire, cette même somme au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi du fait des retenues opérées sur son traitement et indemnité de résidence, ainsi que la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis.
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation n'est pas sérieusement contestable ; sa suspension conservatoire est illégale en l'absence de caractère de vraisemblance et de gravité ; il a en conséquence été illégalement privé de son traitement et de différentes indemnités afférentes pour un préjudice matériel qui s'élève à 24 410,95 euros ; la prolongation de son placement en suspension conservatoire est également illégale au seul motif de l'existence de poursuites pénales, pour un préjudice matériel s'élevant à 23 470,87 euros net ; à supposer que les arrêtés de suspension et de prolongation de la suspension soient justifiés, l'administration a commis une faute en se considérant en situation de compétence liée s'agissant de la réduction de moitié de son traitement et de son indemnité de résidence pendant les périodes de prolongation au vu de sa situation financière, soit un préjudice matériel s'élevant à 23 470, 87 euros à compter du 13 mai 2020 ;
- les fautes de l'Etat l'ont épuisé moralement : il a subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui s'élèvent à 5 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 28 février 2022, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 4 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 avril 2022.
II. Par une requête enregistrée sous le n°2110591 le 7 décembre 2021 et un mémoire enregistré le 27 février 2022, M. A B, représenté par Me Sautereau, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat, à titre principal, à lui verser la somme de 24 410,95 euros au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision le suspendant à titre conservatoire, à titre subsidiaire, la somme de 23 470,87 euros net au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi en raison des prolongations illégales de sa suspension conservatoire, à titre encore plus subsidiaire, cette même somme au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi du fait des retenues opérées sur son traitement et indemnité de résidence, ainsi que la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis.
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration a commis une faute : la mesure de suspension à titre conservatoire du 10 janvier 2020 est illégale en l'absence de vraisemblance et de gravité de la faute commise, de même que l'arrêté de prolongation daté du 12 mai 2020 ; il a en conséquence subi un préjudice matériel s'élevant à 24 410,95 euros constitué par l'absence de versement, pendant 23 mois, de l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves (ISOE), de l'indemnité de sujétions pour l'exercice des fonctions dans un établissement situé en réseau d'éducation prioritaire (REP) et de l'indemnité pour mission particulière ;
- l'administration a commis une faute en prolongeant la mesure de suspension conservatoire au seul motif de l'existence de poursuites pénales par arrêtés du 12 mai 2020, du 28 août 2020, du 3 décembre 2020, du 24 décembre 2020, du 12 avril 2021, du 10 septembre 2021 et du 17 décembre 2021et en la prolongeant encore jusqu'au 12 mai 2022 en visant le jugement rendu par le tribunal correctionnel ; son préjudice matériel directement imputable à ces mesures s'élève à 23 470,87 euros net ;
- à supposer que les arrêtés de suspension et de prolongation soient justifiés, l'administration a commis une faute en se considérant en situation de compétence liée s'agissant de la réduction de moitié de son traitement et de son indemnité de résidence pendant les périodes de prolongation au vu de sa situation financière, soit un préjudice matériel de 23 470, 87 euros à compter du 13 mai 2020 ;
- les comportements fautifs de l'Etat l'ont épuisé moralement : le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence subis s'élèvent à 5 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 28 février 2022, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 4 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 avril 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,
- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sautereau
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 9 mai 1987, est professeur certifié de classe normale de lettres modernes, affecté au collège Louis Paulhan de Sartrouville. Le 4 janvier 2020, sa cheffe d'établissement a fait un signalement auprès du procureur de la République du tribunal judiciaire de Versailles pour des faits de violence commis par celui-ci en dehors du service. Par un arrêté du 10 janvier 2020, la rectrice de l'académie de Versailles a prononcé sa suspension conservatoire. Il a ensuite formé un recours gracieux, rejeté par décision du 14 mai 2020. Par arrêté du 12 mai 2020, la rectrice a par ailleurs prolongé sa suspension conservatoire à compter du 13 mai 2020 jusqu'au 12 septembre 2020. Par arrêté du 28 août 2020 modifié à plusieurs reprises puis par arrêté du 17 décembre 2021, la rectrice a de nouveau prolongé sa suspension conservatoire jusqu'au 12 mai 2022, dans l'attente tout d'abord du jugement du tribunal correctionnel de Paris qui s'est finalement prononcé le 7 septembre 2021 puis dans l'attente de la réception du jugement rendu. Par courrier du 5 août 2021, le requérant a formé une demande indemnitaire préalable auprès du rectorat, restée sans réponse.
2. Par la requête n°2110591, le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui verser, à titre principal, la somme de 24 410,95 euros au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision le suspendant à titre conservatoire, à titre subsidiaire, la somme de 23 470,87 euros au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi en raison des prolongations illégales de sa suspension conservatoire, à titre encore plus subsidiaire, cette même somme au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi du fait des retenues opérées sur sa rémunération ainsi que la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis. Par la requête n°2110590, il doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui verser ces mêmes sommes à titre de provision.
3. Les requêtes n°2110590 et n°2110591 présentées pour M. B concernent la situation d'un même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions indemnitaires de la requête n°2110591 :
En ce qui concerne les fautes commises :
4. En premier lieu, le requérant soutient que le rectorat de l'académie de Versailles a commis une faute en le suspendant de ses fonctions par un arrêté du 10 janvier 2020.
5. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée: " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai. Lorsque, sur décision motivée, il n'est pas rétabli dans ses fonctions, il peut être affecté provisoirement par l'autorité investie du pouvoir de nomination, sous réserve de l'intérêt du service, dans un emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il est, le cas échéant, soumis. A défaut, il peut être détaché d'office, à titre provisoire, dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations. L'affectation provisoire ou le détachement provisoire prend fin lorsque la situation du fonctionnaire est définitivement réglée par l'administration ou lorsque l'évolution des poursuites pénales rend impossible sa prolongation. Le magistrat ayant ordonné le contrôle judiciaire et le procureur de la République sont informés des mesures prises à l'égard du fonctionnaire. La commission administrative paritaire de chaque catégorie compétente pour le corps ou cadre d'emplois d'origine du fonctionnaire est également tenue informée de ces mesures. /Le fonctionnaire qui, en raison de poursuites pénales, n'est pas rétabli dans ses fonctions, affecté provisoirement ou détaché provisoirement dans un autre emploi peut subir une retenue, qui ne peut être supérieure à la moitié de la rémunération mentionnée au deuxième alinéa. Il continue, néanmoins, à percevoir la totalité des suppléments pour charges de famille. En cas de non-lieu, relaxe, acquittement ou mise hors de cause, l'autorité hiérarchique procède au rétablissement dans ses fonctions du fonctionnaire. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités de la publicité du procès-verbal de rétablissement dans les fonctions ".
6. D'une part, la mesure provisoire de suspension prévue par l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 précitée ne présente pas, par elle-même, un caractère disciplinaire et est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. D'autre part, une telle mesure peut légalement être prise dès lors que l'administration est en mesure d'articuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave.
7. Au cas d'espèce, il résulte de l'instruction qu'à la date de la décision initiale de suspension, le 10 janvier 2020, l'administration avait connaissance de faits de violence commis par le requérant sur la personne de sa compagne, également enseignante dans le même collège, faits dûment consignés dans un procès-verbal de police établi le 27 décembre 2019 à la suite du signalement effectué par cette dernière. Ce procès-verbal transmis à l'administration par les parents de sa compagne, également enseignants, s'accompagnait d'un complément de déclaration fait par le père de l'enseignante, au commissariat de Sartrouville le 31 décembre 2019. Dès lors, à la date de la décision attaquée, ces faits présentaient un caractère de vraisemblance suffisant et permettaient de présumer de la commission d'une faute grave de nature à justifier, en application de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, la mesure de suspension prise à son encontre. Par conséquent, l'administration n'a pas commis de faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en adoptant la décision litigieuse.
8. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'administration ne pouvait prolonger la mesure de suspension prononcée au seul motif de l'existence de poursuites pénales, étant tenue d'apprécier si, dans les circonstances de l'espèce, une reprise du service était possible, alors que, d'une part, les obligations de contrôle judiciaire auxquelles il a été soumis ont été levées le 4 juin 2020 et que, d'autre part, les principaux protagonistes ont été affectées dans d'autres établissements dès la rentrée 2020. Elle aurait également commis une faute en prolongeant la mesure de suspension jusqu'au 12 mai 2022, en visant dans sa décision le jugement du tribunal correctionnel rendu le 7 septembre 2021, en méconnaissance de l'article 30 de la loi précitée.
9. Il résulte de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 précité que si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire à l'encontre d'un fonctionnaire suspendu, celui-ci est rétabli dans ses fonctions, sauf s'il fait l'objet de poursuites pénales. Lorsque c'est le cas, l'autorité administrative peut, au vu de la situation en cause et des conditions prévues par ces dispositions, le rétablir dans ses fonctions, lui attribuer provisoirement une autre affectation, procéder à son détachement ou encore prolonger la mesure de suspension en l'assortissant, le cas échéant, d'une retenue sur traitement. Un fonctionnaire doit pour l'application de ces dispositions être regardé comme faisant l'objet de poursuites pénales lorsque l'action publique a été mise en mouvement à son encontre et ne s'est pas éteinte. De plus, aux termes du premier alinéa de l'article 6 du code de procédure pénale : " L'action publique pour l'application de la peine s'éteint par () la chose jugée ".
10. Il n'est pas contesté qu'à l'issue de sa garde à vue, le requérant a été présenté, en février 2020, au juge des libertés et de la détention, qui a décidé de son placement en détention provisoire dans l'attente de son jugement initialement fixé au 9 avril 2020. Il n'est pas non plus contesté qu'en raison de l'application de la loi sur l'état d'urgence sanitaire, il a été libéré et soumis à des obligations de contrôle judiciaire dont l'interdiction d'entrer en contact avec ses victimes ainsi que sa cheffe d'établissement et de sortir du périmètre de la ville de Paris, dans l'attente de son jugement reporté au 4 juin 2020. S'il n'est pas contesté que ces obligations de contrôle judiciaire ont été levées le 4 juin 2020, il résulte toutefois de l'instruction qu'à la suite de renvois, le requérant n'a été jugé que le 7 septembre 2021 par le tribunal correctionnel de Paris, date à laquelle il a été condamné à 15 mois de prison avec sursis, deux ans de mise à l'épreuve avec interdiction d'entrer en contact avec ses victimes, obligation de soins et d'indemnisation des victimes pour violences suivies d'une incapacité totale de travail (ITT) inférieure à 8 jours par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de PACS pour l'une de ses victimes et pour violences conjugales sur l'autre. Par conséquent, l'administration n'a pas commis de faute en prolongeant la mesure de suspension au seul motif des poursuites pénales, lorsque celles-ci étaient en cours. De plus, si les mesures de prolongation de suspension ont été prolongées au-delà du 7 septembre 2021, date du jugement rendu par le tribunal correctionnel, il ne résulte pas de l'instruction qu'en dépit d'un courrier de la rectrice de l'académie adressé dès le 10 septembre 2021 au procureur de la République auprès du tribunal judiciaire de Paris puis d'une autre relance effectuée par la responsable des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale, le rectorat ait reçu communication du jugement et ait eu connaissance de son caractère définitif, alors qu'elle avait connaissance par ailleurs du refus opposé par le juge à la demande du requérant quant à l'absence d'inscription de sa condamnation à son casier judiciaire. Dans ces conditions, l'administration n'a pas commis de faute susceptible d'engager sa responsabilité.
11. En troisième lieu, le requérant soutient que, à supposer que les arrêtés de suspension et de prolongation de la suspension soient justifiés, l'administration a commis une faute en réduisant de moitié son traitement et son indemnité de résidence pendant les périodes de prolongation soit un préjudice matériel de 23 470, 87 euros, alors qu'elle n'était pas en situation de compétence liée et qu'il lui était loisible de tenir compte de sa situation financière dont elle avait par ailleurs connaissance, du fait des contentieux en cours et du secours exceptionnel de 900 euros versé en mars 2021. A cet égard, la rémunération du requérant s'est réduite à environ 900 euros à partir de juillet 2020 puis environ 870 euros à partir d'octobre 2020 alors qu'il justifie de charges fixes s'élevant à 1 036 euros par mois.
12. Il résulte des dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 que lorsque l'administration décide d'effectuer une retenue sur traitement à l'encontre d'un fonctionnaire suspendu en application des dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, elle doit tenir compte tant des charges pesant sur l'intéressé que des conséquences de la décision de réduire son traitement sur sa situation personnelle.
13. Au cas d'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration ait tenu compte des charges pesant sur le requérant en fixant le montant de la retenue sur son traitement et sur son indemnité de résidence à hauteur de 50% de sa rémunération telle que fixée à l'alinéa 2 de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 auquel renvoie son alinéa 5. Par suite, l'administration a commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité tenant au défaut d'examen de sa situation.
En ce qui concerne les préjudices subis :
S'agissant du préjudice matériel :
14. Le requérant évalue son préjudice à 23 470,87 euros entre le 13 mai 2020 et la date d'introduction de sa requête, constitué, d'une part, d'indemnités qu'il avait une chance sérieuse de percevoir soit la somme de 3 324,84 euros au titre de l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves (ISOE), la somme de 2 184,3 euros net au titre de l'indemnité de sujétions pour l'exercice de ses fonctions dans un établissement situé en zone REP et la somme de 283,72 euros au titre de l'indemnité pour mission particulière, d'autre part, de la somme de 17 278 euros au titre de son traitement et de l'indemnité de résidence. Toutefois, il résulte des termes même de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 précité qu'un agent suspendu perd le bénéfice de ses indemnités et conserve uniquement son traitement, l'indemnité de résidence ainsi que, le cas échéant, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. En outre, le préjudice financier dont il se prévaut, qui résulte de la différence entre sa rémunération mensuelle à plein traitement avant suspension et sa rémunération mensuelle à mi- traitement est en lui-même dépourvu de lien certain avec la seule faute commise par le rectorat telle que retenue au point 13 du présent jugement. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à demander l'indemnisation de ce poste de préjudice.
S'agissant du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence :
15. Si le requérant se prévaut d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence qu'il évalue à 5 000 euros, il se borne à faire valoir de manière générale qu'il est épuisé par les fautes commises par l'Etat, sans l'établir. Au surplus, il n'établit pas le caractère certain du préjudice avec la seule faute du rectorat susceptible d'engager sa responsabilité telle que retenue au point 13 du présent jugement. Dès lors, il n'est pas non plus fondé à demander l'indemnisation de ce poste de préjudice.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires du requérant doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de provision de la requête n°2110590 :
17. Le présent jugement statuant au fond sur les réclamations pécuniaires du requérant, les conclusions de la requête n°2110590 tendant au versement d'une provision, présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les frais liés au litige dans les deux requêtes :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative dans les deux requêtes.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2110590 et n°2110591 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressé à la rectrice de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
Mme Vincent, première conseillère,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
L. Vincent
Le président,
Signé
C. GosselinLa greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026