jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2200252 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BOILEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 13 et 14 janvier 2022 et 2 juin 2023, M. B D, représenté par Me Petit-Perrin, demande au tribunal :
1°) de condamner le groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE) à lui verser la somme totale de 17 250 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de fautes dans sa prise en charge au sein du centre hospitalier de Longjumeau le 26 septembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge du GHNE le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- le centre hospitalier de Longjumeau a commis des fautes lors de sa prise en charge le 26 septembre 2020 ;
- ces fautes doivent donner lieu à une réparation intégrale ;
- il a subi des préjudices qui se décomposent comme suit : 5 750 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 1 500 euros au titre de l'assistance par une tierce personne, 4 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent, et 4 000 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 24 mai et 29 juin 2023, le GHNE, représenté par Me Boileau, conclut :
1°) à ce que les sommes allouées à M. D au titre de ses préjudices soient ramenées à de plus justes proportions pour tenir compte d'un taux de perte de chance de 15 % et exclure ou réduire certains postes de préjudice ;
2°) au rejet du surplus des conclusions de M. D et au rejet des conclusions de la CPAM de l'Essonne.
Il fait valoir que :
- il convient d'appliquer le taux de perte de chance de 15 % conformément aux conclusions de l'expert ;
- eu égard aux pièces qu'il produit et aux conclusions du rapport d'expertise, le requérant ne justifie pas de l'intégralité des préjudices dont il se prévaut ou, en tout état de cause, pas à hauteur de ses prétentions.
Par un mémoire enregistré le 29 avril 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Essonne, représentée par son directeur général, conclut :
1°) à la condamnation du GHNE à lui verser la somme de 674,09 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de sa première demande en justice, outre les prestations non connues à ce jour ;
2°) à la condamnation du GHNE à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) à ce que soit mis à la charge du GHNE le versement de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la responsabilité du GHNE est engagée en raison de fautes dans la prise en charge de M. D au sein du centre hospitalier de Longjumeau le 26 septembre 2020 ;
- sa créance est constituée des frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de rééducation.
Vu :
- l'ordonnance n° 2008697 du 29 mars 2021 ordonnant une expertise ;
- le rapport d'expertise déposé par le docteur E le 8 juillet 2021 ;
- l'ordonnance du 15 juillet 2021 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par le docteur E ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif à l'indemnité forfaitaire de gestion ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, alors âgé de dix-huit ans, a été admis le 26 septembre 2020 aux urgences de l'hôpital de Longjumeau, rattaché au groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE), à la suite d'un accident de la route lui ayant causé une plaie du bord cubital de la main gauche et un écrasement du dos de la main par sa montre. Les plaies ont été suturées et le port d'une attelle lui a été prescrit. Les radiographies n'ont révélé aucune lésion osseuse. M. D ne pouvant plus bouger ses doigts, son médecin traitant lui a prescrit une échographie, réalisée le 14 octobre 2020, mettant en évidence une rupture des tendons extenseurs au niveau du poignet gauche. Il a été opéré le 16 octobre 2020 en ambulatoire par le docteur C, chirurgien orthopédiste, à la clinique de l'Yvette à Longjumeau. Il a ensuite été immobilisé pendant cinq semaines par le port permanent d'une attelle et a suivi une rééducation qui s'est poursuivie jusqu'en juin 2021.
2. Saisi par M. D le 22 décembre 2020, le juge des référés du tribunal a désigné par une ordonnance n° 2008697 du 29 mars 2021, le docteur A, remplacé par une ordonnance du 14 mai 2021 par le docteur E, spécialiste en chirurgie osseuse et articulaire, pour procéder à une expertise. Il a déposé son rapport le 8 juillet 2021, concluant notamment à l'existence de fautes dans la prise en charge de M. D.
3. Par un courrier du 8 novembre 2021 reçu le 10 novembre suivant, M. D a présenté auprès du GHNE une demande préalable indemnitaire, implicitement rejetée. Par la présente requête, M. D demande au tribunal de condamner le GHNE à l'indemniser de ses préjudices.
Sur la responsabilité de l'établissement :
4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du docteur E, que la prise en charge de M. D par le centre hospitalier de Longjumeau n'a pas été conforme aux données acquises de la science, dès lors que malgré ses symptômes, l'intéressé ayant notamment signalé qu'il ne pouvait pas étendre les doigts, la plaie de la main n'a pas été explorée au bloc opératoire comme elle aurait dû l'être et le diagnostic de rupture tendineuse n'a par conséquent pas été fait, ce qui n'a pas permis de réparer ces lésions en urgence par une suture des tendons extenseurs des doigts longs. Il en a résulté une rétractation tendineuse nécessitant qu'une ténodèse soit réalisée, modifiant le jeu normal des tendons en les raccourcissant. Dans ces conditions, les erreurs de diagnostic et de choix thérapeutique constituent une faute de nature à engager la responsabilité du GHNE.
Sur la fraction du préjudice indemnisable :
6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise, que les erreurs de diagnostic et de choix thérapeutique sont à l'origine d'une perte de chance de 95 % pour M. D d'éviter les dommages qui en ont résulté.
Sur les préjudices :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
8. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise diligentée, que M. D a subi un déficit fonctionnel temporaire (DFT) partiel directement lié aux manquements du centre hospitalier de Longjumeau à 50 % le 16 octobre 2020, à 25 % du 28 octobre au 28 novembre 2020, à 35 % les 29 et 30 novembre 2020, à 10 % du 1er au 31 décembre 2020, à 5% du 30 mars au 30 mai 2021, et à 15 % du 1er au 15 juin 2021.
9. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en accordant à M. D, après application du taux de perte de chance, une somme de 218 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
10. Ce préjudice est constitué par le port d'une attelle imputable aux manquements du centre hospitalier, du 28 octobre au 30 novembre 2020. Par suite, il sera fait une juste évaluation du préjudice en allouant à M. D, après application du taux de perte de chance, la somme de 475 euros à ce titre.
S'agissant de l'assistance par une tierce personne :
11. Lorsque le juge administratif indemnise la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours.
12. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise judiciaire, que l'état de M. D à la suite de sa prise en charge fautive par le centre hospitalier de Longjumeau, nécessitait l'assistance d'une tierce personne non qualifiée du 28 octobre au 30 novembre 2020, période d'immobilisation du membre supérieur imputable aux manquements. L'expert n'ayant pas quantifié ce besoin, il peut être fixé à une heure par jour selon l'évaluation non contestée du médecin-conseil du GHNE. Il sera fait une juste appréciation des besoins en assistance d'une tierce personne à domicile en les évaluant, compte tenu du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) horaire brut augmenté des charges sociales, sur la base d'un taux horaire moyen de 15 euros pour cette période. Ce préjudice peut ainsi être évalué, après application du taux de perte de chance, à 547 euros. Il y a lieu de condamner le GHNE à payer une telle somme au titre de ce poste de préjudice.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
13. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'à la date de consolidation, M. D était âgé de dix-neuf ans et que son déficit fonctionnel permanent imputable aux manquements du centre hospitalier était de 2 %, en raison de séquelles dans le fonctionnement de sa main gauche, se traduisant par l'impossibilité d'effectuer certains mouvements, une légère perte de force et une perte de sensibilité. Le préjudice peut donc être évalué, après application du taux de perte de chance, à la somme de 2 300 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
14. L'expert judiciaire a évalué ce chef de préjudice pour sa part imputable aux manquements du centre hospitalier, résultant d'une majoration des cicatrices causées par son accident de la route, à 1 sur une échelle de 1 à 7. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant, après application du taux de perte de chance, à la somme de 900 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
15. M. D soutient qu'il pratiquait assidument le vélo en club. Il produit des justificatifs permettant d'en attester et l'expert judiciaire a indiqué dans son rapport que le requérant a du mal à passer les vitesses et que sa gestuelle est perturbée, ne lui permettant plus de faire du vélo au même niveau qu'avant son accident, en raison du dommage subi. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice en l'évaluant, après application du taux de perte de chance, à 950 euros.
16. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le GHNE à verser à M. D la somme totale de 5 390 euros.
Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :
17. Il résulte de l'instruction que la CPAM de l'Essonne a versé au bénéfice de M. D, son assuré, la somme de 674,09 euros au titre de frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de rééducation, résultant directement des fautes commises par le centre hospitalier de Longjumeau. La CPAM de l'Essonne produit une attestation d'imputabilité, qui établit la réalité de ces dépenses et leur imputabilité aux manquements en cause.
18. Par suite, la CPAM de l'Essonne est fondée à obtenir du GHNE le remboursement, après application du taux de perte de chance, de la somme de 640,39 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 avril 2022.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
19. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM de l'Essonne est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 224,70 euros. Il y a lieu de mettre le versement de cette indemnité à la charge du GHNE.
Sur les dépens :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise du docteur E, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 2 421 euros par ordonnance de la présidente du tribunal du 15 juillet 2021, à la charge définitive du GHNE, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
21. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHNE la somme de 1 800 euros à verser à M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
23. La CPAM de l'Essonne, qui s'est défendue sans l'intermédiaire d'un avocat, ne justifie d'aucun frais exposé et non compris dans les dépens. Les conclusions qu'elle présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent ainsi qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le GHNE est condamné à verser à M. D la somme de 5 390 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.
Article 2 : Le GHNE est condamné à verser à la CPAM de l'Essonne la somme de 640,39 euros en remboursement de ses frais et débours, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 avril 2022.
Article 3 : Le GHNE versera à la CPAM de l'Essonne la somme de 224,70 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à hauteur de la somme de 2 421 euros par l'ordonnance du 15 juillet 2021, sont mis à la charge définitive du GHNE.
Article 5 : Le GHNE versera à M. D la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au groupe hospitalier Nord-Essonne et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sauvageot, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
F. GibelinLa présidente,
signé
J. Sauvageot
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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