vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2202680 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SAIDJI & MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 avril 2022 et 1er décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Salabelle, puis par Me Raoul, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune d'Orgerus à lui verser la somme de 82 516,98 euros augmentée des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Orgerus la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision illégale en date du 20 novembre 2018 portant refus de permis de construire n° PC 078 465 18 M 0009 et le refus d'exécuter le jugement du tribunal administratif de Versailles du 8 mars 2021 enjoignant au maire d'Orgerus de lui délivrer ce permis constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- les préjudices subis sont les suivants :
* le retard de 38 mois dans la réalisation du projet et la perte des loyers qu'elle aurait pu percevoir au cours de cette période pour un montant de 45 600 euros ;
* le surcoût lié à la hausse du prix de la construction pour un montant de 26 416, 98 euros ;
* les frais de procédure qu'elle a dû exposer pour un montant de 2 917, 60 euros ;
* le préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 8 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, la commune d'Orgerus, représentée par Me Moreau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés se rapportant aux préjudices dont la requérante demande réparation ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 2 janvier 2024.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'indemnisation des frais de procédure et du préjudice moral, préjudices invoqués pour la première fois à l'appui du mémoire en réplique enregistré le 1er décembre 2023, postérieurement à l'expiration du délai de recours de deux mois, (voir l'avis n° 439366 du Conseil d'Etat en date du 19 février 2021), délai courant en l'espèce à compter de la date d'enregistrement de la requête.
Des observations en réponse à ce moyen soulevé d'office ont été présentées le 5 août 2024 pour la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Silvani, rapporteure,
- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Rougeot, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a déposé, le 16 août 2018, une demande de permis de construire sous le n° PC 078 465 18 M 0009 pour l'édification d'une maison individuelle. Par un arrêté du 20 novembre 2018, le maire d'Orgerus a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. Cet arrêté a été annulé par le tribunal administratif de Versailles par son jugement n° 1903866 du 8 mars 2021 qui a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles n° 21VE01101 du 28 janvier 2022. Par sa requête, Mme A demande au tribunal de condamner la commune d'Orgerus à réparer les préjudices qu'elle indique avoir subis en raison des illégalités commises par la commune.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'indemnisation des frais de procédure et du préjudice moral :
2. La décision par laquelle une personne publique rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si, après l'expiration de ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur. Il n'est fait exception à ce qui précède que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation.
3. Par une lettre du 25 août 2021, Mme A a demandé à la commune d'Orgerus de l'indemniser des préjudices résultant, d'une part, de la perte des loyers qu'elle aurait perçus au cours de la période s'étendant de la date à laquelle le refus de permis de construire lui a été illégalement opposé à la date à laquelle celui-ci lui a finalement été délivré, d'autre part, de l'augmentation du coût de la construction au cours de cette même période. Si Mme A a repris ces deux chefs de préjudice à l'appui de sa requête enregistrée le 5 avril 2022, elle a ajouté, dans le cadre de son mémoire en réplique enregistré le 1er décembre 2023, deux nouveaux chefs de préjudice tenant à l'indemnisation des frais de procédure qu'elle a exposés dans le cadre de la procédure contentieuse dirigée contre l'arrêté du 20 novembre 2018 et du préjudice moral qu'elle soutient avoir subi. Toutefois, ces préjudices ne peuvent être regardés comme nés, aggravés ou révélés dans toute leur ampleur postérieurement à l'expiration du délai de deux mois qui a commencé à courir en l'espèce à compter de l'enregistrement de la requête, soit le 5 juin 2022, alors que le refus fautif opposé à la demande de permis de construire présentée par Mme A datait du 20 novembre 2018 et que la procédure contentieuse a pris fin à la date à laquelle a été rendu l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles le 28 janvier 2022. Dans ces conditions, il résulte des principes rappelés au point 2, que la demande indemnitaire portant sur ces deux chefs de préjudice, est tardive et par suite irrecevable.
Sur la responsabilité de la commune d'Orgerus :
4. En premier lieu, en vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, toute illégalité est fautive et susceptible d'engager la responsabilité de la personne publique qui en est l'auteur, à condition toutefois qu'il puisse être fait état d'un préjudice en lien direct et certain avec cette faute.
5. Il résulte de l'instruction que le tribunal administratif de Versailles, par son jugement n° 1903866 du 8 mars 2021, a annulé l'arrêté du 20 novembre 2018 refusant à Mme A la délivrance du permis de construire qu'elle sollicitait aux motifs que le maire d'Orgerus avait illégalement opposé à sa demande les dispositions du plan local d'urbanisme approuvé le 21 septembre 2018 et qu'il avait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation du risque présenté par la construction projetée pour la sécurité publique au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ce jugement a été confirmé par un arrêt définitif de la cour administrative d'appel de Versailles en date du 28 janvier 2022. La requérante est ainsi fondée à soutenir que la commune a commis des illégalités fautives de nature à engager sa responsabilité.
6. En second lieu, Mme A fait valoir que le retard pris par la commune d'Orgerus dans l'exécution du jugement du tribunal administratif de Versailles en date du 8 mars 2021 qui avait enjoint au maire de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de sa notification est de nature à engager sa responsabilité. Il résulte de l'instruction que, par une requête enregistrée le 13 avril 2021, la commune d'Orgerus a demandé à la cour administrative d'appel de Versailles d'ordonner le sursis à exécution de ce jugement. Cette requête a été rejetée par une ordonnance du premier vice-président de la cour administrative d'appel de Versailles en date du 3 septembre 2021. Alors qu'il incombait au maire d'Orgerus, dès la notification de cette ordonnance, d'exécuter le jugement du 8 mars 2021, ce n'est qu'au cours du mois de mars 2022 que le permis de construire a finalement été délivré à Mme A. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que le retard pris dans l'exécution du jugement du 8 mars 2021 constitue un comportement fautif de nature à engager la responsabilité de la commune.
Sur la réparation des préjudices subis par la requérante :
7. Ainsi qu'il a été dit au point 4, si toute illégalité est fautive et susceptible d'engager la responsabilité de la personne publique qui en est l'auteur, ce n'est qu'à la condition qu'il puisse être fait état d'un préjudice en lien direct et certain avec cette faute.
En ce qui concerne la perte des loyers :
8. La perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière en raison d'un refus illégal de permis de construire revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il en va toutefois autrement si le requérant justifie de circonstances particulières, tels que des engagements souscrits par de futurs acquéreurs ou l'état avancé des négociations commerciales avec ces derniers, permettant de faire regarder ce préjudice comme présentant, en l'espèce, un caractère direct et certain. Il est fondé, si tel est le cas, à obtenir réparation au titre du bénéfice qu'il pouvait raisonnablement attendre de cette opération.
9. Mme A sollicite l'indemnisation du manque à gagner correspondant à la privation des bénéfices locatifs qu'elle pouvait attendre du projet immobilier. Toutefois, la requérante, qui, ne produit pas d'engagement antérieur de futurs locataires ni d'éléments faisant état de négociations relatives à un tel projet, n'établit pas avoir envisagé de louer la construction projetée, alors qu'il résulte au demeurant du point 4.3 du formulaire de demande de permis de construire déposé par l'intéressée le 16 août 2018 que la maison d'habitation avait vocation à être utilisée par celle-ci en tant que résidence principale. Dans ces conditions, le préjudice allégué ne présente pas un caractère direct et certain de nature à ouvrir droit à indemnisation.
En ce qui concerne la hausse du coût de la construction :
10. Si Mme A se prévaut de la hausse du coût de la construction entre la date du refus de permis de construire qui lui a été illégalement opposé par un arrêté du 20 novembre 2018 et celle à laquelle ce permis lui a finalement été délivré, en mars 2022, elle ne justifie pas de la réalité du préjudice allégué en se bornant à produire un contrat de construction et un avenant à celui-ci qui ne sont ni datés ni signés, alors en outre qu'il ne résulte pas de l'instruction, à supposer même que les travaux aient été réalisés, que l'intéressée a effectivement supporté des dépenses supérieures à celles qu'elles aurait acquittées si le permis de construire ne lui avait pas été illégalement refusé. Dans ces conditions, Mme A ne saurait prétendre à la réparation de ce chef de préjudice.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à la condamnation de la commune d'Orgerus à indemniser les préjudices dont la requérante se prévaut doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune d'Orgerus qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 000 euros à verser à la commune d'Orgerus au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera la somme de 1 000 euros à la commune d'Orgerus en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune d'Orgerus.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rollet-Perraud, présidente,
Mme Milon, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. SilvaniLa présidente
Signé
C. Rollet-Perraud
La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026