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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110812

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110812

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110812
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantGUILLOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2021, la société à responsabilité limitée SARL YT Immo, représentée par Me Guillot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 188 698 euros au titre du mois d'octobre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de rejet de sa réclamation du 8 octobre 2021 est insuffisamment motivée ;

- le gîte qu'elle exploite remplit les conditions d'une activité para-hôtelière au sens de l'article 261 D du code général des impôts et de l'instruction référencée BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-20 du 12 septembre 2021 ; elle se prévaut également s'agissant de l'application de la jurisprudence communautaire du paragraphe n°1 de l'instruction référencée BOI-TVA-DED-30-10 du 7 octobre 2015 ;

- la charge de la preuve de l'absence de réalisation des prestations prévues à l'article 261 D du code général des impôts incombe à l'administration dès lors qu'elle a fait l'objet, s'agissant des contrôles portant sure les déclarations des mois de mai et octobre 2019, de la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales ;

- elle offre dans le cadre de la location meublée à la semaine de son chalet trois des quatre prestations requises, dont elle a confié l'exécution à l'entreprise JPB exploitée par M. A, à savoir un accueil personnalisé à ses locataires, un nettoyage régulier des locaux assorti d'une offre de prestation de ménage supplémentaire tout au long du séjour ainsi que la fourniture du linge ainsi qu'il en résulte de son site internet ;

- la circonstance que l'activité principale déclarée de l'entreprise JPB soit distincte de celle confiée est sans incidence sur la réalité et la nature des prestations para-hôtelières réalisées et facturées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2024 à 10h00.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bartnicki,

- et les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL YT Immo, créée le 21 décembre 2016, a acquis, par acte du 18 décembre 2018, un immeuble situé dans un chalet de montagne à Taninges (Haute-Savoie) pour un montant de 1 080 000 euros, dont 180 000 euros de taxe sur la valeur ajoutée, qu'elle donne en location meublée saisonnière depuis décembre 2018. Consécutivement à l'acquisition de cet immeuble, la SARL a déposé le 19 novembre 2019 une demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 188 698 euros au titre du mois d'octobre 2019. La SCI a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. A l'issue de ce contrôle, par proposition de rectification du 7 septembre 2020, l'administration fiscale a remis en cause l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée de la totalité de l'activité de la SARL pour l'ensemble de la période au motif que la SARL ne remplissait pas les conditions fixées au b du 4° de l'article 261 D du code général des impôts permettant de faire exception à l'exonération de plein droit, sans possibilité d'option, des locations de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. L'administration a maintenu sa position dans sa réponse du 2 décembre 2020 aux observations présentées par la SARL le 6 novembre 2020. Par une décision du 8 octobre 2021, l'administration fiscale a rejeté la demande de remboursement de crédit de TVA valant réclamation contentieuse de la SARL du 19 novembre 2019. La SARL YT Immo demande au tribunal de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 188 698 euros au titre du mois d'octobre 2019.

2. En premier lieu, les vices qui peuvent entacher la procédure d'instruction, par l'administration, de la réclamation d'un contribuable ainsi que les éventuelles irrégularités de la décision par laquelle cette réclamation est rejetée, sont sans influence sur la régularité ou le bien-fondé des impositions. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision du 8 octobre 2021 rejetant sa réclamation contentieuse préalable ne peut, dès lors, qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, l'article 135 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, reprenant les dispositions du b) du B de l'article 13 de la directive 77/388/CEE du Conseil du 17 mai 1977, prévoit au point l) de son paragraphe 1 que les Etats membres exonèrent " la location de biens immeubles ". Toutefois, en application de son paragraphe 2 " Sont exclues de l'exonération prévue au paragraphe 1, point l), les opérations suivantes : / a) les opérations d'hébergement telles qu'elles sont définies dans la législation des Etats membres qui sont effectuées dans le cadre du secteur hôtelier ou de secteurs ayant une fonction similaire () ". Il résulte de ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de Justice de l'Union européenne, d'une part, qu'introduisant une exception à l'exonération prévue pour l'affermage et la location de biens immeubles, elles ne doivent pas recevoir une interprétation stricte, d'autre part, que ne peuvent pas faire l'objet d'une exonération, dans la législation des Etats membres, les locations de logements meublés qui correspondent à des opérations d'hébergement, soit hôtelières, soit assimilables à ces dernières. S'il appartient à chaque Etat membre de fixer, lors de la transposition de ces dispositions, les critères utiles à la distinction entre la location d'un logement meublé susceptible d'être exonérée et la mise à disposition d'un tel logement dans des conditions l'apparentant à un hébergement hôtelier et, de ce fait, obligatoirement soumise à la taxe sur la valeur ajoutée, ces critères doivent être propres à garantir que ne soient exonérés du paiement de cette taxe que des assujettis dont l'activité ne remplit pas la ou les fonctions essentielles des entreprises hôtelières, avec lesquelles ils ne se trouvent donc pas en situation de concurrence potentielle.

4. Aux termes de l'article 261 D du code général des impôts : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () / 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. / Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : / () b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle. () ".

5. Ces dispositions ont pour effet d'inclure dans le champ de l'exonération toute mise à disposition d'un local meublé qui n'est pas assortie de l'offre, par l'exploitant, d'au moins trois des quatre services que constituent la fourniture du petit-déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture du linge de maison et la réception de la clientèle. Elles sont ainsi susceptibles d'entraîner l'exonération de locations de logements meublés au seul motif que deux de ces prestations accessoires ne sont pas offertes à la clientèle dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements hôteliers, alors que le cumul de trois de ces quatre prestations n'apparaît pas systématiquement indispensable pour que de telles locations puissent, selon le contexte dans lequel elles sont proposées, être regardées comme se trouvant en concurrence avec le secteur hôtelier.

6. Par suite, le b. du 4° de l'article 261 D du code général des impôts est incompatible avec les objectifs de l'article 135 de la directive du 28 novembre 2006 en tant qu'il subordonne la soumission à la taxe sur la valeur ajoutée des activités de mise à disposition d'un local meublé ou garni à la condition que soient proposées au moins trois des quatre prestations accessoires qu'il énumère, dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements hôteliers. En revanche, ces dispositions demeurent compatibles avec les objectifs dudit article en tant qu'elles excluent de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient les activités se trouvant dans une situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières. Il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'impôt, d'apprécier au cas par cas si un établissement proposant une location de logements meublés, eu égard aux conditions dans lesquelles cette prestation est offerte, notamment la durée minimale du séjour et les prestations fournies en sus de l'hébergement, se trouve en situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières. Les dispositions précitées n'imposent toutefois pas que les prestations para-hôtelières soient effectivement rendues, mais seulement que le loueur en meublé dispose des moyens nécessaires pour répondre aux éventuelles demandes.

7. D'autre part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération. Ainsi contrairement à ce que soutient la société requérante la charge de la preuve n'incombait pas exclusivement à l'administration.

8. La société requérante fait valoir qu'elle propose dans le cadre de la location de son chalet des prestations para-hôtelières rendues dans des conditions similaires aux établissements à caractère hôtelier, faisant entrer son activité dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, il est constant qu'elle ne propose pas de petit-déjeuner. Par ailleurs, si le linge de maison est fourni en début de location, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que les locataires pourraient bénéficier d'un renouvellement de ce linge de maison, même par l'intermédiaire d'un prestataire et avec supplément. En outre, s'il résulte des mentions de son site internet, selon les termes non contestés à cet égard de la proposition de rectification, que le ménage au cours du séjour, non inclus dans le tarif de réservation, serait proposé sur option, l'existence de cette option payante en cours de séjour ne ressort toutefois ni des mentions portées sur l'unique contrat de location produit qui fait état d'une location du 4 au 11 février 2018 pour un montant de 1 960 euros dont 800 euros d'arrhes et 200 euros de caution ménage ni de celles portées sur le modèle de contrat annexé à la proposition de rectification qui fait uniquement état d'une " option ménage à la fin [du] séjour pour 250 euros " et ajoute qu'une " caution ménage de 200 euros sera conservé par le propriétaire si le chalet n'est pas rendu dans l'état de propreté dans lequel le locataire a trouvé le logement ". Si la société requérante a opposé lors de son recours hiérarchique que ces mentions contractuelles ne correspondaient pas à la réalité des prestations haut de gamme fournies tout au long de la semaine par le biais de son prestataire l'entreprise JPB, elle ne conteste toutefois pas les éléments avancés par l'administration fiscale selon lesquels l'activité principale déclarée de cette micro-entreprise est celle de paysager et entretien extérieur des espaces et jardins. La seule attestation du gérant de cette entreprise, établie le 2 octobre 2020, soit postérieurement à la date de la proposition de rectification du 7 septembre 2020, portant mention de prestations de ménage réalisées trois fois par semaine pour chacun des six séjours facturés par la SARL en 2019, d'un accueil personnalisé des clients ainsi que de la gestion et de la mise en place des draps et linge de maison avant l'arrivée des locataires et leur nettoyage après le séjour et les deux factures à hauteur d'une somme globale de 1 500 euros, soit 250 euros par séjour, censées correspondre à la facturation de ces prestations établies le 2 octobre 2019, soit postérieurement à leur réalisation durant les locations en cause qui se déroulées en février, mars et août 2019, sont insuffisantes, en l'absence de tout autre élément et notamment de production d'un contrat entre l'entreprise JPB et la SARL YT Immo, pour justifier des prestations qu'auraient rendues ou que pourraient rendre ce prestataire aux locataires. Enfin, la société requérante n'apporte aucun élément sur la durée minimale de séjour proposée aux clients ou sur les modalités de location de son bien. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'activité de la SARL YT Immo serait exercée dans des conditions de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières du secteur.

9. Au surplus et en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante exercerait l'activité de location meublée dont elle se prévaut. Alors que l'administration fiscale remet également en cause l'existence même de cette activité, la société requérante qui est la seule à pouvoir produire les éléments justifiant de la mise à disposition d'un local meublé effectuée à titre onéreux et de manière habituelle se borne à produire une seule copie de contrat de location non signé et à faire état de la facturation de six séjours d'une semaine sans justificatif comptable des recettes correspondantes aux versements des arrhes et/ou du solde prévus aux contrats. Par ailleurs, elle ne se prévaut d'aucune mise en location par exemple sur des sites spécialisés dédiés et il résulte des termes non contestés de la proposition de rectification que son site internet ne permet aucune réservation en ligne et ne donne aucune indication quant au tarif de la location. En outre, le nombre et les périodes de location dont elle se prévaut, à les supposer même établies, apparaissent extrêmement limités eu égard à la localisation du chalet dans un secteur particulièrement touristique. Ainsi, au regard de l'ensemble de ces éléments, il ne résulte pas de l'instruction que le chalet dont elle est propriétaire aurait été effectivement affecté à une activité de location de courte durée à titre onéreux et de manière habituelle. Il s'ensuit que la société n'est pas fondée à soutenir qu'elle exerçait, à partir de fin 2017, une activité de location saisonnière soumise à la taxe sur la valeur ajoutée ni, par conséquent, à solliciter, sur le fondement des dispositions précitées, la régularisation du crédit de taxe dont elle s'estime bénéficiaire.

10. En dernier lieu, la société requérante sollicite, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le bénéfice de la doctrine administrative exprimée sous la référence BOFIP-TVA-CHAMP-10-10-50-20 et BOI-TVA-DED-30-10 du 7 octobre 2015 paragraphe n°1. Toutefois, ces commentaires administratifs dont la société requérante se prévaut ne contiennent pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il vient d'être fait application. Par suite, la SARL YT Immo n'est pas fondée à obtenir le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée déductible qu'elle estime détenir à raison de son activité sur le fondement de ces doctrines.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SARL YT Immo ne peut qu'être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL YT Immo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL YT Immo et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Bartnicki, première conseillère,

Mme Ghiandoni, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Bartnicki

Le président,

Signé

R. Féral La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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