jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2202445 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CHEVALIER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n°2202445 et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2022 et le 3 mars 2023, la société par action simplifiée CKS Public, représentée par Me Chevalier, demande au tribunal :
1°) de déclarer la décision du 15 février 2022 par laquelle le président de l'université Paris-Saclay a résilié le marché public n°2021-37 à titre principal nulle et non avenue et à titre subsidiaire invalide ;
2°) de mettre à la charge de l'université Paris-Saclay la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de résiliation ne pouvait pas être utilement prononcée dès lors que la durée d'exécution du marché public est d'ores et déjà dépassée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions du cahier des clauses administratives générales prévoyant les conditions dans lesquelles une résiliation est possible dès lors qu'aucun manquement contractuel ne peut lui être reproché ;
- il n'y a pas lieu d'ordonner la reprise des relations contractuelles dès lors que la durée d'exécution du marché public est dépassée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er février 2023 et le 6 avril 2023, l'université Paris-Saclay conclut au rejet de la requête, à la condamnation de la société CKS Public aux entiers frais et dépens de la procédure et à ce que soit mise à la charge de la société CKS Public la somme de 277,50 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de résiliation est nécessaire dès lors que les tranches optionnelles du marché ne sont pas des prolongations du marché initial ;
- cette décision est suffisamment motivée ;
- cette décision est fondée dès lors que la société CKS Public s'est abstenue de transmettre certains livrables, n'a pas exécuté certains éléments de mission d'accompagnement pour la passation de deux marchés et a accusé des retards dans la remise de certaines prestations ;
- la demande de la société CKS Public de ne pas prononcer la reprise des relations contractuelles est incohérente avec celle de déclarer la décision de résiliation nulle et non avenue.
Par ordonnance du 6 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 avril 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision de résiliation du 15 février 2022 dès lors que l'annulation d'une décision de résiliation ne peut être sollicitée indépendamment d'une demande de reprise des relations contractuelles.
II. Par une requête n°2209189 et un mémoire, enregistrés le 7 décembre 2022 et le 14 mars 2023, la société par action simplifiée CKS Public, représentée par Me Chevalier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'université Paris-Saclay à lui verser une somme de 128 518,86 euros, à parfaire, assortie des intérêts au taux légal, avec capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'université Paris-Saclay la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'université Paris-Saclay a manqué à ses obligations contractuelles dès lors qu'elle n'a pas établi de décompte de résiliation suite à la décision de résilier le marché public n°2021-37 prise le président de l'université le 15 février 2022 et qu'elle n'a pas réglé les factures lui ayant été notifiées ;
- la société CKS Public a subi un préjudice financier de 84 000 euros TTC dès lors que le prix forfaitaire du marché public ne lui a pas été versé ;
- elle a subi un préjudice financier de 31 200 euros TTC dès lors que des prestations complémentaires ont été réalisées entre le 17 septembre et le 10 décembre 2021 ;
- elle est fondée à réclamer à l'université Paris-Saclay 7 318,86 euros, à parfaire, au titre des intérêts moratoires ;
- elle a subi un préjudice de perte de temps dans le traitement des nombreux échanges avec l'université Paris-Saclay, pour lequel elle réclame une somme de 6 000 euros à parfaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 février 2023 et le 6 avril 2023, l'université Paris-Saclay conclut au rejet de la requête, à la condamnation de la société CKS Public aux entiers frais et dépens de la procédure et à ce que soit mise à la charge de la société CKS Public la somme de 278,58 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la société CKS Public ne peut se prévaloir du paiement intégral de la partie forfaitaire dès lors qu'elle n'a pas réalisé l'ensemble des prestations prévues ;
- la société CKS Public ne peut se prévaloir d'un paiement lié à des prestations complémentaires dès lors que l'université n'a émis aucun ordre de service commandant une prestation unitaire dans le cadre d'une tranche optionnelle ;
- les factures produites par la société CKS Public pour justifier le montant des intérêts moratoires ne permettent pas d'identifier les prestations concernées ;
- il y a lieu de mettre au crédit de l'université des pénalités de retard d'un montant de 10 640 euros ;
- la demande de la société CKS Public d'être indemnisée à hauteur de 6 000 euros au titre de la perte de temps est infondée.
Par ordonnance du 6 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 avril 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant adoption du cahier des clause administratives générales concernant les marchés de fournitures courantes et de services ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Perez,
- les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chevalier, représentant la société CKS Public.
Considérant ce qui suit :
1. L'université Paris-Saclay a notifié le 11 février 2021 à la société CKS Public l'attribution d'un marché public de services n°2021-37 portant sur une mission d'accompagnement achat. Ce marché prévoit une partie forfaitaire et une partie unitaire avec des prestations optionnelles. L'université Paris-Saclay a notifié le 16 mars 2021 à la société CKS Public l'ordre de service de démarrage des prestations. Le 11 janvier 2022 l'université Paris Saclay a adressé à la société CKS Public une mise en demeure l'enjoignant de se conformer à ses missions dans un délai de 15 jours. Par un courrier en date du 15 février 2022 l'université Paris-Saclay a notifié à la société CKS Public la décision de résiliation pour faute du marché public n°2021-37, avec effet au 18 février 2022. Par une requête n°2202445, la société CKS Public demande l'annulation de la décision de résiliation pour faute du 15 février 2022. Par une requête n°2209189, la société CKS Public demande la condamnation de l'université Paris-Saclay à lui verser la somme de 128 518,86 euros en réparation des préjudices causés par le manquement de l'université à ses obligations contractuelles, en l'absence d'établissement du décompte de résiliation suite à la décision de résilier le marché public n°2021-37, en l'absence de règlement des factures qui lui ont été adressées et par la perte de temps engendrée par les difficultés relatives à l'interprétation des clauses du marché.
2. Les requêtes n° 2202445 et n° 2209189, présentées par la société CKS Public, concernent la situation d'une même société et le même marché public. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la requête n° 2202445 :
3. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. En l'absence de conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles, il lui appartient de rechercher si la résiliation est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité.
4. Il ressort des termes de la requête introductive d'instance enregistrée le 28 mars 2022 que la société CKS Public soutient : " Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu de l'expiration de la durée d'exécution du marché public en litige, il n'y aura pas lieu d'ordonner la reprise des relations contractuelles. ".
5. L'annulation d'une décision de résiliation ne peut être sollicitée indépendamment d'une demande de reprise des relations contractuelles. Il s'en suit que les conclusions de la requête en annulation de la décision de résiliation du marché doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur la requête n°2209189 :
En ce qui concerne la fixation du solde du marché :
6. L'acte d'engagement du marché n°2021-37 notifié le 11 février 2021 à la société CKS Public précise que le marché a pour objet " la mise à disposition de profil expert métier achat pour l'accompagnement des achats en matière de prestations (ex. passation de marché de nettoyage et de gardiennage), en vue de satisfaire les besoins de l'université Paris-Saclay sur le plan qualitatif, économique, juridique et environnemental. ". Il prévoit une partie forfaitaire, pour une période initiale de six mois, et des parties unitaires pour des prestations hors forfait par période de deux mois. Le montant maximal est de 200 000 euros HT. Le prix forfaitaire pour la période initiale de six mois est de 84 000 euros TTC, et le prix unitaire pour chaque période unitaire de deux mois est de 31 200 euros TTC. La période initiale de six mois, forfaitaire, a débuté par un ordre de service daté du 16 mars 2021 se limitant pour définir l'objet du marché à reprendre celui précité mentionné dans l'acte d'engagement. La société CKS Public a adressé à l'université Paris-Saclay une facture d'un premier acompte de 28 000 euros TTC le 1er juin 2021, une facture correspondant à un deuxième acompte de 28 000 TTC euros le 12 juillet 2021. Par une décision du 15 février 2022, l'université Paris-Saclay a résilié ce marché pour faute. Par un décompte de résiliation daté du 1er avril 2022 et non notifié à la société CKS Public, l'université Paris-Saclay estime que la société CKS Public n'a pas livré l'ensemble des prestations attendues, et que, sur la période initiale de six mois correspondant à 120 jours de travail, elle n'a fourni que l'équivalent de 45 jours de travail. Elle a appliqué une réfaction du prix forfaitaire, estimant qu'il n'y a pas lieu de régler le montant du marché de 84 000 euros TTC mais seulement un solde à régler s'élevant à 31 500 euros TTC. La société CKS Public a adressé par la suite à l'université une facture du 4 août 2022 correspondant au solde du marché, pour un montant de 28 000 euros TTC, et une facture de 31 200 euros TTC du 4 août 2022 correspondant au paiement d'une tranche unitaire de deux mois à laquelle elle estime que l'université a eu recours, lesquelles n'ont pas fait l'objet d'un règlement. Elle demande au tribunal de fixer le solde du marché.
Quant à la réfaction du prix de la tranche initiale ferme :
7. En premier lieu, aux termes de l'article 11.4.5 du cahier des clause administratives générales concernant les marchés de fournitures courantes et de services (CCAG FCS) dans sa version applicable au marché en question, issue de l'arrêté du 19 janvier 2009 : " 11. 4. 5. Les prix forfaitaires peuvent être fractionnés, si la prestation ou la partie de prestation à laquelle le prix se rapporte n'est pas achevée. Il est alors compté une fraction du prix égale au pourcentage d'exécution de la prestation. Pour déterminer ce pourcentage, il est fait application, si le pouvoir adjudicateur le demande, de la décomposition des prix mentionnée à l'article 11. 4. 1. ". Aux termes de l'article 25.3 du CCAG FCS : " 25. 3. Réfaction : Lorsque le pouvoir adjudicateur estime que des prestations, sans être entièrement conformes aux stipulations du marché, peuvent néanmoins être admises en l'état, il peut les admettre avec réfaction de prix proportionnelle à l'importance des imperfections constatées. Cette décision doit être motivée. Elle ne peut être notifiée au titulaire qu'après qu'il a été mis à même de présenter ses observations. ".
8. Il résulte notamment des stipulations contractuelles citées au point précédent que la circonstance que le marché a été conclu pour un prix forfaitaire n'interdit pas à l'université de procéder à des réfactions dans le cas où les prestations n'ont été que partiellement réalisées.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10.1 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) : " 10.1 : Présentation des livrables : A minima, les livrables qui devront être remis sont les suivants : Rapport de bilan et analyse de prestations en cours ; Préconisation pour présentation à la présidence ; Note à destination de la présidence ; Dossier de consultation des entreprises. Les éléments de missions suivants à exécuter seront : Procéder à l'analyse des offres et produire le rapport d'analyse ; Tenir la réunion de lancement auprès de chacun des sites de l'université Paris-Saclay ; Assurer la mise en place des marchés. ". De plus, le CCAP détaille, en son article 1er relatif à l'objet du contrat, les principales missions confiées, à savoir être le référent conseil des prescripteurs, participer à l'élaboration achat, animer les plans d'action, identifier les difficultés des mises en œuvre au sein de l'université sur ce segment d'achat, être force de proposition sur l'optimisation des achats, être force de proposition sur l'optimisation des cahiers des charges et identifier l'ensemble des leviers de performance sur les dossiers, réaliser les consultations dans le respect de la politique achat et de la réglementation de la commande publique, assurer le reporting des gains et d'avancement des dossiers, participer à l'élaboration de la stratégie achat, animer les plans d'actions achats et être moteur de l'innovation par sa connaissance des marchés et des offres.
10. Au cours de la tranche initiale ferme de six mois, l'université a sollicité l'accompagnement de la société CKS Public sur la mise en place de deux marchés publics : l'un concernant le nettoyage des locaux, l'autre concernant la surveillance, le gardiennage, et la sécurité incendie des locaux. Aucun délai particulier n'a été assigné pour chaque livrable ou élément de mission et il n'est pas davantage indiqué dans le CCAP que les prestations mentionnées devaient être réalisées dans le cadre de la période initiale de 6 mois. Toutefois, il résulte de l'instruction que, par un courriel du 29 septembre 2021, la directrice de la performance achats marchés de l'université a précisé à la société CKS Public qu'elle a une obligation de résultat, qu'elle reste en attente des deux dossiers de consultation des entreprises (DCE) complets et qu'elle ne peut dès lors procéder au paiement des factures transmises. En conditionnant ainsi le paiement du marché à la transmission des deux DCE, qui sont les ultimes livrables figurant dans la rubrique des livrables attendus a minima définie par le CCAP, l'université a nécessairement considéré que cette livraison caractériserait une exécution des prestations attendues de la société SKS Public. De plus, si le compte rendu de la réunion du 23 mars 2021 qui s'est tenue entre l'université et la société requérante comporte une proposition de calendrier prévisionnel pour chacun des deux marchés publics en cause, débutant le 23 mars 2021 par une définition des besoins et stratégie d'achat et s'achevant fin octobre 2021 par une mise au point contractuelle, notification et publicité des deux marchés, cette pièce ne permet pas de considérer que l'ensemble des livrables et éléments de mission prévus par le CCAP au titre de l'article 10.1 devait être effectué sur la période initiale de 6 mois. Par suite, l'université Paris-Saclay n'est pas fondée à soutenir qu'elle était en droit d'attendre, sur la période initiale de six mois, la livraison de livrables venant en supplément des seuls les livrables attendus a minima énumérés à l'article 10.1 du CCAP.
11. En troisième lieu, si l'université Paris-Saclay fait valoir en défense que les rapports de bilan et d'analyse des prestations en cours n'ont pas été remis, il résulte de l'instruction que l'université n'a pas mentionné ce point dans la mise en demeure adressée à la société CKS le 11 janvier 2022. En outre, les notes adressées à la gouvernance des 8 juin et 21 juillet 2021 relatives respectivement au marché de nettoyage et au marché de gardiennage contiennent les éléments de bilan attendus.
12. En dernier lieu, si l'université fait valoir que les deux DCE attendus n'ont pas été remis complets, il résulte de l'instruction que le dossier relatif au marché de nettoyage a été remis le 15 juillet 2021 et que deux versions modifiées ont été remises les 16 novembre et 10 décembre 2021, et que, d'autre part, le dossier relatif au marché de gardiennage a été remis le 28 octobre 2021 puis amendé à deux reprises les 9 et 17 novembre 2021.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les livrables attendus dans le cadre de la période initiale du marché ont bien été remis à l'université Paris-Saclay par la société CKS. Par suite, l'université n'est pas fondée à soutenir qu'il y a lieu de procéder à une réfaction du prix dès lors que l'ensemble des prestations attendues n'aurait pas été réalisé.
Quant aux pénalités de retard :
14. Aux termes de l'article 12.1 du CCAP : " 12.1 Pénalités de retard : Lorsque le délai contractuel d'exécution ou de livraison est dépassé, par le fait du titulaire, celui-ci encourt, par jour de retard et sans mise en demeure préalable, une pénalité fixée à 1,0/1000, conformément aux stipulations de l'article 14.1 du CCAG FCS. / Le titulaire n'est pas exonéré des pénalités de retard. ".
15. L'université Paris-Saclay soutient qu'il y a eu 152 jours de retard, entre le 16 septembre 2021, date de fin de la période initiale ferme de 6 mois, et le 15 février 2022, date de résiliation pour faute du marché, et considère à ce titre que la société CKS Public est redevable de la somme de 10 640 euros HT. Toutefois, les deux DCE, dont la livraison constituait le terme de la tanche initiale ferme de 6 mois, ont été remis à l'université avant le 15 février 2022, et l'université n'est dès lors pas fondée à retenir cette date du 15 février 2022 pour le calcul des pénalités de retard. De plus, si la version finale du DCE correspondant au marché de nettoyage a été remise selon la société CKS Public le 10 décembre 2021, après transmission d'une version initiale le 15 juillet 2021, la société CKS Public soutient, sans être contredite sur ce point, que le délai entre la version initiale et la version finale s'explique notamment, par le fait que l'université a tardé à communiquer le périmètre exact des besoins en matière de nettoyage et a ajouté en juin 2021 un nouveau bâtiment d'une surface de 60 000 mètres carrés dans l'expression de ses besoins. Par suite, à supposer qu'un retard soit constaté dans la livraison du DCE relatif au marché de nettoyage, il ne peut être imputable à la société CKS Public. En revanche, en ce qui concerne la livraison du DCE relatif au marché de surveillance, gardiennage et sécurité incendie, la société CKS Public reconnaît une livraison le 28 octobre 2021. Si elle soutient que ce retard résulterait de demandes de modifications de l'université, elle n'apporte aucune pièce de nature à étayer cette allégation. Toutefois, si deux versions amendées de ce document ont été remises les 9 et 17 novembre 2021, il ne résulte pas de l'instruction que le document livré le 28 octobre 2021 ne suffisait pas à remplir les obligations de la société. La date de remise du DCE en question par la société CKS Public, à savoir le 28 octobre 2021, est postérieure de 42 jours au terme de la tranche initiale ferme de 6 mois qui courait du 16 mars au 16 septembre 2021. Par suite, la société CKS a transmis les derniers éléments de la prestation attendue avec un retard de 42 jours.
16. Il résulte de ce qui précède que si l'université Paris-Saclay est fondée à réclamer que des pénalités de retard soient appliquées pour fixer le solde du marché, ces pénalités de retard doivent porter sur une période de 42 jours, et leur montant doit dès lors s'élever à 2 940 euros HT, soit 3 528 euros TTC.
Quant au paiement d'une tranche optionnelle unitaire de deux mois :
17. Aux termes de l'article 3.3 de l'acte d'engagement : " Il s'agit d'un marché mixte, à prix forfaitaire pour la période initiale de 6 mois, et à prix unitaire pour les prestations hors forfait (période de 2 mois) ". Aux termes de l'article 4 du même document : " 4. Prix : Le montant maximal pour la totalité du marché est de 200 00 euros TTC. Les prestations sont rémunérées par application du prix global forfaitaire et prix unitaires suivant : pour la solution de base - montant forfaitaire pour la période initiale de 6 mois : () 84 000 euros TTC ; - montant unitaire pour chaque période de deux mois : () 31 200 euros TTC ". Aux termes de l'article 5 du même document : " 5. Durée et délais d'exécution : Le délai d'exécution est de 6 mois ferme pour la période forfaitaire. L'exécution des prestations débute à compter de la date fixée par ordre de service. ".
18. La société CKS Public soutient que, après l'échéance de la période initiale ferme de 6 mois le 16 septembre 2021, l'université Paris-Saclay a continué à lui demander la livraison de prestations, notamment par des courriels du 24 septembre 2021, des échanges au cours des mois d'octobre et novembre 2021, et un courriel du 29 novembre 2021, que ces demandes complémentaires l'ont conduite à réaliser des prestations et à les livrer entre le 17 septembre 2021 et le 10 décembre 2021, et qu'à ce titre elle est fondée à réclamer le versement d'une somme de 31 200 euros TTC pour le paiement unitaire d'une période complémentaire de deux mois, somme qui a fait l'objet d'une facture du 4 août 2022 que l'université n'a pas acquittée. Toutefois, il est constant que ces travaux réalisés par la société CKS entre le 17 septembre 2021 et le 10 décembre 2021 n'ont pas été réalisés dans le cadre d'un ordre service n°2, alors même que seul un ordre de service complémentaire pouvait valider la commande par l'université d'une prestation hors forfait pour une période de deux mois. De plus, dans la requête introductive d'instance, la société CKS Public indique que " Par un courriel du 15 novembre 2021, rappelant que la durée du marché était de six mois et qu'il était donc échu, que malgré tout le cabinet CKS avait continué d'exécuter ses missions pour faire aboutir les deux projets, et soulignant que les DCE nettoyage et gardiennage étaient finalisées, le directeur du cabinet CKS public a indiqué à l'UPS que la société mettrait un terme à ses prestations au titre de cet ordre de mission n°1 au plus tard le 30 novembre 2021. ". Par suite, la société CKS Public a reconnu qu'en produisant des prestations après la date du 16 septembre 2021, elle s'est limitée à délivrer des prestations au titre de l'ordre de mission n°1.
19. Il résulte de ce qui précède que les prestations réalisées entre le 17 septembre 2021 et le 10 décembre 2021, sont en relation avec la mission qui était assignée à la société CKS au titre de la tranche initiale ferme de 6 mois. Par suite, elle n'est pas fondée à réclamer le paiement d'une prestation au titre d'une période unitaire de 2 mois pour un montant de 31 200 euros TTC.
20. Il résulte de tout ce qui précède que seul le prix de 84 000 euros TTC sans réfaction est dû par l'université Paris-Saclay à la société CKS Public et que sur ce prix doivent être appliquées des pénalités de retard d'un montant de 3 528 euros TTC. Par suite, le solde du marché doit être fixé à 80 472 euros TTC et la société CKS Public est fondée à demander au tribunal la condamnation de l'université Paris-Saclay à lui verser cette somme.
En ce qui concerne les intérêts :
21. Aux termes de l'article 8.3 du CCAP : " 8.3 Délai global de paiement / Les sommes dues au(x) titulaire(s) seront payées dans un délai global de 30 jours à compter de la date de réception des demandes de paiement. / En cas de retard de paiement, le titulaire a droit au versement d'intérêts moratoires, ainsi qu'à une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement d'un montant de 40 €. Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. ". Aux termes de l'article 11.8.3 du CCAG FCS : " 11. 8. 3. En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le pouvoir adjudicateur règle les sommes qu'il a admises. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. ". Aux termes de l'article R. 2192-32 du code de la commande publique : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. ". Aux termes de l'article 11 du CCAG FCS : " 11. 2. Acomptes : Commentaires : Les règles relatives aux acomptes sont fixées par l'article 91 du code des marchés publics. Lorsque le marché fixe uniquement la périodicité des acomptes, le montant de chacun d'eux est déterminé par le pouvoir adjudicateur, sur la base du descriptif des prestations effectuées et de leur montant produit par le titulaire. Chaque acompte fait l'objet d'une demande de paiement. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 2191-10 du code de la commande publique et reprenant pour partie les dispositions de l'article 91 du code des marchés publics : " Les prestations qui ont donné lieu à un commencement d'exécution ouvrent droit à des acomptes. Les acomptes n'ont pas le caractère de paiements définitifs. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 2191-22 du même code, reprenant pour partie les dispositions de l'article 91 du code des marchés publics : " La périodicité du versement des acomptes est fixée au maximum à trois mois. Lorsque le titulaire du marché est une petite ou moyenne entreprise ou un artisan au sens de l'article R. 2151-13, une société coopérative de production, un groupement de producteurs agricoles, une société coopérative d'artisans, une société coopérative d'artistes ou une entreprise adaptée, ce délai est ramené à un mois pour les marchés de travaux, et, sur demande du titulaire du marché, pour les marchés de fournitures et de services. ". Aux termes de l'article D. 2192-2 du même code : " Sans préjudice des mentions obligatoires fixées par les dispositions législatives ou réglementaires, les factures mentionnées aux articles L. 2192-1 à L. 2192-3 comportent les mentions suivantes : () 6° La date de livraison des fournitures ou d'exécution des services ou des travaux ; () ".
22. En premier lieu, comme il a été dit aux points 18 et 19, la société CKS Public n'est pas fondée à demander le paiement d'une tranche unitaire de deux mois pour un montant de 31 200 euros TTC. Par suite, elle ne peut prétendre au paiement d'intérêts moratoires relatifs au retard de paiement de prestations réalisées au titre de cette tranche, dont elle a demandé un paiement par une facture du 4 août 2022.
23. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées que la société CKS Public était fondée à réclamer le versement d'acomptes, ce qu'elle a fait par une première facture du 1er juin 2021 d'un montant de 28 000 euros TTC, d'une deuxième facture du 12 juillet 2021 d'un montant de 28 000 euros, avant de demander le paiement du solde de la tranche ferme par une facture du 4 août 2022. Si l'université Paris-Saclay fait valoir que ces factures sont imprécises, méconnaissant ainsi les dispositions de l'article D. 2192-2 du code de la commande publique précitées, et qu'il n'y a dès lors pas lieu de les retenir pour fixer les dates à compter desquelles les intérêts moratoires sont dus, il résulte de l'instruction, et particulièrement de ces trois factures, qu'elles mentionnent comme objet " Accompagnement achat - Facturation 1 ", " Accompagnement achat - Facturation 2 " et " Solde tranche ferme ", qu'elles sont datées, et que la société CKS indique sans être contredite que ces trois factures ont été notifiées sur le portail Chorus Pro. Par suite, ces trois factures sont suffisamment précises pour établir la date à laquelle la société CKS Public a demandé le versement d'acomptes puis le solde du paiement de la tranche ferme, et dès lors pour déterminer la date à compter de laquelle l'université Paris-Saclay est redevable des intérêts moratoires pour les sommes correspondantes.
24. Il résulte de ce qui précède que la société CKS Public a droit au versement des intérêts moratoires, au taux prévu par les dispositions précitées de l'article 8.3 du CCAP pour sa demande de paiement de 28 000 euros TTC du 1er juin 2021 à compter du 1er juillet 2021. Ces intérêts porteront eux-mêmes intérêts à compter du 1er juillet 2022, puis à chaque échéance annuelle ultérieure. De plus, la société CKS Public a droit au versement des intérêts moratoires pour sa demande de paiement de 28 000 euros TTC du 12 juillet 2021 à compter du 12 août 2021. Ces intérêts porteront eux-mêmes intérêts à compter du 12 août 2022, puis à chaque échéance annuelle ultérieure. Enfin la société CKS Public a droit au versement des intérêts moratoires pour sa demande de paiement du 4 août 2022 relative au solde de la tranche ferme, à savoir 24 472 euros TTC dès lors qu'il y a lieu de déduire les pénalités de retards telles que calculées au point 15 du présent jugement, à compter du 4 septembre 2022. Ces intérêts porteront eux-mêmes intérêts à compter du 4 septembre 2023, puis à chaque échéance annuelle ultérieure.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de recouvrement :
25. En application de l'article 8.3 du CCAP, il y a lieu de condamner l'université à verser à la société CKS Public une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement d'un montant de 40 €, applicable à chaque demande de paiement ayant subi un retard. Par suite, l'université Paris-Saclay devra verser une somme de 120 euros à la société CKS Public au titre de l'indemnité forfaitaire de recouvrement.
En ce qui concerne le préjudice au titre de la perte de temps :
26. Si la société CKS Public soutient qu'elle a subi un préjudice qu'elle évalue à 6 000 euros du fait de la perte de temps engendrée par les nombreux échanges et messages intervenus avec l'université Paris-Saclay à propos de l'interprétation des termes du marché et de la nature des prestations et des délais d'exécution, elle ne produit pas à l'instance les échanges et messages en question et ne justifie pas, en tout état de cause, que ces échanges auraient excédé, par leur nombre et leur nature, ceux qui sont inhérents à toute relation contractuelle. Il résulte de ce qui précède que le préjudice allégué de perte de temps pour rédiger ces différents messages et échanges n'est pas établi et que, par suite, la société CKS n'est pas fondée à en demander l'indemnisation.
Sur les frais liés aux instances :
27. Dans l'instance n°2202445, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université Paris-Saclay qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société CKS Public sur leur fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'université sur le même fondement.
28. Dans l'instance n°2209189, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société CKS Public, qui n'est pas la partie perdante, la somme que l'université Paris-Saclay demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'université Paris-Saclay une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société CKS Public et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête n°2202445 tendant à l'annulation de la décision du 15 février 2022 par laquelle le président de l'université Paris-Saclay a résilié le marché public n°2021-37 sont rejetées.
Article 2 : L'université Paris-Saclay est condamnée à verser à la société CKS Public la somme de 80 472 euros TTC, avec intérêts moratoires sur la somme de 28 000 euros TTC à compter du 1er juillet 2021, et capitalisation de ces intérêts à compter du 1er juillet 2022, avec intérêts moratoires sur la somme de 28 000 euros TTC à compter du 12 août 2021, avec capitalisation de ces intérêts à compter du 12 août 2022, et avec intérêts moratoires sur la somme de 24 472 euros TTC à compter du 4 septembre 2022, et capitalisation de ces intérêts à compter du 4 septembre 2023, le tout au taux mentionné au point 23 du présent jugement.
Article 3 : L'université Paris-Saclay est condamnée à verser à la société CKS Public une somme de 120 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de recouvrement.
Article 4 : L'université Paris-Saclay versera à la société CKS Public une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de la société CKS Public et les conclusions présentées par l'université Paris-Saclay au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société CKS Public et à l'université Paris-Saclay
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Perez, premier conseiller,
M. Bélot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
J-L. Perez
Le président,
signé
O. MaunyLa greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 ; 2209189
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026