lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2200202 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BOILEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2022, Mme E C, M. D C et M. G C, représentés par Me Callon, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Rambouillet à leur verser, en qualité d'ayants droit de M. A et à titre personnel, la somme de 33 379,99 euros en réparation des préjudices subis par M. A, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rambouillet les frais d'expertise judiciaire ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rambouillet la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la prise en charge le 7 mai 2018 par le centre hospitalier de Rambouillet de M. A a été inadaptée, non conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science, ainsi que l'a relevé le rapport d'expertise judiciaire, de sorte que la responsabilité de cet établissement de santé est engagée pour faute sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- l'erreur de diagnostic commise par le centre hospitalier de Rambouillet est à l'origine d'une perte de chance d'éviter un accident vasculaire cérébral (AVC) et de présenter un AVC handicapant pour M. A à hauteur de 25 à 30 % selon le rapport d'expertise judiciaire ;
- ils sont fondés à demander la réparation des préjudices subis par M. A en leur qualité d'ayant droit ;
- ses préjudices patrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :
- 5 772 euros au titre des frais d'assistance par tierce-personne non spécialisée ;
- ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :
- 10 294,65 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
- 9 000 euros au titre des souffrances endurées, qui doivent être évaluées à 4 sur une échelle de 7 ;
- ses préjudices extrapatrimoniaux permanents doivent être indemnisés à hauteur de :
- 76 700 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- 5 500 euros au titre du préjudice esthétique ;
- 4 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
- après application d'un taux de perte de chance de 30% à la somme totale de 111 266,65 euros, le centre hospitalier de Rambouillet sera condamné à leur verser la somme de 33 379,99 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, le centre hospitalier de Rambouillet, représenté par Me Boileau, doit être regardé comme concluant au rejet de la requête et à ce que soient mis à la charge des requérants ou de tout succombant les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- au regard des recommandations de la Haute autorité de santé, il n'a commis aucune faute dans la prise en charge de M. A le 7 mai 2018 et conteste les conclusions adoptées par l'expert médical ; en tout état de cause, le manquement retenu par l'expert ne saurait entraîner une part de responsabilité au titre d'une perte de chance dans la mesure où il n'a pas fait perdre au patient une chance d'évolution plus favorable ;
- concernant le premier manquement, contrairement aux conclusions de l'expertise judiciaire médicale, l'analyse précise et rigoureuse des données de la science en 2018 ne permet pas de conclure à une perte de chance de 20 à 30% par défaut de prescription d'une bi antiagrégation lors de la prise en charge de M. C le 7 mai 2018 dès lors que les trois antiagrégants disponibles sont l'Aspirine, le Clopidogrel (Plavix(r)) et le Ticagrelor (Brilique(r)) et que M. A avait des antécédents et des facteurs de risque vasculaire importants, prenait déjà de l'aspirine au moment de l'accident ischémique transitoire (AIT) et était aussi allergique au Clopidogrel (Plavix(r)) ; le traitement restant, le Ticagrelor (Brilique(r)), qui doit être associé à l'aspirine, n'est pas indiqué dans l'accident vasculaire cérébral selon son autorisation de mise sur le marché ; dans son analyse, l'expertise judiciaire se fonde sur des recommandations de l'association américaine de prévention de l'AVC et des AIT qui ne datent pas de 2018 mais de 2014 et qui ont été actualisées en 2021 ; le texte qu'il reprend à son compte est issu d'une autre publication de la même association qui indique que l'association aspirine et Clopidogrel (Plavix(r)) peut être bénéfique en prévention secondaire des AVC, sans apporter pour autant une efficacité majeure ; la conclusion que tire l'expert judiciaire de la méta-analyse de 2017 est erronée dès lors qu'elle ne démontre pas que le changement ou l'association d'un autre antiagrégant plaquettaire à l'aspirine aurait réduit de 30% le risque d'AVC ; l'expert judiciaire fait référence à des études non encore publiées au moment des faits ; il est exact que l'attitude des neurologues concernant la prise en charge des AVC et des AIT a été modifiée, mais ces changements de pratiques ne sont intervenus qu'après la publication de l'étude Thales en 2020, de sorte qu'en 2018, il n'existait aucune preuve de l'intérêt du Ticagrelor dans la prévention des AVC ;
- concernant le second manquement, le traitement de la thrombolyse intraveineuse, lequel consiste à administrer dans les 4h30 qui suivent le début de l'AVC, un traitement pour dissoudre le caillot qui obstrue l'artère cérébrale, n'est pas indiqué pour un AIT mais uniquement un AVC constitué, ce qui n'était pas le cas le 7 mai 2018 ; l'identification de l'athérome de la crosse de l'aorte n'influence pas la pratique d'une thrombolyse ; le 7 mai 2018, il n'y avait aucune indication à réaliser une thrombolyse intraveineuse ;
- même avec une prise en charge différente, il n'y a pas de perte de chance d'une évolution plus favorable car il est totalement impossible de savoir si et comment la récidive de l'AVC aurait pu être évitée ; il n'y a pas de lien entre la réalisation du bilan étiologique de l'AIT et la pratique d'une thrombolyse ; les séjours hospitaliers pour bilan étiologique d'un AIT étant en général très courts et inférieurs à 48 heures, même si l'hospitalisation avait été proposée le 7 mai 2018, l'AVC du 10 mai serait survenu alors que M. A aurait déjà regagné son domicile ;
- même s'il peut être entendu que le diagnostic d'accident ischémique transitoire aurait pu être posé le 7 mai 2018 chez M. A qui avait des antécédents et des facteurs de risque vasculaires, ce retard de diagnostic n'a, en tout état de cause, pas fait perdre de chance au patient de pouvoir bénéficier d'un traitement efficace permettant d'éviter la récidive du 10 mai dans la mesure où il était allergique au clopidogrel (Plavix(r)) seul antiplaquettaire d'efficacité démontrée qui aurait pu être associé à l'aspirine qu'il avait déjà ;
- sa responsabilité n'étant pas engagée, la demande de remboursement de créances de la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines ne pourra qu'être rejetée ; en tout état de cause, les frais engagés par la caisse relèvent indubitablement de l'évolution de la pathologie initiale de M. A et non d'un quelconque manquement de sa part.
Par trois mémoires, enregistrés les 10 mars 2022, 28 février 2023 et 1er décembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, représentée par Me Legrandgérard, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à ce que le centre hospitalier de Rambouillet soit condamné, sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, à lui rembourser une somme de 49 177,69 euros au titre de ses débours en lien avec les fautes commises par cet établissement, ainsi qu'à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, et à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Rambouillet la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle s'associe entièrement à l'argumentation développée par les consorts C et l'a fait sienne ; la responsabilité du centre hospitalier de Rambouillet est incontestablement engagée au regard du rapport d'expertise et des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- l'attestation d'imputabilité établie en toute indépendance par le service médical d'Île de France certifie que les débours dont il est demandé le remboursement sont en rapport direct, certain et exclusif avec la prise en charge fautive du 7 mai 2018 de M. A par le centre hospitalier de Rambouillet et conforme aux conclusions de l'expertise judiciaire médicale ; elle sollicite l'application du taux de perte de chance de 30 % retenu par les requérants à la somme de 163 925,63 euros, soit une créance d'un montant de 49 177,69 euros ;
- l'indemnité forfaitaire de gestion et les frais irrépétibles lui sont incontestablement dues ; ayant chacun une nature et un objet distinct, ces sommes sont d'application cumulative.
Vu
- l'ordonnance du 25 mai 2021 n°2001821 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise médicale réalisée par le docteur B ;
- le rapport de l'expertise médicale ordonnée en référé, déposé le 10 mai 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public ;
- les observations de Me Chauveau, substituant Me Boileau, représentant le centre hospitalier de Rambouillet.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 mai 2018, M. A, né le 30 mars 1950, alors âgé de 68 ans, a été pris en charge au sein du service des urgences du centre hospitalier de Rambouillet après l'apparition vers 13h le même jour, pendant une dizaine de minutes, d'une perte de motricité transitoire de la main gauche. L'électrocardiogramme et le bilan sanguin réalisés se sont avérés normaux. Ayant retrouvé la mobilité de sa main, M. A a été invité à regagner son domicile le jour-même. Dans la nuit du 9 au 10 mai 2018 à 4 heures du matin, il s'est réveillé en constatant une hémiplégie gauche totale et a été transféré au sein du service des urgences du centre hospitalier de Rambouillet à 6 heures. A la suite de la réalisation d'une imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale, un AVC a été diagnostiqué. Il a été transféré le jour-même au centre hospitalier de Versailles. M. A est décédé le 9 avril 2020. Par ordonnance du 9 avril 2020 n°2001821, le président du tribunal a désigné le docteur F B, expert neurologue, en qualité d'expert judiciaire médical, lequel a déposé son rapport d'expertise judiciaire définitif le 10 mai 2021. Par courrier du 8 novembre 2021, Mme C et ses deux fils ont adressé au centre hospitalier de de Rambouillet une demande préalable d'indemnisation, laquelle est restée sans réponse. Les consorts C demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Rambouillet à leur verser, en qualité d'ayants droit de M. A et à titre personnel, une somme de 33 379,99 euros en réparation des préjudices subis résultant des séquelles de l'accident vasculaire cérébral dont M. A a été victime le 10 mai 2018.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction que M. A a été victime le 10 mai 2018 d'un accident vasculaire cérébral, dont il a conservé des séquelles, intervenu dans les suites d'un accident ischémique transitoire survenu le 7 mai 2018.
4. Les recommandations pour la pratique clinique de l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation de la santé, devenue en août 2004 la Haute autorité de santé, intitulées " Prise en charge diagnostique et traitement immédiat de l'accident ischémique transitoire de l'adulte " de mai 2004 définissent ainsi l'AIT : " Un AIT est un épisode bref de dysfonction neurologique dû à une ischémie focale cérébrale ou rétinienne, dont les symptômes cliniques durent typiquement moins d'1 heure, sans preuve d'infarctus aigu. ". Elles rappellent que " Le diagnostic d'AIT peut être difficile du fait de la diversité des symptômes, des nombreux diagnostics différentiels et de son caractère rétrospectif. ". Le symptôme de " troubles moteurs et/ou sensitifs bilatéraux ou à bascule d'un épisode à l'autre, touchant la face et/ou les membres " est considéré comme révélateur d'un " AIT probable " s'il s'installe rapidement, " habituellement en moins de deux minutes ". La stratégie de prise en charge diagnostique et thérapeutique de ces recommandations préconise de " considérer l'AIT comme une urgence diagnostique et thérapeutique. () Il est donc recommandé de réaliser une imagerie cérébrale et un bilan étiologique rapidement chez tout patient ayant présenté un AIT. Aucune étude ne permet de préciser le délai optimal de réalisation de ces examens complémentaires. La notion d'urgence est d'autant plus importante que l'accident est récent. Le groupe propose de réaliser ces examens en urgence lorsque l'AIT est récent. () L'imagerie par résonnance magnétique (IRM) avec séquence de diffusion est l'examen recommandé (grade C). Si l'IRM n'est pas réalisable ou contre-indiquée, un scanner cérébral sans injection de produit de contraste est recommandé. () Le bilan étiologique doit être individualisé, adapté au terrain, à l'histoire clinique et à la cause suspectée. Une exploration en deux étapes est recommandée. - Le bilan initial, réalisé dans les meilleurs délais, comprend : - une exploration non invasive des artères cervico-encéphaliques par échodoppler (avec si possible Doppler transcrânien). En fonction du plateau technique, une angiographie par résonance magnétique ou un angioscanner spiralé peuvent être réalisés en première intention et couplés à l'imagerie du parenchyme cérébral ; - un électrocardiogramme (ECG) ; - un bilan biologique avec au minimum : hémogramme, vitesse de sédimentation (VS), C-Reactive Protein (CRP), ionogramme sanguin, glycémie, créatininémie, temps de Quick, temps de céphaline activée (TCA). "
5. Il résulte de l'instruction que le 7 mai 2018, lors de la préparation de son déménagement, M. A, alors âgé de 68 ans, a ressenti, vers 13h, pendant une dizaine de minutes, la sensation que sa main gauche était, selon ses termes, " morte ". Il a été admis au sein du service des urgences du centre hospitalier de Rambouillet le même jour à 14h32. Le centre hospitalier a pratiqué un électrocardiogramme et un bilan sanguin qui se sont révélés normaux. A l'issue de ce bilan étiologique, cet établissement de santé a retenu une faiblesse de l'avant-bras gauche dans un contexte d'épuisement physique chez un patient sous Kardégic (médicament prescrit pour les maladies cardiovasculaires et contenant de l'aspirine), diagnostiquant une probable pathologie neuromusculaire locale. Or, il résulte des recommandations " Prise en charge diagnostique et traitement immédiat de l'accident ischémique transitoire de l'adulte " de mai 2004 citées au point 4 et rappelées par l'expert médical, que le déficit moteur transitoire d'environ dix minutes du membre supérieur gauche ressenti par M. A aurait dû conduire le service des urgences à évoquer la possibilité d'un AIT et qu'il appartenait au centre hospitalier de Rambouillet de mettre en œuvre ces recommandations en effectuant une IRM ainsi qu'un bilan étiologique comprenant l'électrocardiogramme et le bilan sanguin réalisés mais aussi une exploration non invasive des artères cervico-encéphaliques par échodoppler, d'autant que le score ABCD2 (Age, Blood pressure, Clinical features, Duration of symptoms et Diabete) de M. A indiquait un risque élevé de récidive. Ainsi que le fait valoir l'expert médical, l'enquête étiologique aurait permis d'identifier l'existence d'un athérome de la crosse de l'aorte avec une plaque supérieure à quatre millimètres. Dans ces conditions, en ne réalisant pas d'IRM, ni d'exploration non invasive des artères cervico-encéphaliques par échodoppler, le centre hospitalier de Rambouillet a méconnu les règles de l'art en matière de prise en charge diagnostique d'un AIT. Ce manquement ayant entraîné une erreur de diagnostic constitue une faute de nature à engager la responsabilité de cet établissement de santé.
Sur l'évaluation de la perte de chance :
6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. Les recommandations pour la pratique clinique de l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation de la santé intitulées " Prise en charge diagnostique et traitement immédiat de l'accident ischémique transitoire de l'adulte " de mai 2004 préconisent le traitement suivant : " Après un AIT, il est recommandé de débuter au plus vite un traitement par aspirine, à la dose de charge de 160-300 mg/j, en l'absence de contre-indication et dans l'attente des résultats du bilan étiologique. Cette recommandation prend en compte : - le risque de survenue parfois précoce d'un AVC après un AIT (2,5-5 % à 48 heures) ; - l'action rapide de l'aspirine ; - son efficacité en prévention secondaire après un AIT (grade A) ; - son efficacité dans la prévention des récidives à la phase aiguë de l'AVC ischémique (grade A). (). /Le traitement devra être réévalué en fonction des résultats du bilan étiologique. En effet, le risque de survenue d'un AVC après un AIT et les mesures de prévention secondaire à mettre en œuvre (antiagrégants, anticoagulants, chirurgie carotide, prise en charge des facteurs de risque cardio-vasculaires) dépendent en grande partie de la cause de l'AIT et donc des résultats du bilan étiologique qui doit être réalisé dans les meilleurs délais. ".
8. Par ailleurs, les recommandations de bonne pratique pour la pratique clinique de la Haute autorité de santé intitulées " Prévention vasculaire après un infarctus cérébral ou un accident ischémique transitoire " de juillet 2014, mises à jour en juin 2018, préconisent le traitement suivant en cas d'athérome de la crosse de l'aorte " Athérosclérose de la crosse de l'aorte/ R 52. Après un infarctus cérébral ou un AIT associé à une athérosclérose = 4 mm d'épaisseur de la crosse de l'aorte, le traitement recommandé repose sur les antiagrégants plaquettaires (AE) (). ". Le sigle " AE " signifie " accord d'experts : En l'absence d'études, les recommandations sont fondées sur un accord entre experts du groupe de travail, après consultation du groupe de lecture. L'absence de gradation ne signifie pas que les recommandations ne sont pas pertinentes et utiles. Elle doit, en revanche, inciter à engager des études complémentaires. ".
9. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de l'expertise médicale s'appuyant sur les recommandations citées aux points 7 et 8, qu'en cas d'athérome de la crosse de l'aorte, il est recommandé d'administrer au patient des antiagrégants plaquettaires qui sont des médicaments destinés à fluidifier le sang et à prévenir la formation de caillots dans les vaisseaux sanguins, constitués d'une part, de l'aspirine (acide acétylsalicylique), et d'autre part, du Plavix (clopidogrel) ou du Brilique (ticagrélor), ces deux derniers pouvant ainsi être associés en bi anti agrégation à l'aspirine. Si, ainsi que le fait valoir le centre hospitalier de Rambouillet, M. A, avant son AIT survenu le 7 mai 2018, prenait comme traitement de ses autres pathologies, un comprimé de Kardégic 75 le soir, soit un médicament comportant en partie de l'acide acétylsalicylique et ayant pour objet de fluidifier le sang, et s'il était allergique au Plavix, l'erreur de diagnostic constatée au point 5 a néanmoins empêché que lui soit administré, à titre préventif d'un AVC, un traitement thérapeutique constitué d'un bi anti agrégation plaquettaire par Kardégic et Brilique, qui est le traitement qui lui a été administré par l'unité neurovasculaire du centre hospitalier de Versailles à compter de sa prise en charge le 10 mai 2018 à la suite de son AVC. Il suit de là que l'absence de diagnostic le 7 mai 2018 d'un athérome de la crosse de l'aorte avec une plaque supérieure à quatre millimètres n'a pas permis à M. A de bénéficier du traitement recommandé par les règles de l'art d'une " bi anti agrégation plaquettaire " par Kardégic et Brilique, l'intéressé ayant été maintenu sous son traitement antérieur de Kardégic en " mono anti agrégation " à sa sortie le 7 mai 2018 du centre hospitalier de Rambouillet. Cette absence de traitement adapté, consécutif à l'erreur de diagnostic, a entraîné une perte de chance pour M. A d'échapper aux séquelles de l'AVC dont il a été victime le 10 mai 2018. En outre, son score ABCD2 était de 4, soit un risque élevé de récidive justifiant une hospitalisation, au cours de laquelle il aurait pu bénéficier dans les meilleurs délais d'une thrombolyse, en cas d'AVC, afin de dissoudre un caillot obstruant l'artère du cerveau, diminuant d'environ 30% le risque de survenue d'un handicap sévère. A cet égard, le centre hospitalier de Rambouillet ne peut sérieusement soutenir qu'une hospitalisation le 7 mai 2018 aurait été sans incidence sur l'état de santé de M. A dès lors que l'AVC dont il a été victime est survenu dans la nuit du 9 au 10 mai 2018 à 4 heures du matin, à peine plus de quarante-huit heures après son admission. Dès lors, le taux de perte de chance d'éviter la survenue de l'AVC doit être évalué à hauteur de 30%.
Sur l'indemnisation des préjudices de M. A :
10. L'état de santé de M. A a été consolidé le 11 mars 2020 et il est décédé le 9 avril 2020.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
11. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire, que M. A a subi un déficit fonctionnel temporaire total pendant ses périodes d'hospitalisation du 10 mai 2018 au 26 décembre 2018 puis du 3 janvier 2019 au 21 janvier 2019, puis, à raison d'une demi-journée par jour, pendant cinq jours, du 21 janvier 2019 au 26 juin 2019. Il résulte également de l'expertise qu'il a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe 4 dégressif à compter de son séjour en hôpital de jour une demi-journée par jour pendant cinq jours par semaine du 21 janvier 2019 au 26 juin 2019, jusqu'au 11 mars 2020, date de consolidation, à compter de laquelle l'expert a évalué le taux de déficit fonctionnel permanent de l'intéressé à 50%. Il sera fait une juste appréciation de la réparation de ce chef de préjudice, évalué sur la base d'un taux forfaitaire journalier de 15 euros pour une incapacité temporaire totale, en allouant une indemnité de 8 622 euros à ce titre.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
12. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. A en raison d'une part, de ses hospitalisations du 10 mai 2018 au 26 décembre 2018 puis du 3 janvier 2019 au 21 janvier 2019, puis, à raison d'une demi-journée pour cinq jours par semaine, du 21 janvier 2019 au 26 juin 2019 et d'autre part, de la spasticité douloureuse de l'hémicorps gauche, en particulier du membre supérieur gauche, peuvent être évaluées à quatre sur une échelle de sept. Il sera fait une équitable appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 7 500 euros.
En ce qui concerne l'assistance par tierce-personne non spécialisée :
13. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer, augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours.
14. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. A a eu besoin d'une assistance par tierce personne non spécialisée à hauteur d'une heure par jour pour les déplacements extérieurs, à compter de la fin de son hospitalisation complète, le 21 janvier 2019, et jusqu'à son décès le 9 avril 2020, soit sur une durée de 444 jours, à laquelle il convient d'ajouter les congés payés et les jours fériés. En retenant un taux horaire de 14 euros pour une aide non spécialisée pour les années considérées, il y a lieu d'évaluer ensemble les besoins temporaire et permanent d'assistance par une tierce personne non spécialisée à la somme de 7 016,42 euros.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent et le préjudice d'agrément :
15. Si la victime du dommage décède sans que ses droits aient été définitivement fixés, c'est-à-dire, en cas de litige, avant qu'une décision juridictionnelle définitive ait fixé le montant de l'indemnisation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers. Cependant, le préjudice subi par la victime, ayant cessé au moment du décès, doit être évalué à la date de cet événement, y compris lorsque le décès est lié au fait ouvrant droit à indemnisation.
16. Il résulte de l'instruction qu'à la date de consolidation du 11 mars 2020, M. A alors âgé de 70 ans, souffrait d'un taux de 50% de déficit fonctionnel permanent en raison d'une hémiplégie gauche spastique, de troubles cognitifs dysexécutifs, de la marche avec une canne, et de difficultés d'utilisation de son membre supérieur gauche. M. A pratiquait la chasse jusqu'à son accident vasculaire cérébral. Compte tenu du fait que l'intéressé est décédé moins d'un mois après la date de sa consolidation, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent de M. A ainsi que de son préjudice d'agrément en les évaluant à la somme globale de 1 500 euros.
En ce qui concerne le préjudice esthétique :
17. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement du rapport d'expertise, qu'en raison de son hémiparésie gauche causée par son accident vasculaire cérébral, M. A a été contraint de se déplacer à l'aide d'une canne ou en fauteuil roulant. Son préjudice esthétique, sans distinction de son caractère temporaire ou permanent, a été évalué par l'expert à trois sur une échelle de sept. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.
18. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Rambouillet est condamné à verser aux consorts C, en leur qualité d'ayants droit, la somme de 26 138,42 euros, à laquelle il convient d'appliquer un taux de perte de chance de 30%, en réparation des préjudices subis par ce dernier, soit la somme de 7 841,53 euros.
Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :
19. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil, que la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines a versé au bénéfice de M. A, son assuré, la somme de 163 925,63 euros au titre des frais d'hospitalisation, des frais médicaux, des frais d'appareillage et des frais de transport, et que ces dépenses de santé résultent directement des fautes commises.
20. Par suite, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines est fondée à obtenir du centre hospitalier de Rambouillet le remboursement, après application du taux de perte de chance de 30% retenu, de la somme de 49 177,69 euros.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
21. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 visé ci-dessus et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans la présente décision, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros. Il y a lieu de mettre le versement de cette indemnité à la charge du centre hospitalier de Rambouillet.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
22. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ".
23. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
24. D'une part, les consorts C ont droit, à compter de la date de réception par l'établissement de santé de leur demande indemnitaire préalable, le 10 novembre 2021, aux intérêts au taux légal sur la somme de 7 841,53 euros que le centre hospitalier de Rambouillet est condamné à leur verser.
25. D'autre part, les consorts C ont également sollicité la capitalisation des intérêts. Cette demande ne prend effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 10 novembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
26. Par ordonnance de la présidente du tribunal du 25 mai 2021 n°2001821, les frais et honoraires de l'expertise médicale confiée au docteur F B ont été taxés et liquidés à la somme de 2 245 euros, mise à la charge de Mme C. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais et honoraires à la charge définitive du centre hospitalier de Rambouillet, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais d'instance :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des consorts C et de la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Rambouillet demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cet établissement la somme demandée de 1 500 euros au titre des frais exposés par les consorts C et la somme de 1000 euros au titre des frais exposés par la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Rambouillet est condamné à verser à Mme E C, à M. D C et à M. G C, en leur qualité d'ayants droit, la somme de 7 841,53 euros (sept mille huit cent quarante et un euros et cinquante-trois centimes d'euros) en réparation des préjudices subis par M. A, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 10 novembre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le centre hospitalier de Rambouillet est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 49 177,69 euros (quarante-neuf mille cent soixante-dix-sept euros et soixante-neuf centimes d'euros) en remboursement de ses frais et débours.
Article 3 : Le centre hospitalier de Rambouillet versera à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 1 191 euros (mille cent quatre-vingt-onze euros) au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire du docteur B, taxés et liquidés à hauteur de la somme totale de 2 245 euros (deux mille deux cent quarante-cinq euros) par l'ordonnance du 25 mai 2021 n°2001821, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Rambouillet.
Article 5 : Le centre hospitalier de Rambouillet versera à Mme E C, à M. D C et à M. G C la somme demandée de 1 500 euros (mille cinq cents euros) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le centre hospitalier de Rambouillet versera à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines une somme de 1 000 euros (mille euros) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à M. D C et à M. G C, au centre hospitalier de Rambouillet et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.
Copie en sera adressée au docteur F B, expert et à la MGEN de Montigny-le-Bretonneux.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Corthier
La présidente,
signé
J. Lellouch
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026