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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203674

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203674

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203674
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL JL AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. et Mme B, propriétaires d'une maison à Rosny-sur-Seine, qui demandaient la suppression ou le déplacement d'un feu tricolore implanté devant leur propriété ainsi que 90 000 euros d'indemnisation. Les requérants invoquaient la responsabilité sans faute de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise en raison des nuisances sonores et visuelles et de la gêne d'accès à leur garage. Le tribunal a jugé que les désordres subis n'excédaient pas les inconvénients normalement imposés aux riverains d'ouvrages publics dans l'intérêt général, et a donc écarté la responsabilité de la collectivité. La solution retenue s'appuie sur le principe de responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics, subordonné à la démonstration d'un préjudice grave et spécial.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 mai 2022 et le 9 novembre 2023, M. et Mme B, représentés par Me Léron, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'enjoindre à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise de supprimer ou, à tout le moins, de déplacer le feu tricolore situé rue Jean Lhomer à Rosny-sur-Seine, devant leur propriété ;

2°) de condamner la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise à leur verser une somme de 90 000 euros en réparation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la communauté d'agglomération est responsable, même en l'absence de faute, des dommages causés aux tiers du fait de l'existence et du fonctionnement de l'ouvrage public que constitue le feu tricolore placé devant leur propriété ;

- ils subissent un préjudice anormal et spécial dès lors que l'accès à leur garage est rendu plus difficile voire impossible, que le feu tricolore gêne le passage des piétons et que son fonctionnement génère des nuisances importantes ;

- ils sont fondés à réclamer l'indemnisation de leur préjudice à hauteur de 90 000 euros.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 2 mars 2023 et le 7 décembre 2023, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, représentée par son président, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des époux B une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions aux fins de déplacement du feu tricolore, et fait valoir que sa responsabilité ne peut être engagée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport C Lutz,

- les conclusions C Winkopp-Toch, rapporteure publique,

- les observations de Me Léron, représentant M. et Mme B, et C Mme A, représentant la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B sont propriétaires d'une maison d'habitation située 10 rue Jean Lhomer à Rosny-sur-Seine, au niveau d'un carrefour situé aux abords du pôle d'échanges de la gare de la ville. En août 2019, des travaux ont commencé en vue de l'installation d'un feu tricolore devant leur propriété. Ce feu a été mis en service en février 2020. Les époux B ont sollicité à plusieurs reprises l'arrêt des travaux, puis le déplacement du feu. Puis, par courrier du 30 décembre 2021, ils ont sollicité auprès de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, compétente en matière d'aménagement de la voirie, l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment subir en raison de la présence de cet ouvrage. Par lettre du 10 mars 2022, la communauté urbaine a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. et Mme B sollicitent la suppression ou le déplacement du feu tricolore et la condamnation de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise à leur verser une somme de 90 000 euros.

2. La collectivité publique est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont elle a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Elle ne peut dégager sa responsabilité que si elle établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

3. Les époux B, riverains de la voie publique, doivent être regardés comme ayant la qualité de tiers par rapport au feu tricolore implanté devant leur propriété, qui constitue un accessoire de la voie publique à laquelle il emprunte son caractère d'ouvrage public. Les préjudices invoqués, inhérents à l'existence même ce feu, présentent ainsi le caractère de dommages de travaux publics. La mise en jeu de la responsabilité sans faute du responsable d'un ouvrage public pour dommages de travaux publics à l'égard d'un tiers est subordonnée à la démonstration par celui-ci de l'existence d'un dommage grave et spécial directement en lien avec cet ouvrage ou cette opération. Ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.

4. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des photographies versées aux débats, que les nuisances sonores et visuelles réelles auxquelles sont exposés les époux B, liées notamment au passage et à l'arrêt des véhicules au feu tricolore, excèderaient les inconvénients normalement liés au voisinage immédiat de la voie publique et d'un carrefour très fréquenté. De plus, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne résulte pas de l'instruction que l'implantation du feu à proximité de leur propriété serait de nature à empêcher l'accès à leur garage. Enfin, si M. et Mme B font valoir que l'implantation du feu sur le trottoir réduit considérablement l'espace sur le trottoir, ils n'apportent aucun élément démontrant qu'ils seraient eux-mêmes concernés en tant que piétons. Dans ces conditions, les désordres dont ils se plaignent n'excèdent pas les inconvénients que doivent normalement supporter, dans l'intérêt général, les tiers riverains d'ouvrages publics. Dès lors, la responsabilité de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise n'est pas engagée à l'égard de M. et Mme B à raison de ces nuisances.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'indemnisation de M. et Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins de suppression ou de déplacement du feu tricolore et les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter également les conclusions présentées par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

F. Lutz La présidente,

signé

J. Sauvageot

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2203674

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