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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200463

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200463

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200463
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMagistrat Marc
Avocat requérantAARPI KADRAN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 janvier 2022, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis la requête de Mme F A au tribunal administratif de Versailles.

Par cette requête, et par un mémoire complémentaire enregistré le 20 septembre 2023, Mme F A, représentée par Me Hubert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2021, par laquelle les ministres de l'éducation, de la jeunesse, des sports, de l'enseignement supérieur et de la recherche ont fixé son taux d'invalidité à 30 % à la date de radiation des cadres au titre d'une pathologie et de 15 % à la date de radiation des cadres au titre d'une seconde pathologie ;

2°) d'annuler la décision du 1er juillet 2021, par laquelle l'inspecteur de l'académie de Versailles a fixé son taux d'invalidité à 30 % à la date de radiation des cadres au titre d'une pathologie et de 15 % à la date de radiation des cadres au titre d'une seconde pathologie ;

3°) d'enjoindre aux ministres de l'éducation, de la jeunesse, des sports, de l'enseignement supérieur et de la recherche de réexaminer sa situation, tendant à ce qu'un taux d'invalidité conforme aux pathologies dont elle souffre soit fixé, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions en litige ont été édictées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure car Mme A n'a jamais assisté à aucune commission de réforme ni n'y a été convoquée ;

- elles sont entachées " d'erreur de droit pour incompétence négative ", dès lors que l'administration s'est crue liée par les avis des médecins ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'acte du 1er juillet 2021 n'a été émis qu'à titre d'information et n'est pas décisoire et soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré le 28 septembre 2023, présenté pour Mme A, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marc ;

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F A, professeure certifiée titulaire, a été admise à la retraite pour invalidité à compter du 1er août 2021. Par un courrier du 1er juillet 2021 du directeur des services départementaux de l'éducation nationale de l'Essonne, elle a été informée de ce que la commission de réforme départementale réunie le 1er juillet 2021 avait étudié son dossier à la suite de l'expertise diligentée par le docteur B, avait retenu les taux d'invalidité de 30 % et 15 % pour ses pathologies et que son dossier était adressé au service des pensions. Par une décision du 7 octobre 2021 de la cheffe du département des retraites et des cotisations du service des retraites de l'éducation nationale, il a été indiqué à Mme A que son dossier avait été soumis aux membres de la commission de réforme de l'Essonne le 1er juillet 2021, lesquels avaient pris connaissance de ses observations avant d'entériner les taux d'invalidité chiffrés par les médecins, et qu'il apparaissait alors que ses droits avaient été correctement appréciés. Mme A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la " décision " du 1er juillet 2021 :

2. Par un courrier daté du 1er juillet 2021, l'inspecteur d'académie, directeur académique des services de l'éducation nationale, s'est borné à informer Mme A de la teneur de l'avis de la commission de réforme départementale réunie ce même jour. Par ses termes mêmes, ce courrier est seulement informatif, ainsi que le fait valoir l'administration dans ses écritures, et ne saurait, dès lors, être regardé comme un acte faisant grief. Par suite, Mme A n'est pas fondée en demander l'annulation.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 7 octobre 2021 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 28 de la décision du 22 septembre 2021 portant délégation de signature du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, Mme E D, cheffe de section au département des retraites et des cotisations, signataire de la décision contestée, a reçu délégation aux fins de signer tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions du département des retraites et des cotisations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision du 7 octobre 2021 mentionne le contenu de l'article L. 30 du code des pensions civiles et militaires de retraite et précise le sens des rapports d'expertise émis par les docteurs G et B. Cette décision relève également que la deuxième pathologie est apparue avant la nomination de l'intéressée, ne s'est pas aggravée pendant la période d'activité et ne peut donc être prise en compte. Elle mentionne, enfin, que le médecin a pris connaissance du dossier médical de la requérante et n'a pas mentionné d'autres pathologies. Par suite, cette décision est, en droit comme en fait, suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, d'une part, si Mme A fait valoir, au soutien du moyen tiré du vice de procédure, qu'elle n'a jamais assisté à aucune commission de réforme ni aucun comité médical, que la convocation reçue pour la réunion du 1er juillet 2021 ne mentionnait ni le lieu, ni l'heure de la réunion, et que le délai laissé pour présenter ses observations était trop court, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision en droit permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. Au demeurant, aux termes de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 susvisé relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. () Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme. L'avis formulé en application du premier alinéa de l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite doit être accompagné de ses motifs. Le secrétariat de la commission de réforme informe le fonctionnaire : -de la date à laquelle la commission de réforme examinera son dossier ; -de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de se faire entendre par la commission de réforme, de même que de faire entendre le médecin et la personne de son choix. L'avis de la commission de réforme est communiqué au fonctionnaire sur sa demande ; Le secrétariat de la commission de réforme est informé des décisions qui ne sont pas conformes à l'avis de la commission de réforme. ".

7. Alors que l'article 19, cité au point précédent, du décret du 14 mars 1986 susvisé ni aucune autre disposition de ce dernier, ne prévoit la présence obligatoire de l'agent aux réunions des comités médicaux et commissions de réforme, par un courrier du 21 juin 2021, Mme A a été informée de ce qu'elle pouvait recevoir par courrier postal une copie du rapport médical, qu'elle pouvait présenter des observations écrites ou demander que soit entendue la personne de son choix, et que son médecin traitant pouvait participer à la réunion. Par un courrier du 30 juin 2021, Mme A a communiqué à la commission de réforme qui s'est tenue le 1er juillet suivant, laquelle s'est prononcée sur ses taux d'invalidité après réexamen de sa situation et avant que l'administration ne prenne la décision en litige du 7 octobre 2021, les informations qu'elle souhaitait porter à sa connaissance et lui a communiqué les éléments de son dossier médical relatif au syndrome d'intolérance aux champs électro-magnétiques. Par suite, la requérante n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, et en tout état de cause, été privée d'une garantie. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision en litige est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort ni des énonciations de la décision attaquée, ni des pièces versées à l'instance que le ministre de l'éducation nationale se serait estimé en situation de compétence liée au regard de l'avis, alors même qu'il a entendu s'en approprier les termes, émis le 1er juillet 2021 par la commission de réforme. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise l'administration en se croyant en situation de compétence liée doit être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, il ressort, d'une part, des termes mêmes de l'avis émis le 26 janvier 2021 par le docteur G que ce dernier a mentionné expressément, dans cet avis, que la requérante souffrait d'un syndrome d'intolérance aux champs électro-magnétiques. Il a également indiqué, dans la rubrique " examen mental actuel ", que Mme A habite dans une maison qu'elle a aménagée pour se protéger des ondes électro-magnétiques et qu'elle est suivie pour cette pathologie par le docteur C qu'elle voit une fois par an. Il a, enfin, mentionné la surdité de Mme A ainsi que son intolérance aux produits chimiques. C'est, dès lors, au regard de l'ensemble de ces pathologies que le docteur G a conclu que l'intéressée présentait une inaptitude définitive à la reprise de ses fonctions.

10. D'autre part, dans son expertise du 27 mai 2021, le docteur B a relevé expressément, après la mention de la dépression réactionnelle de Mme A, que la requérante souffre d'une sensibilité aux rayonnements électro-magnétiques, qui lui occasionnerait asthénie, myalgie, céphalées et troubles de la mémoire. En mentionnant expressément cette expertise du 27 mai 2021, la commission de réforme, réunie le 1er juillet 2021, a évalué les taux d'invalidité à 30% et 15% pour les pathologies dont souffre la requérante. Enfin, la circonstance que par un courrier versé au dossier non daté, et sans précision de son objet, la Maison Départementale des Personnes Handicapées mentionne que le taux d'incapacité de Mme A est supérieur à 50%, est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées sont illégales en ce qu'elles sont entachées d'une erreur d'appréciation des faits de l'espèce, dès lors qu'aurait dû être prise en compte la pathologie tirée du syndrome d'intolérance aux champs-électromagnétiques pour accorder à la requérante un taux d'invalidité de 60%, doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise s'agissant du syndrome d'intolérance aux champs électro-magnétiques. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au Recteur de l'académie de Versailles.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La magistrate désignée,

signé

E. Marc La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200463

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