jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2203565 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUAZIZ - SERRA - AYALA - BONLIEU |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 6 mai 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée pour M. A B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Melun le 25 mars 2022, des mémoires, enregistrés les 22 novembre 2023 et 29 novembre 2023, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 26 février 2024, M. A B, représenté Me Ayala, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Saint-Vrain a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner solidairement la commune de Saint-Vrain et la société Essonne travaux publics, garantie par la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), à lui verser la somme de 4 224,05 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi ;
3°) avant dire droit, de désigner un expert et de fixer ses missions à l'effet de déterminer les conséquences corporelles qu'il a subies à la suite de son accident ;
4°) de condamner conjointement et solidairement les défendeurs au paiement de la somme de 3 000 euros à titre de provision à valoir sur préjudice corporel ;
5°) de condamner les défendeurs aux entiers dépens de l'instance ;
6°) de mettre à la charge des défendeurs la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître de la responsabilité de la commune de Saint-Vrain en raison d'un défaut d'entretien normal de la voie publique ainsi que de celle de la société Essonne travaux publics, garantie par son assureur la SMABTP, qui s'était vue confier la réalisation de travaux de réfection et d'entretien de la voie communale au moment des faits ;
- ses conclusions dirigées contre la commune de Saint-Vrain sont recevables dès lors qu'il a adressé un recours indemnitaire préalable le 14 août 2018 à cette commune et à la société SMABTP en sa qualité d'assureur de la société Essonne travaux publics, renouvelé le 20 mai 2022 auprès de la commune ;
- la présence de gravillons sur la route, à l'origine de sa chute, ne faisait l'objet d'aucune signalisation, ce qui constitue un défaut d'entretien normal fondant l'annulation de la décision par laquelle la commune de Saint-Vrain a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable présentée le 20 mai 2022 et la condamnation solidaire de la société Essonne travaux publics et de la commune à l'indemniser des préjudices matériel et corporel subis du fait de sa chute ;
- son préjudice matériel doit être évalué à la somme de 4 224,05 euros ;
- il lui sera alloué à titre provisionnel la somme de 3 000 euros à valoir sur la réparation de son préjudice corporel, sans l'attente de la désignation avant dire droit d'un expert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, la société Essonne travaux publics, représentée par Me Lagrenade, conclut, à titre principal, au rejet des conclusions dirigées à son encontre par le requérant et des conclusions d'appel en garantie présentées par la commune de Saint-Vrain et à titre subsidiaire, à la condamnation de la commune de Saint-Vrain à la garantir et relever indemne de toutes condamnations qui seraient prononcées à son encontre et en toute hypothèse, à ce que soit mise à la charge de M. B, et à défaut de la commune de Saint-Vrain, la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce que soient mis à la charge de M. B et de la commune de Saint-Vrain les entiers dépens de l'instance.
A titre principal, elle soutient que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître des conclusions dirigées à l'encontre de son assureur la SMABTP dès lors qu'elles reposent sur l'exécution d'un contrat de droit privé liant deux personnes morales de droit privé ;
- la preuve du lien de causalité direct de l'accident par la présence excessive de gravillons sur un chemin vicinal de la commune de Saint-Vrain et l'absence de signalisation n'est pas rapportée ;
- aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage ne lui est imputable dès lors que les travaux, réceptionnés le 6 juillet 2018 à 16h sans réserve, ont été réalisés dans les délais et sont conformes aux spécifications du marché et à la règlementation en vigueur notamment les exigences nationales de signalisation prévues par l'instruction interministérielle sur la signalisation routière du 23 octobre 1963 ;
- elle n'a pas commis de faute susceptible d'engager sa responsabilité dans la survenance de l'accident subi par M. B ;
- la faute de la victime, qui connaissait les lieux pour les emprunter régulièrement et ne pouvait ignorer la réalité du chantier et la visibilité des travaux de réfection de la chaussée de sorte qu'il était tenu d'adapter son allure comme son attention, est de nature à l'exonérer de toute responsabilité ;
A titre subsidiaire, elle soutient que :
- la demande d'allocation d'une somme provisionnelle de 3 000 euros par le requérant n'est pas fondée en raison de la responsabilité de ce dernier dans la survenance de l'accident litigieux et de l'absence de défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en cause ; à défaut, son montant est disproportionné ;
- les prestations réalisées au titre du bon de commande ont été réceptionnées sans réserve le 6 juillet 2018 et le règlement par le maître de l'ouvrage a été acquitté de sorte que la commune de Saint-Vrain n'est pas recevable en ses demandes de garantie présentées à son encontre ;
- elle est fondée à appeler en garantie la commune de Saint-Vrain dès lors que cette dernière a commis une faute qui engage sa responsabilité car la commune, propriétaire de la voie en litige sur laquelle elle doit exercer ses pouvoirs de police de circulation, a manqué à son devoir de surveillance et à ses obligations d'aménagement et d'entretien de sa voirie.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 octobre 2023 et 24 novembre 2023 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 7 décembre 2023, la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, représentée par Me Mazuru, conclut au rejet de la requête.
A titre principal, elle oppose une exception d'incompétence de la juridiction administrative tirée de ce que le juge judiciaire est seul compétent pour connaître de l'action directe de M. B, victime, contre elle, assureur de la société Essonne travaux publics, auteur auquel le dommage en litige est attribué dès lors qu'ils sont liés par un contrat d'assurance de droit privé, quand bien même la responsabilité de son assuré, titulaire d'un marché de travaux publics, relèverait de la juridiction administrative.
A titre subsidiaire, elle soutient que :
- concernant le préjudice matériel de réparation de son véhicule, le requérant ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir dès lors que le courrier de l'assureur de son véhicule est adressé à Mme B et formule une proposition d'indemnisation ; il ne justifie ni du bien-fondé, ni du quantum de sa demande ;
- concernant le préjudice matériel vestimentaire, le requérant produit des factures d'équipements sans justifier qu'ils ont été endommagés dans sa chute ;
- concernant la demande d'expertise, elle s'en rapporte à la sagesse du tribunal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la commune de Saint-Vrain conclut à titre principal, au rejet des conclusions dirigées à son encontre et à titre subsidiaire, à ce que la société Essonne travaux publics et son assureur la société SMABTP soient appelées à la garantir et relever indemne de toutes condamnations qui seraient prononcées à son encontre.
A titre principal, elle oppose une fin de non-recevoir des conclusions indemnitaires formées à son encontre par le requérant dès lors que la demande préalable indemnitaire présentée par M. B a été réceptionnée le 21 mai 2022 par ses services, soit postérieurement à l'introduction de la requête.
A titre subsidiaire, elle soutient qu'au titre des obligations contractuelles du marché de travaux publics dont la société Essonne travaux publics était titulaire, cette dernière était responsable de la mise en place des panneaux de signalisation, du nettoyage des chantiers ainsi que des accidents causés du fait des travaux dont elle avait la charge sur son territoire communal, sans que la circonstance qu'un élu communal se soit rendu sur le chantier vers 16h, soit une heure et trente minutes après sa remise en état, et se soit montré satisfait du rebouchage des nids de poule du chemin vicinal en cause confié à cette société, ait une incidence sur ses manquements dans le cadre de la sécurisation et le nettoyage du chantier qui lui incombaient, ni valent acquiescement de sa part concernant la tenue du site lors et après la réalisation des travaux.
Par des mémoires, enregistrés les 24 février 2023 et 11 septembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne doit être regardée comme demandant au tribunal à titre principal, de réserver ses droits et à titre subsidiaire, de surseoir à statuer sur ses demandes.
Elle soutient que :
- elle a servi un ensemble de prestations à la victime qu'elle n'est pas pour le moment en mesure d'établir par une attestation de débours ;
- elle ne s'oppose pas à la demande de mesure d'expertise sollicitée par le requérant et souhaite, en cas d'expertise diligentée, faire valoir ses prétentions.
Par une ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 décembre 2023.
Un mémoire présenté pour la société SMABTP a été enregistré le 10 octobre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- et les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 juillet 2018 à 10h30, M. A B a été victime d'un accident de la route alors qu'il circulait sur un véhicule à moteur à deux roues sur le chemin vicinal n° 1 situé sur le territoire de la commune de Saint-Vrain, dans le département de l'Essonne. Par un courrier du 20 mai 2022, M. B a présenté une demande indemnitaire préalable auprès de la commune de Saint-Vrain, restée sans réponse. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet et de condamner solidairement la commune de Saint-Vrain et la société Essonne travaux publics, garantie par la société SMABTP, en réparation du préjudice matériel qu'il estime avoir subi et de désigner, avant dire droit, un expert médical afin de déterminer l'étendue du préjudice corporel résultant de l'accident.
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :
2. Si l'action ouverte à la victime d'un dommage, ou à l'assureur subrogé dans ses droits, contre l'assureur du responsable du sinistre, tend à la réparation du préjudice subi par la victime, elle se distingue de l'action en responsabilité contre l'auteur du dommage en ce qu'elle poursuit l'exécution de l'obligation de réparer qui pèse sur l'assureur en vertu du contrat d'assurance. Dès lors que le contrat d'assurance conclu par la société Essonne travaux publics avec la société SMABTP est de droit privé, il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires de connaître de l'action tendant au paiement des sommes dues par l'assureur, la SMABTP, au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré, la société Essonne travaux publics, dans la réalisation du fait dommageable relève de la juridiction administrative. Par suite, les conclusions de M. B, tendant à la condamnation de la SMABTP, assureur de la société Essonne travaux publics, à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Vrain :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
4. Il résulte de l'article R. 421-1 du code de justice administrative qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
5. La circonstance que la demande indemnitaire préalable du 20 mai 2022, réceptionnée le 21 mai suivant par la commune de Saint-Vrain, n'ait pas été présentée par M. B avant l'introduction de sa requête est sans incidence sur sa recevabilité dès lors qu'une décision implicite de rejet de la demande ainsi adressée par M. B est née avant l'intervention du présent jugement. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense des conclusions aux fins d'indemnisation dirigées contre la commune de Saint-Vrain ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
6. La décision implicite de rejet par la commune de Saint-Vrain de la demande indemnitaire préalable présentée par M. B le 20 mai 2022 n'a eu pour seul effet que de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande du requérant qui, en formulant les conclusions analysées ci-dessus, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
7. D'une part, il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage public, ou le cas échéant l'entrepreneur chargé des travaux, doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
8. D'autre part, la victime d'un dommage résultant de l'exécution de travaux publics peut demander réparation soit au maître de l'ouvrage, soit à l'entrepreneur, soit à l'un ou à l'autre solidairement.
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les 5 et 6 juillet 2018, dans le cadre d'un marché à bons de commande de travaux de réfection et d'entretien de la voirie communale de 2015 à 2018, la société Essonne travaux publics est intervenue sur le territoire de la commune de Saint-Vrain afin de combler les " nids de poule " présents sur ses chemins vicinaux, dont le chemin vicinal n°1 sur lequel a eu lieu l'accident de M. B le 6 juillet à 10h30. Il résulte encore de l'instruction, plus particulièrement des attestations concordantes et circonstanciées de deux témoins de l'accident et des photographies des lieux, qu'à la suite des travaux réalisés par la société Essonne travaux publics la veille de l'accident, la portion de chemin sur laquelle a chuté M. B avait été recouverte de gravillons en quantité importante, dont la présence sur la chaussée a déstabilisé M. B qui circulait en véhicule à moteur à deux roues, provoquant une glissage puis sa chute dans le bas-côté du chemin. Dans ces conditions, le lien de causalité entre l'ouvrage public et l'accident dont a été victime le requérant, en sa qualité d'usager de cet ouvrage, doit être regardé comme établi.
10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les travaux de réfection de la chaussée dataient de la veille de l'accident de M. B. Les défendeurs n'établissent, ni même n'allèguent la présence de panneaux de signalisation susceptibles de prévenir utilement les usagers de la voie du danger lié à la présence de couches de gravillons résiduelles sur la chaussée, en particulier aux abords des lieux de l'accident survenu en sortie de virage, afin de de leur permettre d'adapter leur conduite en conséquence. Il est en outre constant qu'à la suite de cette chute, la commune de Saint-Vrain est intervenue auprès de la société Essonne travaux publics afin qu'elle procède à l'enlèvement des gravillons excédentaires présents sur ce chemin et qu'elle mette en place des panneaux signalant le risque lié à la présence de gravillons. Il suit de là que la preuve de l'entretien normal de ce chemin vicinal sur lequel a eu lieu la chute de M. B n'est pas rapportée. Dans ces conditions, M. B, usager du chemin vicinal, est fondé à demander à ce que la responsabilité solidaire de la commune de Saint-Vrain et de la société Essonne travaux publics soit engagée en réparation de son préjudice.
11. Toutefois, il n'est pas contesté que M. B, habitant de la commune, était un usager régulier de ce chemin vicinal dont la catégorie le rend susceptible de présenter certaines aspérités. Circulant sur un véhicule à moteur à deux roues de jour par un ciel dégagé et lumineux, ainsi qu'il résulte des photographies produites par le requérant, il lui appartenait d'adapter sa conduite et sa vigilance à la dangerosité intrinsèque liée au virage à la sortie duquel il a chuté, d'autant plus qu'il indique lui-même que la présence de travaux avait été signalée à l'entrée et à la sortie du village. Dans ces conditions, la faute d'imprudence de la victime a, en partie, contribué à la survenance de l'accident et elle est de nature à atténuer la responsabilité encourue par la commune de Saint-Vrain et la société Essonne travaux publics. Dès lors, il y a lieu de limiter la part de responsabilité incombant solidairement à la commune de Saint-Vrain et à la société Essonne travaux publics à hauteur de 20%.
En ce qui concerne les préjudices :
12. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ".
13. Si, en application de ces dispositions, le tribunal peut, sur la demande de l'une des parties, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise, une telle mesure ne peut être décidée que si elle est nécessaire à la solution du litige dont il est saisi.
14. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de son accident, M. B a été admis au centre hospitalier d'Arpajon qui a diagnostiqué un traumatisme du poignet droit nécessitant une immobilisation par attèle ainsi que des abrasions cutanées multiples et a établi un arrêt de travail jusqu'au 15 juillet 2018, prolongé jusqu'au 18 juillet 2018 par la clinique de l'Yvette pour traumatisme du poignet droit. Dans un certificat médical du 20 mars 2018, une chirurgienne orthopédique et traumatologique exerçant au sein de cette clinique a attesté que M. B présentait une rupture complète des ligaments scapho-lunaire et lunotriquétral évoluant depuis le 6 juillet 2018 et nécessitant théoriquement une intervention de réparation ligamentaire avec un arrêt de travail de trois à six mois selon l'évolution. Si ces documents médicaux permettent d'établir un lien entre la chute accidentelle de M. B le 6 juillet 2018 et les préjudices corporels mentionnés ci-dessus, le tribunal n'est pas en mesure, en l'état de l'instruction, de déterminer la nature et l'étendue des préjudices corporels en ayant résulté de manière certaine et directe, ni la date de consolidation de l'état de santé de M. B. Il y a lieu par suite d'ordonner une expertise aux fins précisées ci-après.
Sur la demande de de versement d'une indemnité provisionnelle au titre du préjudice corporel :
15. Le juge du fond peut accorder une provision au créancier qui l'a saisi d'une demande indemnitaire lorsqu'il constate qu'un agissement de l'administration a été à l'origine d'un préjudice et que, dans l'attente des résultats d'une expertise permettant de déterminer l'ampleur de celui-ci, il est en mesure de fixer un montant provisionnel dont il peut anticiper qu'il restera inférieur au montant total qui sera ultérieurement défini.
16. Si le requérant sollicite une provision d'un montant de 3 000 euros à valoir sur la réparation de son préjudice corporel, il ne justifie, en l'état du dossier, d'aucun élément mettant le tribunal en mesure de fixer un tel montant et par suite de déterminer le caractère non sérieusement contestable de la créance dont il se prévaut à ce titre. Aussi, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de versement d'une provision du requérant.
Sur les autres conclusions :
17. Tous droits, conclusions et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement demeurent réservés jusqu'en fin d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à la condamnation de la SMABTP, assureur de la société Essonne travaux publics, à réparer les préjudices que M. B estime avoir subis doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Les conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision par laquelle la commune de Saint-Vrain a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable présentée par M. B sont rejetées.
Article 3 : Il sera, avant de statuer sur le préjudice corporel subi par M. B et le surplus des conclusions des parties, procédé, par un expert désigné par la présidente du tribunal administratif, à une expertise avec mission :
* de prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de M. B en se faisant communiquer tous les documents et pièces nécessaires à la bonne exécution de sa mission ;
* de décrire les blessures, les lésions, les affections résultant de la chute dont M. B a été victime le 6 juillet 2018 et d'en indiquer la nature, le siège et l'importance ;
* d'indiquer les soins, traitements et interventions dont M. B a été l'objet à la suite de cette chute ainsi que les soins, traitements et interventions éventuellement prévisibles ;
* de fixer la date de consolidation des blessures et indiquer si l'état de santé de M. B est susceptible de modification en aggravation ou amélioration ; de fournir toutes informations sur une évolution probable et dans le cas où de nouveaux examens seraient nécessaires, de mentionner dans quel délai ; d'indiquer si, le cas échéant, un déficit fonctionnel permanent existe ou est prévisible et en évaluer l'importance ;
* de dégager, en les spécifiant, tous les éléments de préjudice, temporaires et permanents, notamment les souffrances endurées, le préjudice moral, le déficit fonctionnel permanent ou les troubles, le préjudice matériel, en distinguant la part imputable à l'accident de celle ayant pour origine soit l'évolution normale prévisible de l'état de santé de l'intéressé, soit toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment à ses antécédents médicaux ;
* de manière générale, de donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur l'importance des préjudices, ainsi que toute information utile à la solution du litige.
Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 5 : Les conclusions présentées par M. B tendant au versement d'une provision sont rejetées.
Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Saint-Vrain, à la société Essonne travaux publics, à la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Corthier
La présidente,
signé
J. Lellouch
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203565
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026