lundi 4 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2201757 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET COLL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er mars et 22 novembre 2022, la société Eco Lot, représentée par Me Coll, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 février 2022 par laquelle le maire de Boissy-Mauvoisin a rejeté sa demande tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'exercice illégal du droit de préemption urbain à l'occasion de la vente d'une parcelle dont elle s'était portée acquéreuse ;
2°) de condamner la commune de Boissy-Mauvoisin à lui verser la somme de 414 000 euros hors taxes, à parfaire, au titre des préjudices subis, et d'assortir cette indemnité des intérêts de droit à compter de la réception par la commune de sa demande préalable indemnitaire ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Boissy-Mauvoisin une somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'illégalité de la décision d'exercer le droit de préemption urbain, constatée par la cour administrative d'appel de Versailles, caractérise une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- la faute commise par la commune est à l'origine d'un préjudice financier constitué, d'abord, des frais engagés pour finaliser son projet et ceux afférent à la procédure de préemption, lesquels s'élèvent à la somme de 15 000 euros hors taxes, à parfaire ; ce préjudice financier comprend également la perte du bénéfice net global attendu de la réalisation de son projet immobilier, qui doit être évalué à 384 000 euros hors taxes, à parfaire ; enfin, cette faute est à l'origine d'un préjudice moral d'atteinte à l'image commerciale qui doit être évalué à 15 000 euros hors taxes, à parfaire.
Par des mémoires en défense enregistrés les 24 août 2022 et 9 janvier 2023, la commune de Boissy-Mauvoisin, représentée par la SARL Le Prado - Gilbert, avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Eco-Lot la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les demandes présentées par la société requérante ne sont pas fondées.
Par ordonnance du 7 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milon,
- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,
- et les observations de Me Goldnadel, représentant la commune de Boissy-Mauvoisin.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte authentique du 27 janvier 2016, la propriétaire de la parcelle cadastrée section A n° 338 sur le territoire de la commune de Boissy-Mauvoisin a consenti à la société Eco-Lot une promesse unilatérale de vente pour l'acquisition de cette parcelle, ce, pour une période expirant le 28 décembre 2017. Une déclaration d'intention d'aliéner a été adressée à la commune de Boissy-Mauvoisin le 29 mars 2017. Par une décision du 23 mai 2017, le maire de Boissy-Mauvoisin a décidé d'exercer son droit de préemption sur cette parcelle. Par un arrêt rendu le 8 avril 2021, la cour administrative d'appel de Versailles a prononcé l'annulation de cette décision au double motif que, d'une part, il n'était pas justifié de l'accomplissement des formalités, prévues à l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme, de publication de la délibération du conseil municipal du 22 mai 2017 à la date à laquelle a été décidé l'exercice du droit de préemption urbain sur la parcelle en cause et, d'autre part, que la motivation de la décision de préemption ne renvoyait à aucun objectif ou orientation d'un plan local de l'habitat et ne faisait état d'aucun document ou étude justifiant la réalité d'un projet d'action ou d'aménagement, même encore imprécis au sens des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme. Par la requête visée ci-dessus, la société Eco-Lot demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le maire de Boissy-Mauvoisin a rejeté sa demande indemnitaire préalable et de prononcer la condamnation de la commune à lui verser une indemnité de 414 000 euros, majorée des intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision de préemption prise par la commune.
Sur les conclusions en annulation :
2. La décision de rejet implicite née du silence gardé par la commune de Boissy-Mauvoisin sur la demande indemnitaire formée par la société Eco-Lot a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la société requérante qui, en formulant les conclusions analysées ci-dessus, a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute :
3. Toute illégalité affectant une décision administrative est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration. Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de l'illégalité fautive entachant une décision administrative.
4. Il résulte de ce qui a été dit au point 1 ci-dessus que la décision du 23 mai 2017 par laquelle le maire de Boissy-Mauvoisin a décidé d'exercer son droit de préemption sur la parcelle que souhaitait acquérir la société Eco-Lot a été annulée par l'arrêt rendu le 8 avril 2021 par la cour administrative d'appel de Versailles, lequel est devenu définitif. L'illégalité entachant cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Boissy-Mauvoisin. La société Eco-Lot est ainsi fondée à prétendre à l'indemnisation des préjudices résultant, de façon directe et certaine, de cette illégalité fautive.
En ce qui concerne les préjudices :
5. La société requérante sollicite, en premier lieu, l'indemnisation des frais qu'elle dit avoir engagés dans le cadre du projet immobilier qu'elle envisageait de conduire sur la parcelle concernée par l'exercice du droit de préemption, ainsi que des frais " afférents à la procédure de préemption ". Elle sollicite, à ce titre, une indemnité de 15 000 euros hors taxes. Toutefois, la société Eco-Lot se borne à produire un document intitulé " analyse financière ", qu'elle a elle-même élaboré, sans fournir aucune facture d'honoraires d'architecte ou de tout autre prestataire susceptible de l'avoir accompagnée dans la préparation de son projet ou dans le cadre de la procédure liée à l'exercice, par la commune, du droit de préemption. Ce chef de préjudice, non établi dans son étendue, ni même dans son principe doit donc être écarté.
6. En deuxième lieu, la société Eco-Lot sollicite l'indemnisation du manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser le projet immobilier qu'elle envisageait de conduire sur la parcelle concernée par l'exercice illégal du droit de préemption. Elle évalue à 384 000 euros hors taxes ce manque à gagner, qu'elle détermine d'après une estimation du chiffre d'affaires lié à la vente de lots issus de l'opération de division foncière du terrain en cause, déduction faite des charges d'acquisition de la parcelle et d'aménagement de celle-ci.
7. Le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière en raison de l'exercice illégal du droit de préemption urbain revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il n'en va autrement que si le requérant justifie de circonstances particulières permettant de faire regarder ce préjudice comme présentant, en l'espèce, un caractère direct et certain. Le requérant est fondé, si tel est le cas, à obtenir réparation au titre du bénéfice qu'il pouvait raisonnablement attendre de cette opération.
8. En l'espèce, la société Eco-Lot se borne à produire, outre le document évoqué au point précédent, intitulé " analyse financière ", non probant, une estimation du prix moyen de vente des terrains à bâtir dans le secteur, ainsi qu'un " tableau de commercialisation ", qu'elle a elle-même élaboré et qui ne mentionne d'ailleurs aucune réservation de lot. La société n'assortit ces documents d'aucune pièce de nature à établir l'état d'avancement du projet ou les perspectives de commercialisation des terrains qui devaient résulter de l'opération envisagée de division foncière. L'existence du préjudice invoqué tenant au manque à gagner n'est donc établi ni dans son principe, ni dans son étendue. Ce chef de préjudice ne peut, par suite, qu'être écarté.
9. En dernier lieu, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que l'exercice illégal, par la commune, de son droit de préemption sur la parcelle qu'elle souhaitait acquérir est susceptible d'avoir porté atteinte à son image ou à sa réputation commerciale. Sa demande tendant à l'indemnisation d'un préjudice moral lié à une telle atteinte ne peut donc également qu'être écartée.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Eco-Lot, ainsi que celles tendant au bénéfice d'intérêts, doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Eco-Lot la somme de 1 800 euros à verser à la commune de Boissy-Mauvoisin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la société Eco-Lot au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Eco-Lot est rejetée.
Article 2 : La société Eco-Lot versera à la commune de Boissy-Mauvoisin une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Eco-Lot et à la commune de Boissy-Mauvoisin.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- M. Deharo, premier conseiller,
- Mme Milon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Milon
La présidente,
signé
C. Rollet-Perraud La greffière,
signé
K. Dupré
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026