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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110685

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110685

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110685
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSEBBAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 décembre 2021 et 13 mars 2023, Mme D C, représentée par Me Sebban, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner le groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE) à lui verser la somme de 382 552 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis suite aux fautes commises dans sa prise en charge au sein du centre hospitalier d'Orsay, assortie des intérêts à compter du 16 août 2021 et de leur capitalisation ;

2°) à titre subsidiaire, si une perte de chance était retenue, de condamner le GHNE à lui payer la somme totale de 306 941 euros au titre de ses préjudices, avec un droit de préférence par rapport au tiers payeur ;

3°) de mettre à la charge du GHNE le versement de la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens lesquels s'élèvent à la somme de 2 700 euros.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier d'Orsay a commis des fautes lors de sa prise en charge à partir du 11 septembre 2017 ;

- ces fautes doivent donner lieu à une réparation intégrale ou, à titre subsidiaire si une perte de chance d'éviter les dommages devait être retenue, celle-ci devrait être évaluée à 80 % ;

- elle a subi des préjudices qui se décomposent comme suit : 3 045 euros au titre du préjudice scolaire, 3 907 euros au titre des frais divers, 34 379 euros au titre des préjudices futurs, 31 364 euros au titre du préjudice de formation, 40 000 euros au titre de la perte de gains futurs, 131 657 euros au titre de l'incidence professionnelle, 5 500 au titre du déficit fonctionnel temporaire, 30 000 euros au titre des souffrances endurées, 30 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 45 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 5 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément et 20 000 euros au titre du préjudice sexuel.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 25 janvier 2022, 17 octobre 2022 et 10 mai 2023, le GHNE, représenté par Me Boileau, conclut dans le dernier état de ses écritures :

1°) à ce que les sommes allouées à Mme C au titre de ses préjudices et des frais exposés et non compris dans les dépens, ainsi que celles allouées à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Yvelines au titre de ses débours soient ramenées à de plus justes proportions pour tenir compte d'un taux de perte de chance de 77,5 % et exclure certains postes de préjudice et débours ;

2°) au rejet du surplus des conclusions.

Il fait valoir que :

- il convient d'appliquer le taux de perte de chance de 77,5 % conformément aux conclusions de l'expert, d'exclure les postes de préjudice pour lesquels la requérante n'apporte pas de justificatifs probants, et de déduire du montant des débours de la CPAM la période d'hospitalisation du 11 au 12 janvier 2019 ;

- eu égard aux pièces produites et aux conclusions du rapport d'expertise, la requérante ne justifie pas de l'intégralité des préjudices dont elle se prévaut ou, en tout état de cause, pas à hauteur de ses prétentions.

Par trois mémoires enregistrés les 1er mars 2022, 11 mai 2023 et 24 mai 2023, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Yvelines, représentée par Me Legrandgerard, conclut :

1°) à titre principal, à la condamnation du GHNE à lui payer la somme de 54 616,64 euros au titre de ses débours ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation du GHNE à lui payer la somme de 42 327,90 euros au titre de ses débours ;

3°) à la condamnation du GHNE à lui payer l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

4°) à ce que soit mis à sa charge le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la responsabilité du GHNE est engagée en raison de fautes dans la prise en charge de Mme C au sein du centre hospitalier d'Orsay à compter du 11 septembre 2017 ;

- sa créance est constituée des frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transports.

Vu :

- l'ordonnance n° 1909053 du 19 février 2020 ordonnant une expertise ;

- le rapport d'expertise déposé par le docteur A le 7 octobre 2020 ;

- l'ordonnance du 24 novembre 2020 par laquelle le président par intérim du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par le docteur A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif à l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- et les observations de Me Sebban, représentant Mme C.

Une note en délibéré présentée par Mme C a été enregistrée le 5 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, alors âgée de 23 ans, a été admise dans la nuit du 11 septembre 2017 aux urgences de l'hôpital d'Orsay, rattaché au groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE), à 0h56, pour des douleurs abdominales d'apparition brutale associées à des vomissements. Elle a d'abord été prise en charge par une interne de garde, qui a évoqué à 3h13 une gastro-entérite aigue et la " possible nécessité d'avis psychiatrique ", puis a été transférée en service de médecine interne. Des examens biologiques ont été réalisés, ainsi qu'un scanner à 16h pour étayer une colique néphrétique. Le 12 septembre 2017, le chirurgien, après relecture du scanner et de la biologie, a décidé une cœlioscopie exploratrice avec le diagnostic supposé d'une appendicite. Cette cœlioscopie a été réalisée à 19h06, révélant une nécrose de l'intestin grêle sur bride. Une résection de 60 cm de l'intestin grêle a alors été effectuée avec une anastomose

iléo-colique. Mme C a ensuite été admise le jour même en service de réanimation. Les suites ont été marquées par des vomissements et de la fièvre, conduisant à réaliser un scanner le 15 septembre 2017 faisant apparaitre une collection avec bulles d'air autour de l'anastomose évoquant une désunion de cette anastomose. Une nouvelle cœlioscopie a été réalisée le jour même, au cours de laquelle ont notamment été constatées une péritonite généralisée et une infection à Escherichia Coli et réalisés un renforcement de l'anastomose ainsi qu'un drainage. En l'absence d'amélioration, un transfert vers l'hôpital de Clamart a été décidé et effectué le 20 septembre suivant où un nouveau scanner a révélé une fistule de l'anastomose avec un épanchement pleural important. L'état de Mme C ne s'améliorant pas, le 26 septembre 2017, elle a subi une nouvelle opération au cours de laquelle a été réalisée une laparotomie avec résection de 20 cm d'intestin grêle. Son état de santé a été consolidé au 26 décembre 2018.

2. Saisi par Mme C le 28 novembre 2019, le juge des référés du tribunal a désigné par une ordonnance n° 1909053 du 19 février 2020, le docteur A, spécialiste en chirurgie générale et digestive, pour procéder à une expertise. Il a déposé son rapport le 7 octobre 2020, concluant notamment à l'existence de fautes dans la prise en charge de Mme C.

3. Par un courrier du 11 août 2021 reçu le 16 août suivant, Mme C a présenté auprès du GHNE une demande préalable indemnitaire. Par un courrier du 8 décembre 2021, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), assureur du GHNE, a fait une proposition d'indemnisation à Mme C, qui ne l'a pas acceptée. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner le GHNE à l'indemniser pour ses préjudices.

Sur la responsabilité de l'établissement :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du docteur A dont les conclusions ne sont pas contestées par le GHNE, que les diagnostics, traitements et soins dispensés par le centre hospitalier d'Orsay n'ont pas été conformes aux données acquises de la science et que le centre hospitalier a commis deux fautes.

6. D'une part, la prise en charge de Mme C n'a pas été conforme aux règles de l'art, le diagnostic de gastroentérite n'ayant pas été étayé en urgence par la réalisation d'une échographie ou d'un scanner et faute d'avoir fait appel au senior de garde ou à un chirurgien, ce dernier ne l'ayant vu que le lendemain malgré un syndrome abdominal aigu, ce qui a conduit à un retard de diagnostic. De plus, la patiente a été transférée dans un service de médecine générale, où la surveillance n'est pas la même que dans un service de chirurgie, avec un diagnostic non réévalué. En outre, si l'expert relève la difficulté du diagnostic, le retard dans le diagnostic dû à des erreurs répétées d'analyse de la part de médecins peu expérimentés qui, alors qu'ils ne parvenaient pas à poser le bon diagnostic, n'ont consulté que tardivement un chirurgien à un moment où la nécrose intestinale était devenue irréversible, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du GHNE.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'un choix thérapeutique erroné a été fait lors de la seconde intervention réalisée le 12 septembre, dès lors que le médecin a procédé à un renforcement de l'anastomose, alors que cela est déconseillé en présence d'une péritonite avec désunion anastomotique, et qu'il était nécessaire de réaliser une iléostomie. Le chirurgien n'ayant pas agi conformément aux données acquises de la science, l'erreur dans ce choix thérapeutique constitue une seconde faute de nature à engager la responsabilité du GHNE.

8. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la responsabilité du GHNE pour faute est engagée.

Sur la fraction du préjudice indemnisable :

9. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

10. En l'espèce, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise, que le retard de diagnostic et de prise en charge du volvulus dont elle souffrait, ainsi que le renforcement de l'anastomose en présence d'une péritonite et d'une désunion anastomotique, sont à l'origine d'une perte de chance de 77,5 % pour Mme C d'éviter les dommages qui en ont résulté.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des frais divers :

11. Il résulte du rapport d'expertise médicale du docteur A que Mme C a été assistée par le docteur B au cours des opérations d'expertise. Compte tenu de la complexité du dossier ayant permis d'aboutir à la reconnaissance de la responsabilité du GHNE, l'intéressée justifie de l'utilité de l'assistance d'un médecin à ses côtés. Par suite, elle est fondée à obtenir le remboursement de la somme de 1 500 euros correspondant aux honoraires facturés par le docteur B.

S'agissant de l'assistance par une tierce personne :

12. Lorsque le juge administratif indemnise la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours.

13. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise judiciaire, que l'état de Mme C à la suite de sa prise en charge fautive par le centre hospitalier d'Orsay, nécessitait l'assistance d'une tierce personne non qualifiée deux heures par jour jusqu'à la fermeture de l'iléostomie, soit du 13 octobre 2017, date non contestée du retour à son domicile, au 8 décembre 2017, puis trois heures par semaine jusqu'à la consolidation, soit du 9 décembre 2017 au 26 décembre 2018. Il sera fait une juste appréciation des besoins en assistance d'une tierce personne à domicile en les évaluant, compte tenu du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) horaire brut augmenté des charges sociales, sur la base d'un taux horaire moyen de 14 euros pour cette période, et après déduction des périodes d'hospitalisation. Ce préjudice peut ainsi être évalué, après application du taux de perte de chance, à 3 380 euros. Il y a lieu de condamner le GHNE à payer une telle somme au titre de ce poste de préjudice.

S'agissant des frais médicaux et pharmaceutiques :

14. Si Mme C sollicite à ce titre une indemnité correspondant à une gélule par jour de probiotiques (lactibiane) depuis la fermeture de l'iléostomie, soit un coût annuel qu'elle évalue à 636 euros, non pris en charge par la sécurité sociale ou sa mutuelle, ni le rapport d'expertise ni aucun document médical ne permet de déterminer l'étendue de ce besoin. Pour la période antérieure au présent jugement, elle ne justifie, par les pièces produites, s'être acquittée que de la somme de 167,25 euros. Dès lors, elle est seulement fondée à obtenir le remboursement des dépenses dont elle justifie, soit après application du taux de perte de chance, le versement d'une somme de 107 euros. Pour l'avenir, elle est fondée à se voir allouer le remboursement des frais exposés à ce titre, sur justificatifs annuels après application du taux de perte de chance, à mesure de leur engagement.

S'agissant du préjudice scolaire et de formation :

15. D'une part, si Mme C soutient avoir été dans l'impossibilité de suivre les cours dispensés par l'université pendant la période d'hospitalisation du 11 septembre au 13 octobre 2017, ainsi que pendant la période au cours de laquelle elle portait une stomie, soit du 13 octobre au 6 décembre 2017, elle ne produit aucune pièce permettant d'établir la réalité et l'étendue de son préjudice, dès lors notamment qu'elle n'établit ni même n'allègue avoir dû redoubler ou avoir ainsi perdu une année d'étude, ou avoir été contrainte de stopper son cursus.

16. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que le cursus universitaire suivi par Mme C n'aurait consisté qu'en une formation à la seule photographie sous-marine nécessitant de plonger, ce qu'elle ne peut plus faire, alors qu'il ressort de l'intitulé même de ce cursus et de la description qui en est faite dans les pièces produites par l'intéressée, que cette formation s'étend à toutes sortes de photographies prises dans la nature, par exemple des photographies de glaciers ou de tribus nomades en Mongolie. Dans ces conditions, et alors que l'expertise ne comporte aucune mention d'impossibilité pour Mme C de pratiquer de telles activités, le préjudice n'est pas établi.

17. Il résulte de ce qui vient d'être dit que sa demande au titre du préjudice scolaire et de formation doit donc être rejetée.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

18. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise et des pièces médicales produites, qu'en raison des manquements dans sa prise en charge par le centre hospitalier d'Orsay, Mme C, dont le déficit fonctionnel permanent est de 15%, souffre de diarrhées chroniques persistantes susceptibles de causer d'importantes gênes en milieu professionnel qui lui imposent des contraintes de nature à causer une dévalorisation sur le marché du travail et une pénibilité accrue de la plupart des activités professionnelles, en particulier celles correspondant à la formation qu'elle a suivie. Elle a en outre dû renoncer à la profession de photographe animalière en milieu sous-marin qu'elle souhaitait exercer. Eu égard à l'ensemble de ces éléments et à l'âge de l'intéressée au moment du dommage, il sera fait une juste évaluation de son préjudice en lui allouant à ce titre, après application du taux de perte de chance, la somme de 19 375 euros.

S'agissant de la perte de gains professionnels futurs :

19. Mme C, étudiante à la date des faits, ne disposait pas d'un emploi et de revenus stables, et ne justifie d'aucune activité professionnelle. Si elle ne peut plus faire de plongée, elle n'établit pas ne pas pouvoir exercer le métier de photographe dans d'autres milieux conformément à la formation qu'elle a suivie, ni être contrainte d'exercer une profession comportant une rémunération inférieure. En outre, aucune incompatibilité professionnelle n'est mentionnée dans le rapport d'expertise ou les différentes pièces médicales. Dans ces conditions, le préjudice allégué, qui ne présente pas de caractère certain, n'ouvre droit à aucune indemnisation. Sa demande doit donc être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices extra patrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

20. Il résulte de l'instruction, en particulier des expertises diligentées, que Mme C a subi un déficit fonctionnel temporaire (DFT) total, directement lié aux manquements du centre hospitalier d'Orsay, pour la période allant du 11 septembre au 13 octobre 2017, du 6 au 13 décembre 2017 et le 26 novembre 2018, un DFT partiel à 50 % du 14 octobre au 5 décembre 2017 et, enfin, à 25 % du 14 décembre 2017 au 25 novembre 2018 ainsi que du 27 novembre au 26 décembre 2018.

21. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en accordant, après application du taux de perte de chance de 77,5 %, une somme de 1 890 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

22. L'expert a évalué ce préjudice à 4,5 sur une échelle de 1 à 7. Compte tenu des circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant, après application du taux de perte de chance, une somme de 8 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

23. Il résulte de l'instruction que Mme C a dû en raison des manquements du centre hospitalier porter une stomie pendant près de deux mois et que sa cicatrice était telle qu'elle a nécessité une reprise par une opération de chirurgie réparatrice. Il sera fait une juste évaluation du préjudice en lui allouant, après application du taux de perte de chance, la somme de 1 160 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

24. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'à la date de consolidation, Mme C était âgée de vingt-quatre ans et que son déficit fonctionnel permanent imputable aux manquements du centre hospitalier était de 15 %. Le préjudice peut donc être évalué, après application du taux de perte de chance, à la somme de 19 530 euros.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

25. L'expert judiciaire n'a pas évalué ce poste de préjudice, mais mentionne dans son rapport une cicatrice inesthétique. Il sera fait une juste appréciation en l'évaluant, eu égard au taux de perte de chance, à la somme de 775 euros.

S'agissant du préjudice sexuel :

26. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise judiciaire, que Mme C a subi un préjudice du fait d'une perte de libido. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant, après application du taux de perte de chance, une somme de 1 550 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

27. Mme C soutient qu'elle pratiquait assidument la plongée, ainsi que le surf et voyageait beaucoup à l'étranger. Elle produit des justificatifs permettant d'en attester et l'expert judiciaire a indiqué dans son rapport que la requérante ne peut plus plonger et a des difficultés de déplacement à l'étranger en raison du dommage subi. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice en l'évaluant, après application du taux de perte de chance, à 4 000 euros.

28. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le GHNE à verser à Mme C la somme totale de 61 267 euros. Il conviendra également, s'agissant des frais médicaux futurs, de condamner le GHNE à rembourser annuellement les dépenses de la requérante sur justificatifs.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

29. Mme C a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point 28 du présent jugement, à compter du 16 août 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par le GHNE.

30. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 9 décembre 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 16 août 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les débours de la Caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines :

31. Il résulte de l'instruction, notamment de la notification définitive des débours et de l'attestation d'imputabilité que la CPAM des Yvelines a versé au bénéfice de Mme C, son assurée, la somme de 54 616,64 euros au titre de frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport, résultant directement des fautes commises par le centre hospitalier d'Orsay, comprenant la période d'hospitalisation des 11 et 12 janvier 2019 à l'hôpital Béclère, celle-ci étant directement liée aux complications résultant de ces fautes.

32. Par suite, la CPAM des Yvelines est fondée à obtenir du GHNE le remboursement, après application du taux de perte de chance, de la somme de 42 327,82 euros.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

33. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros. Il y a lieu de mettre le versement de cette indemnité à la charge du GHNE.

Sur les dépens :

34. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais des expertises du docteur A, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 2 700 euros par ordonnance du président par intérim du tribunal du 24 novembre 2020, à la charge définitive du GHNE, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

35. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".

36. Les dispositions respectives de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative étant différentes dans leurs finalités et leurs modalités, il en résulte que le juge administratif, à qui il appartient d'apprécier souverainement le montant à payer par la partie perdante à une caisse primaire d'assurance maladie des frais exposés par celle-ci et non compris dans les dépens, ne doit pas déduire de ce montant l'indemnité que cette caisse primaire aurait pu ou pourrait percevoir en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

37. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHNE, d'une part, la somme de 1 800 euros à verser à Mme C et, d'autre part, la somme de 1 000 euros à verser à la CPAM des Yvelines, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le GHNE est condamné à verser à Mme C la somme de 61 267 euros et à lui rembourser les frais correspondant à son traitement par probiotiques dans les conditions fixées au point 14 du présent jugement.

Article 2 : La somme fixée à l'article 1er portera intérêts au taux légal à compter du 16 août 2021. Les intérêts échus à la date du 16 août 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le GHNE est condamné à verser à la CPAM des Yvelines la somme de 42 327,82 euros.

Article 4 : Le GHNE versera à la CPAM des Yvelines la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés d'un montant de 2 700 euros sont mis à la charge définitive du GHNE.

Article 6 : Le GHNE versera à Mme C la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le GHNE versera à la CPAM des Yvelines la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au groupe hospitalier Nord-Essonne et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Milon, présidente,

Mme Winkopp-Toch, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

A. Milon

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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