lundi 10 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2202988 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SCP OPSOMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, Mme D B, représentée par Me Opsomer, demande au juge des référés :
1°) de désigner un expert, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, chargé de se prononcer sur les conditions de sa prise en charge par le Centre hospitalier de Versailles - André Mignot et sur les préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- A la suite de la découverte d'un adénofibrome dans le sein droit en 2011 et alors qu'elle avait déjà été opérée d'une hypertrophie mammaire en 1998, elle a été hospitalisée le 22 juin 2012 à l'hôpital André Mignot en vue d'une plastie mammaire de réduction bilatérale et d'une tumeroctomie et opérée par le docteur C ;
- le 25 juillet 2012, elle a constaté l'invagination de ses mamelons et la présence de fils résiduels puis, lors d'une mammographie de contrôle le 8 octobre 2012, il est apparu que l'adénofibrome n'avait pas été réséqué ;
- elle a alors demandé l'indemnisation de ses préjudices au centre hospitalier André Mignot et obtenu une expertise amiable concluant à l'existence d'une erreur dans la mise en œuvre de la technique opératoire ;
- elle a encore dû subir deux autres interventions médicales et fait valoir qu'elle justifie de préjudices qui n'ont pas été pris en compte initialement, notamment de nombreuses complications et un préjudice moral et d'agrément ;
- la mesure d'expertise sollicitée est utile, en l'absence d'issue amiable, afin de se prononcer sur l'existence d'une responsabilité médicale résultant de l'intervention chirurgicale pratiquée au Centre hospitalier de Versailles - André Mignot et d'évaluer les préjudices qui en découlent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le Centre hospitalier de Versailles - André Mignot et le docteur F C, représentés par Me Boileau demandent la mise hors de cause du docteur F C, praticien hospitalier, seule la responsabilité de l'établissement public de santé pouvant être recherchée devant la juridiction administrative ;
Le centre hospitalier ne s'oppose pas à la demande d'expertise mais formule les plus vives protestations et réserves s'agissant de la mise en cause de sa responsabilité et des préjudices indemnisables ; il demande la communication d'un pré-rapport, de compléter la mission de l'expert selon les termes de leur mémoire et de mettre l'avance des frais d'expertise à la charge de Mme B. Il conclut au rejet des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, Mme A, première vice-présidente, comme juge des référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de mise hors de cause du docteur C :
1. Le docteur C exerçait au moment des faits dans le cadre de son activité au sein du secteur public hospitalier. Par suite, la seule responsabilité du centre hospitalier de Versailles - André Mignot est susceptible d'être engagée, et il y a donc lieu de mettre hors de cause ce praticien hospitalier. Toutefois, l'expertise étant une simple mesure ordonnée avant tout procès, le docteur C pourra participer aux opérations d'expertise et fournir à l'expert, le cas échéant, des informations utiles à l'accomplissement de sa mission.
Sur les conclusions à fin d'expertise :
2. L'article R. 532-1 du code de justice administrative dispose que : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de ces dispositions doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.
3. La mesure d'expertise demandée par Mme B, qui présente un caractère utile, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur l'établissement d'un pré-rapport :
4. L'expertise devra être effectuée en application des dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative, qui ne prévoient pas la possibilité d'imposer à l'expert de déposer un pré-rapport et de le communiquer aux parties. Il reste que rien ne fait obstacle à ce que, s'il le juge utile, l'expert établisse et communique aux parties un rapport provisoire.
Sur les frais d'expertise :
5. Les dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-13 du code de justice administrative font obstacle à ce que le juge des référés mette les frais d'expertise à la charge de l'une ou l'autre des parties. La demande du centre hospitalier de Versailles - André Mignot tendant à ce que les frais d'expertise soient avancés par Mme B est prématurée et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.
Sur les frais du litige :
6. Enfin, il n'y a pas lieu, dans le cadre de la présente procédure qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction, de faire droit aux conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'appartient pas davantage au juge des référés de se prononcer sur les dépens.
O R D O N N E :
Article 1 er : Le docteur G E est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B et, notamment, ceux relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Versailles - André Mignot ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme B ainsi qu'à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de Mme B et les soins et prescriptions antérieurs à sa première prise en charge par le centre hospitalier de Versailles - André Mignot, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de Mme B ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme B et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier de Versailles - André Mignot, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;
4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors des hospitalisations de Mme B ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme B, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier de Versailles - André Mignot, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
6°) donner un avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme B une chance sérieuse de guérison des lésions dont elle était atteinte lors de son admission au centre hospitalier de Versailles André Mignot ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme B de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;
7°) dire si l'état de Mme B a entraîné un déficit fonctionnel temporaire (partiel ou total) en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le taux ;
8°) indiquer à quelle date l'état de Mme B peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, un déficit fonctionnel permanent est prévisible et en évaluer l'importance ;
9°) dire si l'état de Mme B est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
10°) décrire, sans imputer le taux de perte de chance éventuel, la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de Mme B, en distinguant la part respective imputable au manquement et/ou à l'accident médical éventuellement constatés de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ; en particulier :
a) indiquer les dépenses de santé actuelles et futures rendues nécessaires par l'état de Mme B ; dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au manquement éventuellement constaté, préciser dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;
b) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à Mme B pour accomplir les actes de la vie quotidienne en distinguant les périodes antérieures et postérieures à la consolidation ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ;
c) déterminer les pertes de revenus, l'incidence professionnelle ainsi que les autres dépenses liées au dommage corporel antérieurement et postérieurement à la date de consolidation ;
d) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance ;
11°) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité des préjudices subis par Mme B à raison des faits en litige.
En présence :
- de Mme D B ;
- du centre hospitalier de Versailles - André Mignot ;
- du docteur F C.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : L'expert notifiera son rapport en deux exemplaires dont une version électronique au greffe dans un délai de 7 mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 4 : Le surplus des conclusions du centre hospitalier de Versailles - André Mignot sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, au centre hospitalier de Versailles - André Mignot, au docteur F C, et au docteur G E, expert.
Fait à Versailles, le 10 octobre 2022.
La première vice-présidente
signé
I. A
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026