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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2201180

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2201180

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2201180
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantTHIEFFINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2022, M. C B et M. A D, représentés par Me Thieffine, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 15 décembre 2021 par la maire de la commune de Guerville pour un montant de 70 216, 44 euros correspondant aux travaux exécutés d'office aux 20 et 24 Grande Rue, sur le territoire de la commune, à la suite d'arrêtés de péril ;

2°) de prononcer la décharge totale de cette somme ;

3°) de sursoir à statuer dans l'attente du jugement du tribunal judiciaire ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Guerville une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le titre de recette est entaché d'insuffisance de motivation, dès lors qu'il ne comporte aucun élément de calcul permettant de connaître les bases de liquidation de la créance ;

- il est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il ne comporte pas la mention des nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis en méconnaissance des dispositions des articles L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- le titre de recette doit être annulé par voie de conséquence de l'illégalité des trois arrêtés de péril imminent pris les 14 février 2019, 13 mars 2019 et 28 novembre 2019 dont il procède ; les travaux prescrits par ces arrêtés ne pouvaient être réalisés dès lors qu'ils concernaient des éléments situés sur les parcelles des voisins dont ils ne sont pas propriétaires.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 16 novembre 2022, la commune de Guerville, représentée par Me Piquet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 400 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'exception d'illégalité soulevée est irrecevable dès lors que les trois arrêtés de péril imminent des 14 février 2019, 13 mars 2019 et 28 novembre 2019 sont devenus définitifs ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 février 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maljevic, conseiller,

- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,

- et les observations de Me Piquet, représentant la commune de Guerville.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B et M. A D sont propriétaires d'une parcelle cadastrée section ZV n° 68 sur le territoire de la commune de Guerville qui supporte trois bâtiments. Par trois arrêtés, pris respectivement les 14 février 2019, 13 mars 2019 et 28 novembre 2019, la maire de la commune de Guerville a engagé trois procédures de péril imminent successives pour chacun de ces trois bâtiments, en application de l'article L. 511-3 du code de la construction et de l'habitation, et prescrit aux intéressés de réaliser, dans des délais précisément définis, les travaux nécessaires à la cessation du péril causé par ces bâtiments. Estimant que ces travaux n'avaient pas été réalisés dans le délai imparti, la maire de la commune de Guerville les a fait exécuter d'office et a émis, le 15 décembre 2021, à l'encontre de M. B et M. D un titre exécutoire afin d'obtenir le remboursement des frais qu'elle a engagés à ce titre pour un montant total de 70 216,44 euros. Dans la présente requête, les requérants demandent la décharge et l'annulation de ce titre exécutoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

3. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. En cas d'erreur de liquidation, l'ordonnateur émet un ordre de recouvrer afin, selon les cas, d'augmenter ou de réduire le montant de la créance liquidée. Il indique les bases de la nouvelle liquidation. Pour les créances faisant l'objet d'une déclaration, une déclaration rectificative, indiquant les bases de la nouvelle liquidation, est souscrite. / L'ordre de recouvrer peut être établi périodiquement pour régulariser les recettes encaissées sur versement spontané des redevables ".

4. Il résulte de ces dispositions que tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

5. Il résulte de l'instruction que le titre de recette émis à l'encontre des requérants pour un montant de 70 216,44 euros mentionne seulement pour objet les " travaux au 20 et 24 Grande Rue suite à arrêté de péril - Mrs B C/D A - 01/12/2021-31/12/2021 ". Ce titre ne comporte ni les éléments permettant de connaître les modalités de calcul ou le fondement des sommes en cause ni la référence à un quelconque document joint à l'état exécutoire ou qui aurait précédemment été adressé aux intéressés. La commune de Guerville fait valoir que les requérants ont été informés et mis à même de discuter, dans le cadre de l'expertise judiciaire, de chacune des dépenses qu'elle a été contrainte d'engager du fait de leur carence à exécuter les trois arrêtés de péril imminent. Toutefois, elle n'établit pas ses allégations en se bornant à produire les courriers adressés à l'expert judiciaire auxquels ont été jointes les factures permettant d'établir les bases de la liquidation de la créance litigieuse. En tout état de cause, le titre de recette en litige ne fait aucunement référence à ces courriers ainsi que l'exige le principe rappelé au point 4 du présent jugement. Enfin, et au surplus, à supposer même que ces courriers et leurs annexes aient été régulièrement communiqués aux intéressés, seules les bases de liquidation d'une somme de 67 806,84 euros peuvent être identifiées. A cet égard, il n'est pas justifié de ce que la somme restante de 2 409,60 euros, qui se rapporte à la facture de mission d'évaluation sommaires de travaux à mettre en œuvre établie le 17 mai 2019, figurait en annexe des courriers adressés à l'expert judiciaire. Dès lors, M. B et M. D sont fondés à soutenir que le titre de recette, qui ne comporte pas les bases de liquidation, est entaché d'un vice de forme, et donc d'une irrégularité.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ni de sursoir à statuer dans l'attente du jugement du tribunal judiciaire, que M. B et M. D sont fondés à demander l'annulation du titre exécutoire émis le 15 décembre 2021 par la maire de la commune de Guerville pour un montant de 70 216, 44 euros.

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas la décharge de cette somme. Par suite, les conclusions présentées aux fins de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande la commune de Guerville au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions des requérants présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de recette n° 823 émis par la commune de Guerville le 15 décembre 2021, pour le recouvrement de la somme de 70 216,44 euros, est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Guerville en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, M. A D et à la commune de Guerville.

Copie en sera adressée, pour information, au centre des finances publiques de Mantes-la-Jolie.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Maljevic

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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