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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200749

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200749

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200749
TypeDécision
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET PECHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Péchard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2021 par laquelle la cheffe du bureau des gradés et gardiens de la paix l'a informé de sa mutation, dans l'intérêt du service, à la circonscription de sécurité publique de Versailles à compter du 8 novembre 2021 ;

2°) d'annuler la décision implicite du 8 janvier 2022 rejetant sa demande de protection fonctionnelle ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des Outre-mer de lui accorder la protection fonctionnelle, de lui restituer son arme de service, de lui faire bénéficier des dispositifs légaux obligatoires de prévention et de réparation des risques liés au harcèlement au travail, de finaliser la procédure de rupture conventionnelle, le tout dans un délai de 15 jours à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 500 euros en exécution du jugement du tribunal administratif de Versailles du 5 mars 2018, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du prononcé du jugement à intervenir ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 350 euros en réparation du préjudice financier qu'il a subi concernant les frais bancaires qu'il a exposés en raison du paiement tardif de ses traitements d'avril et mai 2021 ;

6°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 900 euros par mois à compter du 23 août 2020 et jusqu'à la conclusion d'une rupture conventionnelle, en réparation du préjudice tiré de la perte de revenus ;

7°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros au titre du préjudice moral ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 12 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

9°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de mutation dans l'intérêt du service du 4 novembre 2021 :

- elle a été prise dans le cadre d'un harcèlement dont il est victime ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;

En ce qui concerne la décision implicite du 8 janvier 2022 rejetant sa demande de protection fonctionnelle :

- elle n'est pas motivée ;

- elle a été prise dans le cadre du harcèlement dont il est victime ;

En ce qui concerne les conclusions à fin indemnitaire :

- le jugement du tribunal administratif de Versailles du 5 mars 2018 n'a pas été exécuté, ce qui lui cause un préjudice évalué à 6 500 euros :

- ses traitements d'avril et mai 2021 ont été versés fin juin 2021, ce qui lui a causé un préjudice financier évalué à 350 euros ;

- il a subi un préjudice de perte de chance de percevoir des revenus supérieurs qu'il estime à 900 euros par mois depuis le 23 août 2020 ;

- il a subi un préjudice moral qu'il évalue à 50 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute d'avoir été précédées d'une demande préalable ;

- les conclusions aux fins d'exécution du jugement du 5 mars 2018 sont irrecevables dès lors qu'il s'agit d'un contentieux de l'exécution d'un jugement et qu'en tout état de cause elles sont dépourvues de tout objet ;

- les conclusions aux fins d'annulation du refus d'accorder la protection fonctionnelle sont irrecevables dès lors que la demande préalable du 8 novembre 2021 n'a pas été accompagnée d'une preuve de dépôt et, qu'en tout état de cause, la demande du 8 novembre 2021 ne constitue pas une demande de protection fonctionnelle ;

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 novembre 2021 par laquelle il a été muté dans l'intérêt du service sont irrecevables dès lors que cette mutation relève d'une mesure d'ordre intérieur ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983

- la loi n°2019-828 du 6 août 2019 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n°2017-97 du 26 janvier 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Perez,

- et les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a intégré les cadres de la police nationale le 1er septembre 2006 en qualité d'élève gardien de la paix. Il a été titularisé le 1er septembre 2008. Par un télégramme du4 novembre 2021, signé par la cheffe du bureau des gradés et gardiens de la paix, qu'il a reçu le 5 novembre 2021, il a appris sa mutation dans l'intérêt du service à compter du 8 novembre 2021 au sein de la circonscription de sécurité publique de Versailles. Par la présente requête, il demande l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation d'une décision implicite de rejet d'une demande de protection fonctionnelle et la réparation de divers préjudices.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. "

3. La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête.

4. M. A, avant d'introduire son recours, n'a pas fait de demande tendant à l'octroi d'une indemnité correspondant à la réparation du préjudice financier du fait de la perte de chance de percevoir une rémunération supérieure à hauteur de 900 euros par mois à compter du 23 août 2020, et tendant à l'octroi d'une indemnité correspondant à la réparation du préjudice moral à hauteur de 50 000 euros. Le ministre de l'intérieur et des Outre-mer, dans son mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, n'a conclu au fond qu'à titre subsidiaire, après avoir opposé la fin de non-recevoir tirée de l'absence de demande préalable. Il est constant que le requérant n'a communiqué au tribunal aucune copie d'une demande indemnitaire qu'il aurait adressée à l'administration, accompagnée d'une preuve de dépôt, pour ces deux demandes indemnitaires. Dès lors, le contentieux n'étant pas lié, les conclusions indemnitaires tendant à la réparation du préjudice, à hauteur de 900 euros par mois à compter du 23 août 2020, au titre de la perte de chance et, à hauteur de 50 000 euros, au titre du préjudice moral ne sont pas recevables.

5. En revanche, en ce qui concerne les conclusions tendant à la réparation du préjudice financier à hauteur de 350 euros au titre des frais bancaires qui auraient été appliqués à l'intéressé en raison du versement tardif de ses traitements des mois d'avril et mai 2021, le contentieux est lié par une demande préalable du 8 novembre 2021, adressée par courrier électronique au cabinet du ministre de l'intérieur et de Outre-mer et à plusieurs agents dépendant de ce ministère. Par suite, la fin de non-recevoir concernant ces conclusions indemnitaires à hauteur de 350 euros au titre des frais bancaires appliqués à M. A doit être écartée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ". Selon l'article R. 921-6 du même code : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent et, en tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de sa saisine, le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle () / Cette ordonnance n'est pas susceptible de recours. L'affaire est instruite et jugée d'urgence. Lorsqu'elle prononce une astreinte, la formation de jugement en fixe la date d'effet. ".

7. Les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à payer à M. A 6 500 euros, sous astreinte, au titre de l'exécution du jugement du tribunal de Versailles n° 1504355 prononcé le 5 mars 2018, doivent être rejetées en raison de leur irrecevabilité, dès lors que l'article L. 911-4 du code de justice administrative institue une procédure spécifique en cas d'inexécution d'un jugement, et la fin de non-recevoir opposée sur ce point en défense doit être accueillie.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations du fonctionnaire : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / II.- Sauf en cas de faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la responsabilité civile du fonctionnaire ne peut être engagée par un tiers devant les juridictions judiciaires pour une faute commise dans l'exercice de ses fonctions. / Lorsque le fonctionnaire a été poursuivi par un tiers pour faute de service et que le conflit d'attribution n'a pas été élevé, la collectivité publique doit, dans la mesure où une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions n'est pas imputable au fonctionnaire, le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui. / III. Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. Le fonctionnaire entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. La collectivité publique est également tenue de protéger le fonctionnaire qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale. / IV. La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". De plus, aux termes de l'article 2 du décret du 26 janvier 2017 relatif aux conditions et aux limites de la prise en charge des frais exposés dans le cadre d'instances civiles ou pénales par l'agent public ou ses ayants droit: " La demande de prise en charge des frais exposés dans le cadre d'une instance civile ou pénale au titre de la protection fonctionnelle est formulée par écrit auprès de la collectivité publique qui emploie l'agent à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () ".

9. Le requérant soutient qu'il a demandé le bénéfice de la protection fonctionnelle au ministre de l'intérieur et des Outre-mer par un courrier du 8 novembre 2021, et qu'une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration le 8 janvier 2022, dont il demande l'annulation. Dans le courrier précité, M. A demande au ministre qu'il prenne à sa charge les frais d'avocat et les frais bancaires, à la suite de la non application immédiate de l'ordonnance du tribunal administratif de Versailles n° 2102510 du 16 avril 2021 suspendant l'exécution de l'arrêté du 12 mars 2021 du ministre de l'intérieur et des Outre-mer le révoquant. Si le ministre de l'intérieur fait valoir en défense qu'aucune preuve n'atteste du dépôt de cette demande du 8 novembre 2021, il ressort du point 5 du présent jugement que le courriel par lequel cette demande a été adressée à la hiérarchie de l'intéressé permet de dater le dépôt de la demande. Toutefois, la demande de M. A dans le courrier du 8 novembre 2021 ne fait nullement référence à la protection fonctionnelle, ni aux dispositions précitées de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, le courrier du 8 novembre 2021 ne constituant pas une demande de protection fonctionnelle, les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du 8 janvier 2022 rejetant sa demande de protection fonctionnelle sont dépourvues d'objet et donc irrecevables, et il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point.

10. En quatrième lieu, les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre une telle mesure, à moins qu'elle ne traduise une discrimination, est irrecevable, alors même que la mesure de changement d'affectation aurait été prise pour des motifs tenant au comportement de l'agent public concerné.

11. Le ministre de l'intérieur et des Outre-mer soutient que M. A a été affecté, dans le cadre de sa mutation dans l'intérêt du service du 4 novembre 2021, au sein de la circonscription de sécurité publique de Versailles, sur un poste de niveau comparable à celui qu'il occupait auparavant au service du renseignement territorial à Versailles. Il précise également que l'administration n'est pas tenue d'affecter l'agent sur un poste lui permettant de percevoir les mêmes primes et avantages ou de conserver sa nouvelle bonification indiciaire, que le nouvel emploi correspond au grade de l'intéressé, ne porte aucune atteinte aux droits et prérogatives que ce dernier tient de son statut, que cette affectation n'entraine pas de changement de résidence administrative et dès lors qu'il s'agit d'une simple mesure d'ordre intérieur non susceptible de recours. Toutefois, si la décision attaquée du 4 novembre 2021 précise à M. A qu'il est affecté au sein de la circonscription de sécurité publique de Versailles, elle ne précise ni les fonctions qu'il devrait assurer dans ce nouvel emploi, ni le niveau de rémunération auquel il pourrait prétendre, et l'administration en défense n'apporte aucune précision sur ces points. Par suite, la fin de non-recevoir par laquelle le ministre de l'intérieur et des Outre-mer soutient que la mutation dans l'intérêt du service de M. A est une mesure d'ordre intérieur non susceptible de recours doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 novembre 2021 :

12. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations du fonctionnaire, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. /Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. ".

13. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements, dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

14. Pour faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, M. A fait valoir que l'ensemble des faits qu'il a subis depuis qu'il est devenu secrétaire général du syndicat Vigi en février 2015 constitue des agissements répétés, qui ont dégradé ses conditions de travail, ont porté atteinte à sa dignité, à sa santé physique ou mentale, ont compromis son avenir professionnel, que ces agissements sont intentionnels et le visent personnellement, alors même qu'il n'a pas pu bénéficier des dispositifs de prévention et d'accompagnement, ce qui l'a conduit à demander le bénéfice de la protection fonctionnelle le 8 novembre 2021 et à exercer son droit de retrait le 31 janvier 2022.

15. Dans un premier temps, si M. A a subi une sanction d'exclusion temporaire de douze mois dont six mois avec sursis prononcée le 21 juin 2019, la requête qu'il a formée contre cette décision a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Versailles n° 1906681du 31 mai 2021. De plus, s'il a subi une sanction de révocation prononcée le 12 mars 2021, et que cette sanction a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Versailles n° 2102509 du 2 février 2023, le tribunal reconnaît dans ce jugement le caractère fautif des faits reprochés. Par suite, le fait que des sanctions disciplinaires ont été prononcées par le ministre de l'intérieur des Outre-mer à l'encontre de M. A les 21 juin 2019 et 12 mars 2021 n'est pas susceptible de faire présumer une situation de harcèlement moral.

16. Dans un deuxième temps, si M. A soutient que le refus de lui accorder la protection fonctionnelle s'inscrit dans le cadre du harcèlement qu'il subit, il a été dit au point 9 du présent jugement qu'il n'a pas adressé à sa hiérarchie une demande en vue de bénéficier de la protection fonctionnelle.

17. Dans un troisième temps, aux termes de l'article 72 du la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique : " L'administration et le fonctionnaire mentionné à l'article 2 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée, l'autorité territoriale et le fonctionnaire mentionné à l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée, les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 précitée et les fonctionnaires de ces établissements peuvent convenir en commun des conditions de la cessation définitive des fonctions, qui entraîne radiation des cadres et perte de la qualité de fonctionnaire. La rupture conventionnelle, exclusive des cas mentionnés à l'article 24 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée, ne peut être imposée par l'une ou l'autre des parties. () ".

18. Si M. A soutient qu'il a adressé aux services gestionnaires une proposition de rupture conventionnelle le 23 juin 2021, il ressort des dispositions précitées de l'article 72 de la loi du 6 août 2019 que l'administration n'était pas tenue d'accepter une telle demande, et l'intéressé ne saurait se prévaloir de l'avis très favorable émis par son autorité hiérarchique dès lors qu'il est constant qu'aucune convention de rupture conventionnelle n'a été signée. Le rejet implicite né du silence gardé par l'administration à la suite de la demande de rupture conventionnelle ne peut dès lors caractériser un harcèlement moral.

19. Dans un quatrième temps, aux termes de l'article 25 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " Les dispositions de l'article L. 512-19 du code général de la fonction publique sont applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale. / Toutefois, lorsque l'intérêt du service l'exige, le fonctionnaire actif des services de la police nationale peut être exceptionnellement déplacé ou changé d'emploi. Dans ce cas, les dispositions mentionnées au premier alinéa du présent article ne sont pas applicables aux fonctionnaires actifs de la police nationale. / Le fonctionnaire est préalablement informé de l'intention de l'administration de prononcer sa mutation pour être à même de demander communication de son dossier. / La mutation est opérée sur un poste de niveau comparable. ".

20. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision notifiée à l'intéressé le 15 mars 2021, devenue définitive, l'habilitation au niveau " confidentiel défense " lui a été refusée, que l'administration soutient sans être contestée que toutes les procédures d'habilitation sont instruites par la direction générale de la sécurité intérieure, entité indépendante de la direction générale de la police nationale, et qu'il est constant qu'une telle habilitation est requise pour exercer au sein du service du renseignement territorial. Par suite, M. A, affecté au service du renseignement territorial de Versailles, ne pouvait plus être maintenu sur ce poste et, par une note du 21 avril 2021, le directeur central de la sécurité publique a demandé au directeur des ressources et des compétences de la police nationale de le muter en application des dispositions précitées de l'article 25 du décret du 9 mai 1995 dans une circonscription de sécurité publique déficitaire sur le plan des effectifs. Dès lors que M. A a formulé des vœux d'affectation incompatibles avec l'absence d'habilitation ou ayant fait l'objet d'un avis défavorable, la décision de mutation dans l'intérêt du service au sein de la circonscription de sécurité publique de Versailles n'est pas de nature à révéler une absence d'impartialité de l'autorité administrative ou l'existence d'un détournement de pouvoir.

21. Dans un cinquième temps, si le requérant soutient que le ministre de l'intérieur et des Outre-mer aurait fait savoir publiquement lors d'un déplacement à Ecully qu'il souhaitait " virer " M. A et que ce dernier n'était pas digne de porter l'uniforme, il ne le démontre pas et n'en justifie par aucune pièce du dossier.

22. Dans un sixième temps, M. A soutient qu'il n'a pas bénéficié d'un dispositif d'accompagnement de lutte contre les discriminations. Toutefois, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer fait valoir en défense, sans être contesté, que le dispositif SIGNAL-DISCRI est en place au sein de la police nationale depuis 2017, et que l'intéressé pouvait le saisir à tout moment par formulaire en ligne, courrier électronique ou postal, ou simple appel téléphonique.

23. Dans un dernier temps, M. A soutient que la décision de lui retirer son arme de service a porté atteinte à sa dignité, et qu'il s'agit d'une confiscation illégale. Si l'administration n'apporte en défense aucune précision sur les circonstances ayant conduit le chef du service du renseignement territorial à lui retirer son arme de service en juillet 2020, il s'agit d'un fait isolé ne permettant pas à lui seul de caractériser l'existence d'un harcèlement, et en tout état de cause, le ministre de l'intérieur des Outre-mer fait valoir qu'il n'est pas possible de lui restituer son arme tant qu'il n'a pas rejoint son poste, ce qu'il n'a jamais fait depuis sa mutation dans l'intérêt du service le 4 novembre 2021.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les éléments apportés par M. A ne permettent pas d'établir l'existence du harcèlement moral allégué. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 doit être écarté.

25. En deuxième lieu, si M. A soutient que la décision de le muter dans l'intérêt du service caractérise un détournement de pouvoir dès lors qu'elle aurait été prise dans le but de faire pression à son encontre, un tel moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 20 du présent jugement.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 4 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

27. Comme il a été dit au point précédent, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction et à fin d'ordonner une exécution provisoire doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.

Sur les conclusions indemnitaires :

28. Si M. A soutient qu'en raison de la décision de révocation illégale prise à son encontre le 12 mars 2021, et annulée par un jugement du tribunal administratif de Versailles n° 2102509 du 2 février 2023, il a perçu les traitements des mois d'avril et de mai 2021 seulement fin juin 2021, ce qui aurait occasionné des frais bancaires qui lui auraient été appliqués à hauteur de 350 euros, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité de ce préjudice. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. A et tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 350 euros en réparation du préjudice qu'il aurait subi en raison de l'application de ces frais bancaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

Sur les dépens :

30. Le présent litige n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de M. A tendant à ce que l'Etat soit condamné aux entiers dépens de la présente instance ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dely, présidente,

M. Perez, premier conseiller,

M. Bélot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

J-L. Perez

La présidente,

signé

I. DelyLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2302852

Le Tribunal Administratif de Marseille rejette la requête de M. A... B... visant à annuler la décision de l'ONACVG limitant à 3 000 euros l'aide financière qui lui a été attribuée au titre du dispositif pour les enfants d'anciens harkis. Le tribunal estime que la décision d'attribution, qui n'est pas une décision défavorable, n'était pas soumise à une obligation de motivation spécifique et que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en déterminant le montant, en application du décret n° 2018-1320 du 28 décembre 2018.

08/04/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2400683

Le Tribunal Administratif de Marseille a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus d'autorisation d'exercice de la médecine générale notifié à une docteure titulaire d'un diplôme non communautaire. La juridiction a annulé la décision du Centre National de Gestion (CNG) du 6 juillet 2023, considérant que le refus était entaché d'un défaut de motivation suffisante. Elle a enjoint au CNG de réexaminer la demande de la requérante dans un délai de deux mois, en application des articles L. 4111-2 du code de la santé publique et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

08/04/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2507446

Le Tribunal Administratif de Marseille a annulé la décision du préfet des Bouches-du-Rhône refusant le renouvellement d'une habilitation aéroportuaire à un employé de DHL. Le juge a retenu un vice de procédure, estimant que ce refus, constitutif d'une décision individuelle défavorable, devait être motivé en application des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, ce qui n'était pas le cas. La décision a été annulée sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par le requérant.

08/04/2026

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