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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2111094

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2111094

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2111094
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantSUCHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 décembre 2021 et 12 août 2022, Mme A B, représentée par Me Suchy, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2006, 2007 et 2008, ainsi que des pénalités et intérêts de retard qui les assortissent ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire les cotisations supplémentaires mises à sa charge à hauteur du montant correspondant aux plus-values sur cession de valeurs immobilières au titre des années 2007 et 2008, et, à titre très subsidiaire, de réduire de 58% la plus-value sur cession de valeurs mobilières réalisée en 2008 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors que la décision portant rejet de sa réclamation n'a pas été notifiée à son conseil ; elle n'a pas davantage été notifiée à son frère, auquel elle avait donné mandat pour la représenter auprès de l'administration ;

- sa réclamation contentieuse était recevable, dès lors que les propositions de rectifications ont été notifiées à son ancienne adresse ;

- s'agissant du redressement afférent à l'année 2006, les avis d'imposition, qui ont été adressés à une ancienne adresse, n'ont pas eu pour effet d'interrompre le délai de reprise avant le 31 décembre 2019 ;

- s'agissant des redressements afférents aux années 2007 et 2008, les propositions de rectifications, qui ne lui ont pas été notifiées à son adresse avant le 31 décembre 2010 et le 31 décembre 2011, n'ont pas interrompu le délai de reprise ;

- les plus-values sur cession de valeurs mobilières doivent être exonérées d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en application des articles 150-0 D bis et 150-0 D ter du code général des impôts pour les années 2007 et 2008 ;

- le rappel de droits au titre des plus-values de 2008 doit être réduit de 58 % en raison de la mise en œuvre en 2009 par le cessionnaire d'une garantie à première demande souscrite par son époux lors de la cession de la société.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juin et 15 septembre 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté ; elle est également irrecevable en raison de l'irrecevabilité de la réclamation préalable pour tardiveté ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mars 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces concernant les années 2006, 2007 et 2008, à l'issue duquel l'administration fiscale leur a notifié, par deux propositions de rectification du 23 décembre 2009 et du 5 février 2010, des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Sa réclamation ayant été rejetée par une décision du 29 janvier 2021, Mme B demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ainsi mises à sa charge ainsi que des intérêts de retard et pénalités qui les assortissent.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition () ". Selon l'article R. 198-10 de ce code : " La direction générale des finances publiques ou la direction générale des douanes et droits indirects, selon le cas, statue sur les réclamations dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation. () / Les décisions de l'administration sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif ". L'article R. 431-1 du code de justice administrative dispose que : " Lorsqu'une partie est représentée devant le tribunal administratif par un des mandataires mentionnés à l'article R. 431-2, les actes de procédure, à l'exception de la notification de la décision prévue aux articles R. 751-3 et suivants, ne sont accomplis qu'à l'égard de ce mandataire ". L'article R. 751-3 du même code prévoit que : " Sauf disposition contraire, les décisions sont notifiées le même jour à toutes les parties en cause et adressées à leur domicile réel, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception () ". L'article R. 421-1 de ce code dispose que : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes, enfin, de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation () ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'en indiquant que les décisions par lesquelles l'administration statue sur une réclamation sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif, l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales a entendu renvoyer aux dispositions qui régissent la notification des décisions clôturant l'instance. Il suit de là que le délai de recours devant le tribunal administratif court à compter du jour où la notification de la décision de l'administration statuant sur la réclamation du contribuable a été faite au contribuable lui-même, à son domicile réel, alors même que cette réclamation aurait été présentée par l'intermédiaire d'un mandataire au nombre de ceux mentionnés à l'article R. 431-2 du code de justice administrative. La circonstance que le contribuable aurait non seulement mandaté un conseil pour le représenter, mais aussi fait élection de domicile en son cabinet, est sans incidence sur l'application de cette règle. Dans le cas où le pli recommandé adressé au contribuable a été retourné par le service des postes avec la mention " non réclamé ", faute d'avoir été retiré dans le délai imparti, l'administration n'est pas tenue de procéder à une nouvelle notification de sa décision au mandataire du contribuable, dès lors qu'une telle règle ne trouve pas à s'appliquer à la notification des décisions clôturant l'instance devant le tribunal administratif.

4. Il résulte de l'instruction que la décision du 29 janvier 2021, qui mentionnait les voies et délais de recours, par laquelle l'administration a rejeté la réclamation présentée le 30 décembre 2020 par Mme B, a été notifiée à cette dernière par lettre recommandée avec avis de réception présentée par le service postal le 1er février 2021 à l'adresse de l'intéressée située à Chavenay, qui était mentionnée dans sa réclamation et dont il n'est pas contesté qu'elle correspondait à son domicile réel. Cette lettre a été retournée au service expéditeur, faute d'avoir été retirée à l'issue du délai de mise en instance au bureau de poste, revêtue de la mention " pli avisé et non réclamé ", ainsi qu'en attestent les mentions portées sur l'enveloppe produite par l'administration. Contrairement à ce que soutient Mme B, il résulte des principes rappelés au point 3 qu'une telle notification a fait courir le délai de recours contentieux à son égard à compter du 1er février 2021, alors même que sa réclamation avait été présentée par l'intermédiaire d'un avocat, et que l'administration n'était pas tenue de procéder à une nouvelle notification à l'avocat mandaté par la contribuable. Mme B ne peut pas utilement se prévaloir de ce que la décision de rejet de sa réclamation préalable n'aurait pas été notifiée à son frère, alors au demeurant que le mandat de représentation établi en sa faveur le 22 octobre 2009 ne prévoit aucune élection de domicile de la requérante chez celui-ci. Par suite, l'administration n'était pas davantage tenue de notifier la décision du 29 janvier 2021 au frère de la requérante. Dans ces conditions, la requête enregistrée par le greffe du tribunal le 22 décembre 2021, soit après l'expiration du délai de deux mois qui était imparti à Mme B pour contester la décision de rejet de sa réclamation préalable est tardive et, par suite, irrecevable. La fin de non-recevoir opposée par l'administration doit donc être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de Mme B tendant à la décharge des impositions litigieuses doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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