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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203079

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203079

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203079
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMagistrat Mathou
Avocat requérantSELARL CONCORDE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2022, et un mémoire complémentaire, reçu le 16 décembre 2022, Mme C, représentée par Me de Broissia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du président du département des Yvelines du 18 février 2022 rejetant son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 6 janvier 2021 portant notification d'un trop-perçu d'aide de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 11 653,38 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge du département des Yvelines une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991;

Elle soutient que :

- la décision n'est pas motivée en droit ;

- elle est non fondée et entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle était présente sur le territoire français en 2018 et 2019 ;

- elle ne bénéfice d'aucun revenu et ne peut payer cette somme ;

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2023, le département des Yvelines conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens soient à la charge de Mme C.

Le département des Yvelines soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mathou, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me de Broissia, représentant Mme C, qui persiste dans ses écritures et demande un report de clôture d'instruction

- le département des Yvelines n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été fixée au 23 janvier 2023 à 12h, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 6 janvier 2021, la CAF des Yvelines a informé Mme C que l'étude de ses droits avait généré un indu de RSA d'un montant de 11 805,83 euros pour la période comprise entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2019. Par courrier du 9 février 2021, la CAF a notifié à Mme C une fraude aux prestations, tant pour l'indu de RSA que pour les primes de Noël des années 2018 et 2019. Mme C a formé un recours administratif contre la décision du 6 janvier 2021, le 28 février 2021. Elle a ensuite, par courrier du 8 février 2022, formulé une demande de remise de dette auprès du département. Par courrier du 18 février 2022, le département des Yvelines a refusé de lui accorder une remise de dette. Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de cette dernière décision ainsi que la décision implicite de la CAF rejetant son recours préalable obligatoire, ainsi que la remise totale de la dette résultant du trop-perçu de RSA.

Sur les conclusions en contestation de l'indu de RSA :

2. Lorsque le recours dont le juge est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 262-5, pour l'application de cet article, est considéré comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France des séjours dont la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. L'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Enfin, l'article R. 262-37 de ce code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

4. En premier lieu, la décision litigieuse du 18 février 2022 comporte la référence et le contenu des dispositions de droit sur lesquelles elle se fonde et tout particulièrement des articles L.262-2 et suivants et, R.262-5 du code de l'action sociale et des familles. Elle se réfère aux constatations effectuées dans le rapport du 28 juillet 2020 rédigé à la suite de l'enquête de la caisse d'allocations familiales qui a conclu à plusieurs séjours en France de plus de trois mois ainsi que des dépôts d'espèces, remises de chèque et virements bancaires réalisés depuis l'étranger. Elle précise le montant d'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C et la période sur lequel il porte. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'enquête menée par la CAF des Yvelines au mois de juillet 2020, sans la présence de Mme C et sans avoir accès notamment à son passeport, a conclu que l'allocataire avait séjourné hors du territoire français, notamment en Belgique, Chine, Espagne, Etats-Unis, du 5 janvier au 30 avril 2018, du 10 mai au 6 juillet 2018, du 20 novembre au 31 décembre 2018, puis du 1er janvier au 30 juin 2019 et du 2 août au 30 novembre 2019. Soit un séjour hors de France pendant 214 jours en 2018 et 239 jours en 2019. L'enquête a également identifié des dépôts d'argent conséquents et non déclarés sur son compte bancaire, sur ces mêmes années.

6. Pour justifier de sa présence sur le territoire français en 2018 et 2019, Mme C produit divers documents, notamment des accusés de réception postaux datés de juillet 2018, une déclaration de main courante en date du 11 août 2018, des ordonnances médicales, des compte-rendu d'examen et d'imagerie médicale, en date du 6 mars 2018, 20 mars 2018, 10 avril 2018, 15 septembre 2018. Ces éléments, en particulier les compte-rendu d'examen médical sur lesquels la date de naissance de l'intéressée est erronée, sont insuffisants pour établir, à tout le moins, sa présence en France du 5 janvier au 5 mars 2018, et du 20 novembre au 31 décembre 2018. Par ailleurs, s'agissant de l'année 2019, les éléments produits par l'intéressée, à savoir des billets de train pour un voyage en France et un document relatif aux obsèques de sa tante, sont insuffisants pour établir sa présence en France dans les conditions définies à l'article R. 262-5. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C aurait séjourné en France de manière stable et effective, au sens des dispositions précitées, sur les années civiles concernées. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, dès lors, être écartés.

Sur la demande de remise de dette :

7. En vertu de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, la créance du département à l'égard d'un bénéficiaire du revenu de solidarité active, résultant du paiement indu de ce revenu, " peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation que si, tout à la fois, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par le département à la date de sa décision, justifie l'octroi d'un remise. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

8. Il résulte de l'instruction que Mme C ne justifie pas de sa bonne foi. Par suite, les conclusions à fin de remise de dette présentées par Mme C doivent être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C, sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité, doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Yvelines, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre desdites dispositions. Les conclusions présentées par Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au département des Yvelines et à la caisse d'allocation familiales des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. B La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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