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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2202903

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2202903

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2202903
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEGRANDGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, M. E C et Mme D C, en qualité de représentants légaux de leur fils mineur, A C, représentés par Me Bouzalgha, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Fontenay-Saint-Père à leur verser la somme de 27 462 euros en réparation des préjudices subis par leur fils A ;

2°) de condamner la commune de Fontenay-Saint-Père aux entiers dépens, ce compris la somme de 2 673,20 euros consignée au titre des frais d'expertise ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fontenay-Saint-Père la somme de 3 131 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de rejet implicite du 2 décembre 2020 a été prise par une autorité incompétente et est entachée d'un défaut de motivation ;

- la responsabilité pour faute présumée de la commune est engagée, en raison de la présence de tessons de bouteilles de verre aux abords du terrain de tennis communal ; l'accident du 15 octobre 2016 est survenu près du terrain de tennis communal dont l'entretien relève de la compétence de la commune ; eu égard à un évènement sportif comme celui qui s'est tenu le 15 octobre 2016, impliquant la présence de plusieurs dizaines de visiteurs (parents et enfants), il appartenait au maire de prévoir un dispositif de nettoyage de la voirie adapté à la situation ;

- les préjudices subis du fait de cette faute doivent être évalués à la somme totale de 27 462 euros, se décomposant comme suit : 1 656 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 10 000 euros au titre des souffrances endurées, 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 4 620 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 2 475 euros au titre de l'aide humaine, 2 000 euros au titre de l'incidence scolaire et 1 000 euros au titre du préjudice d'agrément.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, la commune de Fontenay-Saint-Père, représentée par Me Moreau, conclut au rejet de la requête et demande la condamnation des requérants à lui verser la somme de 3 000 euros sur le fondement l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- un entretien normal du terrain de tennis a été assuré ;

- le défaut de surveillance des parents constitue la cause unique du dommage ou est au moins de nature à minorer sa responsabilité ;

- il a été procédé à un calcul erroné de certains chefs de préjudices et d'autres sont infondés.

Par un mémoire enregistré le 8 novembre 2023, la Caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, représentée par Me Legrandgerard, conclut à la condamnation de la commune de Fontenay-Saint-Père à lui verser la somme de 3 706,66 euros au titre de ses débours assortie des intérêts au taux légal à titre moratoire à compter du jugement à intervenir, la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sauvageot,

- les conclusions de Mme Anne Winkopp-Toch rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C exposent que, le 15 octobre 2016, leur fils A, alors âgé de près de 5 ans, s'est gravement blessé à la main droite en ramassant un tesson de bouteille situé à proximité du terrain de tennis municipal, accident que les requérants imputent à un défaut d'entretien du terrain par la commune de Fontenay-Saint-Père. Le tribunal de céans a ordonné la réalisation d'une expertise par une ordonnance du 2 avril 2021. Le rapport d'expertise a été déposé le 4 octobre 2021. Les requérants ont formé une demande indemnitaire préalable qui a été implicitement rejetée par le maire de la commune. M. et Mme C demandent au tribunal de condamner la commune de Fontenay-Saint-Père à leur verser la somme totale de 27 462 euros en réparation des préjudices subis par leur fils A.

Sur la responsabilité de la commune de Fontenay-Saint-Père :

2. En premier lieu, la décision de refus implicite de la commune a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de M. et Mme C qui, en formulant les conclusions susmentionnées, ont donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Il s'ensuit, qu'au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur les droits des intéressés à percevoir la somme qu'ils réclament, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision et le défaut de motivation sont inopérants.

3. En second lieu, il appartient à l'usager d'un ouvrage public, victime d'un dommage qu'il estime imputable à cet ouvrage, de rapporter la preuve du lien de causalité direct et certain entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

4. Il résulte de l'instruction que la famille C était présente à proximité du terrain de tennis communal pour assister à un match de football de leur fils aîné, que leurs deux autres enfants, B âgé de 10 ans et A âgé de près de 5 ans, se sont éloignés pour jouer à proximité d'un court de tennis et que le jeune A s'est profondément entaillé la main droite en ramassant un tesson de bouteille. D'une part, si la commune conteste les circonstances de l'accident, ces dernières sont suffisamment établies par les attestations produites par les requérants et qui émanent notamment d'autres parents présents pour assister au match de football. D'autre part, si la commune fait valoir qu'elle assurait un entretien normal du terrain de tennis par le passage hebdomadaire d'un agent communal, elle ne l'établit pas par les pièces produites - une photographie du terrain à une date inconnue, une attestation de l'agent d'entretien de la commune recruté en décembre 2021, soit plus de cinq ans après les faits et une attestation de la secrétaire de mairie. Les requérants, pour leur part, produisent des attestations de tiers, anciens entraîneur et joueur du club de football, qui indiquent avoir constaté à de nombreuses reprises des débris de verre aux alentours des équipements sportifs. Dans ces conditions, la commune de Fontenay-Saint-Père ne démontrant pas avoir effectué un entretien suffisant et régulier des abords du court de tennis, M. et Mme C sont fondés à demander que la responsabilité de la commune de Fontenay-sur-Père soit engagée.

5. Il résulte toutefois de l'instruction qu'au moment de l'accident, A, âgé de près cinq ans se trouvait seul avec son frère B, âgé quant à lui de dix ans. Il est en effet constant que les requérants, assistant au match de football, ont laissé les deux enfants sans surveillance jouer aux abords du court de tennis. En outre, il résulte des écritures même des requérants ainsi que des photographies produites que ce terrain de tennis n'est accessible après franchissement d'un talus et qu'il est entouré par des buissons d'une hauteur significative, ce qui implique que A n'était pas à la vue de ses parents au moment de l'accident. Par suite, le défaut d'attention de M. et Mme C est de nature à atténuer la responsabilité encourue par la commune de Fontenay-Saint-Père. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de limiter la part de responsabilité incombant à cette commune à la moitié des conséquences dommageables de l'accident.

Sur l'indemnisation des préjudices :

6. Il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de A au 6 juillet 2021.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que A a eu besoin d'être assisté d'une tierce personne à hauteur d'une heure-trente par jour afin de se nourrir durant 45 jours après la première opération chirurgicale et 21 jours après la seconde intervention chirurgicale. Il résulte de l'instruction que cette assistance était une aide non spécialisée. Dans ces conditions, pour une aide cumulée de quatre-vingt-dix-neuf heures, le préjudice indemnisable de A au titre du besoin d'assistance par une tierce personne peut être fixé à la somme de 1 300 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 5, la part de l'indemnité mise à la charge de la commune de Fontenay-Saint-Père s'élève à la somme de 650 euros.

8. S'agissant du préjudice scolaire qui a été exclu par l'expert en l'absence d'éviction scolaire, il résulte de l'instruction et notamment des documents scolaires et des comptes-rendus établis par la psychomotricienne que A, qui était alors scolarisé en grande section de maternelle, a, suite à l'accident, peu expérimenté la motricité fine à droite et le graphisme entraînant par conséquent un retard scolaire. Dans ces conditions, alors même que A rencontrait par ailleurs des difficultés d'ordre psychomoteur avant la survenance de l'accident, il y a lieu d'allouer aux requérants une somme de 1 000 euros en réparation de ce préjudice. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 5, la part de l'indemnité mise à la charge de la commune de Fontenay-Saint-Père s'élève à la somme de 500 euros.

En ce qui concerne les préjudices personnels

S'agissant des préjudices temporaires :

9. En premier lieu, les requérants demandent le versement d'une somme de 1 656 euros au titre des périodes de déficits fonctionnels temporaires total et partiel que A a connu suite aux deux interventions chirurgicales. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que A a connu un déficit fonctionnel temporaire total durant trois jours, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 30% durant 44 jours du 18 octobre 2010 au 30 novembre 2016, de 8% durant 365 jours du 1er décembre 2016 au 1er décembre 2017, de 20% durant 25 jours du 7 juillet 2020 au 31 juillet 2020 et de 4% durant 396 jours du 1er juillet 2020 au 31 juillet 2021. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant, sur la base d'un taux mensuel de 500 euros, à la somme de 1100 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 5, la part de l'indemnité mise à la charge de la commune de Fontenay-Saint-Père s'élève à la somme de 550 euros.

10. En deuxième lieu, les souffrances endurées par le jeune A ont été évaluées à 3,5/7 par l'expert. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 5 400 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 5, la part de l'indemnité mise à la charge de la commune de Fontenay-Saint-Père s'élève à la somme de 2 700 euros.

11. En troisième lieu, il serait fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire, évalué à 1 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert, en allouant à ce titre une somme de 1 000 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 5, la part de l'indemnité mise à la charge de la commune de Fontenay-Saint-Père s'élève à la somme de 500 euros.

S'agissant des préjudices permanents :

12. Il résulte de l'instruction que A subit un déficit fonctionnel permanent évalué par l'expert à 2%. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, pour un garçon âgé de dix ans à la date de consolidation, en le fixant à 4 500 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 5, la part de l'indemnité mise à la charge de la commune de Fontenay-Saint-Père s'élève à la somme de 2 250 euros.

13. Le préjudice esthétique permanent a été évalué à 1 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert. Il sera procédé à une juste évaluation de ce poste de préjudice en l'arrêtant à la somme de 1 000 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 5, la part de l'indemnité mise à la charge de la commune de Fontenay-Saint-Père s'élève à la somme de 500 euros.

14. S'agissant du préjudice d'agrément, les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir que A serait empêché de pratiquer des activités sportives à la suite de l'accident du 15 octobre 2016. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander réparation de ce chef de préjudice.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Fontenay-Saint-Père doit être condamnée à verser la somme totale de 7 650 euros à M. et Mme C en réparation des préjudices subis par leur fils A.

Sur les débours de la CPAM des Yvelines :

16. Il résulte de l'instruction que la CPAM de Yvelines a versé, pour le jeune A, des prestations correspondant à des dépenses de santé actuelles pour un montant de 3 706,66 euros. Elle produit l'attestation définitive des débours, ainsi que l'attestation d'imputabilité réalisée par son médecin conseil. Il y a lieu, dans ces conditions, de condamner la commune de Fontenay-Saint-Père à lui rembourser la moitié de cette somme, soit 1 853,33 euros, assortie des intérêts à compter de la date du présent jugement.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :

17. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée.

18. La CPAM des Yvelines a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour le montant de 1 191 euros auquel elle a été fixée par l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale. En conséquence, la commune de Fontenay-Saint-Père versera à la CPAM de Yvelines la somme de 1 191 euros.

Sur les frais d'expertise :

19. Par une ordonnance du 16 décembre 2021, les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 673,20 euros, ont été mis à la charge de M. et Mme C. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de la commune de Fontenay-Saint-Père le montant de ces frais.

Sur les frais liés à l'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Fontenay-Saint-Père au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Fontenay-Saint-Père le versement d'une somme de 1 800 euros à M. et Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a également lieu de mettre à charge de la commune de Fontenay-Saint-Père le versement d'une somme de 1 000 euros à la CPAM des Yvelines sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Fontenay-Saint-Père est condamnée à verser à M. et Mme C la somme de 7 650 euros en réparation des préjudices subis par leur fils A.

Article 2 : La commune de Fontenay-Saint-Père est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 1 853,33 euros en remboursement de ses débours, assortie des intérêts à compter de la date du présent jugement.

Article 3 : La commune de Fontenay-Saint-Père est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les frais de l'expertise, d'un montant total de 2 673,20 euros, sont mis à la charge définitive de la commune de Fontenay-Saint-Père.

Article 5 : La commune de Fontenay-Saint-Père versera, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 800 euros à M. et Mme C et une somme de 1 000 euros à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Fontenay-Saint-Père sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme D C, à la commune de Fontenay-Saint-Père et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente rapporteure,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La présidente rapporteure,

Signé

J. Sauvageot

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

F. Lutz

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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